Vassili Sergueïevitch Ochtchepkov (1893-1937) est un judoka russe fondateur du sambo.

Biographie Enfance Vassili Ochtchepkov. est né à la fin (selon le calendrier julien) dans le village d'Alexandrovsky, sur l'île Sakhaline, dans un centre pénitentiaire pour femmes. Maria Ochtchepkova, sa mère, était une paysanne veuve. Dès ses premières années, l'enfant est marqué à vif : c'est un enfant de naissance illégitime et est fils d'une prisonnière. Il semble que le jeune Vassili Ochtchepkov est destiné à un destin tragique. Il perdit sa mère à l'âge de 11 ans, mais quelques années plus tard, son avenir devint plus prometteur lorsqu'il rencontra un homme noble et exceptionnel ; l'Archevêque Nicolas de l'Église Chrétienne Orthodoxe russe. Sans avoir tous les fonds nécessaires, l'Archevêque Nicolas réussit à fonder quelques écoles au Japon (après la défaite de la Russie lors de la guerre russo-japonaise de 1905, l'île de Sakhaline était devenue un territoire japonais). Dans l'une d'elles, le Séminaire spirituel de Kyoto, Vassili Ochtchepkov a pu faire son entrée en 1907 à l'âge de 14 ans grâce à un bienfaiteur inconnu, probablement l'Archevêque Nicolas. Au séminaire, Vassili Ochtchepkov reçut une très bonne éducation, lui permettant de renouer ainsi avec les anciennes traditions russes. Enfin la bonne fortune lui souriait ; orphelin, de naissance illégitime, fils d'une prisonnière, il avait la possibilité d'être initié à la prêtrise… mais Vassili avait d'autres intérêts. Parce que l'archevêque était un homme large d'esprit, il donnait la possibilité aux jeunes d'étudier au séminaire le judo : lutte japonaise créée 25 ans auparavant par Jigoro Kano. Vassili y porta un intérêt très marqué. Élève habile et adroit, il étudia rapidement les techniques de cette forme de lutte japonaise. Son professeur qui l'appréciait bien, lui rendit une importante faveur. Une fois par an avaient lieu les sélections des meilleurs élèves pour pouvoir aller étudier le judo au fameux Kodokan (École de Jigoro Kano, fondateur du Judo). Son professeur, sous le plus grand secret, lui révéla le principe peu usuel pour la réussite de cette sélection.

Au Kodokan Le jour fatidique arriva. Plusieurs jeunes étaient réunis, agenouillés sur les tatamis de paille. Le créateur du judo, Jigoro Kano, commença son discours devant l'assemblée. Le discours à tendance moralisatrice fut vraiment très long et franchement ennuyant. Avec tout le respect qui devait être accordé à l'orateur, il était vraiment difficile pour de jeunes gens de rester en place et de ne pas se retourner et regarder ailleurs. Mais Vassili Ochtchepkov savait, les instructeurs du Kodokan les surveillaient de près à l'arrière. Chaque mouvement d'inattention, chaque manque de concentration était considéré comme un manque de respect envers le Grand Maître et son judo. Vassili n'avait pas une grande expérience dans le maintien de la position agenouillée japonaise, le seiza. Il avait des crampes, la sensation que des aiguilles lui transperçaient les jambes. Il aurait bien voulu les étirer un peu ou simplement les bouger, mais il resta en seiza sans bouger. Il savait qu'il devait rester immobile et concentré sur les propos de Jigoro Kano pour être sélectionné. Quand finalement, une personne finit par venir le voir pour lui annoncer qu'il était admis au Kodokan, il ne put même pas se lever. Il roula simplement sur le côté pour pouvoir détendre ses jambes.

