Ignace de Loyola (Ignacio Loiolakoa en basque, Íñigo López de Loyola en espagnol), né en 1491La date exacte de sa naissance n’est pas connue avec certitude. à Loiola et mort le à Rome, est un prêtre et théologien basque-espagnol. Il est l’un des fondateurs et le premier supérieur général de la Compagnie de Jésus congrégation catholique reconnue par le pape en 1540. Elle prit une importance considérable dans la réaction de l’Église catholique face à l’ébranlement causé par la Réforme protestante aux .
Auteur des Exercices spirituels, Ignace fut un directeur de conscience. La spiritualité ignatienne est l’une des principales sources d’introspection religieuse et de discernement vocationnel dans le catholicisme. À la tête des Jésuites, il devint un ardent promoteur de la Contre-Réforme mise en œuvre à partir du concile de Trente. Il orienta sa congrégation vers l’apostolat missionnaire, en particulier dans les Indes orientales, l’Afrique et les colonies espagnoles d’Amérique du Sud.
Canonisé par le pape le , Ignace de Loyola est liturgiquement commémoré le .
Jeunesse et débuts dans l'armée Naissance et baptême Ignace naît au château de Loyola, situé dans le quartier de Loiola à Azpeitia, localité située à au sud-ouest de Saint-Sébastien, dans la province forale de peuplement basque de Guipuscoa (royaume de Castille). Elle a lieu sous le règne d'Isabelle (1451-1504), épouse du roi d'Aragon Ferdinand II (1452-1516), tous deux appelés les rois catholiques d'Espagne à partir de 1496.
Sa date de naissance n'est pas connue avec certitude. Le registre baptismal le plus ancien d’Azpeitia date en effet de 1537. Même en ce qui concerne l’année, ses premiers compagnons (Polanco et Ribadeneyra) et amis hésitaient entre 1491, 1493 et 1495. Choisissant d’écrire sur son épitaphe qu’Ignace de Loyola est mort à , ils s’accordent implicitement sur 1491 comme année de naissance. Le témoignage de sa nourrice, María Garín, va dans le même sens. La date serait confirmée par le fait qu'Ignace signe en 1507 des actes après la mort de son père . Ses biographes contemporainsDudon, Dalmases, Ravier, Lacouture, se fondant sur l’étude exhaustive de . optent tous pour 1491. Rien n'est certain non plus quant au jour de sa naissance : ni ni . Ce que l’on appelle l’Autobiographie, et qui est plutôt le récit d’une conversion et d'un cheminement spirituel raconté à un confident (qui le met par écrit) ne donne aucune indication sur sa date de naissance.
Son prénom de baptême, Iñigo, est d'origine basque (Eneko), et lui vient de saint Eneko (sanctus Ennecus), père abbé d’Oña. Par la suite, il utilisera le nom latin d'Ignatius adopté lors de son séjour à Rome. et retenu par la postérité.
Origines familiales et formation initiale
Issu d'une famille de petite noblesse basque, qui soutient traditionnellement la maison de Castille, Íñigo est le fils de don Beltrán Yáñez de Oñaz y Loyola et de son épouse, Marina Sáenz de Licona y Balda.
Benjamin d’une fratrie de treize enfants, il a sept ans à la mort de sa mère. Il noue alors une relation forte avec son père, qui meurt quand il a quinze ans.
Débuts à la cour (1506-1516) de Ferdinand d'Aragon Ignace quitte Loyola en 1506 et devient page à la cour de Ferdinand le Catholique, qui est alors roi d'Aragon et régent du royaume de Castille au nom de sa fille Jeanne, dite « la Folle », veuve de Philippe le Beau.
