La langue des signes française (LSF) est la langue des signes utilisée par une partie des sourds et leurs proches en France. La LSF est une langue à part entière et est l'un des piliers de l'identité sourde de la culture sourde.

La LSF est pratiquée par dans le monde dont environ en France en 2019.

Histoire

Pendant longtemps, les sourds et malentendants, isolés, n'ont pu enrichir leurs langues en signes nouveaux et ont dû se contenter d'une gestuelle simpliste ; de ce fait, ne disposant pas d'une langue élaborée, ils passaient parfois pour simples d'esprit. C'est dans les familles de sourds qu'ont pu s'élaborer les premiers fondements de la LSF, et c'est en se regroupant que les sourds ont pu enrichir leur langue..

L'histoire des sourds et de la communauté sourde prend ses racines dès l'existence de personnes sourdes, soit certainement depuis le début de l'humanité. Selon Platon et Aristote, la surdicécité ne permettait pas l'accès au langage (vocal), et donc ne permettait pas l'accès à la raison. Par la suite se développa une hiérarchie des sens. Parmi eux, l’audition était vue comme la porte de la vie éternelle, tandis que la surdité renvoyait à la mort de l’âme.

Pourtant, dès les , Saint Jérôme et Saint Augustin avaient reconnu l’existence d’une gestualité chez les sourds. Ils l'élevèrent même au statut de langue à part entière, permettant de les mener à la foi, §2.. . L'abbé de L'Épée et successeurs

L'abbé Charles-Michel de L'Épée est, en 1760, le premier entendant connu à s'intéresser aux modes de communication des « sourds-muets » en observant deux sœurs sourdes dialoguer par gestes ; il découvre l'existence d'une langue des signes. Il décide alors de regrouper une trentaine d'enfants sourds pour les instruire. Il organise son enseignement de façon collective alors que, jusque-là, l'éducation d'un enfant sourd était individuelle et dispensée par un précepteur, puisque centrée sur l'apprentissage de la parole. Il apprend lui-même la langue des signes grâce à ses élèves et démontre les progrès obtenus jusque devant la Cour de France. C'est ainsi qu'il peut ouvrir une véritable école pour sourds qui deviendra l'Institut national des jeunes sourds, aujourd'hui situé rue Saint-Jacques, à Paris..

À la mort de l'abbé de l'Épée en 1789, l'abbé Sicard lui succède et tente d'imposer un langage gestuel conventionné et agrémenté d'une grammaire de « signes méthodiques » qui sera abandonné par la suite.

Alors que la langue des signes française rayonnait, elle était au seuil de son déclin. Selon Yann Cantin, * ..

Congrès de Milan de 1880 et interdiction de la langue des signes en classe Cependant, les oralistes considèrent que les sourds doivent apprendre à parler pour s'intégrer dans la société. Le congrès de Milan en 1880 décrète l'abandon de la langue des signes dans l'enseignement. Trois raisons sont invoquéesFlorence Encrevé, « Réflexions sur le congrès de Milan et ses conséquences sur la langue des signes française à la fin du », Le Mouvement Social 2008/2 (), : la LSF ne serait pas une vraie langue, la parole aurait été donnée par Dieu comme moyen de communication, et les signes empêcheraient les sourds de bien respirer, ce qui favoriserait la tuberculose. Cette interdiction dure près de cent ans, pendant lesquels les professeurs sont entendants et utilisent exclusivement la méthode oraliste. Cependant, malgré l'interdiction d'utiliser les signes en classe, la LSF ne disparaît pas, les sourds se la transmettant de génération en génération, la plupart du temps pendant la récréation.

Dans cette époque, il faut surtout mentionner Ferdinand Berthier (1803-1886) : « Militant culturel de la LSF », comme il aimait lui-même à se caractériser. Cet infatigable militant fut longtemps méconnuFlorence Encrevé, « Ferdinand Berthier, le « Napoléon des sourds-muets » », site La Noétomalalie Historique, 17 mars 2013.

Du milieu du à aujourd'hui En 1960 aux États-Unis, William Stokoe, le premier chercheur à s'intéresser à la langue des signes comme objet scientifique, dans le désir de rédiger un dictionnaire de la langue des signes américaine, porte une réflexion plus approfondie sur la langue des signes en elle-même. Mai 68 a joué un rôle pour la communauté sourde en ce qui concernait les revendications autour de la reconnaissance et le droit à la différence. Les années 1970 marquent le début du « réveil sourd », le début d'une prise de conscience en tant que communauté : en 1971 un congrès mondial de la Fédération des sourds se tient à Paris ; en 1973 se crée l'UNISDA (Union Nationale pour l'Intégration Sociale des Déficients Auditifs), institution grâce à laquelle naît en 1975 en France, un journal télévisé où l'on peut voir comment se développe la culture sourde américaine. En 1975, des sourds français assistent au congrès de la Fédération Nationale des Sourds à Washington aux États-Unis, où ils peuvent constater que la langue des signes américaine (ASL) est un droit, qu'il y a un développement d'une culture sourde, ainsi que des interprètes. En 1976 le premier observatoire linguistique de la langue des signes s'ouvre à Washington, avec notamment le sociologue Bernard Mottez mais aussi Harry Markowicz. Un an plus tard l'Institut Visual Theater ouvre ses portes à Paris. En 1992, un film documentaire de Nicolas Philibert sort : Le Pays des sourds, un film qui montre l'omniprésence de l'oralisme forcé dans la vie d'un sourd, et dans la communauté sourde.

