Ulmus, lOrme, est un genre de plantes à fleurs de la famille des Ulmaceae ou Ulmacées. Ce sont des arbres atteignant une trentaine de mètres (et rarement ). L'orme est un arbre de haute futaie, et fournit un excellent bois d'œuvre, pratiquement comparable au bois de chêne. Il a pratiquement disparu d'Europe de l'Ouest dans la seconde moitié du en raison de la graphiose. Le développement de cultivars résistants fait l'objet de recherches intenses depuis les années 1960. Depuis quelques années, l'orme est réimplanté dans la majorité des villes françaises.
Étymologie Le mot Orme présente une altération au de l'ancien français olme, lui-même issu d’ulmus, nom latin de la plante.
Le latin ulmus repose sur une racine indo-européenne *h₁élem « orme des montagnes » à l'origine des cognats balto-slave *elemas; celtique *lemos (d'où gaulois lemo-, limo- cf. Lemovices (Limousin, Limoges); vieil irlandais lem); germanique *elmaz (d'où anglais elm, ancien norrois almr (islandais álmur; suédois alm), gotique alms); breton oulm, etc.
Toponymie Lormes, localité de la Nièvre. La forme ancienne de l'orme, oulme (du latin ulmus, orme) a donné de nombreux toponymes, dont le nombre indique la grande fréquence de cet arbre :
L'Houmeau, l'Houme, Oulmes, etc. (Ne pas confondre avec le Houlme en Normandie, issu du norrois holmr, îlot, prairie au bord de l'eau) ; oulme a souvent évolué vers homme, donnant des toponymes du type de col de l'homme mort, cote du Mort-Homme, ou des patronymes du type Quatre-hommes, indiquant dans le premier cas, un col où se trouvait un orme mort, et dans le dernier, une personne habitant à proximité d'un groupe de quatre ormes (Ne pas confondre avec les noms du type le Homme ou le Hom en Normandie, issus du norrois holmr « ilôt, prairie au bord de l'eau ») ; le toponyme Ormoy en découle (plusieurs communes et hameaux)..
La forme celtique *lemos > gaulois lemo- / limo- est un éléments du nom de : Lémovices, peuple gaulois occupant l'actuel Limousin, dans lequel se trouve Limoges ; Lumeau#Lumeau, bois d'ormes, localité dans la région naturelle de Beauce en Eure-et-Loir. Limeil-Brévannes, localité du Val-de-Marne Newcastle-under-Lyme en Angleterre Ashton-under-Lyne en Angleterre
Description vignette|Contreforts racinaires. vignette|Fleurs en glomérules de l'orme glabre. Écorce fissurée, sauf chez les jeunes spécimens. Feuilles caduques, généralement alternées, simples, doublement dentées et souvent nettement dissymétriques à la base (comme chez le micocoulier) (ce qui permet la distinction avec les charmes qui ont des feuilles semblables mais symétriques). thumb|gauche|Rameau d'orme. Fleurs sans pétales et en glomérules rouges apparaissant en mars sur les rameaux de l'année précédente. Pollen ovale ou rond d'une taille de , relativement lisse ;Pollinisation anémogame (par le vent);Allergénicité : 1/5, allergies croisées possibles avec les pollens d'Ulmacée. Fruit ailé rouge-verdâtre aplati en forme de disque, dit samare ou akène ailé, dispersé par le vent, apparaissant en mars-avril avant les feuilles, groupé en boules. Il est mûr fin mai, et on peut le semer immédiatement après récolte. Ce fruit le rend donc angiosperme. Espèces proches : on distingue en Europe l'Orme champêtre, l'Orme lisse, l'Orme de montagne. En Amérique du Nord c'est l'Orme d'Amérique. Cependant de nombreux croisements et sélections ont été faits depuis plusieurs siècles. Selon Pierre Lieutaghi, il existe des hybrides et des clones parmi les populations cultivées, en particulier entre l'orme de montagne et l'orme champêtre.
