Le royaume de Champa ou CampaOn écrit « le Champa », sans accent, et en sanscrit Campā, avec accent. « Musée de Sculpture Caṃ de Đà Nẵng », en suivant l'usage du vietnamien dans les ouvrages de référence universitaires, comme , Musée national des arts asiatiques - Guimet et EFEO. (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ; du sanskrit Campā ; en cham : ꨌꩌꨚ / Campa ; en khmer : ចាម្ប៉ា / Champa ; en vietnamien : Chiêm Thành ; en sino-vietnamien et dans les archives chinoises : 占城 / Zhànchéng), situé dans la zone centrale du Vietnam moderne, présente une relative unité politique sur une longue période, semble-t-il, bien qu'on lui connaisse deux appellations, Linyi et ChampaAnton Zakharov, dans ., du , et même jusqu'au début du sur un petit territoire. C'est un pays indianisé dans la péninsule indochinoise. Le Champa s'est construit au contact des cultures de l'Inde et de la Chine, qui dominaient les échanges maritimes en Asie du Sud-Est, et au contact de ses voisins viêts, au Nord, et khmers, à l'Ouest.
Les principautés chamOn peut suivre l'usage universitaire qui n'applique pas l'accord : « les Cham », « Les principautés cham ». Référence : ., établies sur les plaines alluviales et les ports, mais aussi sur certaines hautes terres, étaient majoritairement de culture hindouiste et de langue cham, une langue malayo-polynésienne, mais on y rencontrait aussi des langues régionales.
Le Champa figure dans des inscriptions cham et khmères, mais aussi chinoises (en tant que Linyi), du . À l'époque de sa plus vaste extension, le Champa occupait un territoire allant de la province de Quảng Bình, au Nord ( parallèle), à Phan Thiết et Biên Hòa, au Sud ( parallèle)Michael Vickery, « Histoire », dans .. Les Chinois n'utilisaient pas le terme Champa mais Linyi, ce qui désignait une succession de plaines alluviales ouvertes sur la mer et séparées par des reliefs, chacune ayant abrité une sorte de principauté. L'un de ces princes a pu, semble-t-il, imposer son statut de « roi des rois » à plusieurs autres principautés, mais jamais à toutes. Après la défaite de 1471 par le Đại Việt, le pays est resté affaibli, mais au début du , le Champa était encore un royaume victorieux et presque unifié, quoique pour peu de temps.
À Châu Dôc, dans la province d'An Giang frontalière du Cambodge, vit encore une minorité Cham aujourd'hui musulmane, avec ses traditions.
Les Cham
Au début du , le voyageur chinois Faxian, sur le chemin du retour d'Inde en Chine, y fait escale et décrit le fort nez droit et les cheveux noirs et bouclés de ses habitants ainsi que leurs pratiques funéraires de la crémation au son des tambours. Les Cham suivaient un système de castes assez semblable à celui en vigueur en Inde, mais offraient aux femmes une position plus importante dans les affaires concernant la famille et le mariage. Ils avaient cependant adopté la coutume de la satî. Ils bannissaient aussi le bœuf de leur table, une pratique toujours observée dans certaines régions du Vietnam. Les Cham étaient constitués en deux clans : Narikel Vamsa, le clan de la noix de coco, et Kramuk Vamsa, le clan de la noix de bétel, les premiers contrôlant la partie nord du royaume, tandis que les seconds régnaient sur le Sud.
Actuellement réduite à une population d'environ , l'ethnie cham a conservé sa culture et sa langue, et la grande majorité de ses membres pratiquent l'islam.. Au Vietnam, ils sont en majorité hindouistes avec une minorité musulmane, alors qu'en dehors du Vietnam, la diaspora cham est majoritairement musulmane, en particulier au Cambodge et en MalaisiePaul Mus a mené des études sur cette région et cette population., avec une minorité bouddhiste et hindouiste. La langue cham fait partie du groupe malayo-polynésien de la famille des langues austronésiennes.
