Le Graffionier est un village de vacances créé et détenu par le comité social et économique (CSE) d’Air France à Gassin.

Il a été réalisé par deux architectes de l’Atelier d’urbanisme et d’architecture. Inauguré le , il a été l’objet d’une controverse relative à son architecture moderne de la tendance brutaliste, dont les principaux traits ont été effacés lors d’une restructuration dans les années 1980.

Présentation

Situation Le village de vacances se situe dans la forêt des Maures, sur un terrain de , au cœur de la presqu’île de Saint-Tropez. Il se trouve à moins de dix kilomètres des villages de Gassin et de Ramatuelle, des plages de Cavalaire-sur-Mer et La Croix-Valmer. Le haut du village se trouve à moins d’un kilomètre du sentier de grande randonnée 51.

Structures Concernant les hébergements, le village est structuré autour d’un bâti principal qui abrite l’hôtel Le Mas (21 chambres) créé lors de la restructuration de 1988. Quatre hameaux accueillent 135 appartements. Le village dispose aussi de « gîtes natures » et d’un camping avec 100 emplacements, ouvert en . Il dispose d’une capacité d’accueil totale de 682 lits.

Les touristes disposent sur place de deux restaurants sur place plus un snack en bord de mer, et de diverses installations : une salle de spectacle, une discothèque, un bar, trois courts de tennis, plusieurs piscines, un terrain multi-sports et une aire de jeux pour les enfants.

Toponymie

Le nom du Graffionier vient du provençal graffiounier, qui désigne le bigarreautier, une forme domestiquée du cerisier sauvageÉlisabeth Ulrich-Sauze, Les Noms de lieux des cantons de Grimaud et Saint-Tropez (Var), Thèse d’École des Chartes, Paris, 1969..

Celui de La Vernatelle, qui a donné son nom au camping du village, est également un nom issu du provençal. Vernatello signifie « petite aulnaie », dérivé du provençal verno, « aulne ».

Le nom du centre du village, La Bastide, marque la volonté des créateurs du site de proposer une architecture moderne novatrice mais s’intégrant, en la renouvelant, dans la tradition régionaleLe village est présenté comme un « village de vacances provençal » par le magazine Air France ; dénonçant le « faux provençal », l'architecte Jean Deroche, dans un entretien pour l'émission Vivre aujourd'hui, se réclame de la véritable architecture provençale. « L'architecture provençale est une architecture qui procède d'un certain esprit, d'une vérité de structure, d'une authenticité que l'on retrouve dans l'architecture nouvelle qu'on a créés ici » déclare-t-il.. Parmi les autres noms de lieux donnés aux hameaux du village et à ses rues, citons l’écrivain Saint-Exupéry et plusieurs de ses œuvres, ainsi que le peintre Jean Lurçat. L’hôtel est baptisé d’un autre nom provençal, le Mas. La plupart de ces noms, ceux de Joseph Cosma, Jacques Becker, des astronautes américains et cosmonautes russes, des œuvres de l’auteur du Petit Prince, ont disparu. La salle de spectacle est baptisée du nom de Gérard Philipe.

Accès à la mer Pour permettre aux vacanciers venus à Gassin de profiter de la mer, le CCE fait l’acquisition d’un terrain au lieu-dit Le Moulin à Cavalaire, acquis grâce à l’intervention du doyen des députés de l'Assemblée nationale, le communiste Virgile Barel. Le centre nautique fut nommé « Le Moulin Liliane Guillot », en hommage à l’ancienne présidente de la commission centrale des programmes et plans du CCE, qui permit la création du village de Gassin. Le nom a par la suite été effacé.

Histoire et architecture

Le prolongement d’une installation à Gassin vignette|gauche|alt=Reportage au Parc Oasis du magazine France Aviation|Reportage au Parc Oasis du magazine France Aviation. Lorsque le CCE d’Air France décide d’installer son futur village de vacances à Gassin, la commune est déjà connue de l’organisme. Il a ouvert à Gassin en 1962 l’un de ses trois centres familiaux de vacances, L’Oasis. Situé sur le bord de la RD 559, entre Cogolin et La Croix-Valmer, il se trouve à moins de cinq kilomètres du futur village du Graffionier. Des chalets y sont en vente en 1961.

