Henri Dollet, communément appelé docteur Dollet, né le à Gilly-sur-Loire et fusillé mort pour la France le au bois de Marloux à Mellecey en France, est un médecin et résistant français, maire de Luzy (Nièvre) sous l'Occupation.
Nommé maire par le régime de Vichy en , Henri Dollet met en place une politique de réconciliation entre gauche et droite et, à partir de l'automne 1943, profite de son statut pour mener diverses actions de résistance, souvent en lien avec les groupes déjà existants dans la région.
En , après un faux témoignage d'un jeune résistant, il s'offre en otage pour protéger sa ville de la destruction promise par l'occupant. Il est exécuté par la Milice française quelques jours plus tard. Il est récipiendaire de la médaille de la Résistance française et est chevalier de la Légion d'honneur.
Biographie
Issu d'une famille catholique du Sud Morvan (Jean Louis et Pierrette Claudine Julie Beaucaire), Louis Henri Dollet est élevé au petit séminaire d'Autun avant de continuer ses études de médecine à l'université de Lyon. Il prend part à la Grande guerre au sein de sections d'infirmiers. Sa thèse, rédigée sous la direction d'Étienne Rollet., Les voies de sortie au pole postérieur oculaire du mélanome choroïdien, est publiée en 1921.. Il débute ensuite sa carrière de médecin généraliste à Luzy en 1922, succédant au docteur Favelier, et officie aussi à Millay.. Il s'y marie en 1924 avec Louise Étiennette Marie Yvonne Dureuil, domiciliée à Millay. Ils ont deux enfants et s'installent à Gilly-sur-Loire puis à Luzy, dans une maison édifiée sur les plans de Georges Théodore Renaud..
On trouve trace du nom du docteur Dollet dans le registre des bonnes œuvres faites aux enfants de l'Assistance publique arrivés de Paris, très nombreux dans le Morvan. Il est nommé en 1932 médecin de service à titre provisoire. pour la circonscription médicale de Luzy-Est.. Il sera médaillé à titre posthume pour ce travail. En 1938, il reçoit une médaille de bronze le récompensant d'avoir fourni des soins gratuitement à la gendarmerie pendant plus de quinze ans..
Maire de Luzy et résistance à l'Occupation
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, Henri Dollet, alors médecin-capitaine de réserve de 44 ans, est mobilisé en . Fait prisonnier en par l'Allemagne nazie, il y est emmené puis rapatrié en octobre à la demande du régime de Vichy (en tant que personnel de santé).
Le même régime, alors en place, voulant une éradication des politiques de gauche, entreprend de nommer les maires par les préfets, et non plus de les faire élire par le suffrage universel masculin. À Luzy, le maire socialiste en place (par intérim depuis le décès d'Émile Bramart.), Louis Baroin, démissionne pour raisons de fatigue. Le préfet de la Nièvre, André Paul Sadon, nomme le docteur Dollet comme nouveau maire dès le . Novice en politique (, écrit le curé de la commune Auguste Tambour dans Luzy pendant l'Occupation en 1946), il accepte tout de même la fonction. Une de ses premières actions est de nommer Baroin de la ville. Il intègre également à la liste municipale d'anciens conseillers socialistes, des anciens prisonniers de guerre et une femme, Marie Ravier.
Il entre dans la Résistance intérieure française en et aide à la confection des fausses cartes d'identité permettant à de jeunes luzycois d'échapper au service du travail obligatoire. Il fournit de l'argent, des ravitaillements et des soins aux divers groupes de résistants de la région. Le , Joseph Pinet écrit :
Le , les membres du « maquis Louis » (de Larochemillay) font exploser une grue en gare de Luzy, paralysant totalement le trafic ferroviaire régional (par la ligne de Nevers à Chagny). En réponse, un combat éclate entre les forces d'occupation et les maquisards au hameau du Chalet le lendemain. De son côté, le maire Dollet met en panne les camions de Luzy, que les Allemands veulent réquisitionner. Le combat est une victoire pour les résistants, les Allemands ayant cinq hommes tués et trois blessés, pour trois tués et deux blessés au maquis. Henri Dollet refuse ensuite de jeter à l'eau les corps des trois maquisards morts, et exprime sa volonté d'assister aux obsèques des défunts. Au cours de l'enquête sur l'incident de la gare, les autorités allemandes prennent six luzycois en otage, voulant ainsi faire pression sur la population. Le docteur Dollet réussit à obtenir la libération des otages en harcelant l'autorité étrangère et en refusant l'aide de miliciens locaux.
Arrêt et exécution
À la suite d'une attaque des maquisards sur un convoi allemand le au lieu-dit , un jeune maquisard fait prisonnier finit par déclarer à ceux qui l'interrogent qu'il existe un contact téléphonique entre le maquis Louis et la mairie, ce qui est alors faux (il existait toutefois bel et bien une ligne menant du maquis au bureau de poste de la ville). Apprenant l'information, un détachement militaire venu d'Autun menace le jour suivant de détruire et de brûler la ville. Henri Dollet, pour sauver sa commune, s'offre alors comme otage. Il est arrêté..
