L’Évangile selon Jean (en / ), dit aussi le quatrième Évangile, est le dernier des évangiles canoniques du Nouveau Testament.
Ce texte est rédigé en grec de la koinè, tout comme les trois autres évangiles canoniques, dits « synoptiques », mais il s'en démarque par sa composition, son style poétique, sa théologie, et probablement par ses sources., ainsi que par quelques épisodes singuliers, à l'instar des noces de Cana ou encore de la « femme adultère ».
L'Évangile selon Jean est un de ceux qui exposent de la manière la plus explicite la doctrine trinitaire et la christologie du christianisme, car il énonce la divinité de Jésus, qu'il décrit comme le « Verbe de Dieu » incarnéUne discussion technique détaillée se trouve dans l'article de Raymond E. Brown : « Does the New Testament call Jesus God ? » in Theological Studies, (1965), .. Suivant un plan nettement théologique et kérygmatique, cet évangile recherche , selon l’expression de Charles Harold Dodd. Plus encore : de même que les disciples n’ont parfaitement compris les paroles et les œuvres de Jésus qu’après l’effusion de l’Esprit saint, de même l’évangile obéit au principe johannique des , les paroles de Jésus rapportées par Jean étant destinées à germer dans l’esprit pour n’être pleinement comprises que plus tard.
La tradition chrétienne a attribué cet évangile à l'un des disciples de Jésus, l'apôtre Jean, fils de Zébédée. Cette hypothèse est aujourd'hui rejetée par la plupart des exégètes, qui voient dans ce texte l'œuvre d'une « communauté johannique », à la fin du .
Datation, attribution et origine du texte Attribution du texte vignette|Jean l'évangéliste, miniature des Évangiles de Peresopnytsia, v. 1560.
Ni le nom de l'auteur, ni celui de l'apôtre Jean n'apparaissent dans le quatrième évangileLe seul « Jean » nommé dans le Prologue et les versets 3:23 à 4:3 est Jean le Baptiste. Du chapitre 1 au chapitre 20, il n'y a d'ailleurs aucune mention d'auteur. C'est seulement dans l'épilogue du texte, au chapitre 21, qu'il est question d'un « disciple bien-aimé » qui en serait l'auteur. Les exégètes modernes ont posé le problème de l'attribution du texte qui s'inscrit dans le cadre plus large de l'attribution des différents écrits johanniques, dans un débat qui reste nourriPour les débats en cours, voir par exemple , , ….
Dans la seconde moitié du , le quatrième évangile se répand sous le titre d'« évangile selon Jean ».. Depuis cette époque, pour la tradition chrétienne, l'auteur en est l'apôtre Jean, fils de Zébédée : déjà attestée chez Marcion († 160), cette identification est unanime chez les premiers Pères de l'Église — en particulier, Irénée de Lyon († 210), Clément d'Alexandrie († 211) ou encore Origène († 245) — qui affirment en outre que cet évangile est le dernier des quatre dans le temps.
Pour la plupart des chercheurs modernes, l'auteur est un inconnu, non contemporain de Jésus, relevant de la tradition du « disciple bien-aimé » et appartenant à un groupe d'écrivains johanniques., ou « école johannique », dont les contours et l'histoire sont objet de débatsBernard Fansaka Biniama, Les missions des individus johanniques : Le cas de Marie de Magdala en Jean 20, éd. Peter Lang, 2004, , extrait en ligne..
L'incompatibilité de ce texte avec les synoptiques ainsi que la date tardive de sa rédaction amène Geza Vermes et d'autres exégètes comme Hans Conzelmann à rejeter l'attribution de ce texte à un témoin oculaire de la vie de Jésus de Nazareth. Vermes conclut de sa comparaison de cet évangile avec les synoptiques, . que le texte ne saurait être reçu que par un auditoire n'ayant connu ni Jésus, ni ses disciples immédiats. Pendant longtemps une majorité des exégètes contemporains ont ainsi renoncé à attribuer cet évangile à un témoin oculaire - et particulièrement à Jean de ZébédéeÀ l'exception notable de Martin Hengel qui identifie l'auteur à Jean le Presbytre, qui aurait connu Jésus de Nazareth dans sa jeunesse ; cf. Martin Hengel, Die johanneische Frage. Ein Lösungsversuch. Mit einem Beitrag zur Apokalypse von Jörg Frey (WUNT 67), J.C.B. Möhr, Tübingen 1993, ..
