François Emmanuel Guignard, chevalier puis comte de Saint-Priest est un diplomate et homme d'État français, né à Grenoble le et mort à Lyon le . Successivement officier dans les armées de Louis XV, ministre à Lisbonne (1763), ambassadeur à Constantinople (1768-1785) et en Hollande (1787), ministre-secrétaire d'État de la Maison du Roi (1789-1790) et premier ministre de l'Intérieur (1790-1791), chargé de mission durant l’émigration par Louis XVIII auprès de plusieurs cours étrangères (1795-1807).

Enfance et étude François Emmanuel Guignard, comte de Saint-Priest est né à Grenoble le de Jean-Emmanuel Guignard, vicomte de Saint-Priest, et de Louise Jacqueline Sophie de Barral de Montferrat. La famille Guignard de Saint-Priest était une ancienne famille noble du Dauphiné (Jacques de Guignard, Chr., président au Parlement de Metz, prévôt des marchands de Lyon en 1654 fut titré vicomte de Saint-Priest par lettres patentes de 1653)Jougla de Morenas, Grand Armorial de France, tome 4, pages 249 à 250..

Il fit ses études dans différents collèges jésuites et les finit à Paris en 1749. Il fut inscrit l’année suivante dans la compagnie des Mousquetaires gris, mais il n’en fit pas le service. Il reçut en même temps un bâton d’exempt des Gardes du corps du roi et il est nommé de service auprès du roiMémoires du comte de Saint-Priest, publié par le Baron de Barante, Calmann-Levy, 1929 en 2 volumes, page 3..

Arrivé à la cour de Versailles, il retrouve des proches parents : l’abbé Pierre de Barral (aumônier du roi) et le comte de Verceil (lieutenant des gardes du corps). Son service lui permit d’accompagner plusieurs fois le roi Louis XV à la chasse ou dans le salon où le roi jouaitMémoires, pages 4-5.. Ce qui lui a permis de parler « sans embarras » au roi. Son service prit fin en et il s’embarqua à destination de Malte pour faire ses caravanes. Lors du voyage le navire prend feu au niveau des cuisines ; l’incendie est maîtriséMémoires, page 10.

Carrière militaire Servant de Saint-Jean de Jérusalem Il est reçu de minorité dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le Saint-Allais, L'ordre de Malte, ses grands maîtres et ses chevaliers, Delaunay, Paris, 1839, ..

Il arrive à Malte, en 1752Louis de la Roque, Catalogue des chevaliers de Malte, appelés successivement Chevaliers de l'Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes, de Malte - 1099-1800, Alp. Desaide, Paris, 1891, colonne 115., pour faire ses caravanes où il doit d'abord rester quatorze jours en quarantaine à cause d’une rumeur de contagion de la peste. Il est accueilli et présenté par son oncle, le bailli de Tencin, ancien ambassadeur de l'Ordre à Rome.

Pour sa première caravane, en 1752, il part pour la Sicile afin d’y chercher une provision de biscuitMémoires, page 11.. De là, il rejoint la Sardaigne, à la recherche de corsaires barbaresques. Après avoir quitté la Sardaigne, il fait une courte mission en Espagne et revient à Malte pour passer l’hiver. Sa deuxième caravane, en 1753, l’emmène à Naples, sur la côte espagnole et à Majorque où il faillit se noyerMémoires, page 15. et sa troisième, en 1754, sur les côtes d'Afrique, entre Tunis et TripoliMémoires, page 17..

Il renonce à prononcer ses vœux à l'Ordre pour se marier en 1754 et quitte Malte sans avoir été reçu chevalier.

Aide maréchal des logis Il rentre en France en . Il arrive à Lyon et retrouve ses parents ainsi que l’archevêque de Lyon, le cardinal de Tencin. Il retrouve la compagnie des gardes du corps du roi. Il est nommé le aide maréchal des logisMémoires, page 40.. Il participe à deux campagnes militaires en Allemagne, une dans l’armée du maréchal de Broglie, la seconde sous le prince de Soubise. Il fait partie ensuite du corps auxiliaire, qui aida l’Espagne à attaquer le PortugalMémoires, page 62..