Devenu gentilhomme à sa majorité, Ignace entre comme secrétaire au service d’un parent de sa mère, Juan Velázquez de CuéllarParent de Diego Velazquez de Cuellar, conquistador., trésorier général (contador mayor) du royaume de Castille. Comme il le dit dans son autobiographie, il mène pendant dix ans la vie des courtisans : « Jusqu’à la vingt-sixième année de sa vie, il fut un homme adonné aux vanités du monde et principalement il se délectait dans l’exercice des armes ». Il se lie d'amitié avec l’infante Catherine de Castille, fille de Jeanne, qui, en raison de ses problèmes de santé, est assignée à résidenceOn dit aussi que Jeanne est « séquestrée ». En ce qui concerne les enfants de Jeanne et de Philippe le Beau (duc de Bourgogne issu de la maison de Habsbourg), seuls Catherine et Ferdinand sont élevés en Espagne. Les quatre autres, dont Charles de Habsbourg, futur Charles Quint, sont élevés aux Pays-Bas par la tante de Philippe le Beau, Marguerite d'Autriche (1480-1530), fille de l'empereur Maximilien (1459-1519). par Ferdinand dans un couvent de Tordesillas.
Sous le règne de Charles Quint : dans l'armée de Navarre (1517-1521) En 1516, la mort de Ferdinand d’Aragon, à qui succède de faitEn principe, c'est Jeanne qui hérite des royaumes de Castille et d'Aragon. Dans la nomenclature officielle, Charles écrit toujours « Nous, Jeanne et Charles , roi et reine de Castille, d'Aragon, de Navarre, etc. » Jeanne vit jusqu'en 1555, presque aussi longtemps que Charles qui meurt en 1558. son petit-fils, Charles de HabsbourgCharles ne devient « Charles Quint », c'est-à-dire Charles V, qu'en 1520, quand il est élu empereur, succédant à son grand-père Maximilien. En Castille comme en Aragon, il est Charles ., entraîne le renvoi de Juan Velázquez et l’éloignement d’Ignace.
En 1517, Ignace entre dans l’armée du duc de Lara, vice-roi de Navarre, le royaume de Navarre ayant été envahi en 1512 par les armées de Ferdinand et annexé au royaume de CastilleSauf la partie au nord du col de Roncevaux, la Basse-Navarre, qui va rester le support du titre de « rois de Navarre » porté ultérieurement par les rois de France Bourbons. au détriment de la dynastie légitime, les rois de la maison française d'Albret, aussi détenteurs de la vicomté de Béarn et du comté de Foix.
En 1520, Charles de Habsbourg (Charles de Castille et d'Aragon), est élu empereur sous le nom de Charles V (Charles Quint). En 1521 commence la sixième guerre d'Italie, qui s'achève par la défaite française de Pavie en 1525. Le conflit oppose Charles Quint au roi de France François . Les armées françaises attaquent notamment en Guipuscoa à Fontarrabie, qui est occupée, et en Navarre à Pampelune, capitale du royaume. François souhaite en effet que le roi déchu, Henri II de Navarre, récupère la partie sud de son royaume (la Haute-Navarre).
Ignace de Loyola est présent à Pampelune durant le siège. Le , alors que les défenseurs sont sur le point d'être submergés par le nombre et envisagent la reddition, Ignace les exhorte à poursuivre le combat. Il est alors gravement blessé, avec une jambe brisée par un boulet de canon. Il est ramené au château de Loyola et opéré. Mais à l'issue de sa convalescence, sa jambe droite reste plus courte de plusieurs centimètres, ce qui met fin de façon irréversible à sa carrière militaire.
Le choix d'une carrière d'homme d'Église
Convalescence Durant sa convalescence, faute de disposer des célèbres romans de chevalerie du temps, il lit des livres religieux, dont une Vie de Jésus en quatre volumes de Ludolphe le Saxon et la Légende dorée de Jacques de Voragine, ouvrage richement illustré qui narre les faits et gestes de saints. Dans un mélange de ferveur et d’anxiété, ayant vu lui apparaître en rêve , il rejette Autobiographie, ..
Il ne pense plus désormais qu’à devenir ermite et à suivre les préceptes de saint François d'Assise et d’autres grands exemples monastiques. Il décide de se vouer entièrement à la conversion des musulmans de Terre sainte, avec l’intention de tous les convertir au christianisme. En signe d’expiation, il veut partir en pèlerinage. Il recherchera toute sa vie des sites consacrés à la dévotion chrétienne et voudra devenir un pèlerin dans la tradition du Moyen Âge. « El pelegrino » est le titre qu'il donnera à ses souvenirs, dictés à Luis Gonçalves de Camara à la fin de sa vie.
