est un film franco-japonais d’Alain Resnais sorti en 1959. Le scénario est signé de la romancière Marguerite Duras, qui y évoque le thème de la mémoire, riche dans son œuvre.

Retraçant la rencontre d’une actrice française et d’un architecte japonais à Hiroshima quatorze années après les bombardements atomiques. Leurs échanges sur les thèmes de la mémoire et de l'oubli nous sont présentés par fragments tout au long des 36 heures que dure leur rencontre. Le film déjoue les codes traditionnels de la narration cinématographique, l'utilisation novatrice du flashback créant une structure narrative non linéaire. Hiroshima, mon amour se présente à la fois comme une fiction évoquant la guerre et les bombes lancées sur la ville, un poème d’amour et de mort et un appel à la réconciliation entre les peuples.

Son retentissement est mondial. Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 1959, il est accusé par certains d’offenser les sensibilités américaines par son propos centré sur les exactions des bombes atomiques. D’autres, parmi lesquels André Malraux, Claude Chabrol ou Jean-Luc Godard, célèbrent l’un des plus beaux films qu’il leur ait été donné de voir. Il lance la carrière de Resnais, qui s’inscrira dans le contexte du « groupe de la rive gauche », qui avec des cinéastes comme Chris Marker ou Agnès Varda se distinguera de la Nouvelle Vague par ses prises de position proches de celles de la gauche non communiste.

Synopsis vignette|Les vestiges d’Hiroshima après le bombardement : quelques immeubles isolés tels que ceux vus dans le film.

La première partie du film présente à la façon d’un documentaire les retombées des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur la population japonaise ; une série de gros plans des dos et des bras d'un homme et d'une femme enlacés, recouverts de cendres puis de sueur. En voix off, une femme raconte ce qu'elle a vu lors de son séjour à Hiroshima, tandis que des images d'actualités, des reconstitutions de victimes, de manifestations et de mémoriaux apparaissent à l'écran. Un homme lui dit calmement qu'elle « n'a rien vu à Hiroshima » et ne sait pas ce qu'est l'oubli. Il est originaire d'Hiroshima et sa famille a péri dans le bombardement alors qu'il combattait sur le front ; la femme est une actrice française venue tourner un film sur la paix.

C’est le matin, la femme regarde l'homme dormir. Le tressaillement de sa main lui rappelle son premier amour, un soldat allemand dont la main bougeait de la même façon alors qu'il agonisait. L'homme se réveille, ils se sont rencontrés la veille au soir dans un café. Elle apprend qu'il est architecte et engagé en politique. Ils parlent du bombardement et de la fin de la guerre. Il est fasciné par le mot « Nevers », sa ville natale, où elle souhaite ne jamais retourner. Il aimerait la revoir, mais elle lui dit qu'elle repart pour Paris le lendemain.

L'homme lui rend visite sur le lieu du tournage, elle est heureuse de le voir. Il la ramène chez lui. Elle lui demande s'il vit seul, il répond que sa femme est absente pour quelques jours. Tous deux disent être heureux dans leur mariage, bien qu'ils aient eu des aventures passées, et font à nouveau l'amour. Après avoir décidé de passer ensemble le temps qu'il lui reste à Hiroshima, ils se rendent dans un salon de thé, où il lui demande de parler de Nevers, de sa jeunesse pendant la Seconde Guerre mondiale. Entrecoupé de flashbacks, elle raconte son amour avec un soldat allemand avec lequel elle avait prévu de fuir en Bavière. Il a été abattu alors qu'il l'attendait le jour de la Libération , elle est restée auprès de lui pendant qu'il mourait, les villageois lui ont tondu la tête lorsqu'ils ont appris leur relation et ses parents l'ont enfermée à la cave. Une fois sortie de sa folie, ses cheveux repoussés, ils l’ont envoyée à Paris, juste avant le bombardement d'Hiroshima. Elle tente de transmettre la douleur qu'elle ressent à l'idée d'oublier son premier amour, laissant entendre qu'elle cherche à garder ses distances avec l'homme pour ne plus souffrir ainsi.

