de Normandie, dit Richard sans Peur (Fécamp v. 930-996), est le fils naturel du duc de Normandie Guillaume Longue-Épée et de Sprota., et le troisième duc de Normandie — en fait, ses prédécesseurs et lui-même dans un premier temps se qualifient de ou comte des Normands. Il est le premier à se qualifier de marquis.

La principale source sur est le récit de Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum Normanniae ducum. Ce chanoine fut invité par Richard à écrire l'histoire des premiers ducs de Normandie. Son œuvre, prise avec précaution par les historiens modernes, reste une source importante sur ce personnage.

Une minorité difficile (942-946) Richard, qui serait né le , est envoyé par son père pour apprendre la langue de ses ancêtres auprès de Bothon dans son domaine de Bayeux, et ne sera baptisé qu'après la mort de son père. Il a probablement un peu plus de dix ans à la mort de son père, assassiné en Dudon de Saint-Quentin explique que la mère de Richard était enceinte au moment de la révolte de Riouf. Cette révolte est placée au début du règne de Guillaume Longue-Épée, donc dans les années suivant l'. On en déduit l'âge approximatif de Richard en 942., et se voit attribuer un conseil de régence comprenant quatre hauts personnages du duché normand : Bernard le Danois, Raoul dit Taisson l'Ancien, Anslech de Bricquebec et Osmond de Conteville. Mais le roi carolingien Louis d'Outremer, sous prétexte de faire son éducation, comme suzerain, fait transporter l'adolescent avec l'un de ses régents, Osmond, à sa cour de Laon. Il semble y avoir séjourné de 943 à 945 et s'être finalement enfui avec l'aide d'Osmond qui aurait organisé son évasion avec la complicité d'Yves de Bellême et de Bernard, comte de Senlis et vassal d'Hugues le Grand, duc des FrancsDudon de Saint-Quentin, De gestis Normanniae ducum seu de moribus et actis primorum Normanniae ducum, J. Lair (éd.), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, , 1865..

Pendant l'intervalle de temps, Louis d'Outremer qui voulait dépecer le jeune et fragile duché normand, y installa trois de ses fidèles : Hugues le Grand, son principal vassal, dans le Bessin et le comté du Cotentin, et qui est présenté comme le « duc des Bretons et des Normands », Herluin, comte de Montreuil, eut le gouvernement de Rouen (943), avant d'être tué par des Normands en 945, et Arnould de Flandres qui reçut divers fiefs. Trois comtes, Bernard le Danois à Harcourt, Anslech, baron de Bricquebec et Raoul de la Roche-Tesson à La Colombe, avec d'autres nobles entrèrent alors en révolte, se disant responsables du gouvernement de la Normandie du jeune duc Richard.

Le roi envahit le Pays de Caux, tandis que le duc des Francs prend Gacé, Évreux et va assiéger Bayeux. En réaction, les Normands de la Seine font appel à la troupe scandinave du « roi de la mer » Sigtrygg (Sétric), sans doute norvégienne et en partie irlandaise., mais elle est sévèrement battue avec les troupes d'un certain Thurmodus (Turmod)Jacques Choffel, Richard sans Peur, duc de Normandie (932-996), Fernand Lanore, 1999, lire en ligne., « un Normand revenu à l'idolâtrie et au culte des gentils qui voulait forcer le jeune duc à l'imiter »Flodoard, Chroniques féodales, 918-978.. Sétric et Turmod furent tous les deux tués avec la majeure partie de leurs hommes. Selon Richer de Reims, succombèrent dans la luttePhilippe Lauer, Le règne de d'Outre-Mer, + , Genève, Slatkine Reprints, 1977..

Selon le récit de Dudon de Saint-Quentin, l'un des « régents », Bernard le Danois, exploite la rivalité entre le roi et Hugues le Grand. D'abord, il suggère au roi que les Normands se résignent à se soumettre. Il obtient ainsi la fin des hostilités. Puis, contactant Hugues le Grand, il le convainc qu'il a été trompé par le roi. Et pour finir d'envenimer les relations entre les anciens alliés, il promet l'aide des Normands à Hugues contre le roi, amenant Hugues à commettre l'erreur de se lancer en campagne contre le roi.

