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En Nouvelle-Calédonie, c'est près de la tribu de Nakéty à Canala, sur les rives du Kômwâdu, petit affluent de Ouen Nakéty, le long du RPN 3 vers Poupa-Dothio, que furent instituées une vingtaine de concessions minières entre 1876 et 1892. Le filon de stibine - le minerai d'antimoine - était suffisamment prometteur avec des teneurs moyennes de 25-35%, voire 50%, pour qu'il fût exploité entre 1883 et 1884 par L'Antimony Company Limited. Quelque 1600 tonnes de minerai d'antimoine furent ainsi produites. En 1884, une fonderie fonctionna quelques mois sur le site, mais sans grand succès, ni rendement. La mine s'endormit donc au début de 1885. Sans doute, la faible puissance du gisement, l'éloignement du site, le coût prohibitif de sa production, les difficultés rencontrées pour le fonctionnement du fourneau et une demande mondiale somme toute très modeste, obligèrent les exploitants à fermer les mines.

Découverte La présence d'antimoine est surtout connue sur la Côte Est de la Nouvelle-Calédonie, en un seul endroit, près de la tribu de Nakéty à Canala. Sur les contreforts schisto-argileux bordant lOuen Nakéty, courent une série de veines quartzeuses presque verticales, puissantes parfois de 2 à 3 mètres. Mais les teneurs moyennes en stibine, après triage ne paraissent ne pas avoir dépassé 35%, même si les premiers affleurements exploités ont parfois révélé des teneurs à plus de 50%.

Les géologues Jules Garnier (1867) et Emile Heurteau (1876) n’avaient jusque-là pas signalé la présence de minerai d'antimoine en Nouvelle-Calédonie dans leurs travaux.

Dans cette région, une première concession dénommée Inépuisable pour « nickel »avait été déclarée par prise de possession le par un commerçant de Thio, John Champion. Mais grâce à une découverte fortuite de stibine (minerai d'antimoine), ce premier terrain minier de 4,49 ha se trouvera rapidement encadré d’un certain nombre de concessions demandées notamment par le libéré Auguste Bouteiller (8 concessions entre 1877 et 1883) et par un commerçant de la place, Jean-Baptiste Féraud (voir tableau 1). Entre et , pas moins d’une douzaine de demandes de concessions seront ainsi déposées chez le garde-mines de Canala :

Tableau 1 : Liste des concessions minières d'antimoine à Nakéty. Nom des

concessionsDemande d'institution

& mutationPropriétairesSuperficies

accordées

après le 1. Inépuisable (nickel)1893John Champion

S.L.N.4 ha 49 a 40 ca2. Berthe B1880-81Jean-Baptiste Féraud

Higginson & Hanckar5 ha 97 a 86 ca3. Bébé Auguste Bouteiller

Jean-Louis Hubert Hanckar1 ha 04 a4. Bertin Auguste Bouteiller

Jean-Louis Hubert Hanckar2 ha 87 a5. Bertin Auguste Bouteiller

Jean-Louis Hubert Hanckar3 ha6. LéonieJean Baptiste Féraud95 ha 22 a 57 ca7. L'AntimonieuseJean-Baptiste Féraud

John Higginson5 ha8. Les Balkans1881Auguste Bouteiller

Higginson & Hanckar100 ha9. Bébé Auguste Bouteiller

Jean-Louis Hubert Hanckar3 ha 02 a 91 ca10. La Paix1881Auguste Bouteiller

Jean-Louis Hubert Hanckar1 ha 38 a 13 ca11. L'InattendueEdouard Bridon

Jean-Louis Hubert Hanckar1 ha 62 a 22 ca12. Ville de Nouméa1890Higginson & Hanckar

S.L.N.100 ha13. L'Etoile1881Higginson & Hanckar

Higginson & Hanckar95 ha14. Victorienne1893Thomas Stilling

S.L.N.99 ha15. Refuge1893Jean-Louis Cassou

S.L.N.1 ha16. Reprise 1893Auguste Bouteiller

S.L.N.2 ha17. Reprise 1893Auguste Bouteiller

S.L.N.4 ha18. Peut-Etre A, B, C, D1893Higginson & Hanckar

S.L.N.149 ha 33 a 16 ca puis 153 ha 82 a19. Mair1894Higginson & Hanckar

S.L.N.96 ha 60 a20. Récompense1893Higginson & Hanckar

S.L.N.142 ha 34 a 20 ca21. Claire1938Hodgson & Freeman

S.L.N.25 haPermis de recherches22. AvenirChotteau6 ha23. Olivier Cromwell???

