L'élection présidentielle brésilienne de 2018 a lieu au Brésil les et , dans le cadre des élections générales, afin d’élire le président de la République du pays, ainsi que le vice-président.

Le scrutin intervient dans un contexte de forte insécurité, de vives tensions politiques et d’accusations de corruption ayant discrédité une grande partie de la classe politique. La présidence du Brésil est alors assurée par Michel Temer, qui a succédé en 2016 à Dilma Rousseff, destituée par le Parlement alors que son parti, le Parti des travailleurs (PT), était au pouvoir depuis 2003.

L'élection est marquée par l’aboutissement de poursuites judiciaires controversées contre le favori du scrutin, l’ancien président Lula da Silva, qui est emprisonné et déclaré inéligible pour corruption. Il est remplacé par son colistier, Fernando Haddad.

La campagne voit également l’ascension du député d'extrême droite Jair Bolsonaro, dont la rhétorique violente et la nostalgie assumée pour la dictature militaire de 1964-1985 suscitent de vives controverses, tandis que ses thèmes de lutte contre l'insécurité et la corruption dominent la campagne. Il est grièvement blessé lors d'une tentative d'assassinat à son encontre, un mois avant le premier tour.

L’élection témoigne d'une nette baisse du PT ainsi que de la chute des autres partis traditionnels brésiliens. Après être arrivé en tête du premier tour, Jair Bolsonaro l’emporte face à Fernando Haddad avec 55,13 % des voix.

Contexte institutionnel Modalités du scrutin L'élection présidentielle, celles des deux chambres du Congrès et celles des assemblées et gouverneurs des États se tiennent en même temps..

Le président de la république fédérative du Brésil est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Chaque candidat se présente avec un colistier, candidat à la vice-présidence.

Le vote est obligatoire pour les citoyens de , et facultatif pour ceux âgés de et les plus de .. Le scrutin a lieu au moyen d'urnes électroniques.

Selon les études de l'institut chilien Latinobarómetro, seuls 13 % des Brésiliens se disent satisfaits de leur système politique, le taux le plus faible du continent américain..

Listes électorales La Cour fédérale fait annuler les cartes électorales de d’électeurs, soit 2,3 % de l’électorat brésilien, au motif qu’ils n’ont pas actualisé leur situation et ne se sont pas enregistrés dans le système biométrique. Selon la Folha de S.Paulo, cette décision a un fondement juridique mais pénalise particulièrement , qui votent traditionnellement à gauche. Le Parti des travailleurs et le Parti socialiste demandent à la Cour de revenir sur sa décision, ce que celle-ci refuse..

Contexte politique thumb|upright|Michel Temer, président de la République sortant. L’élection intervient deux ans après la destitution de Dilma Rousseff, qui a mis un terme à de gouvernance du Parti des travailleurs. Son vice-président, Michel Temer (PMDB), partisan de sa destitution, lui a alors succédé à la tête du pays. Celui-ci est rapidement devenu très impopulaire du fait de sa politique d’austérité et d’accusations de corruption.

Le scrutin intervient en pleine opération Lava Jato, dans le cadre de laquelle de nombreuses personnalités politiques brésiliennes sont accusées de corruption.

Candidats Retenus Treize candidats sont autorisés à briguer la présidence de la République :

Álvaro Dias..

Ciro Gomes. Geraldo Alckmin Guilherme Boulos. Henrique Meirelles. Jair Bolsonaro.

José Maria Eymael Marina Silva. João Amoêdo.

Fernando Haddad.

Invalidé Luiz Inácio Lula da Silva (candidature invalidée par le Tribunal supérieur électoral le )., remplacé par Fernando Haddad.

