vignette|redresse|Le grelot de Collé et le verre de Panard, reliques emblématiques de la Société du CaveauLe Caveau, cinquante-neuvième année, , Le Caveau, éditeur, Paris 1893.. left|redresse|vignette|Le Caveau moderne en 1807. vignette|redresse|Illustration pour le recueil Le Caveau 1856Illustration de la chanson de J. Lagarde Le Carnaval, extraite du recueil Le Caveau, pour 1856..
La société du Caveau, appelée en abrégé le Caveau, est le nom sous lequel a été connue une société bachique, chantante et littéraire parisienne créée en 1729 à Paris par Pierre Gallet et qui se réunissait deux fois par mois dans la salle basse d'un cabaret rue de Buci. Elle a compté des personnalités comme Piron et le Comte de Caylus.
Elle disparaît en 1739, mais son nom est repris par plusieurs autres sociétés différentes, jusqu'en 1939. La troisième porte le nom de Caveau moderne. La quatrième porte, à ses débuts, le nom des Enfants du Caveau, pour s'appeler ensuite simplement Caveau. Entre 1901 et 2014, un célèbre cabaret parisien porte le nom de Caveau de la République.
On rattache aux Caveaux cinq sociétés qui ne portent pas ce nom : les dîners du Vaudeville, la Société épicurienne, les Soirées de Momus, les Soupers de Momus et le Réveil du Caveau.
Ces sociétés furent exclusivement masculines, même si ce principe ne figurait pas dans les règlements écrits. Il fut cependant fait quelques exceptions, l'une pour Virginie Déjazet, l'autre pour Thérésa.
D'autres sociétés chantantes en province et à l'étranger reprirent le nom du Caveau parisien : le Caveau stéphanois ou Caveau de Saint-Étienne à Saint-ÉtienneFondé en 1883 par le poète patoisant Jacques Vacher, il existe durant 31 ans et disparaît en 1914. Jean-François Gonon parle d'une section lyonnaise du Caveau stéphanois dans son Histoire de la chanson stéphanoise et forézienne depuis son origine jusqu'à notre époque., éditée par l'imprimerie coopérative « L'Union Typographique », Saint-Étienne, 1906., le Caveau havrais au HavreBaptisé La Chanson Havraise ou Le Caveau Havrais, il compte en octobre 1873 six membres fondateurs et un an plus tard 26 membres, au nombre desquels des chanteurs et des musiciens. Voir à ce propos La Chanson Havraise, Première Livraison.. Il y eut également quatre Caveaux lyonnais successifs à Lyon. Un Caveau algérois à Alger, auquel Ernest Chebroux a dédié un toast à la ChansonVoir le toast à la Chanson dédié par Ernest Chebroux au Caveau algérois., et un Caveau verviétois à Verviers en BelgiqueVoir à propos du Caveau Verviétois un article dans La Chanson, 12 décembre 1880, , numéro 31, page 244 et un autre dans La Chanson, 26 décembre 1880, numéro 33, page 261..
Il ne faut pas confondre les sociétés du Caveau avec les cafés-caveaux dont la vogue fleurissait à Paris sous le Premier Empire et dans les premières années de la RestaurationVoir un extrait du journal Le Tintamarre du 18 avril 1858 qui parle des cafés-caveaux. Voir l'article du Tintamarre dont provient cet extrait..
Deux cent dix années de chansons Première Société du Caveau (1729-1739) left|redresse|vignette|Charles-François Panard. vignette|redresse|Les premiers convives du Caveau ; à droite : Pierre Gallet. vignette|left|redresse|Poème de PanardOctave Pradels, Le vin et la chanson, E. Flammarion éditeur, Paris 1913, page 399.. redresse|vignette|Charles Pinot Duclos. left|redresse|vignette|Alexis Piron. redresse|vignette|François Boucher. left|redresse|vignette|Charles Collé. redresse|vignette|Crébillon fils. left|redresse|vignette|Moncrif. redresse|vignette|Helvétius. redresse|vignette|Crébillon père. redresse|vignette|Jean-Philippe Rameau. Selon Arthur Dinaux Le Concert des Enfants de Bacchus est une association de chanteurs et buveurs, actif en 1630, qui a peut-être donné l'idée de l'institution du premier CaveauLes sociétés badines bachiques littéraires et chantantes leur histoire et leurs travaux ouvrage posthume de Arthur Dinaux revu et classé par Gustave Brunet, Paris 1867..
