Le caribou d’Amérique du Nord et le renne d’Europe appartiennent à une seule espèce (Rangifer tarandus), mais plusieurs sous-espèces ont été identifiées, leur nombre variant selon les critères retenus pour la classification (craniométrie, coloration, caractéristique des bois, répartition, historique)Banfield, A.W.F. 1961. A revision of the reindeer and caribou, genus Rangifer. Musée National du Canada, Bulletin no 177. 137 p.Geist, V. 1991. Taxonomy: on an objective definition of subspecies, taxa as legal entities, and its application to Rangifer tarandus Lin. 1758. . Dans Butler, C.E. and Mahoney S.P (éds.). Procedings of the North American Caribou workshop. St. John’s Newfoudland..

La classification de (1961) reconnaît cinq sous-espèces au Canada :

le caribou de Grant au Yukon et en Alaska [R. t. granti] ; le caribou de la toundra du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest [R. t. groenlandicus] ; le caribou des îles du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest [R. t. pearyi] ; le caribou des îles de la Reine-Charlotte (éteint depuis 1910) [R. t. dawsoni] ; le caribou des bois [R. t. caribou]).

Ce dernier est présent depuis Terre-Neuve-et-Labrador jusqu’en Colombie-Britannique, aux Territoires du Nord-Ouest et au Yukon. Étant très largement réparti, le caribou des bois se retrouve dans des conditions écologiques très différentes, si bien qu’on peut le classifier en divers écotypes selon l’habitat qu’il fréquenteMallory, F.F. et T.L. Hillis. 1998. Demographic characteristics of circumpolar caribou populations: ecotypes, ecological constraints/releases, and population dynamics. Rangifer, Special Issue 10: 49-60..

Le caribou des bois est donc une sous-espèce du caribou vivant dans les forêts boréales de l'Amérique du Nord. Il se présente principalement en trois écotypes : le caribou toundrique qui fréquente la toundra forestière une partie de l'année, le caribou forestier, présent toute l'année dans la forêt boréale, et le caribou montagnard, invariablement associé aux versants et aux sommets des montagnes.. La population toundrique est la seule à présenter un comportement migratoire. Le caribou des bois apparaît sur les pièces de de la monnaie royale canadienne depuis 1937.

Écotype toundrique

thumb|Nombre de caribous toundriques dans la population de la rivière George et celle de la rivière aux Feuilles

L'écotype toundrique du Nord-du-Québec et de la baie du Labrador comprend deux grandes populations, celle de la rivière aux Feuilles dans la partie nord-ouest du Québec, et celle de la rivière George chevauchant la partie nord-est du Québec et le Labrador. Ces caribous migrateurs traversent plus de par année dans une zone d’environ un million de kilomètres carrés s’étendant de la Baie James jusqu’aux monts Torngat, du Labrador. Certains caribous peuvent parcourir en une seule année. Ces migrations amènent les femelles à donner naissance à leur faon dans la toundra de la partie septentrionale de l'aire fréquentée. À l'automne les caribou entreprennent une migration méridionale qui les conduit dans la taïga éparse de la forêt boréale durant l'hiver. Notons aussi qu'une petite population de caribous des bois à comportement migrateur vit dans le Nord de l’Ontario, sur les plaines longeant la baie d’Hudson.

L'abondance des caribous toundriques subit des variations très importantes, pour des raisons plus ou moins bien connues. Dans le nord du Québec, elle a atteint des sommets vers la fin de chacun des , et s. Compte tenu de leur ampleur, ces changements d'abondance ont des répercussions socio-économiques majeures. À titre d'exemple, le déclin qui a commencé vers 1900 a entraîné dans la misère les Inuits et les Cris du Nunavik (Québec) qui dépendaient de la chasse pour leur subsistance. Celui du début des années 2000 a des répercussions majeures sur les activités des autochtones et des pourvoyeurs qui opèrent dans le nord du Québec et au Labrador.

D'après les informations recueillies sur la population de la rivière George, les fluctuations d'abondance du caribou toundrique pourraient s'expliquer par l'augmentation de la compétition pour la nourriture tout au long de l'année et par l'accroissement des dépenses énergétiques associées à l'agrandissement des aires utilisées lors des pics d'abondance.

En 1954, il y avait à peine des bois dans le Nord du Québec et au Labrador. Leur nombre s'est toutefois accru de façon spectaculaire durant les quelque cinquante années qui ont suivi, avant de péricliter drastiquement. La population de la rivière George, forte d’environ en 1993Couturier, S., R. Courtois, H. Crépeau, L.-P. Rivest et S. Luttich, S. 1996. The June 1993 photocensus of the Rivière George caribou herd and comparison with an independent census. Rangifer, Spec. Issue 9: 283-296., ne comptait plus que en 2010. et en 2012http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Aout2012/16/c7587.html. Caribous du troupeau de la rivière George - Le MRNF fait connaître les résultats de l'inventaire. Pendant la même période, la population de la rivière aux Feuilles est passée de en 1991 à en 2001Couturier, S., D. Jean, R. Otto et S. Rivard. 2004. Démographie des troupeaux de caribous migrateurs-toundriques (Rangifer tarandus) au nord du Québec et au Labrador. Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs. Direction de l’aménagement de la faune du Nord du Québec et Direction de la recherche sur la faune. 71 p. pour redescendre à en 2011. En Alaska, la population de caribous est passée de près de 500 000 au début du siècle à 188 000 en 2021, sous le seuil de reproduction, notamment à cause du réchauffement climatique et de la chasse.

