vignette|Buste de Zénon de Kition, le fondateur du stoïcisme.
Le stoïcisme est une école de philosophie hellénistique fondée par Zénon de Kition à la fin du avant notre ère à Athènes. Le stoïcisme est une philosophie de l'éthique personnelle influencée par son système logique et ses vues sur le monde naturel. Il prône l'acceptation sereine du destin, dans sa définition stoïcienne, et la maîtrise de soi, en s'efforçant de vivre en accord avec la nature et en se détachant des émotions perturbatrices.
Selon ses enseignements, en tant qu'êtres sociaux, la voie de l'eudémonisme (, « le bonheur, la prospérité ») pour les humains consiste à accepter le moment tel qu'il se présente, à ne pas se laisser contrôler par le désir du plaisir ni la peur de la douleur, à utiliser son esprit pour comprendre le monde et à faire sa part dans le plan de la nature, à œuvrer avec les autres et à les traiter de manière juste et équitable.
Les stoïciens sont particulièrement connus pour leur enseignement moral, selon lequel pour les humains et les choses extérieures telles que la santé, la richesse et le plaisir ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi (), n'ayant de valeur qu'en tant que . Avec l'éthique aristotélicienne, la tradition stoïcienne constitue l'une des principales approches fondatrices de l'éthique occidentale de la vertu. Les stoïciens considèrent également que certaines émotions destructrices résultent d'erreurs de jugement, estimant que les gens doivent viser à maintenir une certaine volonté ou intention appelée prohairesis () qui soit . Ils pensent que la meilleure preuve de la qualité philosophique d'un individu est non pas ce qu'il dit, mais la manière dont il se comporte. Pour mener une vie bonne, il faut, pour les stoïciens, comprendre les règles de l'ordre naturel, car selon eux tout est enraciné dans la nature.
De nombreux stoïciens romains, tels Sénèque et Épictète, soulignent le fait que , un sage devrait être émotionnellement résistant au malheur. Cette croyance est à la base de ce que l'on appelle le , bien que cette expression n'inclue pas les conceptions d', selon lesquelles seul un sage peut être considéré comme étant vraiment libre de toutes les corruptions morales comme également vicieuses.
Le stoïcisme s'épanouit dans la Grèce antique, puis la Grèce romaine et la Rome antique jusqu'au Le dernier grand philosophe stoïcien de cette période est l'empereur romain Marc Aurèle. Si le stoïcisme se fait moins présent après que le christianisme fut devenu religion d'État, deux siècles plus tard, au , il connaît un regain d'intérêt notable à la Renaissance (néo-stoïcisme) et à l'époque contemporaine (stoïcisme moderne).
Sources Il ne nous reste que des fragments des textes des premiers stoïciens grecs (Zénon de Kition, Cléanthe d'Assos et Chrysippe de Soles), et les seules œuvres complètes de l'Antiquité que nous possédons sont celles de trois penseurs de l'époque impériale romaine : Sénèque, Épictète et Marc Aurèle.. Cicéron se fait toutefois l'écho des débats de l'Époque hellénistique, lesquels nous renseignent assez bien sur le stoïcisme ancien. Les adversaires des stoïciens de cette époque (Plutarque, Sextus Empiricus) nous ont également laissé des témoignages relatifs à cette doctrine. Ce que nous pouvons savoir de la logique, de la physique et de l'éthique stoïciennes anciennes révèle des esprits puissants et originaux, qui ont marqué l'histoire occidentale jusqu'à nos jours.
Le stoïcisme constitue, avec l'épicurisme et le scepticisme, l'une des principales écoles philosophiques de l'époque hellénistique. Axées sur l'idée du bonheur personnel, ces philosophies présentent souvent celui-ci sous l'aspect religieux du salut. Si le stoïcisme originel doit beaucoup aux idées d'Héraclite d'Ephèse, l'épicurisme se tourna vers le présocratique Démocrite, lui empruntant sa théorie des atomes. Zénon de Kition ayant été l'élève du cynique Cratès de Thèbes, son stoïcisme conserva quelques traits du cynisme, tels que l'élévation de l'idéal éthique, ainsi que le goût des allégories et de l'interprétation morale des mythes. Enfin, le stoïcisme reprend certains aspects de la pensée d'Aristote.