Les populations du Champa ne parlaient pas toutes le cham. Une étude portant sur la vallée du Trà Khúc montre que c'était une langue mon-khmer, le hrê, que l'on employait dans cette plaine du Champa. Le sanskrit (langue « internationale », comme en Europe le latin) et le cham ont certainement servi de lien politique entre les populations de langues diverses qui constituaient le royaume.
Terminologie Le nom de « Champa » est peut-être l'adaptation d'un terme indien qui désigne une région de l'ancien Bengale, aujourd'hui au Bihar, dont la capitale était Champâpuri, et dont le port était tourné vers les commerçants de l'Inde orientale. Cette ville était célèbre pour être évoquée à propos de Bouddha, après l'Éveil. Le terme « Champa » aurait été employé à partir du moment où les Cham sont entrés en contact avec les populations du sous-continent et en raison de sa parenté phonétique avec leur propre manière de se désignerMichael Vickery, « Histoire », dans .. Les premiers alphabets du Champa, comme ceux du Cambodge et du Nusantara (Indonésie), trouvent leur origine dans l'écriture de l'Inde du SudMichael Vickery, « Histoire », dans ..
Les capitales Tout le pays cham est couvert de citadelles. Elles ont pu être le centre d'un pouvoir royal, mais peu d'entre elles ont pu être identifiées à des capitales évoquées dans les sources écrites. Et ces citadelles ne correspondent pas aux coordonnées géographiques de lieux anciennement mentionnés. Il faut en conclure que soit d'autres citadelles restent à découvrir, qui correspondraient éventuellement à d'anciennes capitales, soit celles-ci sont totalement détruites aujourd'hui. Pendant de très longues périodes, aucune capitale locale n'a su s'imposer comme capitale du Champa.
L'espace Le Champa s'étirait, au moment de sa plus grande extension, sur du Nord au Sud, un territoire allant du Quang Binh, au Nord ( parallèle), à Phan Thiết et Biên Hòa, au Sud ( parallèle), et sur une frange côtière d'au maximum de large, ouverte sur la mer de l'Est (ou « mer de Chine méridionale »). À l'Ouest, la chaîne Annamitique sépare cette frange côtière du pays Khmer, mais des plis transversaux de cette cordelière sont autant de sources de fleuves ainsi canalisés vers l'Est, qui vont produire de petites plaines alluviales plus ou moins isolées les unes des autres.
Premiers temps du Champa ( AEC – )
Arrivée des Cham ( AEC) Pendant longtemps, les chercheurs ont cru que les Cham étaient arrivés par la terre, chassés de la Chine par les Han (206 AEC et 220 EC) .. L'analyse linguistique comparative a établi que les Cham étaient venus de la mer vers la fin du avant notre ère, de la Malaisie et d'Indonésie de Sumatra ou de Bornéo, pour s'établir dans la région de l'Annam au centre du Viêt Nam moderne, bien qu'il y ait des preuves génétiques de mélange avec l'Inde .. Ce territoire était occupé par des populations parlant le mon-khmer, parmi lesquelles le groupe viétique, qui donnera naissance au vietnamien, et, à l'extrême Sud, le groupe khmer, celui duquel sont issus les futurs occupants majoritaires du Cambodge.
Les Cham originels sont donc les héritiers probables des colons de la fin du Néolithique venant des îles indonésiennes. Leurs petites plaines enserrées dans des reliefs maintenaient leur orientation principale en direction de la mer. Leurs villes étaient d'abord des ports au départ d'importantes routes d'échanges reliant l'Inde, la Chine et les îles indonésiennes. Par contre, si l'habitude austronésienne était de changer souvent de site pour maintenir son autosuffisance, les échanges commerciaux continentaux imposaient la stabilité de résidence. La production de riz est donc devenue une nécessité. Dans la province de Quang Tri, la culture du riz avec le système d'irrigation complexe de Gio Linh en témoigne...
