Les Indes orientales néerlandaises, souvent abrégées en Indes néerlandaises (néerlandais : Nederlands-Indië ; indonésien : Hindia Belanda), est le nom que les Pays-Bas donnaient à l'ensemble des îles qu'ils contrôlaient en Asie du Sud-Est de 1800 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Le , celles-ci proclament leur indépendance politique sous le nom de république d'Indonésie. Les Pays-Bas ne reconnaissent cette indépendance que le , au terme d'une période de conflit armé et diplomatique que les Indonésiens appellent .

Histoire

Avant 1602 Au , en Europe, un gramme de clou de girofle vaut plus qu’un gramme d’or. Les Européens, dont l'approvisionnement en épices dépend du Moyen-Orient, cherchent un accès direct aux îles qui les produisent.

Les Portugais sont les premiers à trouver la route maritime qui relie l'Europe à l'Asie en contournant le Cap. En 1511, Afonso de Albuquerque prend Malacca, le plus important port d'Asie du Sud-Est. À partir de cette base, les Portugais s'installent progressivement aux Moluques, les îles aux épices tant convoitées.

Les Néerlandais ne tardent pas à découvrir la route par le Cap. En 1596, une première expédition, dirigée par Cornelis de Houtman et Gerrit van Beuningen atteint Banten, le sultanat producteur de poivre dans l’Ouest de l'île de Java. Ce premier voyage ne permet pas de faire de bénéfices, ni de nouer une quelconque alliance politique avec les pouvoirs javanais..

Compagnie des Indes orientales (1602-1798)

vignette|Les possessions et les échanges commerciaux de la Compagnie des Indes néerlandaises aux . vignette|Carte des Indes orientales de William Dampier, 1697.

Le la « Compagnie unie des Indes Orientales » (Vereenigde Oost-Indische Compagnie, VOC ) est fondée à Amsterdam, à l’initiative de Johan van Oldenbarnevelt, avec un capital de de florins répartis en actions. Les États généraux des Provinces-Unies lui octroient une charte lui donnant le monopole du commerce dans l’océan Indien.. La Compagnie peut traiter avec les souverains locaux, faire la guerre, lever des troupes, posséder des navires de commerce et des navires de guerre, construire des forts. Elle est administrée par l’« Assemblée des Dix-sept » (de Heeren Zeventien), représentant les six chambres de commerce des Provinces-Unies. En 1605, elle occupe un premier fort portugais aux Moluques. Désireuse de contrôler le commerce du poivre vers l'Europe, la VOC prend Jayakarta, une petite place forte vassale de Banten, en 1619, et la rebaptise « Batavia » en l'honneur de leurs ancêtres, les Bataves.

En 1641, les Néerlandais prennent Malacca aux Portugais. Ils occupent Kupang, un établissement portugais dans l'Ouest de Timor, en 1653. Les Portugais se maintiennent dans l'Est de l'île. vignette|Batavia en 1740. Au , le royaume de Gowa dans le Sud de Sulawesi menace l'hégémonie que les Néerlandais veulent imposer dans l'Est de l'archipel indonésien. Gowa finit par être vaincue. Au cours du , Java est le théâtre de guerres de successions qui poussent la VOC à intervenir. Elle impose aux princes javanais de signer en 1755 le traité de Giyanti, qui consacre la souveraineté néerlandaise sur Java.

Vers 1750, toute l’île de Java est ainsi dominée par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ailleurs, les Néerlandais gouvernent par l’intermédiaire des princes locaux, qui vivent des tributs prélevés sur les paysans. À Sumatra, la Compagnie les utilise comme intermédiaires de son commerce par les comptoirs de Padang et de Palembang. Le Sud de Bornéo attire également la compagnie en raison de ses ressources en poivre, diamants et or. À cause des épices, les Moluques connaissent le régime le plus dur. Les quotas fixés à la baisse par la Compagnie sur le girofle et la muscade provoquent la misère des habitants qui dépendent de la Compagnie pour leur ravitaillement et cela entraîne la chute de la population. Quand les marchés européens réclament plus d’épices et que les prix montent, la Compagnie impose d’accroître la production. Mais les populations refusent, craignant de devoir plus tard arracher leurs plantations. Malgré l’interdiction du transport des semences, les Britanniques et les Français introduisent alors clous de girofle et muscades dans leurs colonies, compromettant le monopole néerlandais.

La quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780-1784) affaiblit la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, qui a négligé d’entretenir la flotte et l’armée. Les princes et la population de l’archipel mettent à profit les difficultés des Provinces-Unies pour tenter de s'émanciper et des expéditions difficiles à Bornéo et à Sulawesi sont engagées par les Néerlandais. Des mouvements insurrectionnels éclatent à Java. La route des détroits est menacée. Le sultan de Riouw, archipel au sud de la péninsule Malaise, forme avec le sultan de Johore et d’autres princes une véritable coalition. Malacca, investie en 1784, est sauvée de justesse.

Pendant les trois ans de guerre, les relations commerciales avec la métropole sont interrompues. À Java, on manque de monnaie d’argent et de cuivre, et les administrateurs doivent vendre à bas prix aux étrangers les marchandises qui s’accumulent dans les magasins. Ils doivent créer un papier-monnaie. En métropole, la Compagnie n’évite la faillite qu’en sollicitant l’aide de la province de Hollande et des États Généraux. La paix de 1784 lui porte un nouveau coup en ouvrant les mers indonésiennes aux Britanniques qui occupent Penang en 1786. Les Français s’intéressent à la vieille route de Suez, qui menace la route du Cap. Les commissions d’enquêtes (1780 et 1791) comme les plans de réformes ne changent rien aux méthodes anciennes de colonisation.

