Jacques Necker né le à Genève en république de Genève et mort le dans la même ville, est un financier et homme politique genevois, ministre des Finances de Louis XVI. Il est le père de Madame de Staël.
Après avoir fait fortune comme banquier à Paris et à la suite du succès de ses essais en matière de politique économique, il est nommé par Louis XVI directeur général du Trésor royal en 1776, puis des Finances. Il modernise alors l’organisation économique du royaume en s’opposant au libéralisme de ses prédécesseurs. Renvoyé en , peu avant les grandes spéculations boursières sous Louis XVI, il est rappelé en avec le titre de ministre d’État du fait du soutien indéfectible de l’opinion publique, et convoque les États généraux en obtenant le doublement du tiers état. Renvoyé par Louis XVI le pour avoir été absent lors de la séance royale du 23 juin 1789, il retrouve sa fonction après la prise de la Bastille pour apaiser les révolutionnaires. Confronté à l'opposition de l'Assemblée nationale, il démissionne de nouveau le et rédige une critique sévère du nouveau principe d'égalité. Il est de fait le dernier contrôleur général des finances de l'Ancien Régime.
Biographie Naissance et famille Jacques Necker est le deuxième fils de Charles-Frédéric (Karl Friedrich) Necker, avocat à Custrin, en Brandebourg, devenu citoyen de la république de Genève le , et de sa femme née Jeanne Gautier, fille du premier syndic Gautier. Le pensionnat pour étudiants anglais tenu à Genève par son père pour le compte du gouvernement anglais, le prédestine à se spécialiser dans la « correspondance anglaise » et les affaires d'Angleterre joueront fréquemment un rôle décisif dans sa carrièreHerbert Lüthy, « Necker et la Compagnie des Indes », dans Économies, Sociétés, Civilisations (1960) ..
Débuts de banquier Il entreprend une carrière dans la Banque Girardot, où il débute comme simple commis à Genève tout d’abord, puis, à partir de 1748, à Paris., où il tient les livres de compte. Il révèle toutes ses compétences lorsqu’un jour il remplace le premier commis chargé de négociations à la bourse lors d’une opération majeure. Il la mène à bon terme, s’éloignant même des instructions laissées, et procure à la banque un bénéfice de . Il acquiert ainsi la confiance des banquiers Thellusson & Vernet, dont il devient l’associé en 1756, la maison étant renommée Thellusson, Vernet & Necker.
En 1762, Thellusson lui propose de devenir son associé pour moitié, après le départ de son oncle Isaac Vernet. Ils créent ainsi la banque Thellusson, Necker & Cie, qui gèrera les dépôts et comptes courants d’environ 350 clients étrangers, pour la plupart engagés dans les emprunts de la monarchie française. Ils font rapidement fortune en spéculant sur les effets du Trésor français et sur les fonds anglais au moment de la paix de 1763 qui met fin à la guerre de Sept Ans. En effet, leurs connaissances précoces du projet de paix leur permet de spéculer sur les blés et de prêter à taux avantageux au Trésor public.
Syndic de la Compagnie française des Indes orientales en 1765, après avoir été simple actionnaire représentant les actions acquises par sa maison de banque, il la renfloue au lendemain de la guerre de Sept Ans, devenant l’artisan de sa renaissance via l'établissement d'un fonds de roulement permettant de financer les achats d'indiennes de coton. Il lui permet de renouer avec un partenaire finançant ses paiements aux Indes : la maison de James Bourdieu & Samuel Chollet à Londres. Pendant ses six ans d'existence après la paix de 1763, la compagnie ne perdit qu'un seul navire, et d'après le compte rendu lu par l'abbé Terray, alors syndic à l'assemblée du , la dernière vente de Lorient avait rapporté près de , avec un bénéfice de 77% à 78% sur la mise dehors de l'expédition. Les actionnaires avaient consenti en 1764 un appel de capital de par action, réunissant un fonds de près de pour la reprise des opérations, en échange d'un dividende de 5 % par action. Sous Necker, la Compagnie n'a cessé de faire de « petits emprunts » onéreux à court terme pour solder ses échéances: en 1765, elle a emprunté par voie de loterie à rentes viagères.
