vignette|Portrait d'un groupe d'acteurs et de réalisateurs français de la Nouvelle Vague en 1959 à Cannes. vignette|François Truffaut le , posant devant le cinéma CinéTol à Amsterdam, où Le Beau Serge de Claude Chabrol — autre cinéaste emblématique de la Nouvelle Vague — est à l'affiche.

La Nouvelle VagueMais on trouve aussi la recommandation d'écriture « Nouvelle Vague », par exemple dans le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, page 73, signalée comme une exception pour les mouvements artistiques, qui s'écrivent de coutume en minuscules, comme le surréalisme (exemple : Luis Buñuel au cinéma) ou le néoréalisme (exemple : Roberto Rossellini). est un mouvement du cinéma français né à la fin des années 1950, qui a marqué le cinéma d'auteurs pendant plus d'une dizaine d'années, jusqu'à la fin des années 1960. Il rassemble des réalisateurs qui ont tourné leurs premiers longs métrages à cette période. Les figures emblématiques en sont Jean-Luc Godard, François Truffaut, Éric Rohmer, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Alain Resnais, Louis Malle, Agnès Varda et Jacques Demy.

Naissance thumb|left|Jean-Luc Godard à l'université de Berkeley en 1968.

La formule de "Nouvelle Vague" apparaît sous la plume de Françoise Giroud dans L'Express du « Connaissez-vous le cinéma ? », Le Monde hors-série jeux, 2011, p. 79., dans une enquête sociologique sur les phénomènes de génération. Il est repris par Pierre Billard en dans la revue Cinéma 58. Puis cette expression est attribuée à des films distribués en 1959, principalement ceux présentés au Festival de Cannes, et réalisés par de nouveaux réalisateurs. Le Beau Serge de Claude Chabrol, tourné en hiver 1957-58 à Sardent dans la Creuse, est parfois considéré comme le premier film de la Nouvelle Vague , alors que d'autres comme Georges Sadoul la fait débuter dès l'été 1954 à Sète avec La Pointe courte d'Agnès Varda, « le véritable premier film de la nouvelle vague ». Une campagne publicitaire du CNC va définitivement effacer le sens sociologique du terme pour l'appliquer plus strictement au cinéma.

Le Coup du berger, un court métrage de Jacques Rivette en 1956 est aussi considéré fondateur, mais le rejet du cinéma français traditionnel remonte en fait à la Libération et à la découverte enthousiaste, au lendemain de la guerre, du cinéma américain. La Cinémathèque puis la célèbre « revue à couverture jaune », d'André Bazin, les Cahiers du cinéma, servent d'école aux critiques qui vont bientôt s'emparer de la caméra.

La Nouvelle Vague ne se définit pas seulement par ses techniques cinématographiques révolutionnaires pour l'époque, mais aussi par ceux qui la composent tels François Truffaut, Éric Rohmer, Agnès Varda, Jacques Rozier, Jacques Rivette, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard, qui constituent le cœur du mouvement. Le mouvement n'est pas le fruit d'une longue recherche sur le cinéma, mais le produit immédiat d'une époque et le fruit de la rencontre de plusieurs jeunes cinéastes. Il s'inscrit dans le contexte historique de l'époque et traduit les mouvements de société : début des Trente Glorieuses, des révoltes étudiantes, guerre d'Algérie, Mouvement de libération des femmes. Le cinéma se fait miroir de l'époque. Ainsi, la saga Antoine Doinel (joué par Jean-Pierre Léaud) suit de près l'évolution de la société, des transformations du modèle familial (Les Quatre Cents Coups), de la jeunesse avec la modernisation des foyers (Antoine et Colette dans L'Amour à vingt ans), l'amour entre Antoine et Christine (Claude Jade) dans Baisers volés, la vie commune de ce petit couple dans Domicile conjugal jusqu'au divorce d'Antoine et Christine (L'Amour en fuite). La Nouvelle Vague ne se limite pas à un nouveau genre cinématographique, mais se fait, par le vent de liberté qu'elle apporte et tout ce qu'elle sait représenter, l'instantané d'une époque.

