Roger Holeindre, né le à Corrano (Corse-du-Sud) et mort le à Vaucresson (Hauts-de-Seine), est un militaire, journaliste et homme politique français.
Ouvrier métallurgiste, il est volontaire et sous-officier lors des guerres d’Indochine et d’Algérie, pour lesquelles il reçoit de nombreuses décorations. Partisan de l’Empire français, il s’engage pour l’Organisation de l'armée secrète (OAS), ce qui lui vaut d’être emprisonné plusieurs années. Il est ensuite journaliste pour plusieurs titres nationaux et écrivain.
En 1972, après avoir lancé plusieurs formations d’extrême droite, il participe à la fondation du Front national et en est un temps vice-président. Il est député de la Seine-Saint-Denis de 1986 à 1988 et conseiller régional d'Île-de-France entre 1992 et 2010. Proche de Jean-Marie Le Pen, opposé à la ligne de sa fille Marine et à la « dédiabolisation » du parti, il quitte le FN en 2011 pour rejoindre le Parti de la France, dont il est président d'honneur de 2016 à sa mort.
Situation personnelle Origines et enfance Issu d'un milieu modeste, Roger Holeindre passe son enfance dans les Vosges puis en Seine-et-Oise. Il est scolarisé à l'école communale et à la pension Clerbois, à Rosny-sous-Bois, dont il sort .
Scoutisme et résistance vignette|gauche|redresse|Roger Holeindre en tenue de scout sous l’Occupation, au cours de laquelle il participe à des actions de résistance. En 1944, à l'âge de , membre d’une organisation scoute clandestine, il participe à des opérations nocturnes contre l’occupant allemandet dérobe, à Noisy-le-Sec, deux mitrailleuses jumelées aux Allemands, ce qui constitue son premier acte de .. Il dit plus tard tenir de l’occupation allemande ses convictions de droite, non gaulliste, et avoir du respect pour le maréchal Pétain.
Carrière militaire Partisan de l’« Empire français », Roger Holeindre s’engage dans les fusiliers marins puis se porte volontaire pour la guerre d'Indochine, dans la puis la coloniale de commandos parachutistes. Rapatrié en métropole après avoir été blessé, il repart pour participer aux derniers combats..
Après l’Indochine, désigné instructeur contre-guérilla, il se porte à nouveau volontaire pour la guerre d'Algérie, au de parachutistes d'infanterie de marine. Il combat en particulier près de Tébessa, à l'est de l'Algérie et infiltre des zones rebelles dans les Aurès. Comme de nombreux autres sous-officiers, qui affichent entre eux une grande solidarité, la hiérarchie militaire lui apparaît comme arriviste.
Grièvement blessé (une balle dans la tête), il est démobilisé et s'installe à Tebessa. Ainsi revenu à la vie civile, il crée dans la ville une maison des jeunes et participe à l'éducation et aux loisirs de centaines de jeunes, majoritairement musulmans. Souhaitant poursuivre la lutte pour l’Algérie française, il crée en , dans le Constantinois, le maquis « Bonaparte », qui intègre des évadés de l’Organisation de l'armée secrète (OAS) des prisons françaises en Algérie. Trois mois plus tard, Roger Holeindre est arrêté et emprisonné en France..
Durant le reste de sa vie, il défend les parachutistes, étant notamment vice-président de l’Union nationale des parachutistes.
Journaliste et écrivain Auparavant ouvrier métallurgiste, Roger Holeindre mène ensuite une carrière de journaliste, étant grand reporter à Paris Match dans les années 1980, puis à Magazine Hebdo et au Figaro Magazine dans les années 1990. Il est spécialiste des questions africaines, de l'Asie et de l'Amérique latine.
Également écrivain, il est l'auteur d'une quarantaine de livres, notamment Trahisons sur commande : une histoire du Parti communiste français ou Tout va mal en France… c'est la faute à Pétain.. Il reçoit le prix littéraire de l'Asie en 1980 et le prix Renaissance des lettres en 2016..
