Le est le chef du gouvernement du Japon et, en tant que dirigeant du Cabinet, détient donc le pouvoir exécutif au sein du Gouvernement japonais, à l'instar de ses homologues dans la plupart des autres monarchies constitutionnelles. Il représente également l'État japonais sur la scène internationale. Responsable devant la Diète qui l'élit (choix ensuite confirmé officiellement par l'empereur qui le nomme) et peut le renverser par une motion de censure, il en est obligatoirement un membre et est généralement le président du principal parti en son sein.
La et actuelle Première ministre est Sanae Takaichi depuis le , elle est la première femme à occuper cette fonction.
Histoire Les prémices d'une institution gouvernementale Une première forme de gouvernement avait été créée par le Code de Taihō en 701, instituant alors un daijō-kan ou « Département d'État ». Il est dirigé par le daijō-daijin, ou « ministre des Affaires suprêmes » ou encore « Chancelier du Royaume », titre créé en 671 pour le prince Ōtomo (futur empereur Kōbun) Titsingh, Isaac. (1834). [Siyun-sai Rin-siyo/Hayashi Gahō (), 1652]. Nihon Ōdai Ichiran; ou, Annales des empereurs du Japon, tr. par M. Isaac Titsingh avec l'aide de plusieurs interprètes attachés au comptoir hollandais de Nangasaki; ouvrage re., complété et cor. sur l'original japonais-chinois, accompagné de notes et précédé d'un Aperçu d'histoire mythologique du Japon, par M. J. Klaproth. Paris: Oriental Translation Fund of Great Britain and Ireland, p. 425. Cette institution fut particulièrement importante pendant les périodes de Nara (710-794) et Heian (794-1185) avant de perdre progressivement de son influence au profit des régents Fujiwara puis du shogunat. À partir de là, son rôle devient purement honorifique.
Les chefs des gouvernements Meiji thumb|left|100px|Hirobumi Itō, Premier ministre du Japon La révolution Meiji rétablit une forme d'administration centrale. Il s'agit tout d'abord, dès le , des Sanshoku, ou « Trois postes », à savoir le Sōsai ou président, les gijo ou législateurs et les san'yo ou conseillers.
Le Seitaisho, ou « Constitution de juin », promulgué en remplace les Sanshoku par un Grand Conseil d'État qui réactive la vieille institution du daijō-kanModern Japan in archives : 100-year history from the opening of the country to the San Francisco Peace treaty, « Ch. 1 : Initial Steps toward a Constitutional State - 1-4 Grand Council of State (Dajokan) System », édité et mis en ligne par la Librairie de la Diète. Celui-ci est tout d'abord dirigé par une forme de triumvirat constitué de Toshimichi Ōkubo, Takamori Saigō et Takayoshi Kido.
En 1871, la position de daijō-daijin est à son tour pleinement restaurée et confiée à Sanetomi Sanjō qui reste en place jusqu'à l'abolition en 1885 du daijō-kan, remplacé alors par le premier Cabinet impérial à la suite de la promulgation de l'Édit sur l'Autorité du Cabinet le .
Le premier Premier ministre du Japon a été Hirobumi Itō, investi le , chargé de rédiger une constitution et disposant alors d'assez importants pouvoirsIbid., « 2-6 Birth of the Cabinet System ».
Les Premiers ministres de la Constitution de 1889 thumb|left|100px|Aritomo Yamagata, Premier ministre du Japon et le de la Constitution Meiji Une faible marge de manœuvre constitutionnelle Les attributions du Premier ministre sont précisées par la première Constitution du Japon, dite Constitution Meiji, promulguée le mais effective à partir du . Celui-ci a des pouvoirs assez réduits, puisqu'il est nommé et peut être révoqué par l'empereur, de même que les autres membres du Cabinet. Le premier chef de gouvernement issu de cette constitution fut Aritomo Yamagata, en place du au . Jusqu'au décès de l'empereur Meiji et l'avènement de l'empereur Taishō en 1912, les Premiers ministres et les cabinets échappent plutôt à la logique de la composition politique de la Diète et dépendent au contraire de l' et par les . Ces derniers sont sept puis neuf personnalités de l'oligarchie considérés comme les « pères fondateurs » du nouveau système politique et qui exercent sur lui une autorité morale, ayant notamment le droit de choisir les Premiers ministres avec l'approbation de l'empereur et ce, jusqu'à la mort du dernier d'entre eux, Kinmochi Saionji, en 1940.