Ambassade au Portugal En 1764, à l’âge de vingt-neuf ans il est nommé ambassadeur au PortugalMémoires, page 81.. Il habitait une « jolie maison » en bois car depuis le tremblement de terre de 1755, les maisons en pierre avaient laissé un mauvais souvenir (même le palais du roi était en bois).

Par ses fonctions, il encourage le commerce entre la France et le Portugal. Au début de 1764, il y avait échange de quinze à vingt navires de blé et, à la fin de son mandat, ce sont deux cent cinquante navires de blés qui s’échangeaient chaque annéeMémoires, page 85., ce qui permit le développement d’autres échanges commerciaux. Il est chargé d’organiser la récupération des restes (débris de canon et de fonte) des bateaux échoués pendant la bataille d’Algarve (en 1758, la flotte française a été défaite par la flotte anglaise). Il négocie la libération de dix-sept jésuites qui étaient prisonniers au PortugalMémoires, page 89..

Après deux ans et demi passés à la cour du Portugal, il demande à changer de poste. Il demanda un congé en attendant d’être nommé ailleurs.

Mission en Angleterre Il part pour l’Angleterre, à bord d’une frégate anglaise et fait connaissance de Joseph BanksMémoires, page 92.. Le but de son voyage était de porter une grande somme d’argent pour le service d’une de ses connaissances. Il profite de son voyage en Angleterre pour visiter Londres, Bath, Bristol, Oxford. Le recteur de l’université d'Oxford étant un ami, il a l’honneur d’être fait docteur en droitMémoires, page 96.. De retour en France, il est nommé ambassadeur à Constantinople. Sa carrière d’ambassadeur devenant incompatible avec son engagement militaire, il choisit de démissionner de l’armée et reçoit l’autorisation de conserver son grade de colonel.

Ambassade à Constantinople Durant le début de son ambassade (et jusqu’à la mort de Louis XV), il est associé au « secret du Roi » (Certaines lettres ne devaient pas passer par le ministre des Affaires étrangères, mais par le comte de BroglieMémoires, page 112.). L’ambassade de France à son arrivée était « une grande baraque de bois qui tombait en ruine ». Un jour s’appuyant sur le rebord d’une fenêtre, le bois céda et il faillit chuterMémoires, page 122.. Il rénova donc l’ambassade.

thumb|upright|Armes de la famille Guignard de Saint-Priestsur l'ancien consulat français à IstanbulDevise :Fort et Ferme.

Description des Ottomans Quelques mois après son arrivée à Constantinople, la Russie et l’Empire ottoman entrent en guerre. Il décrit l’armée ottomane comme mal organisée (peu d'officiers), sans armes homogènes (le corps de janissaires était composé d’artisans qui devaient venir avec leurs propres armes) et obsolète (l’artillerie était composée de quelques canons tirés par des buffles et qui étaient beaucoup plus lents que le reste de l’armée). Il ajoute que la puissance de l’armée ottomane provenait du nombre imposant de soldats mobilisables : il a été impressionné par les dix mille hommes du corps des janissairesMémoires, pages 124-125..

Il note aussi l’insécurité présente à Constantinople : les soldats ottomans ne faisaient pas de différence entre les Russes et les autres Européens, aussi tous les Européens subissaient les insolences des milices ; les ambassadeurs étaient protégés par des janissaires, mais ceci n’empêchait pas les injures (il a ainsi essuyé deux coups de fusil lorsqu’il se promenait à chevalMémoires, page 127.).

Il prévient le grand vizir que les Russes prévoyaient de faire soulever les Grecs contre les Ottomans et qu’une escadre de navires allait être envoyée. La France souhaitait que l’Empire ottoman gagne cette guerre, car la Russie était alliée de la Grande-Bretagne. Le ministère de la Marine ottoman affirma que c’était impossible. Mais les Russes réussirent à le faire, et certaines îles passèrent sous domination russe pendant toute la guerreMémoires, page 128..

