Le siège de Calais est entrepris durant la guerre de Cent Ans, lors de la chevauchée d'Édouard III par les Anglais en , une semaine après la bataille de Crécy, et va durer onze mois.
Durant l'hiver et le printemps, les Français arrivent à procurer des vivres et des renforts par voie de mer, principalement par Jean Marant, mais à partir du mois d'avril, les Anglais arrivent à fortifier l'entrée du port et à couper les communications de la ville.
Le , le chef de la place, Jean de Vienne, seigneur de Pourlans et Bousselange, écrit au roi que leurs vivres sont épuisés.
Le , Philippe VI arrive du nord avec une armée estimée entre , mais il doit renoncer et battre en retraite face à des troupes anglaises et flamandes bien retranchées et fortes de plus de .
Le ou , après une résistance héroïque des habitants, six bourgeois de la ville conduits par Eustache de Saint Pierre se livrent en otages au roi Édouard III d'Angleterre. Selon la tradition forgée par l'historiographie française et à laquelle participent de nombreux artistes, cet épisode est mythifié en un acte d'héroïsme de bourgeois sauvant la ville de la destruction alors qu'il s'agit en réalité d'un rituel de capitulation, d'amende honorable, de pénitence publique et d'humiliation tel qu'il était alors couramment pratiqué au Moyen Âge après un siège.
En 1349, déjà très affaiblis par la famine occasionnée par le siège, les habitants sont presque tous fauchés par la peste noire. Repeuplée par des Anglais, Calais sera une importante place forte anglaise durant la guerre de Cent Ans et au-delà.
Elle ne sera reprise par les Français qu'en 1558.
Contexte
Tout commence le , lorsqu'Édouard III d'Angleterre débarque à Saint-Vaast-la-Hougue pour faire une promenade en FranceAlain Derville et Albert Vion, Histoire de Calais, Westhoek, 1985.. En réalité, il dévaste la Normandie, menace Paris et, poursuivi par les armées du roi de France, s'en retourne vers le nord.
Après avoir traversé la Somme, le face-à-face a lieu aux abords de la forêt de Crécy le . Les chevaliers français venant d'Abbeville attaquent en désordre et sont jetés à terre sous une pluie de flèchesPays du Nord .. Après avoir remporté la bataille de Crécy, le roi Édouard , qui ne pensait quelques mois plus tôt qu'à retourner en Angleterre, n'a plus d'adversaire. Il se presse d’aller faire le siège de Calais, après avoir incendié Wissant et Wimille, extrêmement nuisible au roi et à son royaume, afin d'avoir une tête de pont qui serait la clef pour le départ ultérieur de ses chevauchées en France.
Le siège anglais (1346-1347) Le roi d'Angleterre commença l’investissement devant la place, le . En prévision d'un long siège, il fit élever, au sud-ouest de la ville entre Calais et les rivières de Guînes, de Hames et le pont Nieulay, un camp retranchéCe camp retranché comportait comme pour le siège d'Alésia de 2 enceintes : 1 pour enfermer les Calaisiens et une deuxième ligne de défense, tournée vers l'extérieur et destinée à protéger les assaillants d'une éventuelle armée de secours. en forme de ville : Villeneuve-la-HardieCette ville serait actuellement située sur le banc de cailloux où se trouvent actuellement les boulevards Lafayette et Gambetta..
La ville de Calais, protégée par un double rempart empêchant l'installation des grosses machines de siège et sa situation au milieu de terrains marécageux envahis par les eaux à chaque marée, était défendue par une garnison placée sous le commandement de Jean de Vienne (ou, de Via(e)ne) seigneur de Pourlans et Bousselange (l'oncle de l'amiral du même nom, Jean de Vienne). Ce dernier était secondé par un certain nombre de chevaliers d’Artois dont Jean Froissart nous a transmis les noms « Ernoulz d’Audrehem, Jean de Surie (ou, de Sury), Baudouin de Belleborne (ou, de Bellebrune), Geoffroi de le Motte, Pépin de Were (ou, de Wiere, ou, de Werie) », auxquels la chronique normande ajoute les sires de Beaulo, de Grigny..