Ayant renoncé

Michel Temer., en faveur d’Henrique Meirelles Joaquim Barbosa (renonce en alors qu'il est en troisième position dans les sondages). Manuela d'Ávila, en faveur de Fernando Haddad (dont elle devient la colistière) Fernando Collor de Mello., en faveur d'Álvaro Dias ., en faveur de Geraldo Alckmin Aldo Rebelo. Rodrigo Maia., en faveur de Geraldo Alckmin Aécio Neves, en faveur de Geraldo Alckmin

Soutiens Lula da Silva apporte son soutien à Fernando Haddad, qui s'affiche comme son candidat de substitution et lui rend visite chaque semaine dans sa prison jusqu'au premier tour.. Par la suite, Fernando Haddad prend ses distances avec la figure historique du Parti des travailleurs, cherchant à rallier les voix centristes.. Il reçoit le soutien implicite de Ciro Gomes en vue du second tour...

La candidature de Jair Bolsonaro est particulièrement appréciée par les propriétaires terriens. et les industriels.. À la fin de la campagne du premier tour, la montée des intentions de vote en sa faveur est bien perçue par les marchés financiers.. Des chefs d'entreprise sont accusés de faire pression sur leurs employés pour les pousser à voter pour lui... Début octobre, le Front parlementaire de l’agro-négoce, qui regroupe 234 des et 27 des , lui apporte son soutien.. Jair Bolsonaro est également soutenu par des personnalités comme Ronaldinho, Lucas Moura, Rivaldo, Marcelo Filho, Cafu, Felipe Melo, Jádson, José Aldo et Gusttavo Lima....... Neymar (PSG) et Gabriel Jesus (Manchester City), s'ils n'ont pas explicitement soutenu Bolsonaro durant la campagne, ont eux réagi positivement à des publications sur les réseaux sociaux appelant à voter pour lui, notamment une publication Instagram d’Alan Patrick du Shaktar Donetsk..

Pendant l'entre-deux tours, alors que la campagne sur les réseaux sociaux n'a jamais été aussi forte par le passé au Brésil, Facebook ferme 68 pages et 43 comptes de soutien à Jair Bolsonaro. Alors que le réseau social justifie sa décision par le non-respect de sa politique d'authentification, les partisans du candidat d'extrême droite parlent de censure.. Des entreprises sont soupçonnées d'avoir financé l'envoi massif de messages anti-PT sur internet, à un prix pouvant atteindre d'euros par contrat..

Campagne Scandales de corruption Entourant le PSDB Entre 2015 et 2016, Aécio Neves, candidat du PSDB défait de justesse au second tour de l’élection présidentielle de 2014, est donné grand favori de l’élection présidentielle à venir.... Mais des scandales de corruption ont raison de sa popularité et conduisent à son remplacement par Geraldo Alckmin, crédité d'un niveau d’intentions de vote beaucoup plus faible..

Le , le ministère public accuse Geraldo Alckmin d'avoir accepté dix millions de reais ( d'euros) de fonds de campagne illicites d'Odebrecht alors qu'il était gouverneur de Sao Paulo..

Inéligibilité de Lula et enquête sur Haddad

thumb|upright|Lula da Silva en 2017. Dès la réélection de Dilma Rousseff, en 2014, Luiz Inácio Lula da Silva laisse entendre qu'il souhaite briguer un nouveau mandat de chef de l’État. Il est donné favori dans les sondages, qui indiquent qu’il est majoritairement soutenu par les ménages les plus modestes, qui forment son électorat traditionnel, tandis que le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro le talonne chez les jeunes et l’emporte chez les hauts revenus......

La candidature de Lula est invalidée par le Tribunal supérieur électoral le , en raison de la loi du (). Le , Lula annonce déposer des recours auprès de ce tribunal et de l'ONU.. Son recours au Tribunal suprême électoral est rejeté. et le PT se voit sommé de désigner un nouveau candidat.. Fernando Haddad est alors désigné pour le remplacer.

Le , Fernando Haddad, colistier de Lula et favori à sa succession après son inéligibilité, est mis en accusation pour des soupçons de corruption liés à sa campagne municipale de 2012..