Mais il ne peut empêcher sa dissolution en 1770, sous le coup des brutales attaques de son ennemi personnel, Morellet. Dès le , avec deux mois de retard sur la date normale de convocation, l'administration de la Compagnie avait mis les actionnaires devant un dilemme : trouver avant l'automne pour faire face aux échéances et aux armements pour l'an prochain, ou déclarer la Compagnie en faillite. Necker a subi aussi la rivalité du banquier suisse Isaac Panchaud, qui lance sa « grande idée » : la Compagnie renoncera à son monopole sur le commerce des Indes pour se transformer en une Caisse d'escompte, ancêtre de la Banque de France, grâce à une augmentation de capital de de livres, par action, dont la moitié pour acquitter les dettes de la Compagnie, et l'autre moitié pour constituer la Caisse, qui finalement ne verra le jour qu'en 1777, lorsque Necker est aux finances du Royaume.
À plusieurs reprises, notamment en 1772, Necker avance des sommes importantes au Trésor royal, ce qui lui vaut d’être remarqué par Choiseul et par l’abbé Terray.
Jugeant avoir suffisamment fait fortune et ayant d’autres ambitions, Jacques Necker se retire en 1772, cédant toutes ses affaires à son frère Louis, connu sous le nom de M. de Germany, et associé de Girardot. Sa réussite éclatante comme banquier lui a permis d’accumuler en peu de temps une notoriété et une fortune considérable, évaluée à de livres au moment de son départ, et à de livres lors de sa nomination au contrôle général des finances en 1776.
Mariage et arrivée au pouvoir vignette|left|, née Suzanne Curchod. Après avoir courtisé la belle-sœur adorée de son associé Thellusson, la jeune, charmante et riche veuve Girardot de Vermenoux, Necker épouse une fille de pasteur, Suzanne Curchod, qui aura sur lui un grand ascendant. Le mariage a lieu en 1764 à Paris, dans la chapelle de l'hôtel des Ambassadeurs de Hollande.. Au début de leur mariage, les nouveaux époux résident dans l'hôtel d'Hallwyll, à Paris, siège de la banque Thelusson, Vernet & Necker. C'est là que naît en 1766 celle qui sera leur seul enfant, Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein (1766-1817), plus connue sous le nom de .
Nommé ministre de la république de Genève à Paris (1768), Necker songe à se consacrer à la politique, encouragé en cela par son épouse. Après son retrait des affaires, il publie un Éloge de Colbert (1773), couronné par l’Académie française, dans lequel il brosse un portrait du ministre idéal où l’on peut sans peine le reconnaître. Il se présente comme un pragmatique, un esprit « moelleux et flexible », à la différence du contrôleur général des finances, Turgot, type même du doctrinaire. Symbole de l’interventionnisme économique de l’État, Necker est en outre l’antithèse de Turgot, apôtre du libéralisme économique.
A priori, pourtant, rien ne prédispose Necker à exercer en France des fonctions de gouvernement : protestant, l’accès au Conseil du roi lui est fermé ; il n’a aucune expérience du gouvernement et de l’administration royale, et ne connaît de la Cour que ce qu’il a pu en voir dans ses fonctions de résident de Genève ; enfin, ne lisant guère, il ne connaît pas même l’Histoire de France et son organisation politique et administrative.
Pourtant, un véritable mouvement d’opinion va se produire en faveur de Necker. Le , il publie son Essai sur la législation et le commerce de grains, dans lequel il dénonce la liberté du commerce des grains, préconisée par les physiocrates, au premier rang desquels Morellet et Turgot. Énorme succès de librairie, l’ouvrage paraît au moment où ce dernier doit faire face à la : les mauvaises récoltes conduisent à des émeutes et à favoriser les demandes de réglementation des prix des grains.