Son fils Jean-Louis, de 19 ans, étudiant en quatrième année de médecine pour un certificat d'études physiques, chimiques et biologiques en vacances chez sa famille, informé de l’événement, arrive du hameau de Chevrette (à Millay, où réside sa grand-mère) en vélo. Il est arrêté lui aussiLe curé Auguste Tambour écrit : ., par la Gestapo. Selon Le Maitron, il n'y a pas de trace qui témoigne d'une appartenance à la Résistance ou d'actions en sa faveur.
Ils restent tous deux enfermés trois jours à Autun avant d'être emmenés le à Chalon-sur-Saône. Informés que la libération de la région était proche, les dirigeants des prisons décident d'exécuter leurs prisonniers par petits groupes dans les environs. Le , le docteur Dollet est fusillé, avec sept autres hommes, par la milice française à la lisière du bois de Marloux à MelleceyArchives historiques de la société nationale des chemins de fer français au Mans : CXXV.8 118LM110/2, dossier .Les archives municipales de Luzy indiquent : , deux heures après son fils (lui mort à Fragnes, au lieu-dit L'Orivent).
Obsèques
Le au soir, alors que les habitants ne savent que la mort de huit résistants à Mellecey, quatre hommes se disant résistants, accompagnés d'un habitant d'Étaules, se rendent auprès des défunts. Selon la Tribune de Saône-et-Loire du , citée par Tambour, Le lendemain, dès neuf heures du matin, une cérémonie est organisée à Germolles en mémoire des huit fusillés. La Tribune rajoute : Par la suite, les habitants seront encerclés, contrôlés, puis relâchésLe monument aux résistants assassinés à Mellecey indique : ..
Le décès du maire-résistant n'est pas su directement par la commune de Luzy, contrairement à celui de son fils. Pour exemple, le (soit une vingtaine de jours après les exécutions) le maire-adjoint Hugon fini une missive part : À la suite de la Libération de la ville et de l'annonce de la mort d'Henri Dollet, le conseil municipal se dissout le .
vignette|Photographie des funérailles. Le corps du docteur Dollet n'est ramené que le à Luzy et inhumé le 14 au matin. La cérémonie funèbre est présidée par Monseigneur Flynn., évêque de Nevers, et y assistent le sous-préfet de Château-Chinon, le commandant Fradet, certaines délégations de sociétés locales, l'ancienne et la nouvelle municipalité. Dans son allocution, Joseph Pinet affirme que,
Postérité vignette|Le monument de la place du Maquis-Louis à Luzy (carte postale).|alt=Photographie ancienne d'un monument aux maquisards. vignette|Stèle du monument luzycois, avant rénovation en 2020.. On peut lire en bas les noms d'Henri et de Jean Dollet.
Reconnaissance Dans un document datant de 1954, il est certifié que le docteur Dollet . Le dossier de demande d'appartenance au Forces françaises de Dollet est constitué fin 1946 par sa veuve. La commission départementale donne un avis favorable sur le dossier le et fixe la période de service à dix mois.
Distinctions Henri Dollet reçoit à titre posthume les décorations suivantes : (décret du ) (décret du ) du .
(décret du ) du .
Par ailleurs, il a reçu les autres distinctions suivantes : Mention mort pour la France ; Médaille en argent du service d'honneur de l'Assistance à l'enfance de la Seine décernée par le Conseil général de la Seine ()..
Commémoration Le nom du docteur Dollet est inscrit sur la stèle du maquis Louis aux Fraichots à Larochemillay, sur le monument aux morts. et le tableau commémoratif de l'église Saint-Pierre de Luzy.Il est écrit : , sur le monument des maquisards de la même commune.., sur le monument aux résistants assassinés à Mellecey et sur le monument aux morts de Gilly-sur-Loire.
Le nom de son fils Jean-Louis, lui aussi reconnu mort pour la France, est inscrit sur les monuments commémoratifs de Fragnes-La Loyère et de Farges-lès-Chalon.. et sur les différents monuments de Luzy et à Gilly-sur-Loire.
Dès le , le nouveau conseil municipal vote la dénomination de l'avenue du Docteur-Dollet, section de la route départementale 985 traversant Luzy, dans laquelle il vivait. La décision est approuvée par le sous-préfet..
Publication .
Voir aussi Articles connexes Maquis Louis, son chef Paul Sarrette Léon Bondoux, maire socialiste de Château-Chinon, actif dans la Résistance Liste des maires de Luzy Liste de résistants en France Liste de résistants du Morvan
Bibliographie . . . .
Liens externes
Notes et références Notes
Références
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