vignette|Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte 1752 Le régiment de la CalotteLa calotte à laquelle il est fait référence n'est pas celle des ecclésiastiques mais la calotte de plomb dont on disait autrefois qu'il fallait coiffer celui qui avait la tête légère pour lui maintenir les idées en place. Le Régiment de la Calotte n'est donc autre que celui de la folie. Donner son brevet de calotte, ou enrôler dans le régiment de la Calotte, c'était donc déclarer quelqu'un fou, extravagant ou ridicule. est une très active société festive et carnavalesque d'origine militaire fondée en 1702 par Philippe Emmanuel de La Place de Torsac et Étienne Isidore Théophile AymonSon prénom usuel courant était Isidore..
Jusqu'en 1752 elle produit une quantité de documents manuscrits ou imprimésAntoine de Baecque écrit en 1997 : « En 1752, Saint-Martin, le vieux généralissime fondateur de la société cinquante ans auparavant, fait en tous les cas publier sous son sceau un Carillonnement général de la calotte qui demeure l'ultime texte calottin existant. ».
Très structurée, n'existant peut-être déjà plus dans la société civile, la Calotte est interdite dans l'armée en 1779.
Résistant à son interdiction elle continue à exister dans le milieu militaire au moins jusqu'au début des années 1820. Origine du régiment de la Calotte Les auteurs anciens et actuels donnent une origine française au régiment, telle qu'elle est rapportée ici plus loin.
Mais il faut noter que, parlant d'un ouvrage de Bosc du Bouchet parue en 1732Bosc du Bouchet, Journée calottine, en deux dialogues : I. Association de la République Babinienne au Régiment de Calotte. Oraison funèbre du général Aimon . - A Moropolis, chez Pantaléon de la Lune, imprimeur et libraire ordinaire du régiment. L'an 17732 (1732), in-8, 121 pages, 1 d'errata, avec un portrait gravé d'Aimon signé B. A. (Benoit Audran). Côte BNF Z 17183, Arthur Dinaux écritLes sociétés badines bachiques littéraires et chantantes leur histoire et leurs travaux ouvrage posthume de Arthur Dinaux revu et classé par Gustave Brunet, avec un portrait à l'eau-forte par G. Staal, Bachelin-Deflorenne éditeur, Paris 1867, page 140. : « Cette brochure n'est pas reproduite dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte.
Il y est prouvé par une histoire complète de la République de Babin en Pologne que cette société facétieuse, fondée au milieu du , a pu donner l'idée du régiment de la Calotte. »
Histoire et description du Régiment de la Calotte vignette|Armes du régiment de la CalotteD'après un Recueil des brevets du Régiment de la Calotte.. vignette| Le graveur général de la Monnaie, Joseph Charles Roëttiers, fut chargé de réaliser cette médaille, qui devait être portée par les membres : . Bernard Picard écrit en 1809Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, représentées par des figures dessinées à la main de Bernard Picart, et autres ; avec des explications historiques et des dissertations curieuses., L. Prudhomme éditeur, Paris 1809, tome 8, pages 363-367. Bernard Picart écrit « Aymon » avec un i à la place du y. L'orthographe erronée a été ici corrigée. :
Voici des particularités qu'un éditeur anonyme d'un Recueil de pièces du régiment de la Calotte a rassemblés sur l'origine du régiment. « Le régiment de la Calotte doit sa naissance à quelques beaux esprits de la Cour, qui formèrent il y a quelques années une société. Ils se proposèrent pour but de corriger les mœurs, de réformer le style à la mode en le tournant en ridicule, et d'ériger un tribunal opposé à celui de l'Académie française. Les membres de cette nouvelle compagnie ayant prévu qu'on ne manquerait de les accuser de légèreté sur la difficulté de leur entreprise, jugèrent à propos de prendre une calotte de plomb, et le nom de Régiment de la Calotte. Voici quelle en fut l'occasion.