En 1795, devant l'invasion des troupes françaises, , stadhouder des Provinces-Unies, se réfugie en Angleterre et demande à ses administrateurs de céder les territoires néerlandais à l'Angleterre pour qu'ils ne tombent pas aux mains des Français. Les administrateurs néerlandais de l’Indonésie hésitent entre leur crainte du jacobinisme et leur haine de la Grande-Bretagne. Ils décident de reconnaître la République batave, alors sous influence française, mais de gérer seuls les affaires indonésiennes.

Les Britanniques occupent Malacca le ., puis certains établissements néerlandais (côte occidentale de Sumatra, Amboine (), îles Banda (), Ternate).. Les Néerlandais tiennent Java, Makassar, Banjarmasin et Palembang, et parviennent à chasser les Britanniques de la forteresse de Kupang à Timor dont ils s’étaient emparés en ..

Le , les directeurs abandonnent l’administration de la Compagnie des Indes orientales ( à un « Comité pour les affaires orientales » nommé par le gouvernement. En 1798, la VOC tombe en faillite, minée par la corruption et la mauvaise gestion, et le décret de sa suppression prend effet le . Ses actifs sont repris par le gouvernement de la République batave.

Esclavage La colonie néerlandaise du Cap importe des esclaves venant d’Indonésie dès le . Mais des esclaves africains sont aussi envoyés vers l’Indonésie. La VOC a organisé une traite pour les plantations de muscade à Sulawesi et des mines d’or de Sumatra.

Après 1799, les Pays-Bas, alors État client de la République française, exploite directement ses possessions et cherche à définir une nouvelle politique coloniale. Le Comité pour les affaires orientales informe les autorités de Batavia qu’il faut songer à introduire progressivement les idées nouvelles de liberté et d’égalité dans les Indes. Batavia répond que les nouveaux principes ne lui sont pas très bien connus et que l’on ne saurait bouleverser les relations établies entre les peuples et les princes indigènes. Le gouvernement néerlandais assure qu’il n’est pas question d’appliquer les principes de liberté et d’égalité dans les possessions indiennes tant qu’elles se trouveront « dans l’état nécessaire de subordination ». L’esclavage ne saurait être aboli « jusqu’à ce qu’un ordre plus élevé de civilisation générale permette l’amélioration du sort des esclaves avec la coopération de toutes les nations européennes qui ont des possessions outre-mer » ().

Occupation française (1806-1811)

Les Néerlandais récupèrent toutes leurs colonies sauf Ceylan à la paix d'Amiens du mais les perdent à nouveau quand la paix est rompue. Les autorités néerlandaises à Batavia entendent mener une politique indépendante vis-à-vis de la France et du Royaume-Uni. Java connaît alors une période de prospérité et écoule sa production (café, sucre, épices) en direction des neutres (Danois et Américains), jusqu’en 1807, année où le Danemark entre en guerre et où Thomas Jefferson interdit à ses compatriotes de quitter les ports américains.

En 1806, alors que les Pays-Bas sont sous domination impériale française, l'empereur nomme son frère Louis Bonaparte sur le trône des Pays-Bas, ce qui conduit à la nomination en 1808 du maréchal Herman Willem Daendels au poste de gouverneur général des Indes orientales néerlandaises.

vignette|La Grande Route postale.

Le , le gouverneur général Daendels, « patriote » rallié au roi Louis Bonaparte, arrive à Batavia alors que l’économie est florissante mais les paysans sont dans la misère ; le commerce est encore actif mais aux mains des étrangers ; les fonctionnaires ont gardé les anciennes habitudes de la Compagnie des Indes ; la menace britannique pèse sur l’île et les princes locaux n’attendent qu’une occasion pour se révolter. Il procède à d’importantes réformes : tous les fonctionnaires reçoivent un rang dans la hiérarchie militaire et un salaire approprié. Les princes indigènes (« les régents ») perdent toute autonomie et ne sont plus que des représentants des Pays-Bas. Daendels prévoit une justice pour les Indonésiens rendue par les tribunaux composés d’Indonésiens selon le droit coutumier (« adat ») de Java. Les étrangers (Européens, Chinois, Arabes et Indonésiens non-javanais) relèveront des cours de justice de Batavia, Semarang et Surabaya selon les codes néerlando-indonésiens. Il réorganise l’armée, crée des fabriques de poudre, de munition et d’armes, aménage une école d’artillerie à Semarang, un hôpital militaire et développe les fortifications.

Daendels fait construire la « », qui relie Anyer, sur la côte ouest de Java, à Banyuwangi à son extrémité orientale. Il impose aux paysans le régime de la corvée et généralise la pratique du travail forcé, notamment dans la culture du café. Il favorise la colonisation privée et vend de grandes étendues de terres à l’ouest et à l’est de Batavia, avec liberté totale d’exploiter les paysans.

Du au , les Britanniques occupent les Moluques.. Gilbert Elliot entre en relation avec les princes indigènes, joue au libérateur et provoque des révoltes, particulièrement dans le sultanat de Banten. Le , apprenant que le royaume de Hollande a été annexé par le pour devenir les départements français des Pays-Bas, Daendels hisse le drapeau français à Batavia. Quelques mois plus tard, Daendels est rappelé et remplacé par Jan Willem Janssens comme gouverneur de Batavia. Après la défaite de Napoléon à la bataille de Waterloo en 1815 et le Congrès de Vienne, le contrôle indépendant des Pays-Bas a été rétabli en 1816 sur la base du traité anglo-néerlandais de 1814Ricklefs (1991), pp. 111–114.

Guerres coloniales

Guerre anglo-néerlandaise de Java (1810-1811) et occupation britannique (1811-1816)