Étymologie Le stoïcisme est à l'origine connu sous le nom de , terme formé sur le nom du fondateur de celui-ci, Zénon de Kition. Cette appellation est toutefois rapidement abandonnée, probablement parce que les stoïciens ne considéraient pas leur fondateur comme parfaitement sage et pour éviter le risque que cette doctrine philosophique ne débouche sur un culte de la personnalité..
Le terme de vient du substantif grec Stoa (Poïkilè) (en grec ancien ), « le Portique des peintures » ( peint de diverses couleurs). Il s'agissait d'un portique ou galerie de colonnes décorées de grandes fresques dues à des peintres réputés, représentant des scènes de batailles illustrant les hauts faits de la guerre de Troie, des Amazones, de la victoire de Marathon (490 av. J.-C.), se trouvant sur le côté nord de l'Agora d'Athènes. C'est là que Zénon et ses disciples se réunissaient pour leurs échanges d'idées... Le stoïcisme est parfois appelé , ou ...
L'adjectif désigne communément un comportement traduisant une indifférence à la douleur, au plaisir, au chagrin ou à la joie.. En français, c'est au que ce terme cessera de se rattacher à l'école philosophique, tandis qu'en anglais, il est utilisé pour la première fois comme nom en 1579, puis comme adjectif en 1596...
Le sens actuel du mot s'explique par la hauteur et la rigidité de cette doctrine morale, fortement liée à la logique et à la physique stoïcienne. Le premier devoir de l'homme est d'extirper de son âme toutes les passions, qui font de lui un fou. Par elle seule, la vertu suffit à procurer le bonheur. Il n'y a pas de degrés dans la vertu, de même qu'il n'y en a pas dans le vice : toute faute morale, même la plus anodine, est un crime contre la raison. Le sage seul est heureux et libre ; fût-il en fait esclave et dénué de tout, il est le roi du monde..
Histoire Stoïcisme ancien vignette|Buste de Chrysippe de Soles, deuxième scholarque de l'école stoïcienne d'Athènes. Il consacre une grande partie de sa vie à développer les fondements du stoïcisme. À partir de environ, soit à la fin du , Zénon de Kition, qui a étudié la philosophie platonicienne (platonisme) à l'Académie de Platon et est l'élève du philosophe cynique Cratès de Thèbes, enseigne la philosophie sous la Stoa Poïkilè (Stoa Poecile) soit le Portique des peintures. Contrairement aux autres écoles philosophiques, comme l'épicurisme, il choisit d'enseigner sa doctrine dans l'espace public, sous la galerie de colonnade surplombant le lieu de rassemblement central d'Athènes qu'est l'Agora. Zénon est alors le premier à diviser la philosophie en trois disciplines : la logique, la physique, soit une certaine conception du monde, et l'éthique. Il définit également les principes fondateurs du stoïcisme, parmi lesquels il introduit le concept de sage comme modèle d'excellence humaine.. Les idées de Zénon se développent à partir de celles des cyniques, dont le père fondateur, Antisthène, est un disciple de Socrate. Les origines socratiques du cynisme donnent une certaine reconnaissance au stoïcisme, bien que les adeptes de ce dernier finissent par se désolidariser du cynisme, notamment à cause de l'impudeur qu'il engage..
Le disciple le plus influent de Zénon est Cléanthe d'Assos (en Mysie), qui transforme le nom en stoïcisme, fondant l'école stoïcienne. Il est connu pour son Hymne à Zeus, qui décrit de façon émouvante le respect stoïcien pour l'ordre cosmique, ainsi que la puissance de la raison et du droit universel. Chrysippe de Soles, en Cilicie, probablement le plus productif des premiers stoïciens, lui succède à la fin du Alors qu'il est scholarque de l'école stoïcienne, il consacre son temps au développement des thèmes de Zénon dans la logique, le physique et l'éthique. L'étude de son travail en logique propositionnelle, dans lequel il étudie des propositions non analysées jointes par des termes de liaison ou connecteurs, représente une contribution importante à l'histoire de la logique ancienne, est particulièrement pertinent la logique moderne. Pour l'aspect physique, Chrysippe tente de prouver que le destin et le libre arbitre ne sont pas des caractéristiques conceptuelles propres au stoïcisme, établissant des limites plus claires entre et . Les travaux de Chrysippe définissent les bases du stoïcisme de façon si détaillée que celles-ci n'ont que peu évolué après sa mort.