Assez bien rétabli, il quitte la maison familiale en dans l'intention d'aller à Jérusalem.
Période d'ascèse à Manresa (1522-1523) vignette|droite|upright|La Vierge de Montserrat, Vierge noire en bois du .
Arrivé au monastère bénédictin de Montserrat en Catalogne, il se confesse à un père d’origine française, le père Chanon (qui deviendra son confesseur à Manrèse), et passe trois jours en prière. Dans la nuit du , dans un geste de rupture avec son ancienne vie de soldat, il accroche ses habits militaires et ses armes devant la statue de la Vierge noire. Il veut reprendre la route de Barcelone vêtu d’un simple tissu, une sorte de haire en toile, avec une corde en guise de ceinture.
Mais, épuisé par son voyage, par ses blessures mal cicatrisées, éprouvé par l’ascèse, il est bloqué par la peste qui sévit à Barcelone, ou désireux d’éviter le cortège du nouveau pape (ancien précepteur de Charles Quint) qui se rend de Madrid à Rome. Il passe plusieurs mois dans une grotte près de Manresa en Catalogne, où il pratique le plus rigoureux ascétisme.
Il mène cette vie d'ermite jusqu’au début de 1523, et commence la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels (ce point est contredit par Jean-Claude Guy, traducteur des Exercices spirituels : « Mais rien n'autorise à dire que, déjà à Manrèse, furent rédigées certaines pages des Exercices »). Depuis sa « conversion », Ignace a pris l’habitude de consigner dans des carnets les extraits les plus frappants de ses lectures. Lors de son séjour à Manresa, il consigne ses expériences dans un journal intime qui deviendra l’un des livres clés de la spiritualité ignatienne.
Pèlerinage en Terre sainte (1523) et retour à Barcelone (1524) vignette|Statue d’Ignace de Loyola dans le jardin de l’Institut biblique pontifical (Jérusalem)
Au début de 1523, il prend comme « pèlerin de Dieu » la route de la Terre sainte. Le , il embarque à Barcelone vers l’Italie.
À Rome, il reçoit la bénédiction du pape , puis il continue son voyage en passant par Venise. Parvenu à Jérusalem en septembre 1523, il n'y reste que trois semaines, avant d’être prié par les frères franciscains de quitter le pays, ceux-ci refusant de l’autoriser à rester en raison des dangers encourus et lui enjoignant de partir sous peine d’excommunication.
Il rentre en Italie, alors théâtre d'une guerre entre les armées espagnoles et françaises. Il se retrouve à Venise où il se convainc de l’absolue nécessité d’étudier pour enseigner. Après la méthode religieuse mise au point dans les Exercices, la conviction du rôle des études est une autre caractéristique du projet d'Ignace de Loyola. Il est de retour à Barcelone en .
Étudiant à Barcelone, Alcalá et Salamanque (1524-1528)
Il consacre les onze années suivantes aux études, c'est-à-dire plus d’un tiers de ce qu’il lui reste à vivre.
Il reprend d'abord des cours de base de grammaire et de latin à Barcelone. En 1526, il en sait suffisamment pour suivre des cours de philosophie et de théologie à l’université d’Alcalá de Henares. Foyer intellectuel brillant du royaume de Castille, cette université rassemble des alumbrados (« illuminés » empreints de mystique, liés à la réforme franciscaine) et conversos ou « nouveaux chrétiens » (juifs ayant opté pour le catholicisme en 1492En 1492, après la prise de Grenade, qui marque la fin de la Reconquista, les rois catholiques décident d'expulser les juifs de leurs royaumes, à moins qu'il se convertissent. Beaucoup prennent le chemin de l'exil, formant les communautés de Ladinos de l'Empire ottoman. Certains se convertissent, mais parfois avec des arrière-pensées, de sorte que les conversos sont l'objet de la méfiance des « vieux chrétiens », qui lancent le mouvement de la « pureté du sang » (limpieza de sangre).), qui marquent le climat spirituel de cette époque.