Vers une alternance plus parlementaire thumb|right|100px|Takashi Hara, le premier à avoir fondé un Cabinet pleinement fondé sur un parti politique. La jeunesse et la maladie du nouvel empereur Taishō mais aussi l'influence du genrō Kinmochi Saionji (le dernier à porter ce titre entre 1924 et 1940, c'est un partisan de l'avènement d'une réelle démocratie parlementaire) donne plus de marge de manœuvre au monde politique. C'est ainsi que le premier Cabinet basé sur le parti politique majoritaire à la Diète, le Rikken Seiyūkai, est formé par Takashi Hara en 1918. Ensuite, excepté la période allant de 1922 à 1924 dominée par des Premiers ministres militaires (dont certains ont toutefois été partisans de l'avènement de cette démocratie, d'autres au contraire, ceux du gunbatsu, favorables au maintien d'un système oligarchique), une véritable alternance politique se met en place entre le Rikken Seiyūkai et le Kenseikai (auquel succède à partir de 1925 le Minseito), parfois alliés, selon la majorité à la Diète. Cette première expérience de véritable fonctionnement démocratique et parlementaire s'accompagne de plusieurs réformes libérales en politique intérieure, comme l'« acte de réforme » de 1919 ou l'adoption du suffrage universel masculin en 1925.
Le retour en force des militaires au cours de l'ère Shōwa thumb|left|100px|Le général Hideki Tōjō, l'un des responsables de l'entrée en guerre contre les États-Unis du Japon. Le dernier Premier ministre « constitutionnel » à la tête d'un cabinet basé sur les partis du Parlement, Tsuyoshi Inukai, du Seiyūkai, est assassiné le . Le type de gouvernement parlementaire, discrédité par plusieurs échecs en politique étrangère, dont le plus important en date reste l'incident de Mukden en Mandchourie du , ou économique, laisse bientôt la place aux militaires de la Tōseiha dont l'influence devient prédominante après l'incident du 26-Février. Tous les Premiers ministres de 1932 à 1945 sont alors issus de l'armée, à l'exception du diplomate Kōki Hirota (1936-1937), du prince Fumimaro Konoe (1937-1939 et 1940-1941) et de Kiichirō Hiranuma (1939).
La guerre sino-japonaise (1937-1945), qualifiée de « guerre sainte » (seisen) et constituant la première étape de la politique impérialiste du Japon, intensifie le caractère autoritaire et nationaliste du régime. Sous Fumimaro Konoe sont alors mis en place le , la et l'. L'apogée de cette politique est mené par le général Hideki Tōjō (1941-1944) qui fait entrer le Japon dans la Seconde Guerre mondiale en recommandant l'attaque de Pearl Harbor du à l'empereur Shōwa. Le mouvement militariste ne perd son influence qu'avec la reddition du Japon et sa mise en tutelle par le Commandant suprême des forces alliées.
Vers un plein fonctionnement démocratique thumb|right|100px|Shigeru Yoshida, Premier ministre de 1946 à 1947 et de 1948 à 1954, signant le Traité de San Francisco en 1951. Après deux gouvernements transitoires dirigés successivement par le prince Naruhiko Higashikuni (1945), oncle par alliance de l'empereur Shōwa, puis par le baron Kijūrō Shidehara (1945-1946), ancien membre de la Chambre des pairs, le Japon renoue avec des Cabinets politiques et avec l'alternance.