Par ailleurs Bernard le Danois obtient l'intervention d'un autre chef viking, HaraldHarald, Harold ou Hagrold. Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges le désignent comme un roi du Danemark. Le second précise, qu'exilé par son fils, il avait été installé en Cotentin par Guillaume Longue Épée. Flodoard en fait un chef normand de Bayeux. Autrefois, certains historiens ont suggéré qu'il s'agissait du roi ., récemment débarqué ou depuis longtemps installé en Normandie. Le roi s'empresse d'intervenir mais il est battu le sur la Dives, peut-être à Corbon.. de Ponthieu meurt dans la bataille tandis que Louis d'Outremer est capturé. Il est transmis à Hugues le Grand qui le garde prisonnier jusqu'en . Cela permet à Richard, maintenant adolescent et revenu en Normandie, de faire reconnaître l'indépendance de la Normandie par les Grands (Nobles) du royaume franc carolingienUn texte peu connu, la Brevis Relatio, rédigé entre 1114 et 1120 par un moine de l'abbaye de Battle, apporte une version un peu différente des événements. Des Danois, arrivés en Normandie, tuent l'assassin de Guillaume Longue Épée tandis que les Rouennais capturent le roi. Les Scandinaves font la paix avec les Francs : ils acceptent de libérer le roi en contrepartie de la libération de Richard, toujours retenu prisonnier..

En 946, craignant l'alliance de avec Hugues le Grand, le roi Louis d'Outremer forme une coalition contre eux avec Otton de Germanie, , comte de Flandre, Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne transjurane, et Alain Barbetorte, duc de Bretagne. Les alliés traversent l'Epte et se dirigent vers Rouen. L'attaque de la ville est un échec. Les rois franc et germanique subissent alors une contre-attaque qui les oblige à battre en retraite jusqu'en Amiénois.

Selon l'historien Lucien Musset, le duché de Normandie a réussi à survivre à est reconnu duc légitime en 947.

L'administration de Nous disposons de peu d'informations sur ce sujet et sur les années qui précèdent le début du , c'est-à-dire le début du règne de . D'ailleurs, nous ne possédons presque aucun acte écrit entre 968 et 989/990. L'historien François Neveux avance pourtant que ..

Quelques indices d'une Normandie restaurée et mature Comme son père Guillaume Longue-Épée, Richard œuvre pour la restauration de l'Église. En 960, il installe de nouveaux moines à Saint-Wandrille pour relever l'abbaye détruite par ses ancêtres vikings. Quelques religieux de cette maison sont ensuite envoyés au Mont-Saint-Michel pour remplacer les chanoines. À Fécamp, ville où est né Richard, le comte crée une résidence ducale de première importance et émet le projet d'installer un monastère à proximité. Il fait appel à l'abbé de Cluny Maïeul, qui refuse de venir en Normandie. Preuve d'une mauvaise réputation encore tenace des Normands ?

Le rétablissement de la hiérarchie épiscopale en Normandie apporte un crédit à la volonté restauratrice de Richard. Après la coupure liée aux invasions scandinaves et à l'installation de Rollon, tous les évêchés normands ont de nouveau un titulaire vers 990.. Trois évêchés normands depuis longtemps laissés vacants sont pourvus : Roger à Lisieux vers 985, Azon le Vénérable à Sées vers 986, Norgod à Avranches vers 990. Les autres sièges sont renouvelés : Raoul d'Avranches à Bayeux en 986, Robert le Danois à Rouen en 987/989, Gérard à Évreux vers 988 et Hugues à Coutances vers 989.

Quelques historiens avancent que Richard installe les premiers comtes en Normandie mais il n'y a pas de preuves.

À la fin du , après une vingtaine d'années d'indigence des sources, on perçoit toutefois la maturité politique de la principauté normande : fait de Fécamp un sanctuaire dynastique (comme font les Robertiens de Saint-Denis) et commande au chanoine Dudon de Saint-Quentin une histoire des premiers ducs de Normandie qui deviendra le De Gestis Normanniae ducum seu de moribus et actis primorum Normanniae ducum.

