Antoine Louis François Sergent, dit Sergent-Marceau, né le à Chartres et mort le à Nice, est un peintre et graveur français.

Personnalité politique de la Révolution française, conventionnel, il fut impliqué dans les massacres de septembre 1792. Après son mariage avec la sœur du général Marceau, il accola le nom de son épouse au sien.

Biographie Le graveur thumb|left|Antoine Sergent ː La Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1488). La scène représentée sur ce dessin illustre la reddition du duc d'Orléans, à genoux au premier plan (reconnaissable à son écu aux armes de France brisées d'un lambel d'argent), devant La Trémoille. Autour de cette scène, quelques cadavres et combattants. vignette|redresse|Pierre-Jean David d'Angers, Sergent-Marceau (1835), Paris, musée de la préfecture de police. Fils unique d'Antoine Sergent, un modeste arquebusier de Chartres, et de Catherine Madeleine Frémy, il perd sa mère très tôt.

Il fait ses études à Chartres où il se révèle être un dessinateur habile. En 1768, il part à Paris étudier la gravure chez Augustin de Saint-Aubin durant trois ans, puis retourne à Chartres en tant que graveur et professeur de dessin.

Pendant près dix ans, il grave des médailles, des armoiries, des estampes pour bréviairesBreviarum Carnotense - Pars Verna, bréviaire chartrain, gravure La Cathédrale de Chartres par Sergent, chez Claude Simon, Paris, 1783. et entreprend la réalisation d'un plan de Chartres qui reste inachevé. Il s’occupe aussi de gravures héraldiques.

Vers 1784, il quitte Chartres pour Paris et commence l’exécution d’une galerie de gravures en couleur représentant des scènes et des personnages célèbres de l’histoire de France. Il était en relation, depuis sa jeunesse chartraine, avec plusieurs personnages qui jouèrent un rôle capital dans l'histoire de la Révolution française, notamment Jacques Pierre Brissot et Jérôme Pétion de Villeneuve. Il a pour éditeur Esnauts et Rapilly.

Carrière politique Révolution Dès le début de la Révolution, il accompagne les mouvements populaires. Électeur en 1789, président du district de Mauconseil, il y tient le rôle de juge et de commissaire de police. En 1790, il devient président du district de Saint Jacques l'Hôpital. Il s'affilie au club des jacobins où il fait la connaissance de Louis-Philippe, alors duc de ChartresBiographie universelle (Michaud) ancienne et moderne, Volume 39, article Sergent(Antoine François), Madame C. Desplaces, 1854, .. À la fin de l'année 1790, il en devient le secrétaire, poste qu'il occupera de longues années. À la fin de cette même année, il devient président de la section du Théâtre-Français, dite section des Cordeliers.

En 1791, il est nommé officier municipal et se voit confier le département de police, conjointement avec Étienne-Jean Panis, qui devint un ami intime, Perron et Vignier qui penchaient pour la monarchie constitutionnelle. Il s'occupe entre autres de l'entretien des prisons. En mai-, il est chargé de licencier la garde constitutionnelle de Louis XVIMichaud, , ..

Il est accusé par ses détracteurs d'avoir pris une part active, avec Pétion, à l'invasion des Tuileries le 20 juin 1792 mais s'en défendra en affirmant qu'il est arrivé juste pour .

Dans les journées précédant le 10 août 1792, il fournit des armes aux Marseillais venus en réclamerLouis Blanc, Histoire de la révolution française, Volume 7, Société typographique Belge, 1855, .. Il prend une part active à la journée du . Après le triomphe de l'insurrection, avec Panis, il fait fermer les grilles et procède à l'inventaire des lieux. Il sera par la suite soupçonné de pillage.

Le , il organise la cérémonie funèbre en l'honneur des martyrs de la Révolution, en particulier ceux tombés lors de l'attaque des Tuileries. Cette commémoration guerrière appelle à la vengeanceBlanc, , ..

