Henri de Toulouse-Lautrec, né le à Albi et mort le , au château Malromé, à Saint-André-du-Bois, est un peintre, dessinateur, lithographe, affichiste et illustrateur français.

Biographie Jeunesse thumb|left|Bruno, 1878 premier tableau à l'âge de 14 ans - Musée Toulouse-Lautrec. Henri de Toulouse-Lautrec, fils d'Alphonse Charles de Toulouse-Lautrec-Montfa ( - ) et d'Adèle Zoë Tapié de Céleyran ( - )., est né à six heures du matin, rue de l'École-Mage (aujourd'hui, 14, rue Henri-de-Toulouse-Lautrec), Albi, chez ses grandes-tantes, les Demoiselles d'Imbert du Bosc, dans une ancienne famille noble du sud-ouest de la France. Les sources les plus récentes la font descendre des vicomtes de LautrecPhilippe Zalmen Ben Nathan, spécialiste de la vicomté de Lautrec, dans son essai Seigneurs, bourgeois et paysans en Albigeois : la vicomté de Lautrec au Moyen Âge (Lautrec : GERAHL ; Vielmur : ACPV, 2011, ), a toutefois trouvé un texte roman et latin de la deuxième moitié du , intercalé dans la copie du du Domanial de Lautrec (registre E 491, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, folio 22 v°) prouvant qu'il y a continuité lignagère et que le mariage Baudouin de Toulouse avec Alix de Lautrec, s'il a existé, n'est pas à l'origine des Toulouse-Lautrec. Une minute de notice de la deuxième moitié du , dans un cartulaire des seigneurs d'Ambres, en latin, nous dit la même chose (3 J 8, Archives départementales du Tarn, p. XX).. Elle vit comme une famille aisée de la noblesse de province.

Au , les mariages dans la noblesse se faisaient couramment entre cousins afin d'éviter la division des patrimoines et l'amoindrissement de la fortune. Ce fut le cas des parents d'Henri, Alphonse Charles de Toulouse-Lautrec-Montfa et Adèle Zoë Tapié de Céleyran, cousins au premier degré. Ils ont eu deux garçons, Henri, l'aîné et, quatre ans plus tard, son frère Richard-Constantin, qui meurt un an après. Henri grandit entre Albi, dans le Tarn, le château du Bosc. (demeure de ses grands-parents et aussi de son enfance), dans l'Aveyron et le château de Celeyran, dans l'Aude.

L'incompatibilité d'humeur entre les deux parents entraîne leur séparation à l'amiable en 1865 et Henri reste sous la garde de sa mère..

Problèmes de santé et infirmité vignette|redresse| Maxime Dethomas, Portrait de Toulouse Lautrec, tête nue, de face , huile sur toile, 1883, musée Toulouse-Lautrec. vignette|Photomontage par Maurice Guibert (vers 1891). Henri de Toulouse-Lautrec a une enfance heureuse jusqu'au moment où se révèle, en 1874, une maladie qui affecte le développement des os, la pycnodysostose, maladie génétique, qui pourrait être due à la consanguinité de ses parentsSes deux grands-mères sont sœurs.

VALDES SOCIN, « H. Henri de Toulouse-Lautrec : l’artiste et sa maladie » .2021 • In Pharma-Sphère, 264, . https://hdl.handle.net/2268/261058. Ses os sont fragiles et, le , il trébuche et tombe. Le médecin diagnostique le fémur gauche brisé et, en raison de sa maladie, la fracture se réduit mal. Entre et , il souffre de cette fracture du fémur bilatérale qui aggrave son retard de croissance : il ne dépassera pas la taille de .. On essaye de le guérir au moyen de décharges électriques et en lui plaçant à chaque pied une grande quantité de plomb..

Comme toujours dans cette affection, son tronc est de taille normale, mais ses membres sont courts. Il a les lèvres et le nez épais. Il zézaye et en jouera, plus tard, faisant le provocateur dans les salons. Il se fera photographier nu sur la plage de Trouville-sur-Mer, en enfant de chœur barbu, ou avec le boa de Jane Avril (dit « Mélinite »), tout en étant très conscient du malaise que suscite son exhibitionnisme.

