vignette|droite|upright=1.7|Le Jardin d'Éden et la chute de l'homme, tableau de Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens, vers 1615.
Le péché originel est une doctrine de la théologie chrétienne qui décrit la désobéissance d'Adam et Ève, premiers êtres humains créés par Dieu : dans le Livre de la Genèse, ils mangent le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. La conséquence directe de cet acte est la Chute de l'humanité, qui vit dès lors dans un état dégradé.
Cet épisode biblique, qui a inspiré les écrivains et les artistes au cours des siècles, est souvent compris dans un sens symbolique depuis les Lumières.
L'expression « péché originel » ne figure nulle part dans la Bible, mais le concept s'appuie sur plusieurs passages des deux Testaments.
C'est Augustin d'Hippone, à la fin du , qui invente le termeAndré-Marie Dubarle, André Dumas, « PÉCHÉ ORIGINEL », Encyclopædia Universalis [en ligne] (consulté le 31 mars 2020).. Cette doctrine est extrêmement débattue depuis ses origines (querelle du pélagianisme). Le péché originel est perçu de différentes façons dans les différentes confessions, depuis une simple déficience, ou une tendance au péché qui exclut toute idée de culpabilité a priori, jusqu'à l'idée d'une nature humaine totalement corrompue et d'une véritable culpabilité collective (comme chez les calvinistes.). Ces controverses autour du péché originel ont abouti à des divergences significatives dans la théologie du salut, notamment en ce qui concerne le libre arbitre et la grâce.
Origine du concept Sources bibliques Ancien Testament
vignette|droite|La Chute d'Adam et Ève, œuvre réalisée par Antonio Rizzo en 1476, ornant le dessus du chapiteau de l'angle sud-ouest du Palais des Doges à Venise. Il n'est fait aucune mention d'un « péché originel » dans le texte de la Genèse, dans les premiers chapitres qui racontent l'histoire d'Adam et d'Ève dans l'Éden ; la première évocation du terme péché se trouve dans un dialogue entre Dieu et Caïn.. Il peut y avoir une approche narrative du chapitre 3, qui présente le péché originel, ainsi : : la tentation : la découverte par Dieu : le jugement de Dieu : l'expulsion du jardin d'Éden
Le mot hébreu adâm désigne deux choses : d'une part Adam, et d'autre part un homme, comme l'humanité au sens large. ; ainsi, pour le théologien Jean-Michel Maldamé, il convient de considérer Adam, dans le contexte de la Chute, comme le patriarche de l'humanité, une sorte de représentant le groupe humain..
Nouveau Testament
Dans les épîtres de Paul, celle aux Romains et la première aux Corinthiens, il explique pourquoi Jésus-Christ a permis la réconciliation entre Dieu et Sa Création : . .
Judaisme Le judaïsme ne voit aucun péché originel à cet endroit.
Dans la Bible hébraïque (Ancien Testament), le mot hattat qui signifie faute en hébreu n’apparaît qu’en Genèse IV:7, non sous la forme d’une faute imposée et héréditaire mais sous la forme d’un choix éthique, fondateur du libre arbitre.
Rien ne dit qu’Adam et Ève dans le jardin sont immortels. Le verset Genèse III:22 tendrait même à dire le contraire. Les exégètes contemporains se demandent donc comment la mort peut être l’éternel châtiment de la désobéissance avouée en Genèse III:13.
Enfin, les exégètes contemporains se demandent si la colère du Dieu du récit doit être prise au sérieux. En effet, celui-ci est pris de sollicitude après la colère comme indiqué en Genèse III:21, où l’Éternel coud des vêtements de peau alors qu’Adam et Ève se sont déjà couverts en Genèse III:7.
Les exégètes contemporains en concluent que l’enjeu est ailleurs, notamment dans le commentaire de la Chute par le bibliste Jacques Chopineau« La Chute ».Jacques Chopineau, persee.fr..
