La Septimanie, ou province de Narbonne, est une région qui correspond approximativement à la partie occidentale de l'ancienne province romaine de la Gaule narbonnaise. Cette désignation issue de l'époque carolingienne est utilisée essentiellement pour la période du .
Lors des « invasions barbares », les Goths s'installèrent dans la Gaule narbonnaise. Le royaume wisigoth s'étendait alors sur toute l'Aquitaine et la péninsule Ibérique.
Après la conquête de l'Aquitaine par en 507, le mot Septimanie est utilisé jusqu'à la fin du pour désigner la partie de la Gaule restée wisigothe.
À la suite de la conquête musulmane de l'Hispanie (711-726), la Septimanie est à son tour envahie et annexée par les Omeyyades, devenant une province d'Al-Andalus. Conquise par les Francs en 759, elle est alors appelée « Gothie » par les Francs de l'époque.
Histoire Le royaume wisigoth de Toulouse thumb|upright=1.5|Évolution du royaume wisigoth jusqu'au :
Sur le plan juridique, la Septimanie est régie par le droit romain. Le roi avait fait rédiger en 506, à l'intention de ses sujets romains, le fameux Breviarium legum romanæ Wisigothorum plus connu sous le nom de Bréviaire d'Alaric.
La dernière province wisigothe au nord des Pyrénées Après la défaite wisigothe de Vouillé en 507, la Septimanie tombe quasi entièrement aux mains des Burgondes. Seul Carcassonne résiste encore aux troupes franques à l'ouest. Grâce à l'intervention de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, qui repousse les armées de et de Gondebaud lors du siège d'Arles l'année suivante, la province retourne aux Wisigoths. Elle demeurera la seule partie de la Gaule restée wisigothe.
La capitale wisigothique est transférée à Tolède vers 560 par le roi wisigoth et la région reste en paix jusqu'en 585. En raison de sa position excentrée dans le royaume wisigoth, la province est alors menacée par les Francs, qui, dans la seconde moitié du , lancent plusieurs incursions en Septimanie, sans jamais parvenir à la réduire. En 585, Gontran, roi du royaume franc de Bourgogne, lança une « guerre sainte » pour conquérir la province arienne ; il prit Carcassonne mais fut repoussé à Nîmes et Beaucaire.. En 588-589, une armée franque envahit la région, mais est sévèrement battue près de Carcassonne par le duc wisigoth Claudius. Les habitants de la province, sauf exceptions, se montrent en général solidaires des Wisigoths..
Deux canons du concile de Narbonne tenu en 589 nous apprennent qu'il y avait cinq peuples différents qui habitaient la Septimanie à cette époque : les Wisigoths, nommés en premier parce que c'était la nation dominante, les (Gallo-)« Romains », les Juifs, les Syriens et les Grecs. Ces deux derniers peuples n'étaient sans doute que des négociants du Levant que le commerce, alors très florissant dans plusieurs villes du pays et surtout dans celles de Narbonne et Agde, attirait dans la province.
En 589, le nouveau roi wisigoth se convertit au christianisme nicéen sous l'influence de Léandre de Séville. La noblesse arienne, refusant la conversion au christianisme nicéen, se réfugia en Septimanie ainsi que les juifs persécutés dans le reste de la péninsule. Une Église arienne, comptant une dizaine d'évêques, perdura de façon minoritaire.. Les évêques chrétiens participent aux conciles nationaux à Tolède..
En 673, le duc Paul, soutenu par les séparatistes, est brièvement roi de Septimanie, après s'être révolté contre le royaume wisigoth de Tolède. Le roi wisigoth Wamba intervient en personne depuis Tolède à la tête d'une armée pour soumettre la région, qui reste dépendante du royaume wisigoth d'Espagne jusqu'à la présence sarrasine au nord des Pyrénées en 719.
Dans la péninsule Ibérique, le concile de Tolède en 694 durcit la persécution des juifs mais ses décrets ne s'appliquent pas en Septimanie, relativement épargnée par ce fanatisme..