Dans les archives du Kodokan, on retrouve la trace de l'admission de Vassili Ochtchepkov en date du . Vassili étudia le judo à temps plein avec Jigoro Kano. Même les spécialistes japonais pensaient que l'entraînement au judo japonais était au-delà des forces d'un Européen. L'entraînement ne se fit pas sans heurts. En ce temps-là, le système était sans pitié et cruel. Il ne faut pas oublier que quelques années auparavant, la guerre russo-japonaise était en cours. Aussi, Vassili était choisi intentionnellement comme souffre-douleur par ses partenaires japonais. Il n'était pas un partenaire d'entraînement pour eux mais bien un véritable ennemi. Pas assez expérimenté, Vassili Ochtchepkov était brutalement jeté sur le tatami, étranglé sans ménagement, il eut même le bras brisé. Malgré tout cela, comme le veut le respect, la courtoisie et la tradition du judo, il remerciait ses partenaires pour cette leçon et les saluait humblement sans broncher, et ce, parfois même avec des côtes fracturées. Cet apprentissage à la dure lui sera très utile plus tard en URSS. Et bientôt, Vassili Ochtchepkov devint un adversaire redoutable, même pour les plus expérimentés. Vassili ne termina pas simplement le cours de l'institut, mais commença à réclamer le degré de maître, la ceinture noire. Six mois plus tard, le , il obtint de Jigoro Kano sa ceinture noire dan. À cette époque, il était très difficile d'obtenir des grades de la part des maîtres japonais, spécialement pour un étranger et encore plus pour un ancien ennemi d’origine russe. Vassili Ochtchepkov était le premier Russe et un des quatre premiers Européens à obtenir un grade de ceinture noire de judo. Grâce à son obstination et à sa persévérance, le jeune Russe fut très honoré par de chauds éloges de la part du Grand Maître, Jigoro Kano, qui n'était pas habituellement très généreux dans ce genre de choses. Vassili Ochtchepkov garda longtemps les mots de Kano en mémoire : "L'ours russe a su suivre son propre chemin". Et quelque temps plus tard, il recevra son dan le .

Retour en Russie En 1914, à son premier retour en Russie à Vladivostok, il ouvrit une école comportant une cinquantaine de membres et y enseigna le judo. Il fut le pionnier du judo en Russie. En ce temps-là, la lutte japonaise était nouvelle même pour les États de l'ouest. Après avoir acquis les connaissances de bases relatives au judo, les membres participèrent à une première compétition internationale Russie-Japon. Le , les élèves de Vassili Ochtchepkov ont affronté l'équipe du Collège Commercial Otaru dirigé par Hidetoshi Tomabetsu. - Cet événement coïncidait à quelques mois près avec l'ouverture du premier club de judo européen en 1918 : le Budokwai de Londres, fondé par . Ainsi, la première compétition internationale de judo n'a pas eu lieu à Paris, à Londres ou à New York, mais bien à Vladivostok en Russie.

Parce qu'il connaissait le japonais et l'anglais en plus du russe, Vassili Ochtchepkov trouva du travail comme traducteur dans l'armée russe. Quelques rumeurs circulent d'ailleurs à ce sujet : Vassili Ochtchepkov était, à son insu, impliqué dans un plan à long terme des Services Secrets de l'Empire Russe. Ce plan consistait à construire un réseau d'agents capable d'intervenir dans le cas d'une crise politique de l'extrême-orient. Les capacités au combat de Vassili Ochtchepkov ainsi que sa maîtrise de la langue japonaise ont été utilisées par l'Armée Rouge lors de son inévitable implication dans le service. En 1917, il soutient la Grande Révolution d'octobre. Il est envoyé par les nouvelles autorités du pays au Japon et en Chine où il reste pour un certain temps. Au service de la révolution Vladimir Ilitch Lénine créa en 1918 le "Vseobuch" (Vceobshchee Voennoye Obuchenie) qui se traduit par "Instruction Militaire Générale" dans le but d’entraîner la grande Armée rouge, sous la direction de . Cette organisation pour la préparation militaire de la grande Armée Rouge fut la première étape de développement du sambo soviétique. Elle est le commencement d'une véritable militarisation du sport en Union Soviétique : des clubs sportifs sont créés dans les usines, les dépôts de chemin de fer et les mines du pays. Le commandant Kliment Vorochilov sera chargé du développement du combat corps à corps militaire et fondera le centre d'entraînement du NKVD (futur KGB) : le Club Dynamo. Viktor Spiridonov a été le premier instructeur à y être engagé. Le rôle du Komsomol (Organisation des Activités de la Jeunesse) a aussi été très important. Cet organisme forma des cellules de jeunes au combat à mains nues dans des centres paramilitaires.

