La guerre de Succession de Pologne est un conflit européen qui eut lieu de 1733 à 1738, qui est déclenché à la suite du décès du roi de Pologne et électeur de Saxe Auguste II en 1733.
Deux candidats s'opposent pour lui succéder, le trône de Pologne étant électif : son fils, Frédéric II Auguste, devenu électeur de Saxe par hérédité, et Stanislas Leszczynski, qui a déjà été roi de Pologne de 1704 à 1709 et est devenu le beau-père de en 1725. Le premier est soutenu par la Russie et l'Autriche et le second par la France. Le conflit électoral polonais deviendra une guerre civile et internationale..
Le principal épisode de la guerre en Pologne est le siège de Dantzig par l'armée russe en 1734. Vaincu, Stanislas Leszczynski se réfugie en Prusse, puis renonce formellement au trône de Pologne en 1736.
Hors de Pologne, le conflit implique principalement la maison d'Autriche () face à la France de et à l'Espagne de , en Rhénanie et en Italie. L'alliance familiale des Bourbon de France et d'Espagne en sort assez rapidement victorieuse.
Les préliminaires de paix de 1735, confirmés par un traité en 1738, garantissent à Stanislas un avenir comme duc de Lorraine. Le duc François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, accepte de céder son duché en échange du grand-duché de Toscane. Il est aussi prévu qu'à la mort de Stanislas, la Lorraine passera au roi de France et cessera de relever du Saint-Empire, ce qui aura lieu en 1766. L'infant Charles d'Espagne reçoit le royaume de Naples cédé par l'Autriche.
Contexte Les institutions de la république des Deux Nations En 1569, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie, dont les capitales sont respectivement Cracovie et Wilno, qui ont le même souverain de la dynastie des Jagellons depuis 1385, sont formellement réunis par le traité de Lublin en un nouvel État, la république des Deux Nations (Rzeczpospolita Obojga Narodow), dont la capitale va être établie à Varsovie.
Il s'agit d'une monarchie élective, la dynastie des Jagellons étant éteinte : le roi de Pologne est élu à vie par une diète réunie à cet effet, formée par le Sénat (Senat), dont les membres sont de droit ou nommés par le roi, et la Chambre des députés (Izba poselska), élus par les nobles dans chaque voïvodie. L'élu au trône de Pologne devient ipso facto grand-duc de Lituanie.
L'histoire de la république des Deux Nations a été marquée par un affaiblissement constant du pouvoir royal et du pouvoir exécutif en général, très contrôlés par la diète, réunie au minimum tous les deux ans. L'affaiblissement du pouvoir est particulièrement sensible dans l'usage à partir du du liberum veto, qui permet à un membre de la diète de la dissoudre et d'annuler toute loi qui aurait été votée.
D'autre part, le gouvernement de la République, notamment les élections royales, subissent des ingérences étrangères constantes, généralement sous forme de corruption mais parfois d'interventions militaires.
Les tribulations d'Auguste II et de Stanislas Leszcynski (1697-1733) Après la mort de en 1696, l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste a été élu en 1697 avec le soutien de la Russie, contre un candidat français, le prince de Conti, devenant, en Pologne, . Mais l'expansionnisme du roi de Suède a amené en 1704 l'élection de Stanislas Leszczynski ; est contraint d'abdiquer en 1706, mais, après la défaite de contre la Russie (Poltava, 1709), Stanislas est obligé de fuir à son tour et redevient roi de Pologne.
Exilé, notamment dans le duché des Deux-Ponts, qui appartient à , puis après la mort de celui-ci, à Wissembourg, en Alsace, Stanislas Leszczynski bénéficie d'un concours de circonstances exceptionnel : en 1725, la cour de France fait le choix de marier le jeune () avec sa fille Marie, âgée de . Celle-ci devenue reine de France, Stanislas est installé avec sa petite cour à Chambord.
La succession d' souhaite que son fils Frédéric-Auguste, futur électeur de Saxe, devienne aussi roi de Pologne, mais son point de vue est au départ peu soutenu.