Voyant l’armée anglaise définitivement établie pour un siège inexpugnable, le capitaine de Calais craignant avec raison d’être contraint par la famine à se rendre (la moisson venant d'être faite, les grains n'étaient pas encore battus), se résolut à se défaire de bouches inutiles et à expulser de la ville les personnes dépourvues de biens et de provisions (selon les chroniqueurs Jean le Bel et Jean Froissart, entre , sur une ville qui compte de ) et d'organiser un rationnement, d'où le topos que l'on retrouve dans toutes les chroniques relatant un siège, à savoir la grande misère des assiégés acculés par la famine aux dernières extrémités, obligés de manger les animaux les plus infâmes, des ordures ou des cuirs bouillis..
Il y eut peu de batailles sur terre autour de Calais, qui se soldèrent toutefois par des assauts infructueux et chèrement payés. Mais en mer, le roi anglais fit placer 25 bateaux faisant le blocus de Calais. Des navires génois, au service de la France, ainsi que des navires normands et des marins d’Abbeville, réussirent cependant à forcer le blocus pour ravitailler Calais et ses assiégés, réussissant à faire passer des barques à fond plat par des chenaux dérivés. Édouard lança, le , 120 navires dont 80 constamment en patrouille, puis décida de bloquer l’entrée du chenal avec des obstacles de toute nature (notamment en y faisant couler des bateaux et des charrues), fit construire une tour en bois puissamment armée sur l’emplacement du futur Fort Risban et à partir de , il fut impossible pour les Français de ravitailler CalaisD'après , cité dans . Georges Daumet (1870-1918) était archiviste aux Archives Nationales..
Reddition de la ville et épisode des bourgeois de Calais
vignette|gauche|En chemise et la corde au cou, les bourgeois de Calais remettent les clés de la ville à , roi d'Angleterre. Enluminure ornant les Chroniques de Froissart, BnF, ms. français 2663, . vignette|La reine Philippa de Hainaut plaide en faveur des bourgeois de Calais. Illustration de 1914.
En , en désespoir de cause, Jean de Vienne, capitaine de Calais assiégée, écrivit une lettre au roi Philippe VI de Valois lui demandant de venir lui porter secours : Cette lettre transmise par l’intermédiaire d’un bateau génois fut interceptée par la marine anglaise. Édouard, ayant lu la lettre, y ajouta son sceau royal puis l'envoya à PhilippePaul K. Davis, Besieged: 100 Great Sieges From Jericho to Sarajevo, New York, Oxford University Press, 2003, 376. Le , l’armée française parut à hauteur de Sangatte. Des Flamands et des Germaniques se portèrent du côté anglais, des Hennuyers se portèrent du côté français. Deux légats du pape furent envoyés à Calais et une trêve de trois jours fut conclue. Tous les passages menant à Calais étant obstrués de fossés et gardés par les Anglais, le roi de France ne put intervenir. C’est alors que Jean de Vienne, pressé par la population de Calais assiégée, demanda à parlementer avec le roi anglais sur la reddition de Calais à condition d’épargner la population et la garnison. Sur ce, Édouard exigea que six bourgeois viennent en chemise, pieds nus et la corde au cou (rituel de soumission classique à cette époquePeine supplémentaire d'origine germanique de l'« harmiscara », port infamant d'un objet censé représenter la condition d'un coupable : corde au cou (mort symbolique), voire chien, ou pour les hommes d'armes, épée sur la nuque ou pointe tournée vers la poitrine. Cf. ., représentant une exécution symbolique), se mettre à sa disposition : ce furent Eustache de Saint Pierre, Jean d’Aire, Pierre de Wissant et son frère Jacques, Jean de Fiennes, et Andrieu d’Andres. À leur arrivée auprès d’Édouard , ces six bourgeois de Calais furent épargnés grâce à l’intervention de Philippa de Hainaut, épouse du roi anglais. La ville fut occupée par les Anglais fin et le roi rembarqua pour l’Angleterre (laissant des troupes à la garde de Calais sous les ordres de Jean de Montgomery, au service du roi anglais) avec les chevaliers français prisonniers (parmi lesquels Jean de Vienne, Jean de Sury et Ernoul d'Audrehem) : ces prisonniers demeurèrent six mois en Angleterre et furent par la suite mis à rançon. Philippe de France les rachetaD'après le ..
