Adhémar Hennaut (né le à Jumet en province du Hainaut et mort le à Braine-l'Alleud) est un dirigeant syndical, secrétaire fédéral et dirigeant du Parti communiste de Belgique (1923-1928). Il est également directeur du journal De Roode Vaan, cofondateur et dirigeant de l'Opposition de gauche du PCB (1928-1930), rédacteur au journal Le Communiste, directeur du journal De Kommunist et fondateur et dirigeant de la Ligue des communistes internationalistes (1932-1939). Il est ouvrier peintre de profession.
Biographie
Enfance et jeunesse Adhémar Hennaut est issu d'une famille ouvrière. Son père, Joseph Hennaut, est ouvrier verrier à Jumet et sa mère, Hortense Decorte, est femme au foyerVoir Acte de Naissance - Adhémar Hennaut, État Civil de Jumet, Ville de Charleroi. On sait peu de choses sur son enfance et adolescence. En 1913, il a 14 ans, l'âge où, à l'époque, les jeunes de milieux ouvriers commencent à travailler. On a retrouvé dans ses archives des articles de journaux soigneusement découpés qui attestent déjà de son éveil politique. Dans deux articles du journal Le Peuple datés de et de , il a souligné les positions de la social-démocratie sur la Première Guerre mondiale, imminente.
1913-1921 : Les débuts de la militance En 1917, Hennaut travaille aux Pays-Bas. Il y apprend le néerlandais. Il adhère au Syndicat des peintres de Rotterdam. En 1919, il revient travailler à Bruxelles où il milite au sein du Syndicat du bâtiment qui vient de fusionner avec le Syndicat des peintres. Il est élu au comité exécutif en 1919 et, en , il est nommé, malgré son jeune âge, secrétaire permanent du Syndicat du bâtiment, ameublement où il assure ces fonctions jusqu'en , époque où il démissionne.
1921-1928 : Le Parti communiste belge Adhémar Hennaut lit vraisemblablement L’Ouvrier Communiste (Organe de presse du premier Parti communiste belge). En 1921, il devient membre du Parti communiste de Belgique unifié lors de la fusion de la branche de L'Exploité de Joseph Jacquemotte et de celle de War Van Overstraeten. Au cours de ses deux premières années de militance dans le PC, de 1921 à 1922, Hennaut est un militant du rang et n'apparaît pas au grand jour. À partir de la fin de 1922, ses premiers meetings sont destinés à la jeunesse. Il s'engage ensuite dans une série de meetings contre la guerre et l'occupation de la Ruhr par les troupes françaises et belges. Il s'oppose alors résolument au traité de Versailles et à l'imposition de réparations aux puissances vaincues. En 1923, il est annoncé seize fois dans des meetings. Parlant le néerlandais, il . Il occupe alors la fonction de secrétaire de la Fédération Communiste Bruxelloise. vignette|Extrait du Drapeau Rouge Manifestations et meetings de soutien aux militants emprisonnés 1923 est aussi l’année de l'affaire du . Le fascisme italien est triomphant. La répression féroce du Parti communiste italien a comme conséquence internationale la prise de mesures de répression par les États contre les partis communistes des pays européens. De plus, un certain nombre de dirigeants communistes belges et français ont participé à la Conférence d’Essen (Allemagne) qui condamnait l’occupation de la Ruhr par les armées française et belge. Cette contestation vaut aux communistes belges une offensive de l'État à leur égard. Le , 54 communistes belges sont arrêtés sur toute l'étendue du territoire. Le , 15 d'entre eux sont inculpés devant la Cour d'assises pour (). La Belgique suit la France qui vient de procéder aux mêmes arrestations. Le Parti se retrouve privé pour plusieurs semaines de ses cadres dirigeants. C’est pour cette raison que des jeunes militants sont appelés à prendre en charge l’organisation du Parti. Hennaut fait partie de ces jeunes recrues. Il va assurer le secrétariat fédéral du parti. gauche|vignette|430x430px|Extrait du Drapeau Rouge. Le Grand Complot Un des meetings les plus importants de Hennaut est celui qu'il a fait contre le fascisme en , avec Célestin Demblon, un membre de la social-démocratie se rapprochant des communistes. De plus, il est l'orateur qui accueille les dirigeants de deux partis frères à un meeting pour la libération de leurs camarades : Marcel Cachin pour le Parti communiste français et Henriette Roland Holst pour le Parti communiste des Pays-Bas. Le , la justice belge est obligée, faute de preuves, de relâcher les cadres dirigeants du PC () mais Hennaut, qui a démontré ses capacités, garde la charge de secrétaire fédéral du parti. Au Congrès du 17 et , il est élu secrétaire au comité exécutif du Parti et membre du Bureau Exécutif. Il le reste jusqu’à son exclusion du parti en 1928. Au même moment, il commence à écrire dans le Drapeau Rouge (organe de presse francophone du Parti) et dans le Roode Vaan (organe de presse néerlandophone du Parti).
