vignette|300px|Carte simplifiée de l'Europe en 1648.
La guerre de Trente Ans est une série de conflits armés qui ont déchiré l’Europe du au . Les causes en sont multiples, mais ses éléments déclencheurs sont la révolte de Bohême menée par la noblesse et l'aristocratie tchèque hussite contre le catholicisme imposé par le Saint-Empire romain germanique dirigé par la maison de Habsbourg, la répression qui s'ensuivit, et le désir des Habsbourg d’accroître leur hégémonie et celle de la religion catholique dans le Saint-Empire.
Ces conflits ont opposé le camp des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire, soutenus par la papauté, aux États allemands protestants du Saint-Empire, auxquels étaient alliées les puissances européennes voisines à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves, ainsi que la France qui, bien que catholique et luttant chez elle contre les protestants, entendait réduire la puissance de la maison de Habsbourg sur le continent européen.
Cette guerre a impliqué l'ensemble des puissances européennes selon qu'elles étaient pour ou contre le parti de l'empereur, à l'exception de l'Angleterre et de la Russie — qui ont néanmoins indirectement œuvré contre le parti des Habsbourg. L'emploi de mercenaires était la règle. Les combats se déroulèrent surtout dans les territoires d’Europe centrale dépendant du Saint-Empire, puis se portèrent sur la plaine de Flandre, le nord de la péninsule italienne ou encore dans la péninsule Ibérique. Les batailles, les famines, les massacres et les maladies ont provoqué plusieurs millions de morts, tant civiles que militaires. Cette « guerre civile européenne » a lourdement pesé sur la démographie et l'économie des États allemands et du royaume d'Espagne, et assis l'hégémonie de la France, qui s'épanouit davantage encore sous .
Parce que son principal théâtre d'opérations était le Saint-Empire, que la guerre menaçait son équilibre interne et qu'elle voyait se battre des Allemands dans les deux camps, elle a également été qualifiée de « guerre allemande » dès 1648..
La guerre de Trente Ans a été marquée sur le plan religieux par l'affrontement entre protestantisme et catholicisme et sur le plan politique par l'affrontement entre féodalité et absolutisme. Avec la paix de Westphalie, le problème politique d'obtention d'une paix civile se solde par la victoire de l'absolutisme. De ce modèle politique, théorisé par des philosophes tels que Bodin et Hobbes, naît ainsi le concept de l'État moderne, c'est-à-dire une entité exerçant dans ses frontières le monopole de la violence légitime et se défendant à l'extérieur par une armée nationale. Sur le plan religieux, le principe exprimé par la maxime latine Cujus regio, ejus religio, mot à mot : « à qui appartient la région, de celui-là la religion » : à chaque État, la religion (de son prince) se voit réaffirmée.
De cette manière, la paix de Westphalie jette les bases du jus publicum europæum (le « droit public européen ») : un système nouveau et stable de relations internationales, fondé sur un équilibre entre des États chacun titulaire de la souveraineté ; les guerres sont désormais conçues comme des conflits sécularisés d’État souverain à État souverain.
Les origines du conflit
vignette|gauche|La défenestration de Prague, survenue le , est l'étincelle déclenchant la guerre de Trente Ans. vignette|gauche|, roi de Bohême à partir de 1617, devient empereur romain germanique au début de la guerre. vignette|gauche|, électeur palatin, rival de l'empereur au déclenchement de la guerre, est élu roi de Bohême à la place de celui-ci en 1619.
Ses origines sont multiples, même si la première est l’opposition religieuse et politique entre catholiques et protestants luthériens ou calvinistes. D’autres ressortent : tentations hégémoniques ou indépendantistes, rivalités commerciales, ambitions personnelles et jalousies familiales y trouvent leur exutoire.
La défenestration de Prague de 1618, épisode relativement anodin, est l'événement déclencheur du conflit, mais la disproportion est grande entre l’étincelle initiale et la gravité et la durée du conflit, qui ne peuvent se comprendre que par l'existence de causes profondes qui atteignent leur paroxysme pendant la même période.
