L'instinctothérapie est une pratique alimentaire crudivore controversée proposée en 1964 par Guy-Claude Burger. Croyant à une adaptation incomplète aux modifications de l'alimentation humaine depuis la Préhistoirepages 425-426. , cette approche prescrit une méthode où l'on évite d'altérer l'odeur, le goût ou la consistance des aliments naturels, « de manière à laisser l'instinct alimentaire réguler spontanément l'équilibre nutritionnel et à garantir le fonctionnement correct du métabolismepage 452. (Glossaire) : page 54.. » Les repas sont constitués d'aliments « originels », c'est-à-dire crus, non assaisonnés, et non mélangés, choisis et dosés suivant les variations des perceptions de l'odorat, du goût et de la réplétionpage 54. . La règle principale est celle du plaisir, l'aliment le meilleur à l'état naturel étant censé apporter les éléments les mieux adaptés aux besoins de l'organismepage 428. . Sont exclus le lait animal et certaines céréales, considérés comme trop récents dans l'histoire de l'alimentation pour avoir donné lieu à une adaptation génétiquepages 18-20. . L’absence de réactions chimiques culinaires devrait par ailleurs éviter la pénétration et l'accumulation de molécules dénaturées susceptibles de favoriser diverses pathologies page 429. Page 97-99. .
Ces théories sont fortement remises en cause car « il n'existe pas d'études cliniques sur l'instinctothérapie, la théorie de Burger est fondée sur ses expériences personnelles invérifiables »Jallut O. Instinkttherapie — Rohkost mit Fleisch unter Ausschluss der Milchprodukte [Instinct therapy--raw food with meat with exclusion of milk products. Report No. 16] Schweiz Rundsch Med Prax. 1989 Jun 13;78(24):697-701. résumé sur PubMed.
Apparue en France en 1983page 53 : , l'instinctothérapie a été qualifiée de mouvement sectaire par les médiasCroire au cru, extrait du journal Le Monde, mercredi 8 juin 1988, pages 23, 24.Instinctothérapie. Articles de l'ADFI et du CCMM. prevensectes.meArticle de La République. « Ainsi, en mangeant des fruits, des légumes et de la viande rouge faisandée, le tout reniflé au préalable, on retrouverait le bien-être et l’on prolongerait sa jeunesse. L’instigateur de cette méthode avait alors été condamné à trois mois de prison avec sursis pour exercice illégal de la médecine. » puis par divers rapports parlementairesPage 53 : et par la Mission sur les sectes. Guy-Claude Burger, ayant affirmé que cette méthode alimentaire pouvait exercer une action thérapeutique dans de nombreuses maladies dont le cancer et le sidapage 435 , il a été poursuivi pour exercice illégal de la médecineExercice illégal de la médecine et médecines parallèles « l'auteur d'une théorie " d'instinctothérapie " préconisant de ne se nourrir que d'éléments crus sélectionnés par le goût et l'odorat, et qui enseignait sa théorie pour aider à recouvrer la santé lors de séjour dans un château moyennant finances a été condamné pour exercice illégal de la médecine (Cour de cassation, Chambre criminelle, 29 avril 1998) », publicité irrégulière et escroquerie dès 1989Extraits du Jugement disponible sur simple demande auprès de la Cour d'Appel de Paris : Prononcé publiquement le mardi 21 janvier 1997, par la Chambre des Appels Correctionnels. L'ensemble de ces éléments conduisait à l'ouverture d'une information des chefs d'exercice illégal de la médecine et de publicité irrégulière pour des méthodes thérapeutiques.. Il est condamné en 1997 à trois mois de prison avec sursis et à d'amende pour le chef d’exercice illégal de la médecineSuite des extraits : « Guy-Claude Burger a été inculpé puis poursuivi devant le tribunal correctionnel de Melun qui l'a retenu dans les liens de la prévention à raison de l'exercice illégal de la médecine. …/… PAR CES MOTIFS La Cour Confirme le jugement entrepris sur la culpabilité, Réformant sur la peine, Condamne Guy-Claude Burger à trois mois de prison avec sursis et à d'amende. ».