Depuis 1921, Vassili Ochtchepkov était commandeur dans l'Armée Rouge et y effectuait un travail quelque peu étrange. Il annonçait et vendait des filmes russes au Japon et en Chine. Cette occupation à la facette civile et commerciale n'était en fait qu'une couverture pour son travail au sein du Service de Renseignement. En ce temps-là, le Japon et la Chine étaient des ennemis de l'URSS et une bonne connaissance de ces pays ainsi que du langage local aida grandement Ochtchepkov à faire son travail aux renseignements. En tant que maître d'arts martiaux, il eut la possibilité d'étudier le wushu en Chine. Quand il revint à Vladivostok, il fit ce qu'il aimait le plus : il enseigna les arts martiaux à une nouvelle génération d'étudiants. Mais bientôt, Vassili Ochtchepkov fut muté en 1925 à Novossibirsk où il est enrôlé dans l'Armée Rouge à titre de traducteur militaire et détaché au quartier général du district de Sibérie. Vassili Ochtchepkov était passé maître dans les difficiles langages d'orient, même les plus grands spécialistes le consultaient régulièrement pour lui demander conseil. Mais la lutte, le judo et l'autodéfense restaient la partie principale de sa vie. Il développa, enseigna et propagea sa science du combat, de la lutte et de l'autodéfense dans les milieux militaires. Il fit plusieurs démonstrations d'arts martiaux, notamment à la rencontre de la section d'Osoviahim (Rassemblement de tous les clubs militaires d'URSS pour la préparation des civils) au quartier général militaire du district de Sibérie. Vassili Ochtchepkov fit un rapport sur l'autodéfense et souligna comment le judo était utilisé pour des besoins militaire. Immédiatement il démontra quelques techniques et le public fut très impressionné par son efficacité et par sa façon de désarmer ses assaillants. Il accepta de faire une autre démonstration d'autodéfense contre un groupe d'assaillants. Vassili Ochtchepkov devint vite très populaire parmi les officiers du quartier général et il fut invité à enseigner à la section du Dynamo de Novossibirsk. En 1929, Ochtchepkov est invité à Moscou pour diriger un "projet spécial de judo" pour l'Armée Rouge, sous la supervision du directeur du Département d'Éducation Physique, le Général Boris Alekseïevitch Kalpus (Борис Алексеевич Кальпус, 1895-1938)Борис Алексеевич Кальпус, 1895. openlist.wiki. Le Général Kalpus était chargé du développement d'une méthode d'autodéfense pour l'Armée Rouge. Après avoir entendu parler des activités d'Ochtchepkov à Novossibirsk, il comprit la valeur de cet homme et qu'il ne fallait pas faire l'erreur de ne pas l'inviter dans son groupe de recherche. En décembre de la même année, la section des sports de l'Armée Rouge de Moscou ouvrit un cours de deux mois. Le programme d'étude se divisait en trois sections : Techniques de projections, techniques articulaires, techniques de frappes de mains et de pieds, techniques d'étranglements. Méthode d'autodéfense pour un homme non armé contre un homme, armé d'une mitraillette, d'un revolver, d'un sabre, d'un couteau ou toutes autres armes de combats rapprochés. Méthode de combat à mains nues pour deux hommes, basée sur le judo mais avec une approche plus élaborée au niveau de l'autodéfense.