La nécessité d’un village de vacances est évoquée peu après. C’est par hasard que le gardien de L’Oasis découvre un terrain qui vient de brûler et dont le propriétaire effectue le nettoyage. Après la visite sur place de deux dirigeants du CCE, Gérard Gaudicheau et Fernand Cotentin, le site est choisi pour un futur « village de vacances provençal ».

Une étude est menée par des sociologues pour déterminer les besoins pour un village de vacances familial, après la réalisation d’une enquête en 1965.

L’architecte initialement choisi se désiste au vu des fortes pentes du site. Le projet est discuté lors d’une session du CCE fin 1965 ; une maquette est présentée en 1966. Un permis de construire est déposé en août et les travaux sont envisagés pour l’année suivante. Les choix des architectes sont fortement discutés et le permis de construire n’est validé qu’en 1968.

Un projet architectural de l’AUA

Le village de vacances du Graffionier est un projet commencé en 1965 et ayant ouvert en 1970, à une époque où les projets ce type se multiplient sur la Côte d’Azur. Le principe du lancement des travaux est acté par le CCE au début de 1968. La première pierre est posée en 1969, dans les premières semaines de l’année.

Après le désistement du premier architecte, le projet est porté par l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA) de Paris avec deux de ses principaux membres : Paul Chemetov et Jean Deroche. Deux autres architectes ont été approchés : Jean Nouvel et Serge Renaudy. D’autres membres de l’AUA participèrent au projet dont Annie Tribel pour les équipements intérieurs, Miroslav Kostanjevac et J. Venturelli pour la structure, Michel Corrajoud pour le paysage, Max Soumagnac pour la polychromie ainsi que Rémi Deroche et Louis DerochePascale Bartoli, Expérimentations et innovations des programmes résidentiels de vacances dans la période des Trente Glorieuses. Le cas du littoral varois, thèse de l'École nationale supérieure d'architecture de Marseille, sous la direction de Stéphane Hanrot, 2014..

Le projet est présenté comme novateur et social par ses artisans, proches du Parti communiste. Les deux architectes s’inspirent des projets Roq et Rob de Le Corbusier, ainsi que celui de Djenan el Hassan de Roland Simounet et de l’architecture brutalisteJean-Lucien Bonillo, Michel Lamourdedieu, Représentations et transformations de l'architecture des Trente Glorieuses : Volume 1 - Analyses et synthèse [Rapport de recherche] ENSA-M; INAMA. 2003, 59 pages. (lire en ligne).

Ses promoteurs souhaitaient concilier le besoin d’intimité et les rencontres, à travers la mise en place d’espaces communs (restaurant, buanderie). Ils proposent la mise en avant du béton brut considéré comme un matériau noble à l’égal du bois ou de l’acier.

La commission des permis de conduire refuse le projet, jugé trop brutaliste, et fait introduire de nombreuses adaptations pour que le projet soit plus adapté au caractère régional. vignette|centré|alt=Vue de deux hameaux du village depuis la piscine|Vue de deux hameaux du village depuis la piscine Les choix assumés de l’équipe de l’AUA de privilégier le béton et de mettre des toits-terrasses au cœur du projetJean-Yves Toussaint, Monique Zimmermann, Concevoir pour l'existant et autres façons de faire de l'architecture : rapport final - synthèse des recherches de l'appel d'offres "Concevoir pour l'existant d'autres commandes, d'autres pratiques, d'autres métiers" du PUCA (MELT), 2003., des traits architecturaux non provençaux, provoquèrent la colère d’une partie des habitants et une importante polémique dans le monde urbanistiqueFrançois Robichon, « Gassin assassiné », D’Architectures, , février 2000 (pages 39-41)..