Catholiques contre protestants
Les tensions religieuses se sont également accrues pendant la seconde moitié du . La paix d'Augsbourg est mise à mal pendant cette période car des évêques convertis n'ont pas renoncé à leurs évêchés. Par ailleurs, le calvinisme se propage en Allemagne, ce qui ajoute une nouvelle confession. Les catholiques d'Europe orientale (Polonais et Autrichiens) souhaitent restaurer la primauté de la confession catholique.
Pour les Habsbourg : conserver l’hégémonie
Tout ceci dégénère en violence ouverte en 1606 dans la petite ville bavaroise de Donauwörth. La majorité luthérienne empêche la communauté catholique de faire une procession, ce qui déclenche une rixe. À la demande des catholiques, le duc intervient et impose le retour de la ville au catholicisme. Après ces combats, les calvinistes, encore peu nombreux en Allemagne, se sentent les plus menacés et fondent la Ligue de l’Union évangélique sous la direction de l’électeur , époux d’Élisabeth Stuart, fille de . Le Palatinat du Rhin, qui est en sa possession, est précisément l’un des territoires de la vallée du Rhin que convoite l’Espagne, pour pouvoir y faire passer librement ses troupes du Milanais vers les Pays-Bas. En réaction, les catholiques s’unissent en 1609, sous la direction de Maximilien de Bavière et sous la bannière de la Sainte Ligue (catholique).
Un conflit indépendant, la guerre de Quatre-Vingts Ans entre l'Espagne et les Provinces-Unies, contribue à faire converger vers les pays allemands les armées espagnoles, alliées de l’Empire. En effet, l'Espagne ne dispose plus, depuis la déroute de l’Invincible Armada, de la suprématie sur les mers. Le passage des troupes par la voie maritime (océan Atlantique, Manche, mer du Nord) étant trop risqué, le moyen le plus sûr pour faire passer les troupes espagnoles de la péninsule ibérique vers le lieu des affrontements aux Pays-Bas espagnols est une route passant par la Méditerranée, Gênes, le Milanais, les cols alpins de la ValtelineActuelle vallée de l'Adda. Voir . et la vallée du Rhin. Le jeu des alliances focalise sur ces différentes contrées l’affrontement entre les puissances rivales.
L’empereur , également roi de Bohême, est sans descendance : se pose donc le problème de sa succession et de la conservation du titre impérial par les Habsbourg. Matthias souhaite que celui-ci revienne à son cousin germain Ferdinand de Styrie. Or, le roi de Bohême (titre électif en droit, mais habituellement dévolu à un Habsbourg) est un des sept princes-électeurs : Matthias abandonne le titre de roi de Bohême en 1617 et lui succède, avec la perspective de pouvoir ainsi accéder à la dignité impériale à la mort de Matthias. Mais les Tchèques avaient obtenu du précédent empereur, , par une lettre de majesté de 1609, des prérogatives leur assurant une certaine autonomie et des garanties concernant la liberté religieuse.
Or, , catholique zélé qui a été éduqué chez les jésuites, veut voir revenir la Bohême dans le giron de l’Église catholique. survenus entre l’archevêque de Prague et les luthériens amènent le à convoquer une diète. Le roi s’y oppose par une lettre.
La défenestration de Prague
Le , dans du Château de Prague, les Défenseurs de la foi hussite rencontrent deux émissaires catholiques de , Martinitz et Slawata : ceux-ci sont passés par la fenêtre avec leur secrétaire, sans être sérieusement blessés car ils tombent sur un tas d’ordures. Le « tas d'ordures » n'est pas toujours cité. , disant s'appuyer sur les mémoires de l'un des « défenestrés », Slawata, dit simplement qu'ils tombèrent dans le fossé dont ils sortirent par leurs propres moyens .. Cet événement mineur, appelé la « défenestration de Prague », marque le début de la guerre de Trente Ans. La Révolte de Bohême est soutenue et accompagnée avec plus ou moins de conviction par les États voisins de Moravie, Silésie et Lusace.
