Galarino est un projet non abouti de commune française de Nouvelle-Calédonie. Le site est notoirement connu pour ses mines d'or dont une (La Recherche) exploitée à la fin des années 1870 par une bande de Déportés de la Commune. La commune, un temps envisagée () ne sera pourtant jamais instituée avec l'abandon de l'exploitation.
L'or est découvert à Galarino en 1877Charles Lemire, Voyage à pied en Nouvelle-Calédonie et description des Nouvelles-Hébrides, 1884 (Lire).
Situées à du cap Colnett, Gustave Kanappe visite le site en D'Oubatche à Touho, in Après 1878 : les souvenirs du capitaine Kanappe, Publications de la Société d'études historiques de la Nouvelle-Calédonie , 1984, . Il remarque que le travail est alors épuisant pour une rentabilité minime. Il préconise l'installation d'un petit chemin de fer qui servirait à évacuer le résidu sableux mais déplore le manque de capitaux. Kanappe décrit ensuite longuement la composition du site et les conditions de travail des mineursIbid. .
Le site où fut pourtant découvert la plus grosse pépite jamais trouvée en Nouvelle-Calédonie (), est de nos jours abandonnéMines de Nouvelle-Calédonie, Croix du sud info.
L'or des Déportés
C'est le qu'un colon, Jean-Louis Sangarmé déclarait à l'Administration avoir pris possession d'un terrain minier sis à Galarino et dénommé La Recherche. Les poteaux de délimitation avaient été plantés la veille sur à Houaie près de Galarino, à au sud d'Oubatche. Par la même occasion, il informait l'Administration de la création d'une société pour la recherche de l'or, la Compagnie La Recherche constituée par six actionnaires le même jour : soit, Jean-Louis Sangarmé, commerçant à Pouébo pour 1/ ; Larochette, mineur à Galarino, 1/ (il cédera sa part à Sangarné le pour ) ; Joncourt, mineur à Galarino, 1/ (il cédera la moitié de sa part à un nommé Chanut pour la somme de le suivant) ; Jean-Baptiste Brunetti, mineur à Balade, 1/ ; François Barban, mineur à Balade, 1/ et Henri Gomer, restaurateur à Ouégoa, 1/, obtenant pour la Compagnie un permis de recherche pour 6 mois. La plupart des actionnaires étaient des Déportés de la Commune. Jean-Louis Sangarné, colon libre, avait débarqué à Nouméa avec sa femme et leur fille du transport Le Var le .
Une semaine après la déclaration de la découverte, l'hebdomadaire Les Petites Affiches annonçait dans son édition du : . Il confirmait cette importante découverte dans son édition suivante du : « Depuis notre dernier numéro, plusieurs télégrammes venus d'Oubatche annoncent qu'on aurait trouvé de l'or d'alluvion à Panier ».
Dès le , le préposé aux Mines du Diahot, Louis Crespon se portait sur le point de la découverte pour y faire les premières constatations et envisager le classement du site en périmètre aurifère — le deuxième après celui de Fern-Hill en 1870 à Ouégoa — mais sans pouvoir se prononcer. Dans son rapport daté du , il mentionnait qu'il avait fait laver environ de terre à la diche (grand plat en fer blanc) et que les six lavages opérés avaient fourni de 6 à 13 morceaux d'or dont certains de la taille d'un grain de riz. « L'or est magnifique » écrivait-il ! Il constatait par ailleurs qu'aucun travail sérieux n'avait été entrepris alors que le filon, assez prometteur, avait déjà rapporté environ en un mois de recherches.
En effet, la Compagnie La Recherche avait dès le début de sa formation rencontré des déboires à cause de la mésentente qui s'était installée entre ses membres ; mésentente attisée, on s'en doute, par la fièvre de l'or et affectant du même coup les travaux. Ainsi, le , le directeur, Jean-Louis Sangarné, portait plainte auprès du Commissaire des Mines et du Commandant du poste militaire d'Oubatche contre le déporté François Barban (orthographe du texte, corrigée) : « Hier, m'étant rendu sur les travaux pour me rendre compte de mes fonctions, le déporté Barban m'a parfaitement défendu de me rendre compte de mon emploi en y ajoutant quelques grossièretés. Il sait également que M. le Commissaire des Mines nous a bien dit que tout l'or qui serait trouvé devait être en dépôt chez moi ; il ne veut pas me le donner...».
