Lazare Ponticelli (en italien : Lazzaro Ponticelli), né le à Bettola en Italie et mort le au Kremlin-Bicêtre en France, était officiellement le dernier vétéran français et italien de la Première Guerre mondiale après la mort de Louis de Cazenave le . Doyen des Français, il est aussi le neuvième homme de nationalité française à entrer dans la liste des supercentenaires.

Biographie Enfance et départ en France Lazare Ponticelli est né à Cordani, un petit village du nord de l'Italie dans la province de Plaisance en Émilie-Romagne le (il aurait été déclaré à la mairie le )Jean-Dominique Merchet, « Grand angle : Un « rital » qui s'est battu dans deux armées », sur le site de Libération, 5 février 2008..

Il grandit dans une famille très pauvre de sept enfants qui vit à Cordani., un village de montagne. Son père travaille sur les foires et est aussi à l'occasion menuisier et cordonnier. Sa mère cultive le lopin de terre familial et trois fois par an descend travailler comme journalière dans les rizières de la plaine du Pô. Elle part en France pour essayer de gagner plus d'argent, laissant son fils Lazare qui n'a alors que deux ans. Son père et son frère aîné meurent brutalement quelque temps après. Le reste de la famille décide alors de tenter aussi sa chance à Paris et laisse le petit Lazare chez des voisins.

L'enfant commence à travailler dès l'âge de six ans, capturant des volatiles et fabriquant des sabots. Il utilise l'argent gagné pour prendre le train et se rendre à Paris qu'il considère comme « le paradis. ». Ne sachant pas si ses économies sont suffisantes pour acheter un billet de Plaisance à Paris, il décide de courir derrière le train jusqu'à la frontière française, avec ses sabots sur l'épaule pour ne pas les abîmer. Il débarque Gare de Lyon, en 1906 à , sans savoir ni lire, ni écrire, ni parler français.

En France, il reste trois jours et trois nuits dans la gare, jusqu'à ce qu'un chef de gare le remarque. Celui-ci tente de l'interroger sur sa présence en cet endroit, mais Lazare, ne connaissant pas le français, ne peut que lui répéter le nom d'un bistrotier, point de passage des Italiens de son village travaillant à Paris et dont on lui a parlé avant son départ. Par chance, le chef de gare reconnait le nom et le conduit chez le cafetier dont la femme le prend sous son aile.

Il commence à travailler comme ramoneur à Nogent-sur-Marne, où réside une importante communauté italienne, puis devient crieur de journaux à Paris. Il garde d'ailleurs un souvenir vif du jour de la mort de Jean Jaurès le , car, à cette occasion, les gens s'arrachent ses journaux place de la Bastille. Il travaille également comme coursier pour Marie CurieAlain Vincenot, « Lazare Ponticelli - C'était le dernier poilu », France-Soir, 19745, 13 mars 2008, 11..

Première Guerre mondiale

Dès le début de la Première Guerre mondiale, en trichant sur son âge, il s'engage dans le de marche du étranger, le régiment « Garibaldien » constitué majoritairement d'Italiens et dont l'encadrement français provient du étranger de Sidi bel Abbès. Il retrouve d'ailleurs l'un de ses frères, Célestin, et est envoyé sur le front à Soissons. Il participe aux combats dans l'Argonne.

En , il se trouve près de Verdun, lorsqu'il est démobilisé. En effet, avec l'entrée en guerre de l'Italie, il doit rejoindre l'armée italienne. Refusant de quitter l'uniforme français, c'est accompagné de deux gendarmes qu'il est amené à Turin. Il est enrôlé dans le de chasseurs alpins, les Alpini, et combat les Autrichiens dans les Dolomitesalors partagées entre l'Italie : région de Cortina d'Ampezzo et l'Autriche : région du Tyrol du sud (Südtirol), que les Italiens appellent Haut-Adige..