Le , l’empereur Matthias meurt. Mécontents de leur nouveau roi, les Tchèques déposent le et élisent à sa place l’électeur palatin (et ardent calviniste) Frédéric V, le ,
Les nouvelles de Bohême ne sont pas parvenues à Francfort et est élu empereur : s’appuyant sur la Sainte Ligue et sur son cousin , se met en devoir de mater la révolte tchèque et d’éliminer son rival . De fait, ce dernier va très vite mécontenter ses sujets du fait de sa méconnaissance du pays et de son calvinisme intransigeant.
Belligérants Situation des États belligérants de la guerre de Trente Ans
Liste des principaux acteurs
Le Saint-Empire romain germanique (1578 – 1637) (1608 – 1657) Charles-Bonaventure de Longueval, comte de Bucquoy (1571 – 1621) Albrecht von Wallenstein (1583 – 1634) Matthias Gallas (1584 – 1647) Gottfried Heinrich von Pappenheim (1594 – 1632) Ottavio Piccolomini (1599 – 1656) Peter Melander (1585 – 1648) Jean de Werth (1595 – 1652) Raimondo Montecuccoli (1609 – 1680)
La Ligue catholique (1573 – 1651) Jean t'Serclaes, comte de Tilly (1559 – 1632) Franz von Mercy (1590 – 1645)
L’Union évangélique (1596 – 1632) (1568 – 1630) Heinrich Matthias von Thurn (1567 – 1640) Ernst von Mansfeld (vers 1580 – 1629) Georg Friedrich de Bade-Durlach (1573 – 1638) Christian de Brunswick (1599 – 1626) Bernard de Saxe-Weimar (1604 – 1639)
L'Espagne (1578 – 1621) (1605 – 1665) Ferdinand d’Autriche, dit le « Cardinal-Infant » (1609/1610 – 1641) Gaspar de Guzmán, comte-duc d'Olivares (1587 – 1645) Ambrogio Spinola (1569 – 1630)
Le Danemark (1577 – 1648)
La Suède (1594 – 1632) Axel Oxenstierna (1583 – 1654) Johan Banér (1596 – 1641) Gustaf Horn (1592 – 1657) Lennart Torstenson (1603 – 1651) Carl Gustaf Wrangel (1613 – 1676)
La France (1601 – 1643) Richelieu (1585 – 1642) Jules Mazarin (1602 – 1661) (1621 – 1686) Turenne (1611 – 1675) François-Henri de Montmorency-Bouteville (1628 – 1695) Louis de Nogaret de la Valette (1593 – 1639)
La Transylvanie Gabriel Bethlen (1580 – 1629)
Une guerre familiale Ces souverains régnants qui s’affrontent si longuement ont d'étroites parentés : tous deux membres de la maison de Wittelsbach, est cousin catholique du protestant , oncle et beau-frère de l'empereur ; est aussi un beau-frère de et de ; , beau-frère de , est également beau-frère de Louis XIII et ayant épousé deux sœurs de ., de et (de deux façons) de , lui-même cousin puis gendre de l’empereur ; Un arbre généalogique, partiel, peut être consulté dans l'ouvrage de ..
Financement de la guerre vignette|Les Grandes Misères de la guerre, série d'eaux-fortes réalisées par Jacques Callot, dépeignent les malheurs occasionnés par la guerre.
Les exactions sont nombreuses : tortures, massacres en masse d’innocents, viols, assassinats, etcLes petites misères de la guerre. 4, Pillage et incendie d'un village : estampe de Jacques Callot, Gallica/BnF .. Des épisodes comme ceux du sac de Magdebourg, les atrocités commises au Palatinat ou en Franche-ComtéMémoire des guerres de la Comté de Bourgogne . par exemple, marquent les esprits pour des décennies et restent dans la mémoire collective pendant plus d’un siècle, alimentant en chaîne le cycle infernal des représailles et de la vengeance. Certaines régions de l’Allemagne ou de la France actuelles comme la Lorraine sortent de cet interminable conflit ruinées, dévastées, dépeuplées pour de longues annéesLes grandes misères de la guerre, La pendaison : estampe de Jacques Callot, Bibliothèque nationale de France, ..