Paul de Tarse, ou saint Paul (en grec ancien : ) pour les catholiques et les orthodoxes, né Saul (en hébreu : / Shaul) au début du , probablement à Tarse en Cilicie, et mort entre 64 et 68 à Rome, est une personnalité du christianisme primitif. Juif et citoyen romain de naissance, il persécute les disciples de Jésus de Nazareth avant de devenir l’apôtre de ce dernier, bien qu'il n'appartienne pas au cercle des Douze. Il n'a jamais assisté à une prédication de Jésus, ni ne l'a personnellement rencontré, mais a de nombreux contacts avec ses apôtres directs.

Paul devient dès lors le principal artisan de la diffusion du christianisme dans plusieurs villes de Méditerranée orientale, notamment en Asie mineure et en Grèce, puis à Rome. La Tradition chrétienne le surnomme l'« Apôtre des Gentils » c'est-à-dire des non-juifs, ou encore l'« Apôtre des nations ».

Au cours de sa mission itinérante, qui s'étend des années 40 aux années 60, il adresse des lettres à ces premières communautés. Ces lettres, dites « épîtres pauliniennes », la plupart écrites avant les Évangiles, sont parmi les documents les plus anciens du christianisme. Elles représentent l'un des fondements de la théologie chrétienne, en particulier dans le domaine de la christologie, mais aussi, d'un point de vue historique, une source majeure sur les origines du christianisme.

Origines Sources vignette|Portrait antique de Paul revêtu du pallium des philosophes, . La biographie de Paul repose uniquement sur deux sources : ses treize lettres (dont sept sont jugées authentiques par la quasi-totalité des spécialistes) et les Actes des Apôtres, dont la deuxième partie est pour l'essentiel un récit de l'activité missionnaire de Paul jusqu'à son arrivée à Rome.

Certaines données des Actes ne coïncident pas avec les informations puisées dans les lettres. Les historiens considèrent alors celles-ci comme la source la plus fiable, car Luc, auteur des Actes, « était d'abord un théologien du Fils de Dieu et de son Église, et [...] ses relations avec les "faits historiques" n'étaient pas aussi naïves qu'on le croyaitMichel Trimaille, "Que sait-on de Paul aujourd'hui ?", dans Pierre Geoltrain, Aux origines du christianisme, Gallimard / Le Monde de la Bible, 2000, p. 309. ».

Origines et formation religieuse La date de naissance de Paul est inconnue, mais il est probablement venu au monde juste avant ou juste après le début du .

Selon ses propres écrits, Paul est issu d'une famille juive et peut rattacher son ascendance généalogique à la tribu de Benjamin, comme on peut lire dans les passages suivants : , et . De plus, selon Luc, il provient de Tarse en Cilicie, une région située dans la partie méridionale de l'actuelle Turquie, comme on peut le lire dans les passages suivants : et . Selon Jérôme de Stridon, il serait plutôt né à Giscala en Galilée et sa famille aurait été déportée à Tarse alors qu'il était encore un enfant : .

Il porte d'abord un nom hébraïque, Saül (en Šā’ûl ), lequel nom signifie « demandé [à Dieu], désiré ». Plus tard, il adopte le cognomen romain Paulus, qui signifie littéralement « petit », « faible », « peu considérable ». Aussi est-il connu, dans le christianisme, sous son nom latin Paul.

Dans sa jeunesse à Jérusalem, Paul aurait été instruit par Gamaliel pour y apprendre la Loi. Selon Luc, il le mentionnerait lui-même en disant : .

Paul connaît l'araméen et l'hébreu. Sa langue maternelle est le grec de la koinèVoir page 11 in Paul : the man and the myth, Calvin Roetzel, First Fortress Press, 1999, et c'est dans la traduction des Septante qu'il lit la Bible. Les études récentes attestent une maîtrise de la diatribe grecqueVoir page 136 in One untimely born : the life and ministry of the Apostle Paul, Robert Cate, Mercer University Press, 2006, ce qui suppose une éducation sérieuse à Tarse. Il est d'une famille apparemment aisée, puisque celle-ci possède le droit de cité romain, ce qui ne l'empêche pas — selon une pratique assez courante à l'époque dans les familles juives, et en particulier parmi les rabbins — d'apprendre un métier manuel : les Actes indiquent qu'il fabrique des tentes, c'est-à-dire qu'il est probablement tisserand ou sellier.