Cependant, un nombre croissant d'exégètes défendent l'hypothèse d'un lien entre le milieu de la rédaction de l'évangile et un ou plusieurs témoins oculaires des événements rapportés par le texte. L'historien Paul Veyne estime pour sa part , notamment par des différences factuelles qui le distinguent des trois synoptiques.
L'identification de l'auteur a longtemps cristallisé l'essentiel de la question johannique . Cette question aurait perdu son caractère central selon Zumstein depuis la fin du car selon lui .
« Disciple bien-aimé »
L'expression « le disciple que Jésus aimait » ou « le disciple bien-aimé », est utilisée à plusieurs reprises dans l’Évangile selon Jean pour désigner un disciple anonyme de Jésus de Nazareth. Lors de la Cène, c'est le disciple bien-aimé, qui, « couché sur le sein de Jésus », lui demande qui va le trahir.. Lors de la crucifixion, Jésus confie sa mère Marie au disciple bien-aimé, en disant : « Femme, voici ton fils », puis au disciple « Voici ta mère ».. Quand Marie-Madeleine découvre le tombeau vide, elle court le dire au « disciple bien-aimé » et à Pierre. C'est le premier à atteindre le tombeau.. C'est encore lui qui le premier reconnaît Jésus au lac de Tibériade après sa résurrection). Enfin dans l'épilogue, Pierre s'enquiert auprès de Jésus du sort de ce disciple (..
Enfin, l'évangile s'achève sur deux versets. qui identifient ce à l'auteur dans ce qui constitue l'épilogue de l'évangile ; cf . L'interprétation traditionnelle voit dans le passage à la première personne l'opportunité d'identifier l'auteur de l'évangile avec A Historical Introduction to the New Testament,bible.org: Exegetical Commentary on John 21, bible.org: The Gospel of John: Introduction, Argument, Outline..
En attribuant le texte à une personne nommée « Jean » (évangile selon Jean)., un ajout secondaire mais relativement ancienLa première mention connue apparaît sur le papyrus 66, datant de l'extrême fin du ; cf. partie Manuscrits., il est vraisemblable que le cercle des éditeurs johanniques, à l'instar de la tradition, envisageait l'apôtre Jean, mettant ainsi le en relation avec le cercle des disciples proches de Jésus et garantissant de la sorte son autorité.
vignette|gauche|Saint Jean l'évangéliste, par le Greco, v. 1600.
Trois approches prédominent en ce qui concerne l'identité de ce « disciple bien-aimé » d'après Brown..
Une première approche consiste à l'assimiler à un personnage connu des textes du Nouveau Testament, à l'instar de ce que suit la tradition chrétienne avec Jean, fils de Zébédée ou encore, quoiqu'assez rarement, avec Lazare , Jean-Marc et ; compagnon de Paul de Tarse, mentionné par Clément d'Alexandrie ; ., Thomas ou encore Marie-MadeleineBrown, Raymond E. 1970. "The Gospel According to John (xiii-xxi)". New York: Doubleday & Co. Pages 922, 955. ;
Dans une autre approche, des exégètes ont considéré ce « disciple bien-aimé » comme un personnage symbolique incarnant une manière de disciple parfait ;
Une troisième approche défendue par Brown envisage le « disciple bien-aimé » comme un personnage secondaire du ministère de Jésus qui, de ce fait, n'aurait pas été évoqué par les synoptiques mais qui aurait pris de l'importance à travers la communauté johannique laissant à travers le quatrième évangile le portrait d'un personnage idéal, plus proche de Jésus par l'amour que Pierre lui-même. Selon Brown, ce « disciple bien-aimé », cité par ., qui serait le témoin oculaire sur lequel l'évangile attire l'attention au pied de la croix de Jésus , cité par ., pourrait être la source de la tradition du quatrième évangile, dont l'évangéliste serait un disciple, le ou les rédacteurs ultérieurs étant peut-être d'autres disciples relevant de l'« école johannique ».. Par ailleurs, l'ajout du chapitre 21 par quelqu'un qui n'est pas l'auteur du corps du texte semble témoigner d'une tentative pour identifier Jean, fils de Zébédée au . Dans ce chapitre., le dialogue entre Jésus et Pierre présuppose la mort du qui ne peut de la sorte être l'auteur de l'intégralité du quatrième évangile..