Stoïcisme moyen vignette|gauche|Dessin de Panétios de Rhodes dans La Chronique de Nuremberg. Le stoïcisme atteint Rome au , lorsque Panétios de Rhodes y fonde une école philosophique. Celui-ci a étudié le stoïcisme à Athènes auprès de Diogène de Babylone et d'Antipatros de Tarse, respectivement troisième et quatrième scholarques de l'école stoïcienne d'Athènes. Panétios et son disciple Posidonios d'Apamée en Syrie sont opposés aux doctrines éthiques de Chrysippe, lesquelles, selon eux, se sont trop éloignées des racines platoniciennes et aristotéliciennes du stoïcisme. Posidonios est alors responsable de l'accent mis sur les aspects religieux et moraux de la doctrine. Cicéron, qui lui voue une grande estime, s'inspire de lui pour ses travaux, notamment dans son ouvrage intitulé De natura deorum, qui présente une vision du stoïcisme reflétant très probablement celle de Posidonios. Panétios s'intéresse principalement aux notions de devoir et d'obligation, qui ont inspiré Cicéron pour l'élaboration de son De officiis. Contrairement aux autres représentants de l'école stoïcienne, Posidonios s'intéresse également à l'étude des phénomènes naturels et providentiels..
La popularité du stoïcisme à Rome est largement redevable à Panétios et à Posidonios. C'est précisément pour avoir infléchi leur doctrine vers des thèmes de philosophie morale et de sciences naturelles qu'ils séduisent les Romains, avec le tempérament desquels la rigidité morale stoïcienne a des affinités. Le stoïcisme devient alors une philosophie de l'individu, montrant qu'il est possible d'être stoïcien dans quelque situation que ce soit. Le droit, la , la nature et les actions bienveillantes sont les principaux domaines d'intérêt du stoïcisme de cette époque.
Stoïcisme tardif Le stoïcisme tardif, appelé aussi ou , exerce une influence notable sur les milieux politiques de l'Empire romain.. La doctrine stoïcienne de l'époque romaine est illustrée par les écrits de Sénèque, précepteur de Néron puis, avec Burrus, principal ministre du nouvel empereur. Épictète, un ancien esclave, qui suit à Rome les leçons du stoïcien Musonius Rufus, devient, une fois affranchi, maître de cette doctrine, qu'il se met à enseigner. Nous la connaissons par les Entretiens d'Arrien de Nicomédie, un de ses disciples, auteur également du Manuel d'Epictète. Enfin, l'empereur romain Marc Aurèle, qui écrit en grec ses Pensées pour moi-même, . Toutes ces œuvres témoignent de la force et de la rivalité opposant stoïcisme et christianisme.
La popularité du stoïcisme au n'est pas connue avec précision, mais une grande partie de sa terminologie, ainsi que le titre de sont alors utilisés lors de débats et de discussions intellectuelles.
Tableau chronologique des principaux stoïciens
Sagesse et philosophie Sommaire de la section
Définitions de la sagesse et de la philosophie Divisions de la philosophie Les sciences, instruments du sage Unité du système stoïcien
La philosophie stoïcienne est un tout cohérent : c'est une philosophie de la totalité qui se veut consciemment systématique, ce qui est l'un des traits caractéristiques des systèmes de pensées antiques. Cette doctrine procède à des divisions du discours philosophique. Ces divisions servent à l'exposé de la doctrine et à son enseignement. Il apparaît donc naturel de suivre ces divisions dans cet article.