Mise en place de la candidature de Stanislas Au début des années 1730, alors que la mort du roi est prévisible à brève échéance, un parti se forme en Pologne pour soutenir un retour de Stanislas Leszczynski sur le trône, avec le soutien de la France. Ce parti se forme autour de la famille princière des Czartoryski, notamment des frères Michel Frédéric (né en 1696) et Auguste Alexandre (né en 1697). La candidature de Stanislas trouve un appui auprès de l'ambassadeur de France à Varsovie, Antoine-Félix de Monti, qui contribue à un rapprochement entre les Czartoryski et les Potocki ; et en France auprès du ministre des Affaires étrangères, Germain Louis Chauvelin. Le cardinal Fleury, principal ministre, est réservé, mais il s'incline lorsque décide de soutenir Stanislas.
L'intervention des « trois aigles noirs » (1732) Le , l'Autriche et la Russie avaient signé un traité de soutien mutuel par lequel chacune s'engageait à envoyer à l'aide de l'autre un contingent de : cette entente, qui durera jusqu'à la fin du siècle, leur laisse les mains libres dans les affaires ottomanes et polonaises. En 1732, l'impératrice russe Anna et le feld-maréchal Burckhardt de Munnich esquissent un rapprochement discret avec la France et se disent prêts à accepter la restauration de Stanislas si Versailles reconnaissait la souveraineté russe sur la Courlande et faisait pression sur les Ottomans pour qu'ils cèdent le port d'Azov à la Russie mais Fleury ne donne pas de suite, ce qui amène la Russie à se rapprocher des adversaires de la France: elle signe un traité de commerce avec la Grande-Bretagne. À la fin de la même année, la Russie, l’Autriche et la Prusse signent des traités désignés comme « traité des trois aigles noirs » ou « traité de BerlinCf. page anglaise Treaty of the Three Black Eagles » (, entre la Russie et l’Autriche, entre les précédents et la Prusse) par lesquels ils excluent du trône de Pologne aussi bien Frédéric Auguste de Saxe que Stanislas Leszczynski.
L'interrègne et l'élection de Stanislas () La mort d' le ouvre la période de l'interrègne. La république des Deux Nations a provisoirement pour chef le primat de Pologne, Théodore PotockiCf. page anglaise Teodor Andrzej Potocki., interrex (roi par intérim), chargé de mener à bien le processus électoral.
La diète de convocationSejm konvokacyjny : elle est réunie pour définir les conditions de candidature et les futurs pacta conventa, les conventions auxquelles l'élu sera tenu de souscrire. qui est tenue en avril-mai décide, à la demande du primat, qu'aucun candidat étranger ne sera admisCambridge History of Poland, ..
Stanislas quitte Chambord et rentre en Pologne discrètement (à la demande de Fleury) en traversant l'Allemagne sous une fausse identité (celle du commis d'un marchand allemand, celui-ci étant joué par le chevalier d'Andlau, un ami de l'époque de Wissembourg). Simultanément, pour renforcer son anonymat, un sosie s'embarque à Brest sur un navire à destination de la Pologne. Stanislas arrive à Varsovie en et se fait reconnaître au cours d'un service religieux à la cathédrale.
Durant cette période, Frédéric-Auguste obtient le soutien de l'Autriche et de la Russie en s'engageant auprès de à donner son accord à la Pragmatique Sanction et auprès de la tsarine à permettre à son favori Ernst Johann von Biron de devenir duc de CourlandeCambridge History of Poland, . Le duc de Courlande est vassal du roi de Pologne. Biron deviendra effectivement duc en 1737.. Les deux pays signent le traité de LöwenwoldeDu nom de Karl Gustav von Löwenwolde, diplomate germano-balte au service de la Russie. () en faveur de Frédéric-Auguste. La Prusse en revanche maintient sa neutralité.
Parmi les alliés de la France, seul l'Empire ottoman aurait été en mesure d'apporter un secours immédiat à Stanislas en attaquant la Russie mais Fleury, en sa qualité de prêtre, dit ne pas pouvoir signer une alliance avec un souverain musulman. En , Villeneuve, ambassadeur français à Constantinople, écrit à Chauvelin : . Bonneval Pacha, militaire français passé au service du Sultan, n'a pas de mal à montrer qu'une telle alliance serait illusoire et n'apporterait aucun soutien réel aux Ottomans.