Liste des espèces Selon :
Selon (les espèces fossiles sont signalées par une obèle ) :
Les taxons suivants sont présents en France : Groupe d’Ulmus laevis Ulmus laevis Pallas (1784) Groupe d’Ulmus carpinifolia Ulmus carpinifolia Gleditsch (1773) Ulmus carpinifolia var. cornubiensis (Weston) Rehd. Ulmus carpinifolia var. sarniensis (Loudon) Rehd. Groupe d’Ulmus glabra Ulmus glabra Huds. (1762) Ulmus pyrenaica Lapeyrouse (1813) Ulmus gallica Chevallier Ulmus corylacea Dumortier (1827) Groupe d’Ulmus minor Ulmus minor Miller (1768) Ulmus procera Salisb. (1796) Ulmus plotii Druce (1911 ?)
Une autre espèce est relevée dans la littérature : Ulmus carpaniflora : l'OrmeauAlan Mitchell et John Wilkinson, Arbres de France et d'Europe occidentale, Flammarion, .
Habitat L'orme forme des futaies appelées « ormaies ». En Suisse, il peut être associé pour constituer l'aulnaie alluviale, l'érablaie de ravin méso-hygrophile et la tillaie thermophile sur éboulis ou lapiez. A Genève, la frênaie-ormaie à prêle d'hiver est considérée comme hypothétique en raison de la maladie.
Ormes remarquables Le naturaliste J. Macquart cite parmi les arbres qui l'ont le plus impressionné deux ormes remarquables en Suisse : « (...) mais c'est particulièrement dans les environs de Genève que j'ai observé les arbres les plus remarquables. En parcourant la rive septentrionale du lac jusqu'à Villeneuve, j'ai vu dans une riante prairie près de la jolie petite ville de Morges deux Ormes aux dimensions colossales. Chacun d'eux avait à la sortie du sol 17 mètres de circonférence, et sa couronne était d'une très-grande étendue. Dès l'année 1541, ces Ormes étaient d'une grosseur remarquable. L'un d'eux a été renversé en 1824 », Arbres et arbrisseaux d'Europe et leurs insectes, par J. Macquart, Membre résident dans les Mémoires de la Société des sciences de l'agriculture et des arts de Lille, 1851 (page 197).
L'Orme Saint-Gervais est planté sur la place Saint-Gervais à Paris. La présence d'un orme à cet emplacement est attestée dès le , l'actuel a été planté en 1935.
Utilisations de l'orme L'orme était autrefois abondamment planté dans les régions de bocage pour servir de bois d'œuvre (il pouvait être émondé tous les sept ans environ, ce qui augmentait encore sa résistance à la courbure dans les charpentes). Résistant à l'eau quand il est immergé, à l'instar du chêne et de l'aulne, il a été notamment utilisé pour les moyeux de roues à aubes des moulins à eau, comme pilotis et pour les affûts de canon. Bois de marine, on s'en servait encore au pour les pompes, caisses de poulies, moques, barres, affûts et anspectsAntoine Joseph de Fréminville. Dictionnaire de marine à voiles et à vapeur. A. Bertrand, 1859. Lire en ligne.
Facilement bouturable, il a aussi beaucoup été planté en ville dès François et Henri IV, puis le long des boulevards et mails, comme arbre d'alignement pour former de l'ombre. Il était planté en quinconce autour des fermes et châteaux de nombreuses régions, dont celles du Nord de la France.
On l'a utilisé en Amérique du Nord pour ses « effets de tunnel ». L'orme d'Amérique avait en effet des qualités idéales pour une telle utilisation : croissance rapide ; large adaptation à différents climats et types de sols ; bois résistant au vent ; croissance évasée ne nécessitant pas de gros élagage.
Autres emplois La dureté de l'orme en a fait un bois de travail de choix, notamment pour des vis, roues, galoches (voir sabot), coques de bateaux d'échouage (flobarts). L'orme est également beaucoup élevé en bonsaï, principalement en utilisant l'orme de Chine (Ulmus parvifolia). Parvifolia signifiant « à petites feuilles », cette espèce se prête d'autant plus facilement au bonsaï. Utilisé comme bois d'arc, il servit à la fabrication des arcs. Les jeunes feuilles sont consommables crues ou cuites comme les épinards. Les samares encore tendres sont également comestibles et peuvent être ajoutées aux salades.
Usages alimentaires Dans certaines régions, la graine ou les samares (pourvues d’une aile membraneuse et groupées en bouquets) de l’orme Ulmus minor étaient traditionnellement mangées (par les garçons, en Sardaigne). En Norvège et en Chine, le liber d'orme était mélangé à de la farine ; il était également donné aux bébés et aux malades.