Élève au lycée Fontanes (devenu lycée Condorcet), il échoue en 1881 au baccalauréat à Paris, mais il est reçu à Toulouse à la session d'octobre. C'est alors qu'il décide de devenir artiste. Soutenu par son oncle Charles et par René Princeteau, un ami de son père peintre animalierLa propriété de Malromé se trouve à seulement de Pontus, la propriété de Princeteau., soutenu aussi par les deux frères dessinateurs et sculpteurs Arthur du Passage et Charles du Passage, il finit par convaincre sa mère. De retour à Paris, il étudie la peinture auprès de René Princeteau, dans son atelier au 233, de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, puis en dans l'atelier de Léon Bonnat, et en dans celui de Fernand CormonPaul de Lapparent, Toulouse-Lautrec, Les Éditions Rieder, 1927. où il reste jusqu'en 1886 et y fréquente Vincent van Gogh, Émile Bernard, Louis Anquetin., Albert Grenier et Adolphe Albert, un militaire voulant devenir peintre, avec qui il sera très liéŒuvre graphique de Toulouse-Lautrec par Jean Vallery-Radot, catalogue d'exposition, Paris, Les Presses artistiques, 1951, — sur Gallica..

Vie parisienne vignette|redresse|alt=Henri de Toulouse-Lautrec|Portrait de Vincent van Gogh (1887), Amsterdam, musée Van Gogh. thumb|redresse|Toulouse-Lautrec en train de peindre La Danse au Moulin-Rouge en 1890. Toulouse-Lautrec a vécu pour son art. Peintre du postimpressionnisme, illustrateur de l’Art nouveau et remarquable lithographe, il a croqué le mode de vie de la Bohème parisienne à la fin du . Au milieu des années 1890, il a contribué par des illustrations à l'hebdomadaire humoristique Le Rire.

Considéré comme « l’âme de Montmartre », le quartier parisien où il habite depuis son installation en 1884, d'abord dans l'appartement-atelier d'Albert Grenier et de Lili Grenier, au 19 bis, rue Fontaine, puis au 5, rue Tourlaque, inspire une grande partie de son œuvre, dont les peintures décrivent la vie au Moulin-Rouge ainsi que dans d’autres cabarets et théâtres montmartrois ou parisiens. Il peint Aristide Bruant mais aussi la prostitution à Paris à travers les maisons closes qu’il fréquente et où, peut-être, il contracte la syphilis. Il a notamment une chambre à demeure à La Fleur blanche. Parmi les femmes connues qu'il a représentées figurent la danseuse Jane Avril, la clownesse Cha-U-Kao, la chanteuse Yvette Guilbert et Louise Weber, plus connue sous le nom de La Goulue, danseuse excentrique qui a importé le cancan d'Angleterre en France. Toulouse-Lautrec va souvent au café du Tambourin, tenu par la modèle italienne Agostina Segatori, où il peint en 1887 le Portrait de Vincent van Gogh (Amsterdam, musée Van-Gogh).

Toulouse-Lautrec a donné des cours de peinture et encouragé les efforts de Suzanne Valadon, un de ses modèles et aussi probablement sa maîtresse. Il l'a représentée dans Portrait de Suzanne Valadon en 1885.

Mort thumb|La tombe de Toulouse-Lautrec à Verdelais, simple dalle que surplombe la croix occitane. Alcoolique pendant la plus grande partie de sa vie d’adulte, il a l'habitude de mélanger à son absinthe quotidienne du cognac, au mépris des convenances de l'époque. Il utilise notamment le subterfuge d'une canne creuse qui cache une longue fiole contenant une réserve d'alcool, dévissant le pommeau dans lequel est rangé un verre à pied..

En , il est interné sur intervention de sa mère, dans une maison de santé de Neuilly, la folie Saint-James, pour le sevrer de son alcoolisme et pallier les complications de sa syphilis, la paralysie générale. La clinique privée est dirigée par l'aliéniste René Semelaigne, arrière-petit-neveu et apologiste de Philippe Pinel, et offre toutes les techniques les plus modernes mises au point par Jean-Martin Charcot et développées par Paul Sollier, telles que l'hydrothérapie. Au cours de ces deux mois entre la rive de la Seine et le bois de Boulogne, il dessine et fait un célèbre tableau de « son gardien ».