Septembre 1792 Sergent est mêlé aux massacres de Septembre. Bien qu’il ne fasse pas partie de la Commune de Paris nommée le , il continue à siéger au Comité de surveillance révolutionnaire dont sont écartés Perron et Vigner dès le , remplacés par Pierre Jacques Duplain et Didier JourdeuilLouis Mortimer Ternaux, Histoire de la Terreur: 1792-1794, Volume 3, M. Lévy, 1868, (lire en ligne).. Marat y joue un rôle actif dès le débutPhilippe Le Bas, Augustin François Lemaitre, France : Dictionnaire encyclopédique, Volume 5, (). même s'il n'en fait officiellement partie que le Louis Mortimer Ternaux, Histoire de la Terreur : 1792-1794, Volume 3, M. Lévy, 1868, (lire en ligne)..

Sergent, qui désapprouve son introduction lui attribue la responsabilité de l'incitation à l'émeute qui conduit aux massacres de septembre. Le , Sergent, selon ses dires arrive trop tard pour empêcher la foule de massacrer les prisonniers. C'est cependant lui qui donne l'ordre, avec Panis, de nettoyer toutes les traces du massacre et rémunère des ouvriers pour s'acquitter de cette tâche. Ce fait lui sera plus tard reproché et il fut soupçonné d'avoir rémunéré l'assassinatBlanc, , .. De plus, sa signature apparait au bas de la circulaire qui incitait à perpétrer des massacres équivalents dans le reste de la France :

Dès le , Sergent se défend de l'avoir signée et impute à Marat la totale responsabilité des faits.

Il est également impliqué dans le pillage du Garde Meuble des 16 et .

Le , le conseil général girondin suspend le comité de surveillance.

Accusé d'avoir conservé par devers lui des objets appartenant à des victimes des massacres du , en particulier une agate, Sergent affirme avoir acheté cette agate lors d'une mise en vente des dépouilles du massacre et la restitue, mais cet écart lui vaut le sobriquet de Sergent Agate dans le rang de ses détracteursBlanc, , ..

Une commission d'enquête parlementaire réclamée par la convention est chargée de poursuivre les auteurs des crimes des 2 et . Le , un arrêté du conseil général de la commune l'accuse ainsi que Panis de . Selon Noël Parfait, ces accusations tireraient leur origine de la lutte engagée à cette époque entre les Girondins et les Montagnards.

À la convention Élu député de la Convention par le département de la Seine, il siège sur les bancs de la Montagne. Dès , il est adjoint à la commission conservatrice des monuments des arts. C'est à ce poste qu'il prend des mesures pour que soient évitées les dégradations commises sur les monuments historiques, symboles, pour certains, de l'ancien régime. En 1793, il propose la création du musée national de peinture et sculpture, et encourage la création du conservatoire de musique (projet de Marie-Joseph Chénier). Toujours avec Chénier, il fait promulguer une loi sur la défense du droit d'auteur.

Dès le début de son mandat, il s'oppose à ce que soit créée une loi visant à punir les provocateurs des massacres de septembre. Il obtient la suppression de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Il est un des plus acharnés lors du procès de Louis XVI et fait partie de ceux qui votèrent pour la mort du roi.

Le , il participe, selon lui à son corps défendant, au coup d'état provoquant la chute des Girondins. Suspecté par Robespierre de sensibilité cordelièreChristine Le Bozec, Éric Wauters, Pour la Révolution française: en hommage à Claude Mazauric, publication Univ Rouen Havre, 1998, (lire en ligne)., il s'éloigne de la scène politique jusqu'à la chute de Robespierre le 9 Thermidor. Il change ses prénoms d'Antoine François au profit de celui d'Androphile (« ami des hommes »)Acte de quittance reçu par maître Landron, notaire à Chartres le : Citoyen Antoine François ou Androphile Sergent, député à la Convention nationale, demeurant à Paris, archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2 E 16 480.. Il poursuit son activité jusqu'au , proposant la prolongation de quatre mois à un an de la durée d'études dans les écoles normales, prenant la défense des membres des anciens comités. Après le , il est accusé d'avoir encouragé le peuple lors de l'Insurrection du 1er prairial an III, on ressort alors la circulaire du comité de surveillance et les accusations de détournement. François Sergent prend la fuiteMichaud, , ..