Le « disciple bien-aimé » a souvent lui-même été identifié à Jean, fils de Zébédée, l'un des Douze apôtres. Mais des historiens comme Oscar Cullmann ont distingué deux Jean, l'apôtre et l'évangéliste, ce dernier étant identifié dans ce cas au « disciple bien-aimé ». L'attribution de l'évangile à un Jean le Presbytre, cité par Papias et distinct du fils de Zébédée, a été défendue par plusieurs exégètes comme Jean ColsonJean Colson, L’Énigme du disciple que Jésus aimait, Paris, Beauchesne, 1969., Oscar CullmannOscar Cullmann, Le Milieu johannique, étude sur l’origine de l’évangile de Jean, Neuchâtel-Paris, Delachaux et Niestlé, 1976., François Le QuéréFrançois Le Quéré, Recherches sur saint Jean, F.-X. de Guibert, 1994., Joseph A. GrassiJ.A. Grassi, The Secret Identity of the Beloved Disciple, New York, Paulist, 1992., James H. CharlesworthJ.H. Charlesworth, The Beloved Disciple, Valley Forge, Trinity, 1995., ou Xavier Léon-DufourXavier Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, Paris, Seuil..
Tenant de la réhabilitation de la théorie de témoins oculaires ayant directement connu Jésus, Richard Bauckham reprend l'hypothèse de la rédaction du quatrième évangile par le « disciple favori »Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony (2006) . mais, bien qu'il ne lie pas ce dernier à l'apôtre Jean, ses hypothèses exégétiques et textuelles, qui soulèvent certaines difficultés dont l'absence totale de mention de ce disciple dans les synoptiques, sont vivement débattuesVoir par ex. ..
Jean, fils de Zébédée thumb|Papyrus 66 ou Codex saint Jean. C'est de la fin du que datent les premières traces de la tradition qui identifie le « disciple bien-aimé » avec le disciple Jean, l'un des Douze, frère de Jacques et fils de Zébédée ainsi que son rattachement à Éphèse où, suivant cette tradition, il aurait vécu jusqu'à l'époque de l'empereur romain Trajan et rédigé son évangile.
On retrouve le témoignage d'une telle attribution dans le Papyrus 66 datant de la fin du . Le premier auteur connu de l’Église ancienne à professer cette opinion est Irénée de LyonContre les hérésies, III, 1,1, vers 180., qui aura une influence fondamentale sur la définition du canon des quatre évangiles et l'affirmation de son inspiration divine. Selon ce qu'en rapporte Eusèbe de CésaréeHistoire ecclésiastique, V, 8,4 un siècle et demi plus tard, Irénée se réclame du témoignage de plusieurs presbytresContre les hérésies, II, 22,5 dont Papias de Hiérapolis et Polycarpe, évêque de Smyrne mort en 155, qu'il aurait connu enfant et entendu mentionner sa relation avec le disciple JeanContre les hérésies, III, 3,4. L'unique écrit de Polycarpe dont nous disposonsPolycarpe, Lettre aux Philippiens. est . De la même manière, nous ne possédons pas d'éléments de Papias confirmant le rapport d'EusèbeHistoire ecclésiastique, III, 39,1, que Papias aurait connu à la fois Jean l'apôtre et Jean le Presbytre. Ces éléments rendent impossibles l'authentification et la reconstruction de la tradition dont Irénée se fait le porteur.