La Nouvelle Vague et les Cahiers du cinéma L'histoire de la Nouvelle Vague est aussi l'histoire d'un groupe de critiques qui voulaient devenir réalisateurs. En effet la majeure partie des figures tutélaires du groupe, à l'image de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Éric Rohmer et Jacques Rivette, sont issus des Cahiers du cinéma. À partir de 1952, une nouvelle génération de critiques apparaît dans les pages de la revue (Godard au , Truffaut au et Rivette au ). Bientôt surnommés , ces critiques se caractérisent par leur assiduité à la cinémathèque et par leur véhémence, notamment envers ce qu'ils appellent la .

Sous l'impulsion de Truffaut, les « Jeunes Turcs » conçoivent la politique des auteurs. Ils prônent alors une posture critique consistant à attribuer à certains réalisateurs un statut d'auteur, et à mettre à jour la cohérence interne de l'œuvre de ces réalisateurs, en termes de mise en scène plutôt que sujets ou de thèmes comme le faisait la critique conventionnelle. Ils instituent cette politique au sein des Cahiers du cinéma. Mais leur activité au sein des Cahiers et de la revue Arts leur sert surtout à défendre des idées nouvelles en termes d'écriture, de réalisation et de production. Ils attaquent ce qu'ils considèrent comme l'académisme du cinéma français, dominé par les scénarios littéraires et un jeu d'acteur venu du théâtre, et défendent ce qui à leurs yeux représente des formes plus proprement cinématographiques, qu'ils repèrent chez des cinéastes aussi différents qu'Alfred Hitchcock, Jean Renoir, Jean Cocteau, Ingmar Bergman, Howard Hawks, Vincente Minnelli, Fritz Lang ou encore Friedrich Murnau.

Réalisateurs associés vignette|François Truffaut, Figure Phare et réalisateur du mouvement de la Nouvelle Vague. En 1958 ou 1959, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Pierre Kast et Jacques Doniol-Valcroze réalisent leurs premiers longs métrages. Ils sont tous issus des Cahiers du cinéma. D'autres cinéastes partagent les mêmes valeurs, même s'ils ne sont pas issus de la critique comme Agnès Varda, Suzanne Schiffman, Jacques Demy, Jean Rouch, Jacques Rozier ou encore Jean-Daniel Pollet. Chris Marker et Alain Resnais ont déjà tourné de nombreux courts métrages remarquables, le dernier marque la période avec son premier long métrage : Hiroshima, mon amour. Son film suivant, L'Année dernière à Marienbad, fait découvrir Delphine Seyrig et suscite des réactions extrêmes. Louis Malle ne se définira jamais comme appartenant au mouvement (ou plutôt il s'estimera rejeté par les figures du mouvement). Maurice Pialat ne parviendra pas à passer au long métrage à cette époque et , comme il le dira lui-même. Jean-Pierre Melville tient un rôle un peu à part, ayant été le grand frère respecté dont les jeunes réalisateurs ont voulu s'affranchir progressivement tout en prenant des conseils auprès de lui.

Sans être à l'origine du mouvement, de nouveaux réalisateurs se reconnaissent dans la lignée de la Nouvelle Vague. Il s'agit notamment de Jean Eustache, de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, d'André Téchiné, de Philippe Garrel, de Jacques Doillon et de Benoît Jacquot.

La Nouvelle Vague eut aussi des imitateurs, tels Claude Lelouch ou Roger Vadim dans une déclinaison considérée comme commerciale. On peut aussi mentionner les courts-métrages de Jean Rollin, lequel se consacrera ensuite aux genres érotique et fantastique, ou encore les films de Jean-Pierre Mocky (entre autres Solo), avant que ce réalisateur ne se consacre au genre humoristique.