Ce rituel de capitulation et de concession de la grâce, tout à fait classique pour l'époque (les bourgeois savent bien, dès le départ, que le roi Édouard , ayant accepté ce rituel de reddition, fera preuve de mansuétude et qu'ils ne risquent pas leur vie pour sauver leurs compatriotes), est un épisode relaté par deux chroniqueurs de l'époque médiévale, Jean le Bel et Jean Froissart. Le texte de Froissart sur les bourgeois de Calais est par la suite popularisé dans l’Histoire de France écrite au par l'humaniste Paul Émile de Vérone qui considère que cet épisode des bourgeois héroïques est un sacrifice au nom de la Patrie française, ancrant cet exemplum virtutis dans l'historiographie française.. La crédibilité de cette vision est fortement remise en question lorsque des actes d’Édouard concernant Eustache de Saint Pierre sont découverts par l'historien Louis-Georges de Bréquigny, à Londres, à la fin du : ils mentionnent qu'Eustache de Saint-Pierre, prétendu « bourgeois héroïque » s'étant sacrifié pour sa ville, vivait toujours à Calais, et avait même reçu du roi anglais d'importantes récompenses en biens et en argent. Ce sacrifice des bourgeois de Calais, qui n'est qu'un simple rituel de soumission mais aussi d'humiliation., se révèle ainsi un épisode mythifié en un acte d'héroïsme par l'historiographie française qui fait notamment d'Eustache de Saint Pierre et de Jean de Fiennes deux belles personnifications du et du courage militaire..
Chronologie 1346
20px Édouard III arrive à Calais. La profondeur des fossés, balayés sans cesse par le flux et le reflux, empêche l’assaut de la ville. Édouard III décide d’affamer la ville et se prépare à effectuer un long siège. Il fait élever, au sud-ouest de la ville entre Calais et les rivières de Guînes, de Hames et le pont Nieulay, un camp retranché en forme de ville : Villeneuve-la-Hardie. 20px Le gouverneur de Calais, Jean de Vienne, voyant que le roi d’Angleterre aménageait les alentours de la ville pour un long siège, prit une ordonnance afin que les « bouches inutiles » soient évacuées. Entre parmi les plus pauvres de la population traversent les portes et les troupes anglaises sans être inquiétéesCertains chroniqueurs affirment qu'Édouard III autorisa ces malheureux à traverser les lignes de son armée, d'autres par contre racontent qu'Édouard III les repoussa et qu'ils moururent de froid et de faim entre la ville et le camp anglais..
20px Le roi, Philippe VI de France arrive au château de Pont-Sainte-Maxence.
20px 32 galères génoises de Carlo Grimaldi aidées de plusieurs barges françaises enlèvent à l’abordage 25 vaisseaux de la flotte anglaise participant au blocus.
20px Le duc de Normandie et son armée arrivent à Paris, où ils sont rejoints par Philippe VI.
20px 30 galères, chargée de la protection du ravitaillement de Calais, sont désarmées et envoyées en hivernage de novembre à mars à Abbeville. Certains propriétaires des nefs de ravitaillement en profitent pour se dérober. Le ravitaillement de Calais devient très problématique. Hiver 1346-1347 : 20px Après quelques tentatives de sortie vers les terres, la population encerclée doit se contenter d’approvisionnements par mer principalement menés par le corsaire Jean Marant et la flotte génoise.Les opérations du côté de la terre se réduisent à peu de choses au cours de l'hiver 1346-1347, juste quelques sorties des assiégés et des escarmouches engagées par les garnisons françaises des petites forteresses de l'Artois et du Boulonnais. 20px Les Anglais attaquent, au sud, les murailles avec des trébuchets, des espringales, des centaines d’archers mais aussi des armes d’un nouveau genre : l’artillerie à poudre. Édouard III utilise sans résultat une vingtaine de canons pour abattre les murailles.
1347 Début février :