Avec la réforme constitutionnelle imposée par le commandant suprême des forces alliées qui retire à l'empereur ses pouvoirs de chef d'État et de « commandant suprême de l'Armée et de la Marine », en plus d'abolir le quartier général impérial, le Premier ministre est dorénavant la personnalité politique la plus importante du Japon. C'est notamment Shigeru Yoshida, Premier ministre de 1946 à 1947 puis de 1948 à 1954, du Parti libéral, qui élabore la doctrine qui porte son nom et qui constitue encore aujourd'hui, du moins en partie, la base de la politique du Japon, à savoir se concentrer sur le développement économique et l'alliance avec les États-Unis, tout en refusant de s'occuper de tout ce qui concerne la défense qui est alors laissée aux Alliés.
thumb|left|100px|Tetsu Katayama, Premier ministre de la Constitution de 1947 et le seul dirigeant socialiste du Japon jusqu'en 1994 Le premier Premier ministre issu de la Constitution de 1947 fut le socialiste Tetsu Katayama, en place jusqu'en 1948, allié alors avec le Parti démocrate. Ensuite, entre 1948 et 1955, l'alternance se fait entre deux partis de centre droit, le Parti libéral et le Parti démocrate, qui s'unissent en 1955 pour former le Parti libéral-démocrate (PLD). Tous les cabinets sont dirigés sans discontinuer par ce dernier jusqu'en 1993, puis de nouveau de 1996 à 2009 et depuis 2012. De 2009 à 2012, une nouvelle majorité se met en place, dominée par le Parti démocrate du Japon (PDJ), créé en 1996 et classé au centre voire au centre gauche, et son président de l'époque, Yukio Hatoyama, devient Premier ministre. La fonction connaît néanmoins une crise, en l'absence d'un réel leadership politique, entre le retrait de Jun'ichirō Koizumi en 2006 et la deuxième élection de Shinzō Abe en 2012 : durant cet intervalle, six Premiers ministres se sont succédé en six ans.
vignette|droite|100px|Shinzō Abe, Premier ministre de 2006 à 2007 et de 2012 à 2020, détient le record de longévité à ce poste. Le record de longévité depuis est détenu par Shinzō Abe, qui totalise , et au pouvoir, dont , et consécutifs entre et . Il est suivi par Eisaku Satō, en poste du au à la tête de trois cabinets successifs (soit en tout 7 ans, 7 mois et 28 jours), puis par Shigeru Yoshida (7 ans, 1 mois et 27 jours dont 6 ans, 1 mois et 25 jours consécutifs du au ) et Jun'ichirō Koizumi (du au , pour trois cabinets, soit 5 ans et 5 mois).
Les Premiers ministres les plus éphémères de cette période d'après-guerre, outre le prince Naruhiko Higashikuni, en place du au , rapidement renvoyé en raison de sa mauvaise entente avec les Alliés, sont Tsutomu Hata (Shinseitō, du au , soit 63 jours) et Tanzan Ishibashi (du PLD, du au , soit 64 jours, qui démissionna du fait de problèmes de santé).
Anciens Premiers ministres du Japon encore en vie
Yasuo Fukudané le Yoshirō Moriné le Morihiro Hosokawané le Tarō Asōné le Jun'ichirō Koizuminé le Naoto Kanné le Yukio Hatoyamané le Yoshihide Sugané le Yoshihiko Nodané le Fumio Kishidané le Shigeru Ishibané le
Nomination thumb|right|redresse|Tarō Asō, ancien Premier ministre du Japon du au , élu par la Chambre des représentants mais pas par la Chambre des conseillers Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, selon la Constitution de 1947, le Premier ministre est nommé par l'empereur après avoir été désigné en son sein par les deux chambres de la Diète, avec priorité du choix de la Chambre des représentantsArticle 67 de la Constitution. Ce fut notamment le cas pour la désignation des anciens Premiers ministres Yasuo Fukuda et Tarō Asō, qui furent tous deux élus par la chambre basse où le PLD est toujours majoritaire, tandis que la Chambre des conseillers avait quant à elle porté son choix les deux fois sur le chef du PDJ et de l'opposition Ichirō Ozawa« Japon: les députés approuvent Yasuo Fukuda comme Premier ministre », Dépêche AFP, 24/09/2007 « Taro Aso élu Premier ministre japonais », Xinhuan, 24/09/2008.