est un album du groupe rock britannique The Rolling Stones (leur quatrième album britannique et leur sixième américain); ., sorti en 1966 et produit par Andrew Loog Oldham. C'est le premier album qui ne comprend aucune reprise et que des chansons originales. Deux versions de l'album sont commercialisées, l'une pour les États-Unis, l'autre pour le Royaume-Uni (et l'Europe). Cet album est souvent considéré comme l'un des meilleurs albums de tous les temps, et subséquemment comme l'un des meilleurs albums des Rolling Stones. Cet album est inclus dans la liste des 1001 albums à écouter avant de mourir de Robert Dimery (23 March 2010). 1001 Albums You Must Hear Before You Die: Revised and Updated Edition. Universe. ..

Chef-d'œuvre reconnu de Brian Jones, dont l'influence déclinante s'est rabattue sur la périphérie : c'est lui qui apporte et exécute de nouvelles idées d'arrangements et d'expérimentations musicales, comme le sitar de Paint It Black et les dulcimers de Lady Jane et I Am Waiting.

Historique Contexte Depuis leurs débuts, les Rolling Stones interprètent de nombreuses reprises de standards de blues/rock'n'roll, tout en progressant dans l'écriture de leurs propres chansons. En 1965, la notoriété du groupe augmente considérablement dans le monde grâce aux nouveaux singles arrivants quasiment tous en tête des classements (The Last Time, (I Can't Get No) Satisfaction, Get Off of my Cloud, 19th Nervous Breakdown) tous écrits par Mick Jagger et Keith Richards; .. Ce succès est amplifié par l'implication de l'Américain Allen Klein dans les affaires financières du groupe qui a négocié en août un nouveau contrat avec le label Decca plus avantageux financièrement pour le groupe; ; ..

En 1965, malgré une année de tournées pratiquement continue, le duo Jagger/Richards a accompli d'énormes progrès en tant qu'auteur-compositeur à part entière, tandis que le groupe change sa façon de faire de la musique, se libérant des influences de blues de Chicago pour rivaliser avec les Beatles.

En effet, Brian Jones, qui commence à manifester un comportement de plus en plus imprévisible, perd de façon officieuse son statut de meneur du groupe au profit du duo Jagger/Richards qui décident de la direction artistique à emprunter. Brian n'est cependant pas la seule ombre au tableau. Aftermath va aussi révéler la première fracture entre le groupe et le producteur et manager Andrew Loog Oldham. Keith déclare au New Musical Express en à propos du manager que « les Stones sont pratiquement devenus la projection de son propre égo ». La présence d'Allen Klein et les multiples activités auxquelles il astreint le groupe commencent aussi à peser.

Mais heureusement, le producteur continue de guider la carrière musicale des Stones avec habilité et efficacité. Et pour la première fois, il incite à privilégier désormais le format album au détriment des singles. Le lendemain de la sortie de l'album, le producteur déclare sans exagérer : De plus, il est décidé que le prochain album du groupe ne contienne que des chansons originales signées Jagger/Richards, afin de continuer à concurrencer les Beatles qui le font déjà sur leurs albums A Hard Day's Night (1964) et Rubber Soul (1965).

Selon Bill Wyman dans Rolling With The Stones, l’album a été initialement conçu comme la bande sonore du film Back, Behind And In Front. Le projet n'aboutit pas, car Mick Jagger et le réalisateur potentiel, Nicholas Ray, n'ont pas réussi à s'entendre.

Enregistrement Cet album est enregistré aux studios RCA à Los Angeles du 3 au et du 6 au entre les dates de leurs concerts. C'est le premier album à ne contenir que des compositions originales signées Jagger/Richards. Comme les Beatles, les Stones commencent à explorer de nouvelles textures. Ces sessions d’enregistrement sont également très productives pour le groupe, car ils enregistrent 21 compositions originales signées Jagger/Richards à Los Angeles. Ils sont aussi beaucoup plus à l’aise pendant les sessions, parce qu'ils ont le studio et plus de temps pour expérimenter et polir les arrangements, choses qu’ils n’ont pas été en mesure de faire sur les albums précédents, enregistrés dans l'urgence en fonction de leurs dates de concert.

Après la fin de la seconde tournée américaine de l'année 1965, le groupe retourne au studio RCA à Los Angeles, qu'il fréquente fidèlement depuis un peu plus d'un an, pour une session de trois jours du 8 au . Ils y retrouvent l'ingénieur du son Dave Hassinger qui est content de les retrouver : « Ce fut super de travailler avec les Stones, qui, contrairement à ce nombre incalculable de médiocres comédiens à travers le monde, sont de vrais professionnels, et ce fut le pied de travailler avec eux », écrit-il sur le texte figurant sur la pochette arrière du disque. Durant cette session, ils enregistrent dix chansons : le single 19th Nervous Breakdown et sa face B (américaine) Sad Day, puis Ride On Baby et Sitting On A Fence qui paraitront uniquement sur la compilation américaine Flowers en 1967, et enfin Mother's Little Helper, Doncha Bother Me, Goin' Home, Take It or Leave It et Think pour l'album. Pour Charlie Watts, cette session « musicalement c'est ce qu'on a fait de mieux ».

Il est décidé d'offrir plus de temps et de liberté en studio après la précédente session où la production de certaines chansons à l'image du single Get Off of my Cloud a dû être bâclée en raison de l'emploi du temps surchargé lié aux tournées. « Nos précédents sessions avaient toujours été faites dans l'urgence » explique Keith Richards. « Cette fois-ci on a été capable de se poser un peu, de prendre notre temps ».