Théorie et pratique
L'histoire Burger aurait constaté lors d’un voyage aux États-Unis en 1964 que certains aliments crus (en particulier un chou rouge) changent de saveur, passant de l’agréable au désagréable en cours de prise alimentaire (mécanismes qu'il dit alliesthésiquespage 426. ), et variant également d’un jour à l’autrepages 37-39. ou d’un individu à l’autre. Il attribue ce phénomène à des modifications des besoins alimentaires.
Burger énonce les notions d'« appel » et d'« arrêt » instinctifs, censés assurer au niveau des sens un équilibre nutritionnel spontané en fonction des besoins du corps. Il trouve également que les variations de saveur sont moins nettes avec les aliments cuits ou assaisonnés, et en tire une première hypothèse : les mécanismes gustatifs seraient encore adaptés génétiquement aux saveurs naturelles au contact desquelles s’est élaboré le génome que l’homme a hérité des primatespages 134-136.pages 426-428..
Après une , il élargit cette observation à l’ensemble des fonctions physiologiques, postulant que le système d’assimilation et le système immunitaire seraient, au même titre que le système sensoriel, encore programmés génétiquement en majeure partie pour les aliments « originels »pages 17-19.pages 425-426.. Ainsi, des aliments relativement nouveaux dans l'histoire de la nutrition, comme les céréales et les laitages (l'agriculture et l'élevage ne datant que du Néolithique), les aliments transformés par la préparation culinaire (cuisson, assaisonnement, mélange, etc.) pourraient favoriser ou générer différentes pathologies ou « maladies de civilisation ».
La théorie de Guy-Claude Burger Burger en déduit une série de corollaires, notamment :
l’inadaptation des mécanismes gustatifs à des saveurs « non originelles »pages 90-91. et la définition d’un équilibre nutritionnel dynamique avec les aliments bruts, permettant d'anticiper les symptômes de carence ou de maladiespages 195-196.. l’inadaptation du système enzymatique à des « molécules non originelles » (MNOs)page 99. page 107. qui seraient générées par les préparations culinaires, protéines du lait ou autres aliments étrangers à la plage alimentaire primitive et échappant aux enzymes disponibles, et l’accumulation de molécules étrangères au métabolismepages 20-21.pages 276-278. la distinction entre les mécanismes de détoxication naturels et des processus de « détoxination » (élimination plus coûteuse de molécules étrangères non prévues dans la programmation génétique de l’organisme)page 390. un rapport entre alimentation dénaturée, déséquilibre nutritionnel et tendance inflammatoirepages 362-367. une théorie du processus viral en tant qu’apport d’information génétique programmant l’élimination des molécules étrangères accumulées dans les cellules et la fonction des bactéries associés en tant qu’auxiliaires digesteurspages 250-260. le rôle de molécules étrangères conservant leurs structures antigéniques dans les processus allergiques et autoimmunspages 398-404. la défaillance du système immunitaire à la suite des tolérances induites par la pénétration répétée d’antigènes alimentaires et les conséquences potentielles sur l’évolution des cancerspages 416-419. l’influence de molécules étrangères psychotropes sur le comportement, notamment sur les pulsions agressives et sexuellespage 433. le rapport entre l’échec des expériences précoces de variations alliesthésiques avec les aliments dénaturés et la structuration psychique paranoïdepages 98-100..
Burger publiait ses hypothèses et les résultats de ses observations dans un ouvrage grand public intitulé La Guerre du Cru (éd. Faloci, 1985)Guy-Claude Burger. La guerre du cru. Editions R. Faloci, 1985, 221 pages., réédité aux éditions du Rocher sous le titre Manger VraiGuy-Claude Burger. Instinctothérapie, Manger vrai. Éditions du Rocher, septembre 1990, 460 pages. (1990), traduit en allemand sous le titre "Die Rohkostherapie" (La thérapie par le cru, éd. Heyne).