L’ascension de Necker est soutenue activement par les habitués du salon de et, plus largement, par le parti philosophique dont Necker a embrassé plusieurs des doctrines : dans l’Éloge de Colbert, il a vivement critiqué la propriété qu’il accuse, dans la ligne de Rousseau, d’être non un droit naturel mais une fondée sur un ; de même, c’est par son rôle social qu’il justifie la religion, ne reconnaissant la nécessité de la morale que et la supériorité de la morale chrétienne que parce qu’elle est
Necker est, en outre, appuyé auprès de Maurepas, principal conseiller de Louis XVI, par le marquis de Pezay, amant de , amie intime de , et par la cousine du ministre, la duchesse d'Enville.
Le premier ministère de Necker (1776-1781) Le décès en fonction du contrôleur général Clugny de Nuits, qui a succédé à Turgot, donne à Necker l’occasion d’accéder au gouvernement. Protestant, il ne peut être nommé contrôleur général des finances car cette fonction emporte de droit l’accès au Conseil. Le , à , il est donc nommé conseiller des Finances et . Le , un maître des requêtes effacé, Taboureau des Réaux, est officiellement nommé contrôleur général, mais en pratique, c’est Necker qui exerce la réalité du pouvoir. Le roi finit par accepter la démission de Taboureau des Réaux le ; pour mieux marquer son importance, Necker reçoit alors le titre de Des lettres patentes du 29 juin 1777 déclarèrent vacante la charge de contrôleur général et en confièrent les fonctions aux gardes des registres du contrôle général tandis qu’un brevet du même jour nomma Necker aux fonctions de directeur général des finances..
Arrivé au ministère, Necker engage immédiatement d’importantes réformes, mais de manière beaucoup moins brutale et précipitée que Turgot. Ces réformes se situent à la fois sur le plan administratif, sur le plan social et sur le plan financier.
Les réformes administratives left|130px|vignette|Jacques Necker Sur le plan administratif, Necker renforce le pouvoir du contrôle général des finances et le fonctionnarise : il supprime les six offices d’intendant des finances et les intendants du commerceÉdit de juin 1777., les 48 receveurs généraux des finances établis dans les généralitésOn passe de 48 à 12 receveurs généraux. et 27 trésoriers générauxLeur nombre est réduit de 11 à 2. et contrôleurs généraux de la Guerre et de la Marine (). À la place de ces officiers inamovibles et rémunérés sur commission sont installés des employés révocables et percevant un traitement fixeLes receveurs généraux reçoivent désormais, outre les intérêts à 5 % de la valeur de leur office (un million), un traitement fixe de en remplacement des taxations sur leurs opérations fiscales (avril 1780)..
Il réduit la compétence de la ferme générale à la gabelle, au tabac, aux droits des traites et des entrées de Paris, et réduit de 60 à 40 le nombre des fermiers généraux. La perception des droits d’aides relève désormais d’une Régie générale et celle des droits domaniaux d’une Administration générale des domaines, dirigées par des administrateurs à traitement fixe.
Tout en renforçant le pouvoir de l’administration, Necker s’efforce parallèlement d’en diminuer l’arbitraire. Il crée un Comité contentieux des finances pour préparer les arrêts de finances, qui, quoique présentés sous le couvert d’arrêts du Conseil, avaient depuis longtemps cessé de faire l’objet d’une délibération collective et étaient en réalité l’œuvre des intendants des finances. La déclaration royale du pose par ailleurs le principe que les brevets des tailles ne pourront plus être augmentés que par lettres patentes, enregistrées en parlement, et non plus par de simples arrêts du Conseil. De même, dans un esprit d’apaisement vis-à-vis des parlements, il décide, sans aller jusqu’à revenir sur le principe de la vérification des déclarations de revenus du vingtième et sur celui de la mutabilité des cotes, que les vérifications n’auront lieu que tous les vingt ansArrêt du Conseil du 2 novembre 1777..