L'homme est ravi d'apprendre que la femme n'en avait jamais parlé à son mari. En quittant le salon de thé, elle lui dit de partir et qu'ils ne se reverront probablement jamais. Dans sa chambre d'hôtel, elle se sent coupable de s’être dévoilée ainsi, elle décide de rester à Hiroshima. De retour au salon de thé, désormais fermé ; l'homme la rejoint et lui demande de rester. Elle dit faiblement qu'elle le fera, puis lui dit à nouveau de partir. Ils déambulent dans la ville, ensemble et séparément, des images d'Hiroshima alternant avec celles de Nevers. La femme se rend à une gare, où elle laisse aller quelque chose de son premier amour, elle envisage peut-être de visiter Nevers. Elle prend un taxi jusqu'à une boîte de nuit, l'homme la suivant. L'endroit est presque vide et ils s'assoient séparément. Au lever du soleil, un japonais s'assoit près de la femme et lui fait des avances en anglais.

De retour dans la chambre d'hôtel, l'homme frappe à la porte. Elle le laisse entrer et lui crie qu'elle commence déjà à l'oublier, puis se calme brusquement et affirme que son nom est « Hiroshima ». Il répond que oui, et que le sien est « Nevers ».

Fiche technique

Titre : Hiroshima, mon amour Réalisation : Alain Resnais, assisté de T. Andrefou et I. Shirai ainsi que de Jean Léon, Itoi et R. Guyonnet Hara Scénario et dialogues : Marguerite Duras Conseiller littéraire : Gérard Jarlotassisté de Christophe Calvia Photographie : Sacha Vierny et Takahashi Michio Cadreurs : Goupil Watanabe et Ioda, assistés de J. Chiabault et Y. Nogatomo, ainsi que de D. Clerval et N. Yamagutschi Montage : Anne Sarraute, Henri Colpi et Jasmine Chasney Musique : Georges Delerue et Giovanni Fusco Décors : Esaka, Mayo et Petri, assistés de Miyakuni. Costumes : Gérard Collery Maquillage : Alexandre Marcus et R. Toioda Coiffure : Éliane Marcus Régie : R. Knabe et I. Ohashi Accessoires : R. Jumeau et Ikeda Lumière : Ito Son : P. Calvet, Yamamoto et R. Renault Scripte : Sylvette Baudrot Enregistrements : Marignan et Simo Directeurs de production : Sacha Kamenka et Shirakawa Takeo Producteurs délégués : Samy Halfon et Anatole Dauman Secrétaire de production : Nicole Seyler Sociétés de production : Argos Films, Como Films, Daiei Motion Picture Company LTD et Pathé Overseas Productions Société de distribution : Pathé Films Laboratoire : Éclair Pays de production : , Langues : français, japonais, anglais Genre : Drame, romance Durée : 91 minutes Format : 1,37:1 - Noir et blanc Date de sortie : France : Affiches : Constantin Belinsky, Boris Grinsson (France).

Distribution Eiji Okada : « lui » Emmanuelle Riva : « elle » Bernard Fresson : le soldat allemand Stella Dassas : la mère Pierre Barbaud : le père

Production Scénario : du documentaire à la fiction Le scénario d’Hiroshima, mon amour est d'abord censé naître de Françoise Sagan, autrice au succès fulgurant à la fin des années 1950. Le producteur Anatole Dauman envisage en effet en 1958 de lui confier l’écriture d’une fiction sur la bombe atomique, mais il échoue à plusieurs reprises à lui faire part de son projet : l’écrivaine oublie une première fois, puis à une seconde occasion, de se rendre au rendez-vous parisien qui a été fixé avec le producteur et Alain Resnais, dont la carrière vient d’être lancée par Nuit et Brouillard et qui est alors pressenti pour la réalisation. Simone de Beauvoir est un temps envisagée pour remplacer Sagan mais, sur la suggestion de Resnais, c’est vers Marguerite Duras que la production se tourne. Resnais apprécie son œuvre théâtrale et a autrefois songé à adapter Moderato cantabile au grand écran.. L’époque commence alors à être propice à la collaboration entre les milieux de la littérature et du cinéma et ce projet ne fait que marquer le début des incursions de Duras dans la création cinématographique..

vignette|Eiji Okada (en 1954), choisi pour interpréter le protagoniste japonais du film.