thumb|285px|Siège de l'entreprise Ponticelli Frères, place des Alpes, à Paris. Il connaît alors les fraternisations entre troupes autrichiennes et italiennes (beaucoup d'Alpini des Dolomites parlent l'allemand). Sa compagnie est sanctionnée par l'État-major, traduite en conseil de guerreTF1, Le Journal Télévisé du 12 mars 2008 - 20h. et envoyée dans une zone de combats plus rude, à Caporetto au Monte Colovrat en Slovénie. Chargé d'une mitrailleuse, il est blessé sérieusement à la joue par un éclat d'obus lors d'une sanglante offensive italienne contre les positions ennemies. Il est opéré sur place à vif et envoyé en convalescence à Naples. Il retourne au front en 1918 à Monte Grappa, lors de la bataille décisive de Vittorio Veneto où il est confronté aux attaques au gaz qui tuent des centaines de ses camarades :

C'est là qu'il apprend la signature de l'armistice. Démobilisé et de retour en France en 1920, il fonde avec ses deux frères, Céleste et Bonfils, Ponticelli Frères, une société de fumisterie. Cette entreprise devient une petite multinationale assez connue dans le domaine de la construction et de la maintenance industrielle, principalement dans le pétrole et le nucléaire.

Seconde Guerre mondiale

En 1939, au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Lazare demande et obtient la nationalité française. Il s'engage au du département de la Seine. Mais jugé trop vieux pour le service actif, il est renvoyé à son entreprise où l'on estime que ses services seront plus profitables à l'effort de guerre. Il évacue cette dernière en zone sud non occupée par les Allemands. Lors de l'occupation de cette dernière en 1942, il retourne à Paris et s'engage dans la Résistance. Il prend sa retraite en 1960..

Retraite et souvenirs

thumb|285px|Lazare Ponticelli en 2006. Comme beaucoup de poilus, Lazare Ponticelli ne parle pas de ce qu'il a vécu lors de la Première Guerre mondiale. Ce n'est que dans ses dernières années qu'il accepte de témoigner dans des écoles et auprès de journalistes. Il dénonce l'absurdité de cette guerre :

En effet, toute désobéissance conduisait au mieux « de Verdun à Cayenne », au pire valait le peloton d'exécution :

Retraité à la fin des années 1950, il achète une maison visible encore au 2, boulevard Armand Audibert à Sausset-les-Pins (Bouches-du-Rhône), où il joue d'interminables parties de belote avec tous ses amis au Cercle Saint-Pierre qui existe depuis 1861.

Entre le et le , il est le dernier poilu vivant, après la mort de Louis de Cazenave. Comme ce dernier, il a manifesté son opposition à avoir des obsèques nationales.. En 2005, le Haut conseil de la mémoire combattante, présidé par le président de la République, a décidé que seraient organisées des obsèques de portée nationale pour le dernier combattant de 1914-1918 et que celui-ci serait enterré au Panthéon.

Lazare Ponticelli a déclaré :

Il estime que le travail de mémoire arrive trop tard. Sa fille a indiqué que si elle pouvait accepter une cérémonie nationale simple dédiée aux morts de la Première Guerre mondiale, elle exigeait que son père soit enterré dans le caveau familial.

Le , il assiste à ses dernières commémorations de l'Armistice dans sa ville du Kremlin-Bicêtre et, le , il est reçu à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration à Paris pour célébrer ses Francis Gouge et Benoît Hopquin, « Les derniers poilus refusent des obsèques nationales », Le Monde, 10 novembre 2007.. Lazare Ponticelli et ses frères d'armes s'étaient juré sur le front que les survivants iraient rendre hommage aux morts. Le , meurt à 107 ans Erich Kästner, le dernier vétéran allemand de la Grande Guerre, qui est inhumé sans cérémonie.

Le , jour du décès de Louis de Cazenave, Lazare Ponticelli devient donc l'ultime poilu français encore en vie. Le , il accepte des obsèques nationalesRahim Bellem, « Le dernier "poilu" accepte des obsèques nationales », Le Parisien, 23 janvier 2008. mais à condition que celles-ci soient simples, dédiées à tous les morts de la Première Guerre mondiale. Cependant, il refuse l'inhumation au Panthéon et souhaite être enterré auprès des siens.

Il meurt le . au Kremlin-Bicêtre dans le Val-de-Marne en France à l'âge de . L'annonce de sa mort est faite par la présidence de la République française, depuis l'Élysée.