Les Pères de l'Église Les pères de l'Église catholique se sont appuyés dans leur approche du péché originel sur le récit de la faute d'Adam dans le livre de la Genèse et sur l'analyse qu'en a faite Paul dans son épitre aux Romains. Méliton évêque de Sardes, ayant vécu entre 100 et 200, parle dans son discours sur la Pâque (54-55) du péché d'Adam . Et lorsque cette empreinte était laissée, chacun était voué à la mort.
vignette|gauche|150px|Irénée de Smyrne, deuxième évêque de Lyon.
Irénée de Lyon Irénée de Lyon parle du principe de solidarité de tous les hommes avec Adam dans le Christ : (Adversus haereses V, 16, 3). Irénée présente donc Jésus-Christ comme le nouvel Adam, qui permet de faire devenir, par étapes, l'humanité obéissante envers Dieu, et telle qu'elle était à l'origine, c'est-à-dire vers une perfection inachevée. Il explique que par le péché d'Adam et d'Ève, l'humanité a perdu sa ressemblance avec Dieu, et que n'ayant qu'une intelligence enfantine, elle est plus tentée par le Diable. Cette conception s'inscrit dans son combat contre le gnosticisme du qui considère que la Passion n'a pas été subie par Jésus, donc que ce ne sont pas sa mort ou sa résurrection qui ont racheté l'humanité, mais ses enseignements.. Irénée insiste sur la venue du Verbe de Dieu comme docteur de l'humanité par l'Incarnation, pour qu'elle soit de nouveau à l'image de Dieu en allant vers Lui et en évitant les convoitises terrestres, .
Origène d'Alexandrie Origène (185-253), se référant à la tradition de baptiser les enfants qu'il déclare apostoliques, commente en disant que les apôtres savaient qu'il existe en tous la tache du péché qui doit donc être lavée par l'eau et l'Esprit Saint. Tertullien (150-220), quoique défavorable au baptême des nouveau-nés, parle du vice des origines qui est devenu d'une certaine manière naturelle.
Cyprien de Carthage L'évêque Cyprien de Carthage (200-258) explique qu'il ne faut pas éloigner les enfants du baptême, bien que n'ayant pas péché personnellement, parce qu'ils ont contracté en naissant la contagion de la mort antique venue d'Adam. Athanase (296-353) enseigne que .
Augustin vignette|Augustin d'Hippone fut le premier à formuler la doctrine du péché originel (portrait imaginaire par Botticelli, v. 1480). Selon Augustin d'Hippone, le monde est bon si on le contemple dans la perspective de Dieu mais l'homme tombe dans le péché quand il le voit dans la perspective des hommes. Pour Augustin, l'amour du monde rend les hommes sensibles à la concupiscence et les entraîne dans l'amour du monde en tant que création de la créature.
Si c'est là le péché véritable, il est malgré tout le fruit de l'orgueil (superbia) qui veut que l'homme soit l'égal de Dieu, qu'il soit aussi créateur que Dieu, de sorte qu'il déforme (perversitas) . C'est dans son livre Ad Simplicianum de 396 qu'Augustin développe ses idées sur le péché originel et la nécessité de la grâce. Chez Augustin, c'est l'orgueil qui a détourné Adam et a provoqué le péché originel, compris non comme un péché remontant aux origines, mais comme un péché touchant la nature originelle de la créature.
Pour Augustin, l'habitude (consuetudo) qui attache au péché et empêche une renaissance est , qui elle-même résulte d'une volonté insuffisante qui n'a instauré l'habitude que pour faire oublier la mort.
