thumb|Le Club français, champion de France de football en 1896. Le championnat de France de football de l'USFSA est une compétition française de football, disputée annuellement entre 1894 et 1914 puis en 1919, et organisée par l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA).

Ce championnat est la première compétition de football en France. Initiée par des clubs parisiens en 1894, la première édition oppose six clubs de région parisienne et voit la victoire du Standard Athletic Club. La compétition s'ouvre aux clubs provinciaux en 1899, en même temps que l’expansion progressive du football sur l'ensemble du territoire. Elle oppose alors à partir de cette date les différents champions des comités régionaux de l'USFSA en matchs à élimination directe pour s'adjuger le titre de champion de France.

De trois participants en 1899, ce nombre passe à neuf en 1903 et à environ vingt-cinq pour les dernières éditions. Le championnat est interrompu pendant la Première Guerre mondiale et s'arrête en 1919 avec la création de la Fédération française de football association, qui s'empare du monopole de la gérance du football français.

Neuf clubs ont remporté ce championnat de France, les plus titrés étant le Standard Athletic Club et le Racing Club de Roubaix avec cinq victoires. Parmi les joueurs champions, trente ont été sélectionnés en l'équipe de France et un en équipe de Belgique. De nombreux étrangers ont également remportés le championnat, principalement des Britanniques, véhiculaires du jeu et représentés dans la plupart des formations, et des Suisses, avec l'équipe du Stade helvétique de Marseille, triples champion.

La majorité des principaux clubs participants n'existe plus, et le palmarès de la compétition est distinct de ceux organisés par la FFF.

Historique

Genèse du championnat (1887-1893)

Les sports de ballon importés du Royaume-Uni sous le nom général de football commencent à se diffuser lentement en France à partir des années 1870. La distinction n'est alors pas toujours évidente entre football rugby (futur rugby à XV) et football association (futur football), le jeu pratiqué étant semble-t-il souvent un mélange des deux sports.

L'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) est fondée en à Paris par le Racing Club de France et le Stade français, deux clubs parisiens omnisports fondés respectivement cinq et quatre ans plus tôt. L'Union subit rapidement la concurrence d'une autre fédération, la Ligue de l’Éducation physique, fondée en dans le but d'introduire la pratique du sport dans le milieu scolaire. L'Union, aidé par l'ouverture de la section de rugby du Racing Club de France en 1889, va alors profiter de la popularité naissante du rugby pour reconnaitre ce nouveau sport et prendre l’ascendant sur la Ligue de l’Éducation physique. Le rugby devient alors l'un des sports phares de l'USFSA, qui délaisse totalement le football alors que ce dernier est devenu bien plus populaire que le rugby en Angleterre, notamment car l'USFSA, fidèle à l'amateurisme, est réticente face au football, déjà professionnalisé au Royaume-Uni depuis 1888. Elle ne reconnait pas les sections de football des clubs omnisports, tentant de contenir son développement, mais relate tout de même quelques déroulement de rencontres dans son bulletin officiel, Les Sports athlétiques.

Le premier club français dont on soit certain qu'il pratiquait le football est fondé à Paris en 1890 sous le nom de Paris Association Football Club, nom choisi pour marquer clairement la différence avec le football rugby. Trois autres clubs de football se forment à Paris en 1891, l'International Athletic Club (qui pratiquait toutefois majoritairement le rugby), les White Rovers et le Gordon Football Club, à partir duquel nait le Standard Athletic Club en 1892, peu avant la fondation du Club français. Ces derniers s'affrontent plusieurs fois lors de la saison 1892-1893, mais l'USFSA n'organise aucune compétition officielle.

Débuts du championnat à Paris (1893-1898)

+Palmarès par édition Édition Vainqueur1894 Standard AC (1/5)1895 Standard AC (2/5)1896 Club français (1/1)1897 Standard AC (3/5)1898 Standard AC (4/5)

Malgré le développement du football à Paris et la présence de six clubs au début de la saison 1893-1894, l'USFSA ne légitime toujours pas ce sport. Aucun club de football n'est ainsi ni affilié ni reconnu à l'USFSA, à l'exception du Cercle pédestre d'Asnières, à l'origine club d'athlétisme et donc affilié, avant de se mettre au football pour la saison 1893-1894. Délaissés par l'Union, les dirigeants des White Rovers, du Standard Athletic Club et du Club français envisagent alors de fonder une ligue de football indépendante, ce qui force l'Union a réagir, celle-ci craignant de perdre son monopole sur la pratique sportive. Grâce à l’appui de M. Delhumeau, à la fois membre du CP Asnières et du Conseil de l'Union, et de M. Palisseaux, directeur du journal officiel, Les Sports athlétiques, l'USFSA finit par reconnaître le football et promet l'organisation d'un championnat officiel en fin de saison, championnat qui sera toutefois géré par la Commission de rugby.

vignette|droite|upright=0.7|James Bennett dote le championnat d'une coupe à son nom.