Obsèques Lazare Ponticelli reçoit des obsèques nationales aux Invalides le en présence du président de la République, Nicolas Sarkozy« Discours et homélie prononcés lors de l'hommage national à Lazare Ponticelli », sur le site de La Croix, 17 mars 2008., de l'ancien président Jacques Chirac, des présidents des deux assemblées, du Premier ministre François Fillon, des principaux membres du gouvernement français, ainsi que du ministre italien de la Défense..

Son cercueil est porté par onze légionnaires du étranger d'infanterie, héritier du de marche de la Légion étrangère où a servi Lazare Ponticelli. Après la messe célébrée en l'église Saint-Louis des Invalides, les honneurs militaires lui sont rendus dans la cour d'honneur par la Légion étrangère et un détachement d'Alpini, les chasseurs alpins italiens dans lesquels il a également servi à partir de 1915..

L'historien Max Gallo prononce l'éloge funèbre du dernier poilu : en se référant à l'œuvre de Primo Levi, à Se questo è un uomoŒuvre cependant symbolique de la Seconde Guerre mondiale et des camps d'extermination, écrite en 1945-1947., d'où il a tiré les phrases initiant et terminant son discours.

thumb|285px|La tombe de Lazare Ponticelli au cimetière parisien d'Ivry (Val-de-Marne).

Lazare Ponticelli est ensuite inhumé, dans l'intimité, dans le caveau familial au cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine (Division 41). En France, il a été demandé qu'une minute de silence soit observée dans les administrations et que les drapeaux soient mis en berne à , heure de la cérémonie.

L'après-midi, lors d'une cérémonie nationale dédiée à l'ensemble des anciens combattants de la Première Guerre mondiale, le président de la République dévoile une plaque commémorative dans la cour du dôme des Invalides, non loin du tombeau du maréchal Foch. Il y est inscrit :

Distinctions Lazare Ponticelli a été décoré par la France et l'Italie mais il n'aimait pas porter ses médailles..

Il a notamment reçu les décorations suivantes : ()Décret du 6 février 1996 portant nomination, JORF 32 du 7 février 1996, 1874, NOR PREX9610146D, sur Légifrance.

sans_cadre|50x50px Chevalier de l'Ordre de Vittorio Veneto (Italie) (Italie)

Notoriété thumb|150px|Plaque commémorative dédiée à Lazare Ponticelli et à Franz Künstler à Avranches. Une place à Nogent-sur-Marne (2012Képi blanc novembre 2012.) et une avenue à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) portent son nom.

La rue où se trouve le musée de la Grande Guerre à Meaux porte également son nom.

À Avranches, le date inscrite sur l'illustration. est dévoilée une plaque commémorative dédiée à Lazare Ponticelli et à Franz Künstler. Cette plaque qui porte les couleurs nationales de la France et de l'Allemagne décrit Künstler comme un « combattant allemand », alors qu'il faisait partie des forces armées d'Autriche-Hongrie.

Un lycée professionnel, sis 92-96, rue Barrault, dans le arrondissement de Paris, porte le nom lycée Lazare-PonticelliVoir sur iledefrance.fr, page consultée le 20 août 2017..

Un rond-point à Vitrolles porte le nom de Lazare Ponticelli avec une plaque commémorative.

Un jardin d'enfant à Sausset-les-Pins porte le nom de Lazare Ponticelli.

La rue de Verdun du Kremlin-Bicêtre a été rebaptisée rue de Verdun-Lazare Ponticelli.

La rue des Poilus de Roncq a une plaque commémorative en hommage à Lazare Ponticelli.

Écrits Lazare Ponticelli, Ponticelli Frères : les premières années : trois frères, une entreprise, Ville du Kremlin-Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre, 2005, 177 + 12 d'illustrations

Vidéographie

Frères d'armes - Lazare Ponticelli, série Frères d'armes, film-portrait raconté par Mouss Amokrane, co-réalisé par Pascal Blanchard et Rachid Bouchareb 2016, 2 minutes .

Notes et références

Annexes

Bibliographie . . . . Portrait écrit et dessiné de Lazare par Patrick Colcomb dans l'ouvrage collectif Bringuebalés : Carnet de mémoires d'immigrés, Les carnettistes tribulants, La Boîte à Bulles, 2014, .

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