À partir de , il commence à rédiger les cahiers qui sont conservés au Centre d'Histoire et de Sociologie des Gauches de Bruxelles et où il prend note des différents points abordés au Comité Exécutif ou au Bureau Exécutif. Les dirigeants du Parti de l'époque sont Massart, Jacquemotte, Coenen, Van Overstraeten, Vandenborre, Plisnier, Pasteels, Lesoil, Bondas, MathieuVoir Fonds Adhémar Hennaut, Centre d'Histoire et de Sociologie des Gauches, Université Libre de Bruxelles. vignette|350x350px|Extraits du Drapeau Rouge. Annonces pour des Grands Meetings Publics et Contradictoires À partir de la fin , un nouvel événement occupe l'actualité du Parti communiste : la révolution allemande. De fin août à début décembre, Hennaut participe à une dizaine de meetings pour la défense de la révolution allemande. Au commencement de 1924, le reflux de la révolution allemande va de pair avec une série d'attaques patronales contre les conquêtes ouvrières obtenues dans les dernières années. Par exemple, le patronat voudrait réviser la loi de 1921 sur les 8 heures de travail quotidien. Dans ce contexte, le Parti communiste riposte en organisant de très nombreux meetings pour défendre la journée des 8 heures et c'est très souvent Hennaut qu'on envoie parler sur cette question. D'ailleurs, par rapport aux attaques contre la classe ouvrière qui ont lieu partout en Europe, Hennaut . Il écrit aussi dans un article que . Il y décrit aussi la position du PC de l'époque sur la social-démocratie. Pour lui, les événements :
, Lénine meurt. À cette occasion, la social-démocratie critique largement l'Union soviétique. Hennaut défend le jeune régime mais évite tout panégyrique et met en exergue les nombreux défauts de la société soviétique. gauche|vignette|335x335px|Extrait du Drapeau Rouge. Vers la grève générale de tous les mineurs En août de la même année 1924, une grève des mineurs importante par son ampleur a lieu dans le Borinage. Le Parti communiste organise de nombreux meetings sur place et envoie Hennaut pour les animer.
En , à l'apogée de son activité militante, Hennaut préside le Troisième Congrès du PCB. En avril de la même année, ce sont les élections législatives belges. À cette occasion, le Parti communiste présente des listes un peu partout en Belgique. Il s'agit de . Lors des élections législatives, Hennaut est candidat de la liste à Anvers.
De février à avril, il entre en campagne pour le Parti communiste. Se succèdent alors meetings et conférences animés par Hennaut. À cette occasion, une courte notice biographique est réalisée sur lui dans le Drapeau Rouge. L'élection ne porte pas Hennaut au parlement, mais les communistes obtiennent deux sièges de députés pour Joseph Jacquemotte et War Van Overstraeten.
En , une nouvelle grande grève occupe le Parti communiste, celle des métallurgistes de Liège. Plusieurs meetings sont organisés et Hennaut est envoyé en première ligne. Pourtant élément extérieur, il appartient au Comité de Grève des métallurgistes, ce qui dénote le haut degré d'influence qu'il a acquis à l'époque auprès des travailleurs.