De la domination wisigothique en Septimanie, il reste le cimetière wisigoth d'Estagel, avec un mobilier funéraire très intéressant, mais loin de la splendeur du Trésor de Guarrazar (découvert près de Tolède). Certains noms de famille « typiquement » catalans ont une racine germanique qu'on peut rattacher aux Wisigoths : Armengol (forme catalane du prénom castillan d'origine gotique, Ermenegildo, porté par un prince wisigoth), Aliès qui vient d'Adalhaid (formé à partir des mots adal, noble et haid, lande), Jaubert, qui est à rapprocher de Gautberht formé de gaut, du peuple goth et de berht, brillant« La Septimanie démystifiée », Le Petit Journal des Pyrénées-Orientales, juin 2004.… Mais on trouve dans toutes les régions de France des noms de famille d'origine germanique. La présence wisigothe correspond au moment où se met en place l'organisation de l'Église. Le monastère Saint-Gilles du Gard, haut-lieu de pèlerinage en Languedoc-Roussillon, aurait été fondé sur les lieux où le roi wisigoth Wamba (672-680), venu mater en 673 la rébellion du duc Paul, rencontre l'ermite Gilles.
Invasion de la Septimanie
Entre 711 et 714En réalité, quelques années : après les prises de Cordoue, de Tolède et de Séville en 711 et 712, Mérida tombe en 713, Saragosse en 714, Pampelune, Tarragone, Barcelone et Gérone la même année ou peu après., les troupes arabo-berbères soumettent la majeure partie de la Péninsule Ibérique« C'est avec les montagnards frustes d'Afrique du Nord, les Berbères, que l'islam a conquis l'Espagne », Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, 1963, éd. Flammarion, 2008, 104.. De là, les musulmans poursuivent et se lancent contre Narbonne prise en 719, puis contre Carcassonne et Nîmes en 725. En 719, la ville de Toulouse est menacée et les Arabes lancent des incursions (razzias) dans le Rouergue, le Quercy, et en Provence. Eudes, le duc d'Aquitaine, parvient à les repousser en 721 lors de la bataille de Toulouse.
Les musulmans, sous la conduite du général Ambiza (’Anbasa ibn Suhaym al-Kalbi), lancent alors en 725 une expédition le long du couloir rhodanien jusqu'à Autun qu'ils pillent et incendient.
Lorsque le général Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi lance une campagne contre le Royaume Franc, il est intercepté près de Poitiers par Charles Martel en 732, et tué durant la bataille. L'invasion musulmane de la France est ainsi partiellement stoppée. Cependant en Septimanie, les musulmans continuent de menacer Arles et la Provence jusqu'en 737 lorsqu'ils sont de nouveau battus lors de la bataille de la Berre puis lors de la bataille de Nîmes.
Narbonne, capitale d'un wali d'Al-Andalus
Sous la domination musulmane, Narbonne devient Arbûna, le siège d'un wali (gouverneur) pendant quarante ans, capitale d'une des cinq provinces d'Al-Andalus, aux côtés de Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse. Les musulmans laissent aux anciens habitants, chrétiens et juifs, la liberté de professer leur religion moyennant tribut (la djizîa); libertés supprimées lors de la conquête de Pépin le BrefPhilippe Sénac, « Présence musulmane en Languedoc » dans Islam et chrétiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, , 2000, p. 50-51.. On connaît un certain nombre de walis, gouverneurs de la province narbonnaise. Le premier est Abd-al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi nommé en 720. On compta ensuite, Yusuf ibn 'Abd al-Râhman al-Fihri vers 734, Athima vers 737, Abd-er-Rahman el Lahmi à partir de 741, Omar ibn Omar vers 747. Le dernier gouverneur est Abd-er-Rahman ben Ocba (756-759) qui continue à gouverner les territoires encore sous le contrôle de l'émirat, des Pyrénées jusqu'à Tortosa sur l'ÈbreAndré Bonnery, La Septimanie, Loubatières, 2005, p. 109..