Citoyenneté romaine

Plusieurs aspects de la vie de Paul demeurent mal expliqués : sa double appartenance juive et romaine, sa conversion radicale, ses contacts avec les autorités romaines. Quant à sa citoyenneté romaine réelle ou supposée, elle embarrasse de nombreux historiens. Toutefois les recherches modernes montrent que bien des citoyens de son époque disposaient d'une tribu (inscription électorale), nécessairement romaine, et d'une origo, une cité d'origine (père, grand-père, etc.) pérégrine ou même étrangère de droit à l'empire.

vignette|gauche|La Conversion de saint Paul de Benozzo Gozzoli, tempera sur bois du , the Met, New York. Paul indique que la citoyenneté romaine lui vient de son père. Celui-ci, ou un de ses ancêtres, aurait-il bénéficié de cette citoyenneté sur décision impériale ? C'est peu probable si l'on se fie à une inscription datant de l'époque d'Auguste trouvée à Pergame, en Asie mineure, où l'on ne compte aucun citoyen romain parmi les notables, tandis que l’octroi du droit de cité à des magistrats de haut rang est attesté aux époques plus tardives de Trajan et d'Hadrien.. La présence de Juifs citoyens romains à Éphèse en ainsi qu'à Sardes et Délos est cependant mentionnée par Flavius Josèphe..

L'information donnée par Jérôme de Stridon (qui la tiendrait d'Origène), selon laquelle la famille de Paul était originaire de Galilée, déplacée à Tarse à la suite d'exactions commises par les armées romaines dans la province de Judée (en 4 avant l'ère chrétienne, après l'e.c.), , écrit Michel Trimaille. La revendication de Paul d'être (Philippiens, 3, 5 ; aux Corinthiens, 11, 22), suppose, avec la Judée, des relations plus étroites que celles d'un quelconque Juif de la Diaspora. .

Selon Michel Trimaille encore, la citoyenneté romaine de Paul peut être mise en doute : en effet, même si elle , elle impliquait malgré tout . Dans les Actes des Apôtres, Paul affirme qu'il est citoyen romain par naissance..

Doutant que le Sanhédrin de Jérusalem ait pu disposer du pouvoir d'extrader des Juifs de Damas, Alfred Loisy a jugé invraisemblable cet aspect de la mission répressive de Paul contre les chrétiens de Damas racontée en Daniel Marguerat, « Les Actes des Apôtres (1-12) », Labor et Fides, 2007 , , note 31.. Flavius Josèphe affirme qu'un tel pouvoir d'extradition avait été accordé par les Romains à Hérode le Grand, mais c'est insuffisant pour conclure.

Rencontre mystique avec Jésus

La « conversion » de Paul a lieu entre 31 et 36 . Selon les Actes des Apôtres, l'événement s'est produit au cours d'un voyage vers Damas. Le Nouveau Testament le présente comme un persécuteur des disciples de Jésus jusqu'à sa rencontre mystique avec le Christ, vers 32-36Rainer Riesner, Paul's Early Period: Chronology, Mission Strategy, Theology, Eerdmans Publishing, 1998, p. 27, donne un tableau synthétique sur l'état de la question concernant la chronologie de Paul, mais l'historicité de ces persécutions est sujette à débat dans la recherche moderne, tout comme l'emploi du mot « conversion » à son propos : dans la mesure où Paul est un Juif qui, après l'événement du chemin de Damas, ne quitte pas le judaïsme mais reconnaît en Jésus de Nazareth le Messie qu'attend Israël, il ne se « convertit » pas. Il n'utilise d'ailleurs pas ce terme et parle plutôt à ce propos d'« apocalypse » dans le sens de « révélation ».