À la suite d'une réunion des actionnaires tenue le suivant chez Jean-Baptiste Brunetti, Jean-Louis Sangarné démissionnait et les trois membres présents, Henri Gomer, François Barban et Jean-Baptiste Brunetti décidaient de nommer François Barban comme directeur. Tout ceci avait gravement retardé la délimitation de la concession qui, six mois après l'octroi du permis de recherche, n'était toujours pas réalisée alors que l'article 42 de l'arrêté sur les mines du prescrivait de le faire dans ce délai de six mois.
De retour sur le terrain le préposé aux Mines Louis Crespon écrivait dans son rapport du qu'aucun travail n'avait été entrepris et qu'il se trouvait encore dans l'incapacité de proposer le classement de la zone en périmètre aurifère. L'or, sous forme de paillettes ou en petites pépites se trouvait dans une assise de galets de quartz, ancien lit d'un creek, sous de terre noirâtre.
Devant cette inactivité, le Comité consultatif des Mines dans sa séance du devait rejeter la demande de prolongation du permis de recherche déposée par la Compagnie. Elle basait sa décision, non seulement par l'inactivité constatée mais aussi par le fait, que faute de délimitation, d'autres mineurs, intéressés par ce nouvel Eldorado, ne pouvaient s'installer.
L'arrivée de la Société foncière En effet, dès le précédent, une demande de permis de recherche pour une concession d'une cinquantaine d'hectares « englobant la concession La Recherche » avait été formée par un ingénieur, M. P. Ratte. En réalité, cette demande se situait sur le flanc Ouest de La Recherche, englobant environ 1/3 de cette dernière.
Un mois plus tard, ce même ingénieur présentait une demande de concession de (dénommée « Galarino ») au nom cette fois, d'Henri Lacroix, directeur de la Société foncière; une Société notoirement connue pour le scandale du domaine foncier de Gomen. L'emplacement originel de la concession avait été modifié de façon à englober intégralement la concession La Recherche. Cette tentative de pratique frauduleuse était courante à l'époque pour s'assurer la propriété d'un gîte minier et l'état de dispute permanent qui sévissait chez les actionnaires de La Recherche, ne pouvait que favoriser cet acte de préhension opportuniste par la Société foncière...
Le suivant, un autre personnage, A. Beauvais, toujours sous couvert de la Société foncière, déposait une nouvelle demande de concession par prise de possession (en-dessous de , selon les termes de l'arrêté du , l'occupation d'un terrain minier se faisait par simple prises de possession avec plantage des piquets de délimitation; au-delà de , c'est un acte administratif pris en Conseil privé, qui avalisait la concession) d'un terrain minuscule de seulement, soit un carré de de côté, situé au sein même de la concession des découvreurs. Le but recherché était d'accaparer le terrain alluvionnaire de la Compagnie La Recherche, dont la délimitation se faisait d'ailleurs toujours attendre... Et les premières actions entreprises par la Société foncière allaient créer d'autres frictions : le , le préposé Louis Crespon signalait dans son rapport que la Société foncière se permettait de couper des bois sur le terrain de la Compagnie La Recherche et qu'elle se construisait « de grandes maisons ». Par ailleurs, le chef de la tribu de Galarino se plaignait quant à lui auprès du Commandant d'Oubatche du prélèvement sans son autorisation, de chevrons provenant d'une vieille case. Tout ceci ne faisait bien entendu pas avancer les travaux. vignette L'arrivée de cette Société foncière formée de spéculateurs sans scrupules, avait aussi créé un imbroglio quant aux limites à assigner à ses demandes de concessions comme le soulignait le Commissaire des Mines Cluny au Directeur de l'Intérieur (sorte de secrétaire général de la Colonie) le .