Vers la fin du règne de Louis XIV, M. de Torsac, exempt des gardes-du-corps, M. Aymon, porte-manteau du roi, et divers autres officiers, ayant un jour fait mille plaisanteries sur un mal de tête dont l'un d'entre eux souffrait extrêmement, proposèrent une calotte de plomb au malade. La conversation s'étant échauffée, ils s'avisèrent de créer un régiment composé uniquement de personnes distinguées par l'extravagance de leurs discours ou de leurs actions. Ils le nommèrent le régiment de la Calotte, en faveur de la calotte de plomb ; et d'un consentement unanime le sieur Aymon en fut aussitôt élu général. Cette burlesque saillie fut poussée si loin, que l'on fit faire des étendards et frapper des médailles sur cette institution ; et il se trouva de beaux-esprits qui mirent en vers les brevets que le régiment distribuait à tous ceux qui avaient fait quelque sottise éclatante. Plusieurs personnes de distinction se rangèrent sous les étendards du régiment, et chacun se faisait une occupation sérieuse de relever par des traits de raillerie les défauts des gens les plus considérables, et les fautes qui leur échappaient. Cet établissement ayant fait du bruit, on voulut d'abord le saper par les fondements : mais il para tous les coups qu'on lui porta, malgré le crédit de ceux qui s'intéressaient à sa destruction ; et les assauts redoublés de ses ennemis ne servirent qu'à le rendre plus florissant.
Le régiment grossit dans peu de temps, et la Cour et la Ville lui fournirent un nombre considérable de dignes sujets.
Louis XIV ayant été informé de la création de cette plaisante milice, demanda un jour au sieur Aymon s'il ne ferait jamais défiler son régiment devant lui : Sire, répondit le général des Calottins, il ne se trouverait personne pour le voir passer. Ce colonel remplissait parfaitement les engagements de sa charge, lorsqu'il la quitta assez brusquement par un principe d'équité qui lui fit honneur.
Pendant que les alliés assiégeaient Douai, M. de Torsac étant chez le roi, s'avisa de dire qu'avec trente mille hommes et carte blanche, non-seulement il ferait lever le siège aux ennemis, mais aussi qu'il reprendrait en quinze jours toutes leurs conquêtes depuis le commencement de la guerre. M. Aymon, qui entendit cette bravade, lui céda sur-le-champ son bâton de commandement ; et depuis ce temps-là M. de Torsac a été général jusqu'à sa mort, qui arriva en 1724. Son oraison funèbre, qui a été imprimée, a fait beaucoup de bruit. C'est un tissu des plus mauvaises phrases des harangues prononcées à l'Académie Française, des éloges des savants, des lettres du chevalier d'Her*, etc., que l'on a conçues ensemble fort adroitement. Cette pièce est d'autant plus estimable, qu'elle est une satire très-juste du style précieux et affecté que quelques membres de l'Académie ont voulu mettre en vogue depuis plus de vingt ans. Il était difficile qu'elle plût à tout le monde, surtout à ceux dont on tournait les ouvrages en ridicule ; on trouva le moyen de la faire interdire, et les exemplaires en furent saisis.
Le sieur Aymon, qui en quittant sa place de général en était devenu le secrétaire, ayant appris cette nouvelle, se rendit en toute diligence chez M. le maréchal de Villars, et lui dit en l'abordant : Monseigneur, depuis qu'Alexandre et César sont morts, nous ne reconnaissons d'autre protecteur de notre régiment que vous. On vient de saisir l'Oraison funèbre du sieur de Torsac notre colonel, et d'arrêter par-là le cours de sa gloire et de la nôtre, qui y est intéressée. C'est pourquoi, monseigneur, je viens vous supplier de vouloir bien en parler à M. le garde-des-sceaux, qui m'a accordé par écrit la permission de faire imprimer ce discours. En même temps il montra cette permission au maréchal, qui ne put s'empêcher de rire d'une pareille sollicitation. Cependant M. de Villars ayant promis au sieur Aymon de lui accorder ce qu'il demandait, il le fit le lendemain en sa présence. Que voulez-vous que je fasse ? répondit M. le garde-des-sceaux à M. de Villars. Ce qu'il vous plaira, repartit ce maréchal ; vous êtes le maître. Eh bien ! reprit M. le garde-des-sceaux, je trouve à propos de ne me point brouiller avec ces messieurs. Allez donc, continua-t-il en adressant la parole au sieur Aymon. je vous donne main-levée de la saisie de l'oraison funèbre de votre colonel. Aussitôt le sieur Aymon courut triomphant annoncer cette nouvelle au libraire chez qui on l'avait saisie, et tout fut rendu.