Au-delà du handicap, une distinction se fait donc : « Se pose la question de la pertinence de faire la distinction entre une personne sourde, porteuse d'un handicap, et un Sourd, avec le «s» majuscule pour désigner la personne membre d'une communauté, ou qui fait partie d'un groupement de personnes qui utilisent la langue des signes. »

En 1991, la loi Fabius favorise le choix d'une éducation bilingue pour les sourds, la LSF et le français écrit/oral, marquant ainsi la fin de l'interdiction de la LSF en cours depuis le congrès de Milan.. La Loi -102 du 11 février 2005 reconnaît la LSF comme « langue à part entière »Elle modifie l' : « La langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière. Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française. ». Aujourd'hui, des instituts — certains privés — ou des associations ont de nouveau intégré la LSF dans leur enseignement. Les professeurs sourds n'ont pas de statut officiel dans l'Éducation nationale : les professeurs entendants signent, aidés par des éducateurs sourds.

La LSF est depuis 2008 devenue une option au baccalauréat.

Glottophobie envers la langue La langue des signes française, née au , a donc, comme toutes les langues autres que le français standard, été combattue et même explicitement interdite en France à partir de 1880, surtout à l'école. La LSF n'a été autorisée à l'école qu'à partir de 1991 mais n'était toujours pas considérée comme une langue (en fait elle était perçue par les autorités comme une sorte de « patois gestuel » de substitution). Il a fallu attendre 2005 pour qu'une loi lui reconnaisse en France le statut de « langue » mais avec aucun autre attribut juridique..

Reconnaissance légale En France, le décret de la loi du reconnaît la langue des signes française comme « langue à part entière » dans le code de l'éducation: « Art. L. 312-9-1: La langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière. Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française. Le Conseil supérieur de l'éducation veille à favoriser son enseignement. Il est tenu régulièrement informé des conditions de son évaluation. Elle peut être choisie comme épreuve optionnelle aux examens et concours, y compris ceux de la formation professionnelle. Sa diffusion dans l'administration est facilitée. »

Linguistique

Alphabet dactylologique français L'alphabet dactylologique ou alphabet manuel est la façon de transcrire l'alphabet latin en signes. Il est utilisé pour épeler les noms propres ou les mots n'existant pas encore en LSF. La dactylologie de la LSF se fait d'une seule main, alors que les langues de la famille de la langue des signes britannique se pratiquent avec les deux mains.

Grammaire La grammaire de la LSFle site du gouvernement français donne les éléments de la grammaire de la LSF est « en 3D », c'est-à-dire qu'il est possible d'exprimer plusieurs idées simultanément, ce qui la différencie de la grammaire française linéaire. Par exemple, le francophone va dire : « Hier je me suis super bien amusé à la fête… » en mettant les mots dans cet ordre, tandis que le signeur va signer sur la ligne du temps que c'était « hier », signer le mot « la fête » et qu'il s'est « super bien amusé » en utilisant les intensifs du visage et des gestes.

La langue des signes française a une grammaire différente du « français en signes » (la syntaxe est différente et elle utilise des signes pour les mots).

Clefs de la grammaire LSF

Expressions du visage pour indiquer le sens de la phrase. Par exemple, pour poser une question totale (qui sollicite une réponse par « oui » ou « non »), le locuteur aura les sourcils froncés pendant sa phrase. En revanche, une question ouverte comme « Où vas-tu en vacances ? » sera posée avec un haussement des sourcils, également utilisé pour les intensifs par exemple « très » ou « beaucoup »… La ligne du temps : il n'existe pas de conjugaison en LSF, il suffit au signeur de situer l'action sur la ligne du temps (perpendiculaire à lui : derrière son épaule le passé, au niveau de son corps le présent et devant lui le futur). Transferts : des gestes pronominaux montrant le rôle ou la forme du référent. Pour faire référence à un homme, le locuteur utilisera son index vers le haut, mais pour parler d'une voiture, il utilisera la main à plat. Les noms pour homme et voiture sont différents des pronoms décrits. Les verbes de mouvement peuvent également être signés pour indiquer la direction : « La voiture tourne à gauche » sera le classificateur de « voiture » tournant à gauche. Autre exemple‚ « Un homme monte l'escalier » se fera par deux doigts imitant les jambes montant un escalier, dans un mouvement pouvant être différent selon qu'il s'agit d'un escalier classique ou en colimaçon… Pour raconter quelque chose et parler de personnes absentes le signeur définit sa place et celle des autres dans l'espace, à la manière d'une mise en scène théâtrale, il est ainsi plus facile de comprendre et de suivre visuellement de qui il s'agit et quels sont les rapports entre les personnages. Les verbes uni et pluri-directionnels : Les verbes pluri-directionnels. Pour signer « Je te téléphone », le locuteur fera le signe « téléphone » de lui vers son interlocuteur. En revanche, « Tu me téléphones » se fera en signant « téléphone » de l'interlocuteur vers le locuteur. Les verbes unidirectionnels : qu'on utilise le « je », le « tu » ou le « il » le verbe aura la même forme comme les verbes « aller », « manger ». La syntaxe de la LSF est un sujet de recherche. Elle est parfois enseignée comme une langue d'ordre libre ou une langue OSV (objet sujet verbe), mais certains chercheurs pensent que les choses sont un peu plus subtiles. (On peut se référer notamment aux travaux de Christian Cuxac, enseignant-chercheur à Paris .)

L'ordre des mots est le suivant : tout d'abord le temps, puis le lieu, ensuite le sujet et enfin l'action, ce qui est logique puisque la pensée visuelle des sourds entraîne une mise en scène systématique de ce qui se dit : le décor est tout d'abord planté, les acteurs entrent ensuite en scène et l'action peut enfin débuter…

Vocabulaire et genèse des signes vignette|Le mot « poème » exprimé en signes par Levent Beskardes pour la série photographique « Les mots du silence » de Jennifer Lescouët