Les Actes relatent (au début du chapitre 9) en ces termes la rencontre mystique de Paul avec Jésus-Christ ressuscité : « [Paul] tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. » Paul sortit de cette rencontre bouleversé et persuadé que celui qu'il persécutait était le Seigneur donné par Dieu pour le salut de son peuple. Selon les Actes, à la suite de ce bouleversement, il perdit la vue pendant trois jours. Ensuite, il fut baptisé au nom du Christ par Ananie de Damas lorsque ce dernier Immédiatement après cela, « il recouvra la vue. Il se leva, et fut baptisé. »

Sa fonction d'apôtre est confirmée par les trois « colonnes » qui dirigent le mouvement : Jacques le Juste, Pierre et Jean (Galates 2, 7:9). Il se présente alors lui-même lors de ses voyages comme un apôtre désigné directement par le Christ, et comme le bénéficiaire de la dernière apparition de Jésus (1 Co 15,8).

Il fut l'apôtre qui favorisa activement, sans en être cependant l'initiateur, l'« ouverture vers les gentils » — c'est-à-dire les non-juifs — de l'Église naissante. Pour les premiers chrétiens, juifs d'origine, la Loi de Moïse n'était pas remise en question et les « incirconcis » demeuraient des personnes peu fréquentables, auxquelles le message du Christ ne semblait pas destiné. Paul, à la suite de Barnabé, alla prêcher chez eux. Si Paul a tenté de donner une portée plus universaliste (moins contraignante) au judaïsme, il n'a en revanche jamais voulu rompre avec lui. Sa prédication garde toujours un caractère profondément synagogal. Paul, d'ailleurs, plus qu'aux « gentils » s'adresse aux craignants-Dieu, c'est-à-dire aux prosélytes « judaïsants » d'origine grecque et ayant adopté certaines croyances et pratiques juives.

Voyages d'évangélisation vignette|redresse=1.2|Les trois premiers voyages missionnaires de Paul. En vert : premier voyage. En rouge : deuxième voyage. En bleu : troisième voyage. Après sa conversion, Paul séjourne quelque temps à Damas, puis en Arabie, ensuite à Jérusalem, Tarse, avant d'être invité par Barnabé à Antioche. C'est de cette ville qu'il partira pour ses voyages missionnaires. Ses voyages s'effectuent dans un intervalle de quelques années de 45 à 58 environT.O.B Traduction œcuménique de la Bible, Éditions du Cerf, 1988, , Tableau chronologique, et suivantes..vignette|upright=1.2|Carte du premier voyage missionnaire.

Son premier voyage, estimé de 45 à 49, est un aller-retour qu'il effectue en compagnie de Barnabé et de Jean Marc (cousin de Barnabé). Il visite Chypre (Paphos), la Pamphylie (Pergé) et prêche autour d'Antioche de Pisidie.

Paul et Barnabé cherchent à convertir des Juifs, prêchent dans les synagogues, sont souvent mal reçus et obligés de partir précipitamment – à cause de leur annonce du salut et de la résurrection en Jésus (Actes 13:15-41), sans que cela soit systématique (Actes 13:42-49). Sur le chemin du retour, ils ne repassent pas par Chypre et se rendent directement de Pergé à Antioche.

Le concile de Jérusalem et le conflit d'Antioche Le concile de Jérusalem et le conflit d'Antioche, daté généralement autour de l’année 50 et dont l'ordre de déroulement lui-même fait l’objet de débats., sont les deux premiers épisodes attestés d'un profond différend qui s'est développé à l'intérieur même du mouvement des disciples de Jésus. Il oppose, de manière parfois très vive et durant plus d'une décennie, Paul, représentant les chrétiens d'origine grecque, à Pierre et Jacques, représentant les chrétiens d'origine judéenne.

redresse=1|vignette|gauche|Reconstitution de la ville de Jérusalem à l'époque de Jésus. Vue de l'enceinte fortifiée dans le secteur de l'Ophel. De manière plus générale, ces événements ont eu une incidence considérable sur les rapports entre les deux tendances principales : les « pauliniens », d'une part, qui soulignent la valeur de la croyance dans le Messie et les « jacobiens » et « pétriniens », d'autre part, qui soutiennent l'observance de la Torah : en d'autres termes, est-ce que le salut s'obtient par la croyance au Messie ou par l’observance de la Torah ? Les premiers sont à l’origine du courant rétrospectivement appelé « pagano-christianisme » et les seconds à celui nommé « judéo-christianisme ».