Le politologue Jean-Yves Camus indique :
Parcours politique Débuts Favorable à la devise , il prône l’assimilation et s'oppose à l’indépendance des colonies françaises, qu’il voit comme une occasion, pour les communistes, d’affirmer leur emprise sur le continent africain. Durant la guerre d’Algérie, il s’engage dans l'OAS, qui tente notamment d'assassiner le président de la République Charles de Gaulle au début des années 1960. Pour sa poursuite du combat dans le maquis "Bonaparte", il est arrêté le et condamné à d’emprisonnement. Il est amnistié après avoir purgé trois ans et demi de sa peine.
Après sa libération, il poursuit son engagement à l'extrême droite, conseillant les jeunes militants du mouvement Occident. En vue de l'élection présidentielle de 1965, il soutient la candidature du candidat d’extrême droite et pro-Algérie française Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont il assure le service d’ordre des « comités », affrontant plusieurs fois des militants de la CGT. C’est lors de cette campagne que Roger Holeindre rencontre Jean-Marie Le Pen, dont il devient un proche.
Dirigeant de mouvements nationalistes Dans la période précédant Mai 68, il dirige le Front uni de soutien au Sud-Vietnam, qui fédère plusieurs mouvements d'extrême droite (dont Occident, le Rassemblement européen de la liberté et le Mouvement jeune révolution) et dispose d'un « quartier général » au Cercle du Panthéon, rue Quincampoix à Paris. Il côtoie alors de jeunes figures de l’extrême droite « renaissante », comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Claude Goasguen, et participe à plusieurs rixes avec des militants de gauche. Le , il est gravement blessé par un commando de maoïstes des Comités Vietnam de base venu détruire une exposition sur les crimes des VietcongsHervé Hamon et Patrick Rotman, Génération : les années de rêve, Points, coll. « Points documents », p. 295..
Après Mai 68, il dirige la revue Contre-Poison et fonde le mouvement nationaliste et antigaulliste des Jeunesses patriotes et sociales (JPS). Le , lors d’un tractage des JPS devant le lycée Louis-le-Grand, l’étudiant Jean-Gilles Malliarakis, président du mouvement d’extrême droite Action nationaliste, est assommé et un militant d’extrême gauche blessé à la main ; Roger Holeindre est placé en détention provisoire deux jours plus tard, avant d’être libéré le suivant..
Les Jeunesses patriotes et sociales participent en au lancement du Parti national populaire (PNP), dont Roger Holeindre devient le président et Pierre Bousquet, rédacteur en chef du journal Militant, secrétaire général.. En , avec l’Union pour le progrès et les libertés (UPL) d’Yvan Anchier (ex-ARLP), le PNP fusionne dans le Parti de l'unité française (PUF). Onze mois plus tard, avec le plus modéré Mouvement pour la justice et la liberté de Georges Bidault, le PUF devient le Mouvement pour la justice et la liberté – Unité française..
En parallèle, Roger Holeindre ouvre un restaurant dans le quartier des Halles de Paris, Le Bivouac du grognard, 87, rue Saint-Honoré, où il tente d'unifier les mouvements d'extrême droite.
Cadre fondateur du Front national thumb|redresse|Roger Holeindre en 2001. vignette|redresse|Jean-Marie Le Pen et Roger Holeindre, tous deux cofondateurs du Front national, au début des . En , Roger Holeindre participe avec sa formation, aux côtés notamment de Jean-Marie Le Pen, à la finalisation de la fondation du Front national, lancée par le mouvement d’extrême droite Ordre nouveau (ex-Occident). Il devient secrétaire général adjoint du nouveau parti tandis que Pierre Bousquet en est le trésorier.. Longtemps membre du bureau politique du Front national, il exerce la fonction de vice-président du parti entre 1973 et 1978.
Jean-Yves Camus précise : .
En 1985, il fonde et prend la présidence du Cercle national des combattants (CNC), une organisation proche du FN qui regroupe des anciens combattants, notamment coloniaux, et des citoyens se réclamant de la sensibilité « nationale ». Il est également à l’origine de son organisation de jeunesse, les Cadets de France et d’Europe, qui réunit des jeunes formés sur le modèle des scouts. Son camp d’été annuel, considéré comme les universités d’été du Front national de la jeunesse (FNJ), se tiennent pendant trois semaines au château de Neuvy-sur-Barangeon (Cher) .. Lors de l'université d'été de 1998, Roger Holeindre accuse Jack Lang et d'autres personnalités d'avoir commis des abus sexuels contre des mineurs dans le cadre de l'affaire du Coral. Ce rassemblement est interdit en 1999, à la suite d'une décision du préfet du Cher.