L'union de la Normandie ? C'est sûrement l'une des thèses les plus intéressantes développées ces dernières années par certains historiens. Elle part de l'idée de Karl Ferdinand Werner selon laquelle nous n'avons pas de certitude sur la domination des comtes normands sur la partie ouest de la Normandie. Malgré les cessions de 924 et 933, les Normands de Rouen ne maîtrisaient probablement pas les nouveaux territoires acquis. Ce n'est pas avant 966, autrement dit sous le règne de , que les historiens trouvent preuve dans les chartes d'une intervention comtale dans ces régions occidentales. Le principat du fils de Guillaume Longue-Épée paraît un moment clé.

Dans une thèse provocatriceTerme employé par Régine Le Jan en préface de ., l'historienne américaine Eleanor Searle imagine la Normandie du comme une région partagée entre plusieurs bandes scandinaves. Celle de Rouen est la plus riche. Tantôt alliées, tantôt rivales, ces bandes développent indépendamment une stratégie de survie fondée sur la prédation. Jusqu'au jour où le chef de Rouen, en l'occurrence , entreprend de se constituer un réseau de fidélité avec ses voisins nordiques. En contrepartie d'une soumission à son pouvoir et du baptême, il garantit aux autres chefs l'organisation d'expéditions prédatrices qui assureront l'enrichissement de tous, l'union faisant la forceRésumé par Pierre Bauduin, de la thèse d'Eleanor Searle développée dans Predatory Kinship and the creation of the Norman Power, 840-1066, Berkeley, University of California Press, 1988.. Le duché de Normandie naît donc, d'après Eleanor Searle, de la reconnaissance par des chefs scandinaves régionaux de l'autorité supérieure du comte de Rouen. Les alliances se concrétisent par la conclusion de mariages entre les chefs locaux et la famille comtale. L'union de Richard avec Gunnor en serait le symbole.

Richard et ses voisins : alliance ou conflit La guerre contre le comte de Blois (959-965) En 954, le roi meurt suivi deux ans plus tard par son principal rival le duc des Francs, Hugues le Grand. Le fils de ce dernier, Hugues Capet, étant mineur, un de ses principaux vassaux, , comte de Blois, assure une quasi régenceYves Sassier, , Presses universitaires de Rouen, 2004, 3 (« Thibaud le Tricheur et Hugues le Grand »), .. Son pouvoir comtal comprend notamment les comtés de Chartres et de Châteaudun. La Normandie se retrouve bordée au sud-est par la nouvelle puissance thibaldienne.. Mais l'origine des tensions se situent plus probablement en Bretagne. Profitant de la mort d'Alain Barbetorte (952), Thibaud se partage la suzeraineté sur la Bretagne avec son beau-frère Foulque le Bon, comte d'Anjou. et exerce une tutelle sur le comté de Rennes.

, que Dudon de Saint-Quentin qualifie régulièrement de prince ou de duc des Normands et des Bretons, a pu s'opposer à cette ingérence.. Profitant du rapprochement avec les Robertiens, il a pu aussi vouloir desserrer l'étau de de cette principauté thibaldienne construite par Hugues le Grand. qui le cerne à l'ouest au sud-est et au nord-est à Beauvais et à Meulan.

Selon le récit de Dudon de Saint-Quentin, le comte de Blois manigance pour faire tomber Richard. Il attire l'attention du nouveau roi Lothaire, de sa mère et de son oncle Brunon, archevêque de Cologne, et les entraîne dans ses vues. Si l'on suit à la lettre Dudon, Brunon et le roi invitent à deux reprises le comte des Normands mais celui-ci perçoit à temps que ce sont des pièges. En 961, Flodoard rapporte que le comte de Normandie tente en vain d'interrompre une assemblée que le roi tenait à Soissons.

Sous l'influence de Thibaud de Blois, le roi Lothaire rassemble son ost dans le Drouais, et s'empare d'Évreux. Il laisse la ville à son allié Thibaud. Celui-ci pousse son avantage et se dirige vers la capitale normande Rouen.. Richard de Normandie l'attaque et le bat près de la ville (962)..