État, pressions, menaces pour les populations d'ormes Les grands ormes ont presque disparu d'Europe en quelques années à la suite de la diffusion du pathogène Ophiostoma novo-ulmi. On cherche à restaurer des populations génétiquement diversifiées pour qu'elles soient plus résilientesFiche BRG sur l'importance de la diversité génétique des forêts.
Dans les années 1990-2000, des recherches ont sélectionné quelques dizaines de clones supposés moins sensibles à la graphiose (INRA Nancy et Cemagref en France).. En Europe et en France depuis 1987 le Cemagref coordonne la conservation et l'étude génétique des ormes indigènes de neuf pays européens. Conservation ex situ : en France, près de 400 clones (300 U. minor, 80 U. laevis, 30 U. glabra) ont été collectés, obtenus de bouturage de pousses herbacées venant d'ormes apparemment indemnes, dans une dizaine de régions). Un petit conservatoire régional a été créé sur l’île de Chausey, abritant 70 clones de Basse-Normandie bouturés dans les années 1980 par la DRAE (ex-DIREN) avec l’association CREPAN. Il enrichit la collection nationale de Nogent-sur-Vernisson (Loiret) et de Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), conservée sous forme de haies basses, peu attractives pour l’insecte vecteur du pathogène. Quelques dizaines de clones sont aussi cryo-conservés par l’AFOCEL et d'autres (dont clones français) sont aussi cryo-conservés en France et en Allemagne. Conservation in situ : depuis 1998, le Cemagref et l'ONF travaillent aussi à la conservation in situ, avec les conservatoires botaniques et diverses ONG, dont en forêt pour U. glabra et U. laevis.
La graphiose
En 1825, François-Joseph Grille, sans employer le vocabulaire des écologues modernes, proteste déjà contre l'appauvrissement génétique des populations d'ormes trop volontiers clonés ou greffé au détriment de la richesse adaptative que permet le semis : « Les planteurs d'ormes se bornent trop souvent au moyen le plus facile, qui est de planter par rejeton et par éclats de racines ; mais ils en sont les dupes, et ils n'obtiennent que des sujets rabougris qui ne rapportent presque rien. On distingue au premier coup-d'œil, à la beauté de leur port et à la vigueur de leur végétation, les ormes de semis, et ceux à feuilles étroites greffés sur sujets écossais, dans les plantations d'agrément, dans les parcs, et sur les pelouses qui environnent les maisons de campagne. » Cette homogénéisation génétique a peut-être contribué à la rapide diffusion de la graphiose de l'Orme. thumb|left|Galeries de scolytes sous l'écorce d'un tronc d'orme. La graphiose de l'orme ou maladie hollandaise de l'orme a dévasté les ormes dans tout l'hémisphère nord depuis 1925 environ. Il s'agit d'une maladie fongique causée par un ascomycète, Ophiostoma ulmi, lui-même disséminé par divers coléoptères de la sous-famille des Scolytinae.C'est à la fin des années 1970 que la maladie des ormes est apparue pour la première fois à Paris. Aucun traitement n'a réussi à en venir à bout. Des injections dans les arbres malades en 1986-1987 ont été infructueuses. On comptait ormes parisiens avant l'épidémie, alors qu'aujourd'hui seuls survivent, dans les larges avenues parisiennes (avenue d'Italie, de Choisy, boulevard Lefebvre, de Grenelle, Garibaldi…) et deux très vieux rescapés (un au jardin des Tuileries devant l'Orangerie, et un autre, célèbre, place Saint-Gervais, derrière l'Hôtel de ville). Alors que, au , l'orme était la première espèce d'arbre à Paris, aujourd'hui, c'est l'une des moins répandues.
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Résistance à la graphiose
On cherche à développer des ormes résistant à la graphiose depuis 1960. La recherche est partie dans diverses directions : Hybridation entre l'orme d'Amérique et l'orme de Chine. Cela a produit des arbres plus résistants (des hybrides commerciaux sont disponibles). Toutefois, ces arbres sont plus petits que les ormes américains et n'ont pas sa forme en vase appréciée.