Après avoir participé à plusieurs émissions de télévision au Royaume-Uni et aux États-Unis, et une tournée en Océanie du au , le groupe retrouve le studio RCA à Los Angeles pour une session de quatre jours du 6 au . Durant cette session sont enregistrées onze chansons : Paint It Black et Long Long While pour une publication en single au Royaume-Uni, puis les autres chansons pour l'album : Stupid Girl, Lady Jane, Under my Thumb, Flight 505, High and Dry, Out of Time, It's Not Easy, I Am Waiting et What To Do. vignette|Le dulcimer est l'un des instruments utilisé par Brian Jones dans cet album. L'ingénieur du son principal de l’album eut également un rôle déterminant pour que le groupe se sente à l'aise pendant les sessions. Selon le bassiste, le groupe a eu la possibilité d'expérimenter différentes instrumentations et de s’associer avec des musiciens de session comme Jack Nitzsche pour apporter plus d'épaisseur au son du groupe. Bill a également déclaré que lui et Brian Jones ont pu essayer divers instruments qui se trouvaient dans le studio, et expérimenter des sons différents pour chaque chanson. Rien ne perturbe la production de l'album, pas même les fans de plus en plus nombreux et intrusifs qui cernent le studio, les siestes de Brian Jones dans la pièce d'enregistrement ou encore la visite de Brian Wilson des Beach Boys et des Monkees qui enregistrent dans la pièce d'à côté pendant les sessions.

En 2003, Mick se souvient que Keith Richards avait écrit un grand nombre de mélodies et que le groupe les jouait de nombreuses façons différentes en studio, où se décidait la plus grande part des choses, en opposition aux arrangements stricts et planifications de sessions des autres groupes à l’époque.

Le rôle de Brian Jones fut très important dans l’élaboration de la tonalité et des arrangements de l'album, grâce à ses expérimentations avec une vaste gamme d’instruments ethniques tels que le marimba, le sitar, le dulcimer ou encore l'orgue, contrastant avec les compositions de country, pop, folk, blues et rock, créant un melting-pot très varié de styles musicaux. Aftermath est aussi le premier enregistrement sur lequel Richards a interprété la majorité des parties de guitare, en raison du multi-instrumentalisme de Jones qui s'est chargé des nombreux autres instruments. Cette période d’entraînement intensif a fortement contribué au savoir-faire de Richards, qui l'a plus tard amené à jouer la quasi-totalité des guitares sur Let It Bleed.

Caractéristiques artistiques

Musique Estimé par beaucoup comme leur meilleur album, ce disque annonce aussi pour le groupe un changement d'époque. « C'est un évènement majeur » avoue Mick Jagger. Il est le premier des Stones à être intégralement composé de chansons originales (toutes signées Jagger/Richards), de styles variés, faisant ainsi reconnaître les talents d'écriture du duo au même titre que ceux de John Lennon et de Paul McCartney. Jagger et Richards améliorent leur style non seulement comme auteurs-compositeurs, mais également comme arrangeurs. Le groupe passe alors d'une image de petit groupe amateur de blues américain jouant de nombreuses reprises, au statut de grand groupe inventif et novateur.

Chaque titre a une couleur musicale différente : Mother's Little Helper (concernant les tranquillisants) évoque par ses réminiscences folkloriques le Help! de John Lennon ; Lady Jane, une mélodie médiévale, est ornée d'un dulcimer, sorte de cithare du folklore britannique ; Under My Thumb bénéficie d'une combinaison de guitare rythmique et de marimba où Jagger proclame sa revanche sur une fille qui l'avait rejeté et qu'il séduit enfin (et dont les paroles déclenchèrent une polémique sur le sexisme des Stones) ; Stupid Girl est soul-rhythm and blues et Goin' Home, terminée par une longue improvisation, annonce l'étirement du groupe vers un acid rock psychédélique dérivé du blues de ChicagoD'après Le Dictionnaire du rock, ouvrage collectif sous la direction de Michka Assayas, article « Rolling Stones (The) », écrit par Michka Assayas et Bruno Blum, page 1617.

Selon le musicologue David Malvinni, Aftermath est l'aboutissement du développement stylistique des Rolling Stones remontant à 1964, une synthèse de sons précédemment explorés : blues, rock 'n roll, R&B, soul, folk rock et ballades pop. Margotin et Guesdon vont plus loin en disant que l'album montre que les Stones sont libres d'influences qui avaient submergé leur musique précédente, en particulier leurs racines du Chicago Blues. Au lieu de cela, disent-ils, le disque présente un style original de rock psychédélique qui résulte de l'expérimentation musicale de Jones et s'inspire non seulement du blues et du rock que le groupe avait déjà exploré, mais aussi de la pop, du R&B, de la country, du baroque, de la musique classique et du monde. Les tonalités et les accords des musiques baroques et orientales sont présentes parmi les riffs rock et blues dAftermath (dans ses formes country et urbaines). Tout en le considérant toujours comme du blues rock, Tom Moon compare la musique à une collaboration entre le groupe de rock The Velvet Underground et le Stax house band. Mick Jagger fait écho à ces sentiments dans une interview de 1995 pour Rolling Stone, le considérant comme une œuvre et une étape marquante sur le plan stylistique pour lui, qui « a finalement fait disparaître le fantôme de devoir faire ces versions très agréables et intéressantes, sans aucun doute, mais quand même, des reprises de vieilles chansons de blues -à qui nous n'avions pas vraiment l'impression de rendre justice, pour être parfaitement honnête ».