Ce premier Caveau est une association bachique, chantante et littéraire fondée par Piron, Charles Collé, neveu de Jean-François Regnard, et Crébillon fils sont les fondateurs des Dîners du Caveau, connus par l'esprit et la gaité des convives qui s'y rassemblent. À partir de 1726, ils soupent d'habitude rue de la Grande-Truanderie chez Pierre Gallet, leur ami, chansonnier tout aussi gaillard qu'eux, qui leur épargne ainsi les frais du cabaret. Ils se donnent mutuellement les prémices de leurs chansons, et c'est à un de ces soupers que celles de Reçois dans ton Galetas et dAdieu donc, cher la Tulippe, leur font proclamer Crébillon fils, père de la chanson grivoise. Genre qui, par la suite, vaudra beaucoup de succès à Vadé.
Au bout de trois années de joyeuses agapes, le trio, quoique très peu pécunieux, veut donner un jour à dîner à son Amphitrion, et, pour s'égayer, y admettre de nouveaux convives, Píron indique son ami Louis Fuzelier, qui fait partie, avec lui, du groupe des poètes turlupins, au sein du Régiment de la Calotte, joyeuse société festive et carnavalesque. Il leur chante le couplet de Fuzelier sur Le Sage et d'Orneval, sur l'air de : La rareté, la curiosité :
Le Sage et d'Orneval ont quitté du haut style La beauté ; Et, pour Polichinelle, ont abandonné GillesGilles est un personnage comique du théâtre de foire qu'on peut observer aux au nord de la France et en Wallonie. ; La rareté ! II ne leur reste plus qu'à montrer, par la ville, La curiosité.
Ces deux auteurs, après avoir abandonné le Théâtre Français pour le Théâtre de la foire, imaginèrent, dès qu'on eut interdit le chant à ce dernier, d'inscrire leurs vaudevilles sur des écriteaux : le spectateur chantait les airs, et les acteurs faisaient les gestes. Fuzelier est invité ; Collé indique Saurin fils, Crébillon fils indique Sallé, son collaborateur au Voyage de Saint-Cloud par mer et par terre, et autres opuscules réunis sous le titre de : Recueil de ces Messieurs. Tous enfin, et Piron surtout, sont d'avis d'inviter Crébillon père, leur ami, dans l'espérance de l'amener à se montrer plus libéral envers son fils, qui, chaque fois qu'il lui demande de l'argent, reçoit pour toute réponse : Quand tu auras fini tes égarements du cœur et de l'esprit.
Au jour indiqué, fin 1729, les huit convives dînent, c'est-à-dire à l'époque déjeunent, dans la salle basse ou Caveau, d'un cabaret accrédité, qui va donner son nom à la société, et qui est tenu par Nicolas-Alexis Landelle, carrefour de Bussi, à l'angle de la rue de Bussi et la rue Dauphine, faubourg Saint-Germain. Le , dans la salle haute de ce cabaret, le duc d'Aumont installe le siège de la première loge maçonnique parisienne constituée par la Grande Loge de Londres : la loge de BuciSource : Brigitte Level, À travers deux siècles, le Caveau, société bachique et chantante, 1726-1939, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, Paris 1988, pages 29-30..
L'immeuble où se trouvait le cabaret est toujours debout. Son adresse officielle est à présent : 12 rue de Buci, Paris voir sa photo sur Internet.. C'est près de la Comédie-Française (aujourd'hui, rue de l'Ancienne-Comédie), du fameux café Procope, de la Foire, et d'un Jeu de paume consacré à l'opéra-comique. Pour desservir ce quartier à la mode, on trouve une station de chaises à porteurs conçue sur le même principe que les actuelles stations de taxis.
Le repas bien arrosé dure dix heures. Tout le monde se sépare ivres. C'est la naissance du Caveau. L'amitié partagée rend la gaité plus vive. Ils décident d'y ajouter en recommençant et invitant d'autres amis.
La société du Caveau n'a en fait à l'origine pas de nom. On dîne dans un lieu nommé le Caveau, alors, par commodité, on parle des dîners du Caveau. On voit également certains participants signer leurs publications en faisant suivre leur nom de la précision convive des dîners du Caveau et non membre de la société du Caveau. Ce n'est que par la suite que des formes institutionnelles, un nom officiel seront adoptés.