Premier arrêt des travaux Mais les choses sur place allaient rapidement se calmer avec la déclaration de faillite de la Société foncière le à Paris. Cependant, la nouvelle ne sera connue à Nouméa qu'en .
Entretemps, le Comité consultatif des Mines avait à nouveau examiné le la demande de prolongation du permis de recherches au profit de la Compagnie La Recherche qui, cette fois, lui était accordé à la suite des importants travaux effectués. Mais bientôt, l'insécurité liée à l'insurrection kanak de 1878 (débutée fin ) allait à nouveau interdire tous travaux sur le site et les ouvriers (au nombre de 6) de la Compagnie La Recherche furent même contraints de se construire un blockhaus pour se protéger.
À nouveau, de nouveaux différends entre actionnaires allaient entraver la reprise des travaux. Le , le préposé aux Mines envoyait à Nouméa une dépêche dans laquelle il faisait part de graves problèmes survenus entre le directeur légal, à cette époque Claude Hugot (déporté) et François Barban qui voulait prendre la direction des travaux. À cette date, la mine appartenait pour 1/ aux nommés Chanut et Joncourt ; 1/ au déporté Barban ; 1/ aux déportés Brunetti et Hugot ; 1/ à Sangarné ; 1/ au déporté Gomer et enfin 1/ à la faillite du déporté Jean-Baptiste Berçot. Le rôle du déporté Charles Giraud, également membre de l'association, n'a pas pu être précisé.
Malgré tout la production avait bon an mal an, suivi son cours puisqu'Henri Gomer informait le préposé aux Mines, le qu'il avait personnellement vendu pour environ d'or provenant de la mine. Par ailleurs, la concession () avait enfin été délimitée le car, à titre de premier découvreur, les inventeurs avaient droit au double de la superficie maximale () autorisée pour tout autre demandeur.
Une production prometteuse Entre le et le , la production aurifère se serait élevée à partagés entre tous les actionnaires (procès-verbal de la séance des actionnaires du ). À cette date, les actionnaires décidaient que la mine ne serait plus travaillée que par 3 ouvriers au lieu de six.
Dans son rapport du , Louis Crespon écrivait que les travaux entrepris dans le lit d'un ruisseau et aux abords n'avaient donné que de faibles résultats ben que l'or fût avec des pépites de 5 à . Le travail de douze journées avait néanmoins permis de produire d'or d'une valeur de , qui ne permettait cependant pas à la Compagnie de rentrer dans ses frais. Une galerie avait été commencée pour reconnaître en profondeur l'existence d'un filon. Une lettre non-datée, postérieure au , de Claude Hugot et adressée au Commissaire des Mines du Diahot faisait état d'une production de en un mois avec 5 ouvriers employés sur mine.
Un nouveau périmètre aurifère L'ensemble de ces résultats allait rapidement inciter l'Administration se pencher plus sérieusement sur l'or de Galarino. Dès le , Léon Gauharou, chef du bureau, expédiait un télégramme au chargé des mines lui enjoignant de se rendre à Galarino dès que possible; demande appuyée à nouveau le suivant par un télégramme du Directeur de l'Intérieur : « Il est indispensable que vous alliez au plus tôt possible à Galarino ». Aussi, le , le chef du arrondissement (celui de Ouégoa) dépêché lui-aussi sur les lieux, écrivait : « Satisfait de ma visite à Galarino — Filons bien marqués, très nets, paraissent riches — Ai fait faire lavage... — de travail grossièrement fait par un seul homme ont donné environ or...». Enfin, le , Louis Crespon après sa visite sur les lieux confirmait lui aussi la richesse du gisement : « Arrive de Galarino — Ai visité mine avec soin — Constate deux filons productifs sur six — Ai obtenu quatorze couleurs dans un lavage de 5 kilos [de] terre du premier filon — Dans le deuxième, ai fait laver quinze kilos [de] terre, et obtenu d'or — Résultats magnifiques — ...». Le premier filon productif avait d'épaisseur et le deuxième, plus riche, avec des pépites de 6 à .