En 2016, une analyse génétique de squelettes provenant de trois tombes musulmanes découvertes à Nîmes en 2007, réalisée par Gleize , a montré qu'il s'agissait de personnes originaires d'Afrique du Nord, appartenant à l'haplogroupe paternel E-M81 très fréquent au Maghreb. Ces personnes étaient âgées respectivement de 20 à 29 ans pour l'un, d'une trentaine d'années pour le deuxième, et de plus de 50 ans pour le troisième. Selon l'Inrap « L'ensemble de ces données suggère que les squelettes découverts dans les tombes de Nîmes appartenaient à des soldats berbères enrôlés dans l'armée omeyyade durant l'expansion musulmane en Afrique du Nord ». Pour Yves Gleize, un des auteurs de l'étude, « l'analyse archéologique, anthropologique et génétique de ces sépultures du début de l'époque médiévale à Nîmes fournit des preuves matérielles d'une occupation musulmane au dans le Sud de la France »« 3 tombes musulmanes, les plus anciennes de France, découvertes à Nîmes » , Sciences et Avenir, 26 février 2016.Gleize , « Early Medieval Muslim Graves in France: First Archaeological, Anthropological and Palaeogenomic Evidence », Plos One, 24 février 2016, DOI: 10.1371/journal.pone.0148583..
Reprise de Narbonne par les Francs Narbonne est prise par Pépin le Bref en 759, le siège de la ville durant sept ans. Les populations étaient restées majoritairement chrétiens ariens comme l'étaient la plupart de leurs seigneurs et comme l'étaient tous les Wisigoths avant 589 (depuis la conversion du roi à Tolède lors du troisième concile de Tolède). Pépin le Bref achève la conquête de la Septimanie, et les populations se réfugient dans l'émirat de Cordoue.
La Gothie, Septimanie carolingienne thumb|La Septimanie dans l'Empire franc. En 790, le comte de Toulouse ayant été enlevé par les Vascons, le marquis de Septimanie, Guillaume de Gellone, cousin de Charlemagne, prend sa suite. Charlemagne lui annexe administrativement une partie de la marche d'Espagne, jusqu'à l'Èbre, et appelle cette région marche ou marquisat de Gothie. Cette marche est souvent victime des raids des Sarrasins en 793 par exemple, attirés par la prospérité de la Septimanie à cette époque.
La Septimanie connaît de grands progrès du monachisme bénédictin encouragé par Charlemagne. En 820, Bernard de Septimanie, fils et héritier de Guillaume de Gellone, voit son marquisat érigé en duché de Septimanie. En devenant en 826 comte de Barcelone, il étend la suzeraineté du duché au sud des Pyrénées. Après le partage de Verdun (843), le duché fait partie du royaume de Charles II le Chauve, la Francie occidentale. Il est partagé en 865 en deux provinces avec deux capitales Barcelone et Narbonne. Le roi Charles III le Simple (893-929), accorde de nombreux avantages aux églises et monastères de Septimanie. Les premiers châteaux sont édifiés dans les cités au , et les laïcs prennent alors possession des biens religieux : à la fin du , le vicomte Guillaume lègue à sa fille Béziers et son évêché. La Septimanie échappe de fait aux rois francs après le règne de Charles III le Simple au profit des évêques, des comtes de Provence et des ducs d'Aquitaine.
À l'époque féodale, on parle de « duché de Narbonne », mais ce titre, aux mains des comtes de Toulouse n'entraîne aucun pouvoir réel, le pouvoir politique étant fragmenté entre les différents seigneurs locaux (comtes de Melgueil, de Saint-Gilles, vicomtes de Narbonne, de Carcassonne, du Razès, de Béziers, d'Agde, de Nîmes, seigneurs de Montpellier). La Septimanie, intégrée au domaine royal, disparaît en tant que province, après la croisade des albigeois (1215).
La Septimanie et ses différentes appellations L'appellation de Sidoine Apollinaire puis de Grégoire de Tours Le mot est attesté pour la première fois dans une lettre de l'évêque de Clermont-Ferrand Sidoine Apollinaire, datée de 472Sidoine, Lettres, Livre III, I, 4.. Il écrit : . Il est d'ailleurs le seul au à l'utiliser et, qui plus est, une seule fois dans toute son œuvre conservéeAndré Bonnery, historien, cité dans http://www.perpignan-toutvabien.com/articles.php?param=full&ida=1089&idcb=63.. Il utilise sans doute un néologisme, créé par imitation du nom de la province romaine voisine de Novempopulanie, lequel signifie « le pays des neuf peuples ».