La découverte de la stibine remonterait en fait à . Elle aurait été faite par hasard, par un cultivateur de Nakéty, Auguste Béchet. Un négociant de Canala, Jean-Baptiste Féraud, prendra rapidement possession, le , du terrain de la découverte, sur une superficie de 4 hectares, dénommé Berthe B sous forme d’un carré de 200 m de côté englobant un gisement qui annonçait « l’existence de zinc, plomb et galène argentifère » situé sur les flancs de la montagne Acrobeu. Les deux hommes formèrent le même jour une association avec comme directeur-responsable, Jean-Baptiste Féraud.

Paul Cordeil (1885 : pages 102-103) dans Origines et progrès de la Nouvelle-Calédonie a rapporté l’histoire de la découverte inopinée de l’antimoine à la suite d'un incendie de brousse : « L'antimoine est encore un métal calédonien appelé à beaucoup d'avenir ; voici comment on raconte la découverte de ce métal: M. Fullet faisait partir force coups de mines dans les quartz de sa propriété de Nakéty ; l'un d'eux alluma un incendie qui détruisit presque un village canaque. Le lendemain, un colon des environs, Béchet, alla visiter l'incendie et trouva un morceau de métal fondu au pied d'un arbre ; il crut, à son éclat et à sa couleur, avoir trouvé de l'argent mais il fut tiré de son erreur par un Marseillais tenant magasin à Canala, M. Féraud, qui lui acheta pour presque rien sa trouvaille. Féraud quitta son commerce pour exploiter la mine et y dépensa une partie de son avoir. Un certain M. Bouteiller, qui n'était guère plus riche, vint s'installer auprès de lui. Ce fut la misère et un beau jour, [vers 1880-1881] MM. Hanckar et Higginson, ayant acheté leur concession et les mines voisines, finirent par confondre leurs intérêts. A l'heure qu'il est, on extrait de Nakéty plus de deux mille tonnes d'antimoine ; pour traiter ce minerai, des fourneaux ont été construits sur le lieu même de production.D'autres font honneur à MM. J. Champion, Bridon et Bouteiller de la découverte de l'antimoine à Nakéty... ».Cette version est confirmée par le rapport de la Commission de délimitation nommée par ordre du Gouverneur le et lettre du et dont les conclusions seront présentées en Conseil privé les 4 & : « La prise de possession connue sous le nom de Berthe B a été faite par M. Féraud, le ; cette déclaration a eu lieu à la suite de recherches faites par M. Béchet, colon à Nakety ; c'est lui, qui le premier, a trouvé des traces d'antimoine dans cette partie de l'île ; qui a donné les indications nécessaires pour l'occupation du terrain ; qui a planté ou fait planter les piquets ». C’est justement à cause d’un désaccord entre les limites réelles de la Berthe B sur le terrain et celles décrites dans la déclaration de prise de possession que cette Commission se sera déplacée à Nakety en pour trancher le différend qui opposait les premiers concessionnaires entre eux.

Temps des conflits Très rapidement, cette nouvelle découverte avait attiré d’autres mineurs amateurs, pressés de participer à leur manière à la promesse d’une nouvelle richesse minière, voire de spéculer en revendant plus tard leurs droits au plus offrant.