Alain Resnais apparaît alors comme la et ses producteurs voudraient le voir enchaîner, après des documentaires sur Guernica et sur les camps d’extermination nazis, avec une enquête sur les bombardements des villes japonaises. C’est le gouvernement français qui tient à un documentaire et tente d’en passer la commande à Chris Marker, lequel déclinera.. Un titre est même déjà avancé : , transcription du nom japonais de l’éclair atomique. Le réalisateur voit cependant le projet autrement : depuis des mois qu’il étudie la chose sous tous les angles, notamment avec l’aide de Chris Marker et en visionnant nombre d’archives ainsi qu’en se rendant au Japon, il est parvenu à la conclusion qu’un tel documentaire n’aurait rien d’inédit. Il risquerait de trop se rapprocher de son récent documentaire sur la Shoah, Nuit et Brouillard., et de solides documentaires japonais existent déjà sur le sujet.

Sur l’injonction de Marker, Resnais rencontre Duras pour réfléchir aux éléments novateurs pouvant être apportés autour d’Hiroshima. Alors qu’un avion les survole, tous deux réalisent que rien n’a changé depuis la chute des bombes : le potentiel de leur dévastation existe toujours. Et Resnais de proposer à Duras , une histoire d’amour qui servirait de lentille pour ancrer les dangers de la bombe dans le présent. , se souvient-il.

, enjoint donc le réalisateur à sa scénariste, à qui il rend régulièrement visite pour « voir » ce qu’elle met au jour, tout comme les personnages du futur film se partageront leurs visions. Il lui demande également des biographies fournies de chaque personnage, dont seuls quelques minces éléments seront énoncés dans le film : , témoigne l’auteur. C’est ainsi que les personnages ne portent pas de nom, dans une vision égalitaire de ce monde d’après la bombe. Les échanges entre Duras et Resnais se poursuivront par voie épistolaire quand Resnais se rendra au Japon pour les repérages.

Script Il s’agit de la première collaboration entre Alain Resnais et la scripte Sylvette Baudrot avec qui il travaillera sur de nombreux films.. Il a déclaré à ce propos En effet, le film se tournant au Japon, elle se charge des contacts humains avec les Japonais sans même parler leur langue, et grâce à son expérience, elle permet au réalisateur, dont c’est le deuxième long métrage, d’éviter de nombreuses complications sur le tournage. Alain Resnais avait par exemple écrit une scène où un chien dans une rue d’Hiroshima sautait dans la péniche du restaurant et, suivi par la caméra, la faisait entrer dans la salle. Sylvette Baudrot a fait remarquer au réalisateur qu’il faudrait alors emmener le même chien d’Hiroshima où était tournée la scène de la rue, à Tokyo où serait filmé l’intérieur du restaurant, ce qui a incité Resnais à abandonner cette idée.

Production et tournage thumb|Plaque commémorant le tournage du film à Nevers.

Le film est une coproduction de compagnies françaises et japonaises, qui stipulent à la rédaction du contrat que l’équipe de tournage devra inclure des techniciens de chaque pays, que les scènes prendront place au Japon aussi bien qu’en France, et que les deux rôles principaux devront être attribués à un acteur de chaque pays. Le financement trouvé est néanmoins bien fragile : Resnais n’est en fin de compte capable de n’engager qu’un seul technicien français, en la personne de Sylvette Baudrot, qui, non seulement scripte, finira par occuper les postes de photographe de plateau, assistante à la réalisation et double lumière de Riva.

Alain Resnais s’interroge sur la présence à l’écran d’Eiji Okada, déjà engagé pour interpréter l’homme japonais, et va assister à trois projections de ses films : , écrit-il ainsi.