Le , Stanislas est élu par la diète, réunie sous la protection d'une unité militaire de . Le décompte des signatures lui en donne . Les partisans de Frédéric-Auguste se rassemblent à Praga, faubourg de Varsovie sur la rive droite de la Vistule.
La guerre en Pologne () et ses suites La tsarine Anne envoie alors une armée de pour chasser Stanislas de Varsovie. Frédéric-Auguste est élu le Cf. Liste des souverains de Pologne. par une diète ad hoc, mais ne rassemble que Cambridge History of Poland, . Ces votes viennent de familles de magnats du grand-duché de Lituanie, les Wisnowiecki, Sanguszko, Radziwill, Sapieha..
Stanislas s'étant réfugié à Dantzig avec ses partisans, ainsi que l'ambassade de France et le primat, l'armée russe commence le siège de la ville en . La France envoie des troupes par mer, mais, insuffisantes en nombre, elles ne peuvent intervenir efficacement (un des membres de cette expédition est le gentilhomme breton Louis de Bréhan de Plélo, mort le au cours d'un assaut contre les lignes russes).
Stanislas réussit à quitter la ville clandestinement à la fin de juin en traversant la Vistule sur une barque et se réfugie en Prusse, sur la rive droite du fleuve. Il est favorablement accueilli par les autorités.
Dantzig capitule le . Par la suite, Stanislas lance un appel à la résistance (), dont le principal résultat est la formation () de la confédération de Dzików (konfederacja dzikowskaCf. page anglaise Dzików Confederation. Dzików est aujourd'hui un quartier de la ville de Tarnobrzeg. Une « confédération » est un regroupement temporaire, mais formalisé, de personnes pour la défense d'une cause.) dirigée par Adam Tarlo1713-1744. Cf. page anglaise Adam Tarło., dont l'action va être politique plus que militaire. Elle envoie à Paris un représentant, Jerzy Ożarowski1690-1741. Cf page polonaise Jerzy Marcin Ożarowski., pour mener des opérations diplomatiques (peu fructueuses).
Le , depuis Königsberg où il est hébergé depuis 1734, Stanislas annonce sa renonciation au trône de Pologne, à la suite des accords conclus à la fin de 1735 entre la France et l'Autriche. Ses soutiens se rallient à , notamment la famille Czartoryski, à la tête d'une faction appelée la Familia, désormais favorable à la Russie, et non plus à la France.
En juin- se tient une diète de pacification (sejm pacyfikacyjny), marquée par l'allégeance à des membres de la confédération de Dzików.
La guerre en Europe Les belligérants Hors de Pologne, les principaux belligérants sont la France et la maison d'AutricheLa maison d'Autriche détient héréditairement plusieurs royaumes et principautés : royaume de Hongrie, royaume de Bohême, archiduchés autrichiens, Pays-Bas autrichiens, etc..
La France, qui n'a pas fait grand-chose pour soutenir Stanislas sur place, profite de la crise polonaise pour mener les hostilités contre l'Autriche dans des régions plus proches : Lorraine, Rhénanie et Italie. Il existe en effet en France un parti anti-autrichien, animé par le maréchal de Belle-Isle.
La France trouve des appuis auprès de l'Espagne et du royaume de Sardaigne, qui inclut la Sardaigne, le Piémont et la Savoie, afin d'évincer la maison d'Autriche de ses possessions en Italie.
La Bavière se place aussi du côté français.
Face à cette coalition, l'Autriche, faiblement soutenue par la Russie et l'électorat de Saxe, qui s'intéressent surtout à la situation en Pologne, se trouve rapidement en position d'infériorité.
L'historien français Alfred Rambaud note avec curiosité l'enchevêtrement des traités et accords particuliers qui fragmentent cette guerre en une série de conflits partiels :
La guerre en Allemagne thumb|upright=1.50|Vue générale du siège de Philippsbourg en 1734 (estampe anonyme).
La France déclare la guerre à en .