En 1972, Jean Deroche , revient sur la réalisation de ce projet :

L’architecture du village critiquée par des habitants et des professionnels dénonce le maire de Gassin René Chapelle en 1970 dans un sujet de l’émission Vivre aujourd’hui. La télévision consacre la moitié de son émission au cas du village de vacances de Gassin qui accueille ses premiers visiteurs depuis son inauguration le . Il refuse le premier projet et oblige la création d’une piste permettant de relier le centre à la route départementale passant près de là, sur le territoire de la commune. Il exige également d’un parement de tuiles sur les façades des principaux bâtiments. Le projet se heurte également à l’hostilité de la préfecture. Le projet fut débloqué après l’intervention de Paul Moroni, vice-président d’Air France et ancien secrétaire d’État à l’Aviation.

L’ORTF donne la parole à différents protagonistes de la polémique autour du choix architectural. Selon son principal artisan, Jean Deroche, « sous des prétextes d’architecture, on nous reprochait surtout de faire un village de vacances pour un comité d’entreprise. Je crois que c’est là le fond du problème ».

Deux visions s’affrontent : les acteurs de l’AUA revendiquent clairement leur opposition au projet mené par exemple par François Spoerry à Port Grimaud« On aurait probablement applaudi des deux mains, si la raison était uniquement d'architecture, si nous avions fait des pastiches, comme on en voit si souvent sur la côte » déclarait Jean Deroche.. Les deux projets, celui de l’AUA et celui de François Spoerry - qui construira 25 ans plus tard le nouveau village de Gassin - sont présentés comme deux extrêmes irréconciliables. Les autorités, présentes en masse lors de la pose de la première pierre (le préfet du Var est présent ainsi que les maires de Gassin et La Croix-Valmer) le , sont absentes lors de l’inauguration un an plus tard.

Le Graffionier est cité comme exemple dans le Times qui considère que l’investissement pour des équipements de loisirs est une mesure du progrès d’un pays.

L’entrée du centre se fait par le bas de la colline. Une route mène à des parkings avant d’arriver au bâtiment principal du village. La "Bastide" est "assez monolithique et abrupt", traitée de "manière très monumentale, en réinterprétant librement l’expression des fermes fortifiées de Provence". Elle abrite notamment l’accueil, une bibliothèque et un restaurant, ainsi que l’administration du centre.

Le village compte 180 logements et bungalows pour 675 lits. Un camping de 60 places ouvre un an plus tard, en 1971.

La refondation dans les années 1980 vignette|Ruelle du village de vacances Air France Après moins de vingt ans d’existence, le village est l’objet d’une profonde refonte. L’idée qui a mené le projet initial, défendue au début par le CCE« Il est un fait : l'architecture ne laisse pas indifférent. Si d'aucuns marquent une certaine surprise en arrivant, ils reviennent sur leur jugement initial après quelques jours d'acclimatation » indique le CCE dans le magazine France Aviation du 15 septembre 1970, après quelques mois de fonctionnement., est abandonnée, et c’est vers un style plus régionaliste que le comité d’entreprise décide d’aller.

Dans un document d’élaboration du permis de construire, le CCE souhaite désormais une architecture correspondant aux « aspirations du public à retrouver un climat provençal »Descriptif du projet dans le dossier de permis de construire le 9 octobre 1989, cité in Jean-Lucien Bonillo, Michel Lamourdedieu, Représentations et transformations de l'architecture des Trente Glorieuses : Volume 1 - Analyses et synthèse : Volume 2 - Annexes et interviews, [Rapport de recherche] ENSA-M; INAMA. 2003, pp.59 (Volume 1) ; 148 (Volume 2).. Au-delà de la volonté de pallier les problèmes de vétusté notamment, l’architecture moderne est révoquée, tant ses formes et l’organisation de l’espace que l’utilisation du béton : le public ne lui reconnaît pas de caractère "noble" comme le souhaitait Jean Deroche.