Ces résultats sont issus de nombreuses recherches « sur la préhistoire tardive et la protohistoire de la façade maritime de l'Asie du Sud-Est côtière, ce qui a permis de mieux comprendre et de redéfinir pour la région le long processus d’interaction avec l'Inde qui a précédé ce qu’il est convenu de nommer son « indianisation », et la période cruciale de formation de ses premiers États »..
Rapports avec la culture de Sa Huỳnh ( EC) Des fouilles effectuées de 1993 à 2006 à Hội An sur des sites de dunes en bord du fleuve Thu Bồn donnent des indices d'une continuité avec les traditions locales de céramique, verre et métal de la culture de Sa Huỳnh, aux AEC et EC, continuité avec celles des sites Linyi/Champa ultérieurs. Mais ces savoir-faire se sont développés, on prépare alors bien plus soigneusement la terre, tout en conservant une cuisson économe en combustible et simple à mettre en œuvre. Tandis que, précédemment, la poterie était une production familiale, elle s'intensifie ensuite et sur des centres spécialisés surtout après le , au point d'être largement commercialisée dans la régionLâm Thị Mỹ Dung, « Champa settlements of the first millenium », dans ..
Premiers rapports avec la Chine (s EC) On y a découvert aussi des témoins d'échanges avec la Chine des Han de l'Est (25-220 EC) jusqu'à celle des Six Dynasties (220-589) et des Tang (618-907). Le passage des chefferies Sa Huỳnh à des structures étatiques cham semble se faire en relation avec le modèle han. L'intervention autoritaire des Han orientaux au Jinan aux aura certainement favorisé la constitution de pouvoirs forts au Champa.
Certaines trouvailles sont exceptionnelles : une feuille d'arbre de la Bodhi en bronze, ainsi que des tessons à motifs de fleurs de lotus et d'animal, peut-être un éléphant, motifs totalement absents de la céramique Sa Huỳnh.
Une maison incendiée a été découverte, ainsi qu'une autre à toits de tuiles de type chinois avec des tessons de céramique han, qui datent du début de l'ère commune. Enfin, à Gò Cẩm, une perle en verre bleu sombre de la région indo-pacifique ainsi que deux types de riz ont été mis au jour. Ces découvertes restent énigmatiques mais sont des indicateurs au moins du passage de la culture han et peut-être de son effet de modèle ou contre-modèle pour les chefferies locales, comme l'usage des tuiles de type chinois, qui perdurera.
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Rapports avec l'Inde (s)
Dès le début de l'ère chrétienne, l'Annam a connu une immigration indienne peu nombreuse mais qui a pacifiquement répandu l'hindouisme, le bouddhisme et le sanskrit, probablement une des langues de communication les plus répandues dans le sud-est asiatique à l'époque. Les moines bouddhistes introduisirent les deux formes du bouddhisme, Mahâyâna et Theravāda.
Des tout premiers temps datent des tessons décorés à la roulette, et qui seraient d'origine indienne, donc un premier témoin d'échanges lointains. On en a retrouvé sur la côte nord de Bali, aux environs de Jakarta et au nord de la péninsule Malaise. D'Inde viendrait aussi l'usage de petites verseuses kendi, dont l'appellation dériverait d'un kuṇḍika à bec (vase rituel bouddhiste, réservoir d'eau pure) et que l'on retrouve à cette époque à Trà Kiệu, vallée du Thu Bồn, probablement au milieu du , mais aussi ailleurs au Champa et sur les routes du commerce indien.
Plus récents, des , les petits bronzes, mais aussi le grand Bouddha de Đồng Dương, probablement originaire du Sri Lanka theravâdin, datent tous de cette période et témoignent de cette co-présence... Malgré cette forte influence indienne, les Cham vont garder des caractéristiques particulières qui se retrouveront dans leur statuaire bouddhiste et hindouiste, et qui la différencient de celles de l'Inde et de l'Indonésie.
Trà Kiệu et l'émergence des premiers centres politiques ()