La première édition du championnat de France ne regroupe que six clubs, tous de région parisienne. Le tournoi, joué par élimination directe, voit s'affronter en finale les deux grands favoris, les White Rovers et le Standard AC. Les deux capitaines se mettent d'accord pour qu'un joueur du Club français arbitre la rencontre, qui se terminent sur le score de 2-2. La rencontre est donc rejouée le dimanche à Courbevoie ; , le Standard AC se défait des White Rovers par 2-0 et enlève le premier titre de champion de France de football. Tous les joueurs de cette première finale sont des Britanniques résidant en France, à l'exception du demi gauche du Standard, le français Leguillard. En , le football gagne son indépendance avec la création par l'Union d'une Commission de football chargé de gérer le tournoi, qui est de plus doté à partir de 1895 d'une coupe d'une valeur de , don de l'homme de presse James Gordon Bennett. Remise en jeu chaque année, elle porte l'inscription

Après une nouvelle victoire du Standard AC lors de l'édition 1895, la compétition passe à une formule de championnat pour l'édition 1896, sous l'influence de l'Anglais Neville Tunmer, joueur du Standard AC et membre de la commission, qui souhaite faire adopter le modèle du championnat d'Angleterre. Neuf clubs s'affrontent entre janvier et avril, se rencontrant une seule fois sur terrain neutre. Alors que le Standard AC et les White Rovers comptent encore se disputer le titre, le Club français vient cette fois s'immiscer dans la course au titre. Il prend la tête le après une victoire sur les White Rovers par 4-1, puis conserve la première place en remportant tous ses matchs. L'équipe compte dix Français et un Belge. Pour la première fois, des Français s'imposent dans ce sport britannique, ouvrant la voie vers l'expansion du football en France.

Les deux éditions suivantes, le Club français se mêle de nouveau à la course au titre, mais le Standard AC reste impérial et remporte ses troisième et quatrième titres. Le football prend alors de l’ampleur. Devant l'augmentation du nombre de clubs, une seconde division est mise en place pour la saison 1896-1897, tandis que le secrétaire général de l'USFSA écrit dans son rapport du qu'il y a déjà une trentaine de clubs de football tant à Paris qu'en province. La Vie au grand air du commente même que .

Ouverture aux clubs provinciaux (1898-1901)

+Palmarès par édition Édition Vainqueur1899 Le Havre AC (1/3)1900 Le Havre AC (2/3)1901 Standard AC (5/5)

Le championnat de France, jusqu'alors exclusivement parisien, change de formule pour l'édition 1899. L'USFSA décrète que pour être nationale, la compétition doit s'ouvrir à la province ; le championnat se disputera dès lors en fin de saison entre chaque champion régional.

Trois équipes sont invitées à participer à la compétition. Le Club français, champion de Paris, l'Iris Club lillois, champion du Nord, et Le Havre Athletic Club, pourtant non champion car le comité de Normandie n'existe pas encore. L'IC lillois et Le Havre AC devaient s'affronter lors du premier tour au Parc des Princes le , mais le match n'aura jamais lieu, car le ballon du match a été perdu. Le temps d'en trouver un autre, le terrain est occupé par des joueurs de hockey sur gazon. La rencontre est reportée à Amiens, mais les Lillois, grippés, déclarent forfait. La finale n'aura pas non plus lieu. Le Club français refuse de jouer contre Le Havre AC, qui n'est pas champion régional et qui s'est de surcroit qualifié sans jouer, notamment car selon La Vie au grand air, le club, . De plus, les règles initiales du trophée James Gordon Bennett stipulent que la coupe ne doit pas quitter Paris . Qu'importe, l'USFSA considère que les Parisiens déclarent forfait, et proclament les Havrais champions de France, bien qu'ils n'aient joués aucun match.

Le championnat 1900 est reconduit selon la même formule. Le Havre AC se défait de l'US tourquennoise par 4-1 et se qualifie pour la finale contre le Club français. Cette fois-ci, les Clubistes acceptent de relever le défi. Le match a lieu le à Courbevoie. Le Havre AC, composé majoritairement de Britanniques, s'impose 1-0 et devient champion de France, cette fois-ci sur le terrain. L'édition suivante réunit de nouveau les champions de Paris, de Normandie et du Nord. La finale oppose Le Havre AC au Standard AC, dans une finale entre britanniques. Après un match nul à Courbevoie, les deux clubs se retrouvent au stade de Sanvic, le terrain des Havrais, pour la première finale de championnat de France jouée en province. Le Standard AC s'impose par 6-1 et obtient son cinquième et dernier titre de champion de France .

Domination du RC Roubaix (1901-1908)

+Palmarès par édition Édition Vainqueur1902 RC Roubaix (1/5)1903 RC Roubaix (2/5)1904 RC Roubaix (3/5)1905 Gallia Club (1/1)1906 RC Roubaix (4/5)1907 RC France (1/1)1908 RC Roubaix (5/5)

vignette|upright=0.7|gauche|Émile Sartorius remporte cinq titres de champion de France avec le RC Roubaix entre 1902 et 1908.|alt=Homme debout en tenue de football

Le championnat de France de l'USFSA prend son envol en ce début du , coïncidant avec l'augmentation du nombre de Comité régionaux. De trois participants au championnat de France en 1901, on passe à quatre en 1902, neuf en 1903, treize en 1905 et dix-huit en 1908. La compétition continue d'être jouée en fin de saison entre chaque champion régional, en tournoi à élimination directe. Entre 1902 et 1908, alors que le football se développe dans toute la France, la finale du championnat va systématiquement opposer le champion du Nord au champion de Paris.

La finale de l'édition 1902 met aux prises le le Racing Club de France au Racing Club de Roubaix à Bécon les Bruyères. Elle accouche d'un match d'anthologie. Les deux équipes terminent la rencontre à 3-3, et il est prévu de disputer des prolongations de vingt minutes jusqu'à ce qu'une équipe prenne l'avantage. Dans la troisième prolongation, Peacock finit par marquer pour les Roubaisiens, qui enlèvent le titre au bout d'un match interminable de 2 h 30. L'édition suivante se termine par la même finale, et par une nouvelle victoire du RC Roubaix, par 3-1. En 1904, les Roubaisiens remportent leur troisième titre consécutif, 4-2 face à l'United Sports Club, démontrant qu'il faudra désormais compter avec le football nordiste.