Toutes les sociétés successives qui se reconnaissent héritières du premier Caveau, comme celui-ci, resteront fidèles à un point fondamental de l'organisation des goguettes jusqu'en 1830 : la limitation du nombre de membres. Celle-ci assurera la cohésion et la longévité de ces sociétés dont la quatrième et dernière société du Caveau, qui disparaît en 1939 après 105 années d'existence.
Un certain nombre de convives, pendant dix ans, de 1729 à 1739, complètent successivement la Société du Caveau. Ce sont tous des hommes, aucune femme n'est admise ou même simplement pressentie.
Ils seront en tout une vingtaine : Piron, Collé, Gallet, Crébillon fils, Fuzelier, Sallé, Saurin fils, Saurin père, Duclos, Labruère, La Noue, Gentil-Bernard, Moncrif, Charles-François Panard, Helvétius, le peintre François Boucher, le musicien Jean-Philippe Rameau et le chanteur Pierre Jélyotte, venu de Toulouse, gloire de l'Académie royale de Musique et surnommé « le rossignol gascon ».
C'est dans cette société que Rameau, que Piron a décidé à quitter la province pour se fixer à Paris, trouve les auteurs qui, les premiers, produisent, avec éclat, son talent sur le théâtre lyrique. C'est là aussi qu'il s'assure les défenseurs zélés qui l'aident à triompher des Lullistes. Et tandis que Fuzelier, Bernard et Labruère concourent à fonder ses succès sur la scène, ses amis du Caveau, surtout Collé, accréditent, dans les cercles, ses airs de danse et ses ouvertures, par les plus heureuses parodies.
François Boucher apporte souvent ses dessins pour les montrer. Ceux-ci, parfois, inspirent aux convives des sujets de chansons. Duclos fait le pari de s'inspirer, pour écrire, d'estampes réalisées pour illustrer un texte de Charles Gustave de Tessin : Faunillane ou l’Infante jaune. Il compose alors le conte féerique Acajou et ZirphileAcajou et Zirphile est édité en 1744. On peut lire sur Internet une analyse d' Acajou et Zirphile, faite par Pierre Berthiaume : Les malheurs de Zirphile ou les prospérités de la vertu..
Les joyeux convives de la société s'assemblent presque toute l'année, surtout l'hiver et l'automne, les premier et seize de chaque mois, pour diner, à frais communs, au Caveau ; et chacun d'eux y est à son tour l'objet d'une épigramme : est-elle jugée juste et piquante ? le patient boit rasade à la santé de son censeur ; est-elle jugée injuste ou niaise ? c'est le mot utilisé, un verre d'eau sert de punition au censeur, tandis que les autres convives portent gaîment la santé de l'auteur, qu'ils vengent. Le drame, surtout, fait l'objet perpétuel de leurs épigrammes. La Chaussée venait d'admettre sur la scène comique ce genre, qu'ils appelaient bâtard, et dans lequel cependant Térence avait été son modèle. Les frondeurs les plus décidés sont Piron, Fuzelier, Crébillon fils ; Collé surtout et Sallé qui, dans les parades qu'ils font représenter au Temple, chez le grand-prieur, prennent souvent le drame comme prétexte de leurs plaisanteries. La Chaussée se contente longtemps de leur opposer ses succès, surtout quand Denis Diderot et Voltaire même, en accréditant ce genre, concourent à s'y former d'heureux imitateurs ; mais sa patience ne tient pas contre ce couplet de Piron :
Air de Joconde.
Connaissez-vous, sur l’Hélicon, L’une et l’autre Thalie ?
L’une est chaussée et l’autre non, Mais c’est la plus jolie.
L’une a le rire de Vénus, L’autre est froide et pincée :
Salut à la belle aux pieds nus, Nargue de la chaussée.
Quelque temps après, une place se libère à l'Académie française ; le vœu public y appelle Piron. Il est d'usage alors que tout candidat aille, avant sélection, faire une visite aux académiciens, et, en leur absence, leur laisse sa carte. Piron choisit, pour se présenter chez la Chaussée, le moment où il est sûr de ne pas le trouver, et, pour lui annoncer sa visite, lui laisse ces deux vers, tirés de sa comédie de lÉcole des amis :
En passant par ici, j'ai cru de mon devoir De joindre le plaisir à l'honneur de vous voir.