Mariage, exils vignette|Émira Marceau par Sergent-Marceau (1808). Il épouse alors Émira Marceau, demi-sœur de François Séverin Marceau, qui désire l'accompagner dans sa fuite. Il s'agit d'un amour réciproque de près 30 ans car Sergent tombe amoureux de cette jeune fille à l'adolescence : . Elle porte à cette époque le nom de Marie Marceau-Desgravier.

Elle ne s'entend pas avec sa belle-mère qui n'a que six ans de plus qu'elleL'Écho républicain de la Beauce et du Perche, 9-10 avril 1960 : "Au Rotary-Club de Chartres, M. René Gobillot a fait une intéressante conférence sur la vie et l'œuvre de Sergent-Marceau". En , à 15 ans, elle est mariée de force par son père à Nicolas Denis Champion, dit Champion de Cernelle., procureur à Chartres : Voir aussi : acte de continuation d'inventaire des biens de Denis Champion, en date des 4, 9 messidor et 4 thermidor an X, reçu par maître Jacques Febvrier, notaire à Chartres. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2 E 10 283. Nicolas Denis Champion est mort à Chartres le 17 mars 1826 à l'âge de 80 ans..

Elle se sépare de son premier époux en 1784, p. 31. et part vivre dans un couvent d'abord à l'abbaye Notre-Dame de l'Ouÿe, puis à Paris. Le elle obtient le divorce, devant l'officier de l'état civil de Chartres Acte de transaction et distribution avec les créanciers de Nicolas Denis Champion, ancien magistrat, reçu par maîtres Boisseau et son confrère, maître Bresdin, notaires à Chartres, le 9 décembre 1812. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2E2 290 (minutes de Me Bresdin). et change son nom en Émira Marceau. Mais ce n'est que deux ans plus tard, en 1795, qu'elle consent à épouser Sergent. Il accole à son nom celui de sa femme, se faisant dorénavant appeler « Sergent-Marceau ». Il s'installe, en Suisse, à Bâle où il reprend ses activités de graveur. L’amnistie de brumaire an IV lui permet de revenir en France, ce qu'il fait en 1797.

Après le , le général Bernadotte le nomme commissaire du gouvernement près de la régie des hôpitaux militaires, poste qu'il occupe pendant quatre ans. Mais le coup d'État du 18 Brumaire le place comme personnage dangereux pour le nouveau régime. Après l’attentat de la rue Saint-Nicaise, il est arrêté et emprisonné.

Rendu à la liberté après une brève détention, il est autorisé à quitter la France et il part vivre en Italie, difficilement, de son art et de la pension que sa femme peut obtenir du gouvernement impérial, en 1809, comme sœur du général Marceau-Desgraviers.

En 1824, année du début du règne de Charles X, il se fixe à Nice. En 1834, la mort de son épouse le prive de la pension qui permettait au vieux couple de survivreSelon une autre source : "L'Empereur leur accorde en 1810, en mémoire de Marceau une pension de 1.200 livres. La pension sera encore servie par Louis-Philippe".. Il reçoit alors une pension de Louis-Philippe I.

Il meurt, aveugle, à Nice, le .

N'ayant pas eu d'enfant, il a adopté avec son épouse un neveu de cette dernière : Agatophile Berchette.

Œuvres dans les collections publiques

(Liste non exhaustive, les œuvres sont présentées selon leur lieu de création, représentatif de l'évolution de l'artiste, et non selon le lieu où elles sont conservées)

Chartres Musée des Beaux-Arts. : Chartres, vue des Petits Près, gouache ; Convois des Abus, aquatinte, ; Émira Marceau, gravure à l'aquatinte en couleurs, 1808. Archives départementales d'Eure-et-Loir : Vue de Chartres, dessin aquarellé, , 1780, . ; Vue du chevet de l'église Saint-André de Chartres (aujourd'hui détruit), gravure à l'eau-forte et au burin, 1780 (cote 7 FI 93). Gravures illustrant le missel de Chartres publié en 1782-1783 Christ en croix (cote 7 FI 99) ; La Très Sainte Trinité (cote 7 FI 100). Illustration du bréviaire de Chartres publié en 1783, dessinées et gravées par Sergent en 1782 (cote 7 FI 97 et 98) Cathédrale Notre-Dame, vues de l'ouest et du sud ;