En , un accident vasculaire cérébral le laisse paralysé des jambes et le condamne à la chaise roulante. Le , il est victime d'une attaque d'apoplexie, à Taussat, qui le rend hémiplégique. Sa mère l'emmène au château de Malromé où il meurt le , à deux heures du matin.. Il est inhumé dans le cimetière de Verdelais (Gironde) à quelques kilomètres de Malromé.

Ses derniers mots sont pour son père, présent au moment de sa mort, faisant allusion aux goûts de cet aristocrate fantasque et passionné de chasse : On cite aussi sa réaction lapidaire voyant son père, chasseur dans l'âme, tentant de toucher une mouche qui vole sur le lit de mort de son fils avec l'élastique d'une de ses bottines :

Au musée Toulouse-Lautrec d'Albi, il est fait allusion aux dernières paroles de l'artiste adressées à sa mère. Les relations que Lautrec entretenait avec son père ont été sujettes à de nombreuses divagations. Le peintre n'a pas été un artiste maudit par sa famille, bien au contraire. Son père écrit à Gabrielle de Toulouse-Lautrec, sa mère et donc la grand-mère paternelle du peintre, le soir de la mort de son fils :

Postérité

Après la mort de Toulouse-Lautrec, son ami intime, protecteur et marchand de tableaux pour Goupil & Cie, Maurice Joyant souhaite mettre en valeur son œuvre avec l'accord d'Adèle de Toulouse-Lautrec, la mère de l'artiste. Ensemble, ils financent la création d'un musée à Albi, ville natale du peintre, et offrent leur précieuse collection de tableaux. Ce musée est installé dans le palais de la Berbie, un ancien palais épiscopal datant du .

Son art Malgré une vie courte et marquée par la maladie, l’œuvre du peintre est très vaste : le catalogue raisonné de ses œuvres, publié en 1971 par l'historienne d'art Madeleine Grillaert Dortu, énumère 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies (y compris les affiches qui l'ont rendu célèbre) et (sans compter les dessins érotiques)...

Dans sa jeunesse, les chevaux constituent pour lui un sujet habituel. Depuis l’enfance, il aime l’équitation et doit y renoncer à cause de sa maladie. Il a continué à faire vivre dans ses œuvres sa passion pour les chevaux.

Au début de sa carrière, il peint quelques nus masculins comme exercices, mais ses meilleurs nus représentent des femmes. En général, il préfère partir d’ébauches, mais beaucoup de ses nus doivent avoir été faits d’après nature. D’habitude ses modèles ne sont pas de belles jeunes filles, mais des femmes qui commencent à vieillir. Pour peindre ce genre de tableaux, il s’inspirait d’Edgar Degas.

Il ne cessait de dessiner : quelques dessins sont des œuvres en eux-mêmes, mais beaucoup sont des ébauches pour des peintures ou des lithographies. Quelquefois ses dessins ressemblaient à des caricatures qui, en quelques traits, rendaient un geste ou une expression ; pour les réaliser, il employait divers moyens (crayon, encre, pastel et fusain).

Bien que ne pratiquant pas lui-même la photographie, il compte parmi ses amis et compagnons d'amusement le photographe professionnel Paul Sescau et les photographes amateurs Maurice Guibert et François Gauzi. Il se fait photographier régulièrement par eux et aime se déguiser. Il s'est servi de photos de ses modèles ou de personnages comme base de certaines œuvres. La spontanéité et le sens du mouvement de ses compositions viennent souvent de l'instantané photographiqueRudolf Koella (dir.), Toulouse-Lautrec et la photographie, éditions Hirmer, 2015, catalogue de l'exposition du musée des beaux-arts de Berne ..

Toulouse-Lautrec, tout comme Gauguin, les peintres nabis ou Steinlen, réalise aussi bien des tableaux pour les galeries d'art que des illustrations pour des magazines bon marché vendus en kiosque.. Il crée 369 lithographies dont 36 affiches, inventant une technique de spray originale, consistant à gratter une brosse à dents chargée d'encre ou de peinture avec un couteau.. En tant qu'illustrateur, Toulouse-Lautrec a réalisé des affiches devenues célèbres et, partie moins connue de son œuvre, il a également illustré une quarantaine de chansons, des succès principalement interprétés dans les trois grands cabarets parisiens de l'époque : le Moulin-Rouge, le Mirliton d'Aristide Bruant.