Les pratiques La pratique de l'instinctothérapie se distingue du crudivorisme par l'absence de préparation des aliments et par l'attention prêtée aux indications des sens. Elle se distingue également du végétalisme ou du végétarisme par le fait qu’elle n’exclut par principe aucune classe d’alimentpage 590. . Les limitations concernent tous les aliments « récents » dans l’histoire de la nutrition (depuis la période du Néolithique) comme les céréales, laitages ainsi que la cuisson et les apprêts, les aliments devant être mangés séparément. Les aliments utilisés comprennent tous les fruits, les légumes et autres végétaux comestibles, les oléagineux et protéagineux, le miel, le pollen, les œufs, les poissons et fruits de mer, les viandes, de préférence le gibier, les algues, voire les insectes, les herbes et plantes aromatiques ou médicinales. La casse (cassia fistula) peut être testée régulièrement de manière à régulariser le transit intestinal. Pour Burger, le principe général est la recherche du plaisir maximum, censé correspondre à une réponse optimale aux besoins et potentialités de l'organisme. Considérant que les préparations culinaires peuvent rendre agréables au palais des aliments répulsifs (dégoût) à l'état brut, cette « loi du plaisir » ne devrait être fiable que face à des aliments « originels », consommés bruts, au contact desquels se serait élaboré le génome de l’espècepage 104.page 108.page 428..
La méthode préconisée par Guy-Claude Burger consiste à présenter une palette d'aliments parmi lesquelles l’odorat permettrait, moyennant rééducation, de reconnaître les plus adéquats. Les aliments ainsi sélectionnés procureraient un maximum de plaisir gustatif conjointement à un maximum de bénéfices pour l’organisme. Les critères appliqués comprennent la reconnaissance de l'attrait olfactif sur une échelle différente pour chaque aliment, une digestion sans trouble, une stabilisation de la tendance inflammatoire et à plus long terme l'absence de carences et de déséquilibre staturo-pondéralpages 93-97..
Guy-Claude Burger attire l'attention sur la difficulté que représente l'interprétation des signaux sensoriels, faute de l'apprentissage adéquat pendant la petite enfance. Il présente son enseignement comme un réapprentissage censé restituer les réflexes naturels de sélection et d’équilibration nutritionnelle perdus de vue dans le contexte culinaireGuy-Claude Burger : Quelles solutions concrètes ? .
Avis et controverses Avis scientifique défavorable Un article publié dans une revue médicale suisse en 1989 indique qu'il n'existe pas d'études cliniques sur l'instinctothérapie, que la théorie de Burger est fondée sur ses expériences personnelles invérifiables et conclut à l’absence de preuve de son efficacité contre le cancer. Le docteur Jallut remarque: « Quant aux idées de Burger, il s'agit de considérations théoriques qu'il essaye de justifier par des anecdotes. Il n'y a aucun travail expérimental ou essai clinique, il procède par affirmations péremptoires invérifiables »Dr Olivier Jallut, Médecines parallèles et cancers. Modes d'emploi et de non-emploi, l'horizon chimérique, 1992, ..
Risques alimentaires Selon la Fédération française des centres de lutte contre le cancer (FFCLCC) « le régime de Burger expose même à un amaigrissement et à des carences graves »Instinctothérapie sur le site de la Fédération Française des Centres de Lutte Contre le Cancer (FFCLCC), 2005..
Une thèse de médecine, intitulée Risques d’atteinte à l’intégrité physique encourus par les adeptes de sectes, publiée en 2007 à l'université de Franche-ComtéRisques d’atteinte à l’intégrité physique encourus par les adeptes de sectes, Armelle Guivier, Thèse de médecine, Université de Franche-Compté, Besançon, avril 2007., étudie les risques liés à l'instinctothérapie dans le chapitre les sectes guérisseuses hygiénistes :