Aux élections législatives de 1986, Roger Holeindre est élu député de la Seine-Saint-Denis.. Avec élus, il siège au sein du groupe Front national – Rassemblement national (FN-RN) jusqu’aux élections anticipées de 1988.. Dans une réplique devenue célèbre, faisant référence à son engagement militaire, il rétorque à un député socialiste en 1987 : .
Il est conseiller municipal d'opposition à Sevran (Seine-Saint-Denis) de 1989 à 2001 et conseiller régional d’Île-de-France de 1992 à 1998 puis de 2004 à 2010. Il conduit la liste du Front national aux élections territoriales de Corse en 1998, où il manque le seuil de qualification au second tour ; l’année suivante, à la suite de l'annulation de ces élections, sa liste obtient un score inférieur..
Lors des congrès du FN, il est toujours élu au comité central parmi les dix premiers : deuxième en 1985 et 1990, huitième en 1994, quatrième en 1997, deuxième en 2000, troisième en 2003 et 2007, deuxième en 2011.. Surnommé « Popeye » par ses militants en raison de son physique, , indique Libération..
Dans le cadre de la scission de 1998, il apporte son soutien à Jean-Marie Le Pen, refusant de rejoindre Bruno Mégret. Pourtant, il s’éloigne du président du FN lorsque celui-ci soutient sa fille Marine pour lui succéder. En vue du congrès de Tours, Roger Holeindre vote pour Bruno Gollnisch et quitte le parti le , à la veille de la victoire annoncée de Marine Le Pen, étant opposé au processus de « dédiabolisation » et estimant que la nouvelle présidente ne représente pas ses idées, . ; il déclare à son propos : .
Ralliement au Parti de la France Dans la foulée de son départ du Front national, Roger Holeindre rejoint le Parti de la France, présidé par l’ancien frontiste Carl Lang. Il intègre son bureau politique en 2013 et en devient président d'honneur en 2016, une fonction qu'il occupe jusqu’à sa mort... En 2012, il s'associe au projet « Notre antenne », porté par Gilles Arnaud et Philippe Milliau, qui donne naissance en 2014 à TV Libertés..
Prises de position Libération précise qu’il était particulièrement populaire et qu’.
L'historien Nicolas Lebourg indique qu’il n'était ..
Jean-Yves Camus précise à sa mort : .
Mort et hommages Roger Holeindre meurt le d'un infarctus à son domicile de Vaucresson, dans les Hauts-de-SeineRelevé des fichiers de l'Insee.. Jean-Marie Le Pen évoque alors et salue une vie , tandis que Marine Le Pen lui rend hommage malgré leurs désaccords.
Ses obsèques se tiennent le suivant en l'église Saint-Roch de Paris. Jean-Marie Le Pen et son épouse Jany, Yann Le Pen, Marion Maréchal, Nicolas Bay et Carl Lang sont notamment présents à la cérémonie, qui est prononcée en partie en latin, tandis que Marine Le Pen a fait porter une gerbe. Bruno Gollnisch prononce l’éloge funèbre, dans lequel il loue la et la de Roger Holeindre, et dénonce le en France.. L'homélie est prononcée par Jean-Paul Argouarc'h.. Il est inhumé au cimetière de Vaucresson.
Détail des mandats et fonctions À l’Assemblée nationale Député de la Seine-Saint-Denis (1986-1988)
Au niveau local Conseiller municipal de Sevran (1989-2001) Conseiller régional d'Île-de-France (1992-1998 et 2004-2010)
Au sein de partis politiques Secrétaire général adjoint du Front national Vice-président du Front national Président d'honneur du Parti de la France (2016-2020)
Décorations
Ouvrages
Dans la fiction Dans le roman uchronique de Guy Konopnicki, Les Cent jours : – , où Jean-Marie Le Pen gagne l'élection présidentielle de 2002, Roger Holeindre devient ministre de la Défense.
Notes et références Notes
Références