Écotype forestier Génétique

Les caribous de l’est de l’Amérique seraient tous issus d’une population réfugiée plus au sud lors de la dernière glaciationRoed, K.H., M.A.D. Ferguson, M. Crête, et T.A. Bergerud. 1991. Genetic variation in transferrin as a predictor for differentiation and evolution of caribou from eastern Canada. Rangifer 11: 65-74.. Toutefois, on a noté plus de ressemblances génétiques entre les caribous forestiers du Québec, de l’Ontario et du Manitoba qu’entre les forestiers et les toundriques du Québec. Cette différence est expliquée par des contacts post-glaciaires entre les toundriques du Québec et ceux de l’Arctique canadien.

Les populations forestières discontinues constitueraient une métapopulationCourtois, R., L. Bernatchez, J.-P. Ouellet et L. Breton. 2003. Significance of caribou ecotypes from a genetic viewpoint. Conserv. Genetics 4: 393-404. (groupe de populations locales reliées par des individus qui se dispersent), présentant un flux génétique faible mais réel et distinct des populations toundriques du nord du Québec ou de la population montagnarde de la Gaspésie. Les petites populations isolées présentent une plus faible diversité génétique mais cette situation ne semble pas alarmante pour l’instant.

Habitat

vignette|Un habitat d'hiver du caribou forestier riche en lichens terricoles

Le caribou forestier vit dans des habitats peu productifs et offrant une faible diversité végétale. Dans le nord-est de l’Alberta, il est confiné aux tourbières durant toute l’annéeBradshaw, C.J.A., D.M. Hebert, A.B. Rippin, et S. Boutin. 1995. Winter peatland habitat selection by woodland caribou in northeastern Alberta. Can. J. Zool. 73: 1567-1574.. En Sasketchewan, il fréquente les tourbières et les peuplements d’épinette noire (Picea mariana)Rettie, W.J., J.W. Sheard, et F. Messier. 1997. Identification and description of forested vegetation communities available to woodland caribou: relating wildlife habitat to forest cover data. Forest Ecol. Manage. 93: 245-260.. Dans le nord de l’Ontario et du Québec, le caribou forestier recherche avant tout des sites riches en lichens terricoles ou arboricoles qu’il trouve dans les forêts matures d’épinetteDarby, R., et L.S. Duquette. 1986. Woodland caribou and forestry in northern Ontario, Canada. Rangifer, Spec. Issue 1: 87-93.. On note toutefois des différences régionales parfois notables selon la disponibilité des divers habitatsFortin, D., R. Courtois, P. Etcheverry, C. Dussault, A. Gingras. 2008. Winter selection of landscapes by woodland caribou: behavioural response to geographical gradients in habitat attributes. Journal of Applied Ecology 45: 1392-1400..

Les femelles se dispersent dans les tourbières, la forêt résineuse, parfois sur des îles pour mettre basBergerud, A.T., R. Ferguson, et H.E. Butler. 1990. Spring migration and dispersion of woodland caribou at calving. Anim. Behav. 39: 360-369. afin de réduire les risques de prédationBergerud, A.T. 1985. Antipredator strategies of caribou: dispersion along shorelines. Can. J. Zool. 63: 1324-1329.. À l’été, elles rechercheraient des sites offrant une meilleure qualité alimentaireKlein, D.R. 1970. Tundra ranges north of the boreal forest. J. Range Manage. 23: 8-14. ou des milieux ouverts, exposés au vent pour fuir les insectes.

En hiver, les caribous forestiers sont plus concentrés que durant les autres saisons. Ils évitent les peuplements mélangésSchaefer, J.A. 1996. Canopy, snow, and lichens on woodland caribou range in southeastern Manitoba.. Rangifer, Spec. Issue 9: 239-244. et fréquentent des milieux ouverts riches en lichens terricoles jusqu’à ce que les conditions de neige ne permettent plus le creusage de cratères d’alimentationVandal, D. 1985. Écologie comportementale du caribou du parc des Grands-Jardins. Mémoire de Maîtrise. Université Laval. Ste-Foy, Québec. 128 p.. Ils se déplacent alors vers des forêts de conifères. Ils utilisent les plans d’eau pour se déplacer, fuir les prédateurs et se reposer. Les domaines vitaux sont habituellement grands (200–) mais varient beaucoup selon les populations et les individus (32–)Stuart-Smith, A.K., C.J.A. Bradshaw,S. Boutin, D.M. Hebert, et A.B. Rippin. 1997. Woodland caribou relative to landscape pattern in northeastern Alberta. J. Wildl. Manage. 61: 622-633..

Les lichens terricoles (Cladina spp., Cladonia spp., Cetraria, spp., Parmelia spp.) ou arboricoles (Alectoria spp., Bryoria spp., Evernia, spp., Usnea spp.) constituent la base du régime alimentaire du caribou forestierArseneault, D., N. Villeneuve, C. Boismenu, Y. Leblanc, and J. Deshaye. 1997. Estimating lichen biomass and caribou grazing on the wintering grounds of northern Quebec: an application of fire history and Landsat data. J. Appl. Ecology 34: 65-78.. Ils représentent une source d’énergie hautement digeste mais qui engendrerait un déficit en potassium. Le caribou peut cependant utiliser des plantes herbacées (Carex spp., Eriophorum vaginatum, Smilacina trifolia) et des essences ligneuses (Betula papyrifera, Populus tremuloïdes, Prunus pensylvanica, Salix spp., Amelanchier spp., Larix laricina, Alnus spp., Vaccinium spp.) selon leur disponibilité saisonnière ce qui pourrait combler le déficit en potassium.