Espionnage de l’ambassade britannique Il espionne l’ambassadeur britannique pendant cinq ans. Il recopie tous les jours les lettres fournies par le domestique de l’ambassadeur britannique. Ce domestique était un gentilhomme polonais qui était chargé de balayer le bureau de l’ambassadeur pendant le dîner qui durait jamais moins de deux heures. Ce domestique récupérait les dépêches à l’aide d’une fausse clé et les replaçait avant la fin du dîner. Cet espionnage n’apporte pas ou peu d’informations importantes, mais permet de s’assurer que les pourparlers de paix entre Russes et Ottomans n’avaient pas encore commencéMémoires, page 131..

Libération du prince Repnine thumb|Le prince Repnine délivré de la prison des sept tours en présence du comte de Saint-Priest le . Il rédige un mémoire sur l’Égypte qui était selon lui la meilleure province de l'Empire ottoman à conquérirMémoires, page 138 (ce mémoire a été lu par Napoléon Bonaparte avant la campagne d'Égypte).. Il libéra le prince Repnine qui était prisonnier de guerreMémoires, page 149.

Mariage et enfants Il se marie en 1774 à trente-neuf ans. Il épouse Wilhelmine Constance von Ludolf, comtesse du Saint-Empire, fille de l'ambassadeur de Naples, le comte de Ludolf. Elle est née en 1752 et morte en 1807Mémoires, page 154..

Son fils aîné est né en 1775. Son deuxième fils est né en 1776. Après la naissance de son deuxième fils, il décide de rentrer en France en congés avec son fils aîné. Mais ce dernier tombe malade et décède lors d’un voyage entre Constantinople et la France. Il est inhumé sur l’île Saint-Pierre, près de la SardaigneMémoires, page 157.. Il reste trois ans en France et repart en 1778 pour Constantinople avec un de ses frères et son neveu le comte d’Antraigues. Il confie à ses parents sa fille née en 1777.

En 1781 naît sa deuxième fille. En 1782 naît son fils ArmandMémoires, page 175..

Négociation de paix entre la Russie et l'Empire ottoman thumb|Audience accordée par le grand vizir Aimali Carac au comte de Saint-Priest le . La peste règne alors à Constantinople, plusieurs de ses domestiques en meurent.

Il s’active à faire avancer les négociations de paix entre la Russie et l'Empire ottoman. La France avait tout à gagner de faciliter la paix entre ces deux pays afin d’avoir du crédit. Ceci permit notamment à la France de demander à la Russie de respecter la neutralité des bateaux, lors de son conflit avec la Grande-Bretagne. Il permet ainsi l’établissement du le Mémoires, page 172.. thumb|Réception de l'Ambassadeur de France, par le Sultan à Constantinople : le dîner offert par le Grand Vizir.

À la suite de ces négociations, il est fait chevalier des ordres impériaux de Saint-André et de Saint-Alexandre Newski par Catherine II.

Deuxième négociation de paix (Russie, Autriche et Empire ottoman) Il négocie la paix entre la Russie et l’Empire ottoman et entre l’Autriche et l’Empire ottoman. Il réussit à faire accepter que l’Empire ottoman cède la Crimée à la Russie et négocie la modification de frontière entre l’Autriche et l’Empire ottoman. Cette dernière négociation lui valut la reconnaissance de l’empereur Joseph II d’Autriche. Tout cela aboutit à la signature du traité de ConstantinopleMémoires, page 182.. Son ambassade à Constantinople prend fin en 1785. Il passe deux ans en France pour revoir sa famille et gérer quelques affaires.

Ambassadeur dans les Provinces-Unies Il est nommé ambassadeur auprès des états généraux des Provinces-Unies le . Les Provinces-Unies sont alors en pleine Révolution batave, et durant le voyage qui le conduit en Hollande, il rencontre des patriotes qui fuient la guerre civile, notamment Johan Valckenaer. Il est alors rappelé à VersaillesMémoires, page 203.. Il repart pour les Provinces-Unies en , mais la Hollande est encore la proie de révoltes. À peine arrivé à La Haye, une populace manifeste devant les grilles de son ambassadeMémoires, page 209.. Durant son ambassade, il est espionné par un Français, le comte de Maillebois, pour le compte des Provinces-UniesMémoires, page 210..

Ministère (1788–1790)