L'antimoine semblait affleurer de partout ou, tout au moins, l'espérait-on. Ainsi, dès le , Auguste Bouteiller, déclarait par prise de possession un terrain minier de 2 hectares dénommé Bertin et un autre d’un hectare dénommé Bébé puis, quatre jours plus tard, le , un autre terrain de 3 hectares sous le nom de Bertin , omettant au passage de signaler la nature du minerai découvert. Le un télégramme du directeur de l'Intérieur au garde-mines de Canala relevait d’ailleurs cet « oubli » : « Vous annoncez par télégramme du 19 courant avoir délivré permis collectif à Bouteiller pour concession Bertin .— Avez omis indiquer nature minerai. — Prière réparer omission et avoir soin indiquer à l'avenir nature minerai ».La fièvre antimonieuse qui allait s’emparer de Nakéty souleva dès le début des conflits entre les premiers protagonistes, notamment pour la délimitation de la Berthe B, première concession déclarée mais qui était l'objet de contestations. C’est donc dans ce contexte de conflits signalés à l’Administration qu’avait été nommée par ordre du Gouverneur le et lettre du , une Commission chargée d’examiner les déclarations des uns et des autres. Elle commença ses travaux le suivant, réunissant les parties adverses pour arriver à un arrangement. Elle procéda dès le lendemain sur le terrain au levé des piquets comme indiqués par l’une ou l’autre partie et au tracé d’un plan d’ensemble des concessions qui sera dressé le .

Entretemps, de nouvelles concessions avaient été demandées par les protagonistes : Les Balkans de 100 hectares pour Bouteiller par acte administratif le et L’Antimonieuse de 5 hectares pour Féraud, le .

Certaines demandes de concession étaient d'ailleurs faites tout à fait hâtivement et sans qu'aucun indice d'antimoine n'eût, semble-t-il, été découvert. Ainsi, le procès-verbal de visite de la Reprise par le garde-mine de Canala, Liévin Revel, le constatait : « Ai mis M. Bouteiller en demeure de montrer le gisement. Il nous a répondu qu'il n'en connaissait point mais qu'il espérait trouver de l'antimoine après quelques travaux de recherches ». De même, lors de sa visite sur la concession le Refuge, le garde-mines écrivait le que « Le sieur Cassou nous a déclaré dans le bureau des mines de Canala qu'il n'avait pas trouvé de gisement minier, mais qu'il avait placé sa prise de possession au-dessus de la Reprise,dans le cas où l'on trouverait du minerai dans cette dernière concession… ». D'ailleurs, les concessions Reprise 1 & 2 n’étaient pas établies pour l'extraction du minerai mais, poursuivait le garde-mines de Canala, visiblement désabusé : «… dans le but d'établir une buvette pour les ouvriers des mines d'antimoine voisines. Il n'existe pas d'affleurements sur le terrain ! ». Inflation des demandes de concessions Dès le début, on constate aussi que les demandes de concession portaient sur des surfaces importantes (100 ha), que les inventeurs justifiaient par un discours quasi identique : « Ce périmètre présente des indices de minerais antimonieux mais comme les difficultés inhérentes au pays ne lui ont pas encore permis de faire les travaux suffisants pour satisfaire aux prescriptions de l'article 53, relatives à la description détaillée du gîte.... L'importance de ces gîtes qui entraînera des travaux coûteux pour arriver à une exploitation économique, ce qui contribue encore à démontrer la nécessité d'une concession de superficie exceptionnelle. De plus, les travaux n'ont pu recevoir assez de développement pour fournir des renseignements plus précis… ». Tel était le cas des demandes de concessions Léonie par Jean-Baptiste Féraud ; Victorienne par Thomas Stilling ; Les Balkans par Auguste Bouteiller ; L'Etoile par John Higginson & Jean-Louis Hanckar.

Vu l'immense surface que couvraient certaines de ces concessions en comparaison de la faible étendue des filons, nombre d'entre elles étaient plutôt demandées à titre de provision, voire à visées spéculatives car la présence de stibine restait tout à fait subjective. Le cas de la concession Peut-Etre, divisée en quatre parties qui encadraient de plus anciennes mines était sur ce point révélateur... Devant le nombre croissant de demandes de concessions l'Administration avait déjà rappelé à cet effet par un avis publié le dans le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie que « Les prises de possession de concessions minières se multiplient en Nouvelle-Calédonie ; mais on paraît trop disposé à croire que, le prix des permis de miner une fois payé, il ne reste plus d'autre obligation à remplir... ». Or, l'arrêté du Gouverneur du imposait aux concessionnaires d'y effectuer des travaux continus sous peine d'avoir leurs droits déchus...

Premiers travaux