Caractéristiques formelles et esthétiques On voit apparaître une nouvelle façon de produire, de tourner, de fabriquer des films qui s'oppose aux traditions et aux corporations. Devenu ministre des Affaires culturelles en 1958, André Malraux facilite l'accès à la réalisation des jeunes cinéastes sans passer par le parcours traditionnel de la profession. Le changement de société et de mœurs, le désir de transformer le cinéma et de rompre avec le passé sont au principe de la Nouvelle Vague. Celle-ci n'est pas une avec un style particulier, mais plutôt un esprit qui aura autant de traductions différentes qu'il y a de cinéastes pour s'en emparer. Souvent mentionnée, l'apparition de nouveaux appareils (caméra et magnétophone) joue un rôle d'appoint, significatif mais secondaire dans ce mouvement. C'est toute la grammaire du cinéma qui est remise en question de multiples manières, dans le tournage, le jeu des acteurs, le montage, l'utilisation de la voix off, le rapport à l'autobiographie, la manière de filmer la ville ou les sentiments. Les codes des films italiens et américains, se traduisant à titre d'exemple par un dynamisme naturel, des mouvements corporels décontractés et des dialogues simples, ont fortement influencé la perception artistique des cinéastes français des années 1960 ainsi que leur langage cinématographique comme en témoigne spécifiquement la recherche par Alain Resnais de .

Les films de la Nouvelle Vague sont aussi caractérisés par leurs héros. Une étude menée sur 18 films de la Nouvelle Vague montre que les héros sont jeunes et contemporains. Ce sont des gens ordinaires qui ne s'occupent que de leurs affaires personnelles. Ils sont en quête d'indépendance. Ils sont souvent oisifs, n'ont pas peur d'enfreindre la loi (par exemple Michel Poiccard qui tue un policier dans À bout de souffle), sont indifférents à la société et à la famille et sont en quête d'amour. Une grande partie de ces films se déroulent dans Paris, pour rendre hommage à son histoire culturelle tout comme pour en faire un lieu intime.

Bilan La Nouvelle Vague est apparue dans les années d’après guerre alors que des jeunes gens animés par un désir de cinéma aspiraient à une vie libre et sans convention. Le cinéma français de cette époque était relativement dépourvu de créativité et d'originalité, se contentant souvent d’être un simple support au roman. Les jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague ont bousculé les règles en revoyant tous les fondements du cinéma. Ainsi, la règle de continuité n’est plus toujours respectée, le point de vue du spectateur est parfois pris en considération dans le film par le biais de regards caméra et interpellation du spectateur, des jeux de mise en abyme sur le cinéma questionnent les différents points de vue cinématographiques, de nombreux jeux d'arrêt sur image, de ralentis, de style saccadé sont également créés… Tout cela s'unit afin que le film rappelle sans cesse qu'il est un film, que c'est du cinéma. Un effet de réalisme s’instaure : le réalisateur ne cherche plus à tromper le spectateur avec du faux vrai mais à montrer la réalité du cinéma comme elle est, notamment, avec ses plans qui ne sont pas continus dans le temps comme pourrait le croire ou l’oublier le spectateur, avec ses acteurs qui ne sont là que pour être acteur d’un film et non acteur d’une histoire ou d’un scénario et avec ses décors qui n’existent que parce qu’ils ont un pouvoir symbolique et non parce qu’ils ressemblent à la réalité. Ainsi, ce mouvement ne cherche pas à reproduire la réalité comme elle devrait être mais à montrer la réalité du cinéma comme elle est.

La Nouvelle Vague fut Laurence Liban. Lire, décembre 1998..

Critiques La Nouvelle Vague fut souvent attaquée par les tenants du cinéma classique. À l'époque de sa naissance, elle fut en butte à la fois à l'hostilité violente des porte-parole de l'industrie et aux agressions de Positif, alors la revue rivale des Cahiers du cinéma. Elle a également été considérée comme un , voire une par Raymond Borde, critique communiste, qui reprochait aux de se complaire dans la Raymond Borde. Cinéma français d'aujourd'hui, p. 1, 4 & 22. In Borde R, Buache F, Curtelin J. Nouvelle vague. Serdoc 1962..

Claude Chabrol y voyait une manipulation commerciale et politique en faveur du général de Gaulle revenu au pouvoir la même année : Et pourtant je tourne (avec René Marchand), Éditions Robert Laffont, , 1976, 372 p. ; rééd. Ramsay, poche cinéma , 1992, Robert Corbeau (éd.).