Lors des élections provinciales qui ont lieu en , Hennaut se présente dans le Canton d'Ixelles pour les communes d'Ixelles, Auderghem et Watermael-Boitsfort. Il est encore à nouveau en tête de liste. Il participe dans le courant des mois de septembre et d'octobre à de nombreux meetings. Il n'est pas élu.
Au congrès du Parti communiste en , Hennaut est chargé de présenter un rapport sur la imposée par l'Internationale Communiste. De cellules communistes locales basées sur le lieu de résidence, l'Internationale voulait passer à des cellules d'entreprise, créant ainsi deux ou trois organisations là où une seule avait existé. Cette réorganisation est un échec. Les cellules d'entreprise fusionnent de nouveau entre elles pour former des cellules locales. En 1927, le parti compte encore 83 rayonsLes communistes se réunissent par quartier ou par région dans un rayon ; ils se réunissent par entreprise dans une cellule. et seulement 24 cellules d'entreprises. En , Hennaut est chargé de présenter les raisons de l'échec de cette réorganisation. Or, il explique : La suite du rapport est constituée de solutions pour remédier à ces problèmes. C'est Hennaut qui est dorénavant chargé de l'organisation du parti et d'ailleurs, à partir de 1926, toutes les questions des membres du parti concernant son organisation doivent lui être adressées directement. vignette|Extrait du Roode Vaan. Invitation à une commémoration de la révolution russe Hennaut est donc un membre dirigeant de premier plan lors des congrès du PCB de 1925 et 1926.
En , de nouvelles élections se tiennent : les élections communales. Cette fois, Hennaut est tête de liste à Etterbeek. Encore une fois, il part en campagne pour le Parti communiste et n'est pas élu.
En , le PCB tente une nouvelle réorganisation de ses cellules. Une Conférence Nationale essaie de résoudre les problèmes de la réorganisation une nouvelle fois infructueuse. Hennaut y est l'animateur principal.
Il est présent dans différents meetings en 1927, mais son activité au sein du PCB semble en baisse. Sa présence est attestée en à Anvers lors d'un meeting pour la commémoration de la révolution russe.
Vie syndicale dans les années 1920
Au cours de la même période, même s’il a démissionné de son poste à la direction du Syndicat des travailleurs du bâtiment, bois et ameublement du Grand-Bruxelles (STBBAB), Adhémar Hennaut continue à en faire partie. En tant que membre influent de la section de Bruxelles, il prend la parole aux Congrès sur de nombreuses questions et critique très violemment la direction de la Centrale, lui reprochant de . Il est plusieurs fois menacé d'exclusion. En , Hennaut est secrétaire de la Fédération bruxelloise du Parti communiste. Or, le STBBAB est affilié au Parti ouvrier belge. Pour le secrétaire de la fédération bruxelloise du Parti ouvrier, Hennaut ne peut appartenir en même temps au syndicat socialiste et au PCB. Il faut donc l'exclure des rangs du syndicat. Joseph Jacquemotte, appartenant à une autre centrale syndicale est lui aussi menacé d'exclusion. Finalement, par peur de la réaction des affiliés syndicaux, la Fédération recule et les deux motions d'exclusion sont abandonnées.
Hennaut est un membre du syndicat bien trop indiscipliné pour la commission syndicale du Parti ouvrier belge :
Hennaut a toujours lutté pour l'unité syndicale. Il le prouve à plusieurs reprises. En , il soumet un amendement à l'Union des Syndicats pour la participation de sa centrale syndicale au . Cela signifie qu'il souhaite que les socialistes s'allient aux communistes dans les syndicats dans un front unique contre la guerre. Par ailleurs, Adhémar Hennaut écrit à plusieurs reprises pour l’organe Le Travailleur, organe de sa section syndicale, le Syndicat du Bâtiment, de l'Ameublement et de Industries diverses. On peut ainsi y lire ses positions sur les rapports qui doivent exister entre les partis et le syndicat :
Vie privée dans les années 1920 et 1930 vignette|Carte de visite d'Adhémar Hennaut