La formalisation du concept tient à une lecture de l'épître aux Romains (Rm 5, 12) de Paul de Tarse explicitée par Augustin au dans sa lutte contre Pélage.. Augustin, suivant Origène, soutenait l’opinion pessimiste de Paul qui lui permettait de répondre à la question pourquoi le mal et la mort ? Augustin qualifia ce péché d’« originel ». Pour expliquer qu’il se transmet (selon la traduction erronée de la vieille latineL’interprétation donnée par Augustin de Rm 5/12 est liée à la version latine (dite « vieille latine ») qu’il avait sous les yeux. Augustin comprend que ce qui est passé en tous du fait du péché d’Adam est non pas la mort, mais le péché. Or, le texte grec porte - au moins dans la plupart des manuscrits - le terme de mort, mais la vieille latine a suivi un manuscrit où ce mot manquait : c’est pourquoi Augustin comprend « péché », lecture qui exprimait l’idée de transmission. Quant à la fin du verset, le « eph’ô » est une expression idiotique grecque qui a un sens causal : « du fait que tous ont péché ». Il s’agit ici des péchés personnels de chacun, à travers lesquels la puissance du péché atteint tous les hommes. Or, Augustin, et avant lui Ambroise, ont traduit la formule de manière littérale, par un relatif « in quo », « dans lequel », parce que le texte qu’ils lisaient ne comportait pas le mot « mort ». Augustin estime alors que l’antécédent de ce relatif est le terme de péché, qu'il lit immédiatement auparavant, ou Adam lui-même. Il comprend donc : « le péché d’Adam dans lequel tous ont péché ». Or, le grec ne permet pas cette interprétation, parce que l’antécédent « hamartia/péché » est féminin, alors que « thanatos/mort » est masculin. Cette explication est fournie par V. Grossi et Bernard Sesboüe, « Péché originel et péché des origines : de saint Augustin à la fin du Moyen Âge », dans L’homme et son salut, Paris, Desclée, 1995, .) à tous les hommes, par engendrement, comme une souillure héréditaire, il l’assimila « au péché de chair », suivant en cela le discrédit de la sexualité mis en œuvre par le stoïcisme.. Le baptême permettrait d’effacer cette souillure..
Islam L’islam présente la faute d’Adam comme une simple omission et non comme une faute intentionnelle car Dieu avait fait Voir ici et Sourate 20:115.
Les différentes formalisations du péché originel vignette|upright=1|Adam et Ève, parchemin enluminé (v. 950).
Décisions conciliaires et synodales La conception d’Augustin du péché originel a eu une grande influence sur la théologie catholique en Occident. Le de Carthage (418) dit concile plénier de toute l'Afrique confirma la doctrine du péché originel. L'évêque de Rome Zosime condamna la même année le pélagianisme, et le concile d'Ephèse (431) ratifia cette condamnation romaine. Enfin le second concile d'Orange (519), confirma la doctrine du péché originel et condamna le semi-pélagianisme, décisions qui furent ratifiées par le pape Boniface II (pape de 530 à 532).
Une partie de la doctrine d'Augustin reçoit une approbation officielle, tandis que la conception d'une stricte prédestination est elle aussi explicitement rejetée. Le christianisme occidental prend donc la voie d'un augustinisme modéré, équilibre qui sera remis en cause lors de la RéformeChronologie succincte..
La tradition chrétienne catholique occidentale fixe symboliquement le jour de la chute d'Adam le qui correspond à la fête de l'Annonciation..
Les christianismes orientaux ont privilégié une approche différente de la question de la grâce et du péché originel, développant le concept de théosis, c'est-à-dire la recherche de l'union avec Dieu. Ils se reconnaissent plus volontiers dans les thèses de Jean Cassien que dans celles d'Augustin d'Hippone. Pour cela, ils ont parfois été accusés de semi-pélagianisme, notamment par des théologiens protestants.
Catholicisme La doctrine de l'Église catholique sur le péché originel, exposée dans le Catéchisme de l'Église catholique, résulte d'abord de l'Écriture et de la Tradition. Selon le Credo, le baptême est administré pour la rémission des péchés. Or la pratique de baptiser des enfants remonte aux premiers siècles, alors que ces enfants sont incapables d'un péché personnel, n'ayant pas l'usage de la raison. Cette pratique atteste donc, selon Augustin, que l'Église a toujours considéré que les enfants sont atteints par le péché. Plusieurs passages de l'Écriture lui permettaient d'appuyer cette thèse : le récit de la chute d'Adam et Eve (Gn 3:1-24), et l'affirmation que, par un seul homme, le péché est entré dans le monde et qu'ainsi tous ont péché (Rm 5:12 ; 1Cor 15:22).