Cette victoire ne contribua pas peu à accroître la gloire du régiment, qui fit bientôt des progrès considérables. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que par une maxime diamétralement opposée à celle des autres compagnies de la république des lettres, les personnes qui avaient été l'objet des brocards des fondateurs du Régiment de la Calotte, y ont été enrôlés depuis ; ce qui les a mis en droit de se revancher des railleries qu'ils avaient essuyées. Il n'y a pas un sujet, même parmi les grands, qui n'y soit enrôlé, dès qu'on trouve en lui les talents propres à cette milice.
Cependant on n'y admet qui ceux en qui ces talents ont un certain éclat, sans aucun égard à leur condition, ni aux sollicitations de leurs amis. Il faut d'ailleurs que ce soient des gens d'esprit ; les sots en sont exclus. Lorsque quelqu'un est reçu dans le corps, c'est l'usage qu'il fasse à l'assemblée un discours en vers, dans lequel il met ses propres défauts dans tout leur jour, afin qu'on puisse lui donner un poste convenable.
La crainte d'être en butte aux censures des Calottins a engagé les seigneurs de la Cour à s'en rendre les protecteurs. Cependant il semble que presque tout le monde ait consenti à ne point se formaliser de leurs satires, et que pour faire un contraste plaisant avec l'honneur qu'on se fait d'être membre de la Calotte, ceux qui n'en sont point affectent de ne pas regarder comme un déshonneur d'en être critiqués. Il est vrai qu'il n'y aurait point à gagner en se fâchant, comme l'ont éprouvé ceux qui ont jugé à propos de s'en plaindre. Ces critiques s'adressent aux fautes relatives au bon sens et au langage, et elles ne roulent d'ordinaire que sur les jeux d'une folie innocente et ingénieuse. Quelquefois elles vont plus loin, lorsque le bien public semble demander qu'on démasque certains personnages, et qu'on passe les bornes que les fondateurs du régiment s'étaient prescrites.
Il n'y a point de corps qui observe plus scrupuleusement les règles de l'équité. Le régiment n'accorde ses pensions et ses emplois, qu'à ceux qui s'en rendent dignes par un mérite vraiment calotin ; la faveur ou la qualité sont inutiles pour y prétendre. Le désintéressement des officiers est parfait ; car les brevets tant en vers qu'en prose sont distribués gratis. Comme les secrétaires du régiment ne pourraient suffire à l'expédition de tant de brevets qu'on accorde tous les jours, divers poètes se font un plaisir de les soulager dans ce travail, sans exiger aucun salaire. On ne saurait croire combien ces inconnus sont zélés pour la gloire du régiment. Ils sont si attentifs à lui procurer des sujets, qu'ils fournissent souvent des hommes auxquels on ne pensait pas, et qu'un certain mérite semblait devoir exclure de cet illustre corps. Mais on ne s'en rapporte pas toujours à leur choix ; ils sont obligés d'en donner des raisons, dont les commissaires examinent la solidité.
Voici l'explication des armes qu'on a placées au frontispice de ce recueil ; ces armes sont un emblème parlant du caractère et de l'emploi du célèbre régiment de la Calotte.