Fausses nouvelles La campagne est aussi marquée par une diffusion particulièrement importante de fausses nouvelles sur internet, ciblant en particulier Fernando Haddad et le Parti des travailleurs...

Jair Bolsonaro dénonce . À la télévision, il brandit la version portugaise du Le Guide du zizi sexuel de Zep et affirme que le livre fait partie d'un diffusé dans les écoles brésiliennes pour promouvoir l'homosexualité et qu’il constitue . Selon Le Monde, le manuel n'a en réalité jamais été distribué aux écoles..

Violences De l’avis de nombreux experts, il s'agit de la campagne la plus violente que le Brésil ait connue.. En , la caravane de Lula essuie des tirs, qui ne font pas de blessés. Fin août, des militants PSOL sont agressés alors qu'ils assistent à un meeting électoral. Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro mime régulièrement le geste de fusiller ses opposants, notamment les journalistes et les militants de gauche. Le , quelques heures après le premier tour de l'élection, un sympathisant de gauche est tué par un partisan de Jair Bolsonaro au cours d'une discussion politique..

Tentative d'assassinat de Bolsonaro

thumb|Jair Bolsonaro blessé à l'arme blanche, le à Juiz de Fora. Le , Jair Bolsonaro est grièvement blessé à l'arme blanche lors d'un meeting se tenant à Juiz de Fora. Se trouvant dans un état critique, il subit plusieurs interventions chirurgicales.... L’assaillant présumé déclare avoir tenté de le tuer pour .... Rapidement, les partisans de Bolsonaro accusent le Parti des travailleurs, avec qui ils s’affirment en , tandis que les observateurs estiment que l'attentat pourrait faire baisser le taux de rejet du candidat... Cette tentative d’assassinat, désavouée par la classe politique, conduit à la suspension de la campagne électorale.

Il ne sort de l'hôpital que plus de trois semaines plus tard, le , après plusieurs interventions chirurgicales. Le candidat est alors à son plus haut dans les sondages, avec autour de 30 % des voix annoncées, malgré des propos homophobes et misogynes qui amènent à d'importantes manifestations, notamment de femmes. Bolsonaro bénéficie ainsi, en dépit de ses positions clivantes, du soutien de nombreux Brésiliens en raison de ses prises de position très dures au sujet de l'insécurité ainsi que d'une carrière exempte d'accusations de corruption..

Après le premier tour Des associations de défense des personnes LGBT dénoncent un regain de violences homophobes dans le sillage du bon résultat de Jair Bolsonaro.. Portés par leurs très bons résultats au premier tour, des militants favorables à Jair Bolsonaro commettent des agressions contre des sympathisants de gauche ou des militants du Mouvement des paysans sans terre.. Bolsonaro demande l'arrêt de ces violences et déclare : .

Programmes Jair Bolsonaro

thumb|upright|Jair Bolsonaro Le programme économique de Jair Bolsonaro est principalement rédigé par son conseiller Paulo Guedes, de sensibilité néolibérale. Il comprend la privatisation d'entreprises publiques, une plus grande dérégulation du secteur financier, la limitation des retraites par répartition, la réduction du nombre de ministères, et l'approfondissement des mesures de flexibilisation de la main-d'œuvre. Sur les questions fiscales, il prévoit de réduire de moitié le taux d’imposition sur les entreprises et d'augmenter l’impôt sur le revenu.. Jair Bolsonaro est par ailleurs opposé aux revendications des paysans sans terre et des communautés indigènes. Dans l’entre-deux-tours, il modère son discours en promettant un programme de privatisations moins important que ce qu’il avait initialement annoncé et en adoucissant son projet de réforme des retraites.. En outre, il annonce renoncer à la suppression du treizième mois des salariés, que prévoyait son programme avant le premier tour, et se prononce pour son inclusion dans le programme social Bolsa Família.. Il continue par ailleurs à tenir un discours protectionniste en dénonçant l’importance des investissements de la Chine dans le pays..