Lîle de Man ( ; et ou Prononciation en anglais britannique (Received Pronunciation) retranscrite phonémiquement selon la norme API. Voir . ; et Prononciation en mannois retranscrite phonémiquement selon la norme API. ; ) est un territoire formé d'une île principale et de quelques îlots situés en mer d'Irlande, au centre des îles Britanniques. L'île de Man est une dépendance directe de la Couronne britannique, étant une propriété du souverain britannique, actuellement le roi , qui agit en qualité de « seigneur de Man » mais lui laisse une large autonomie politique et économique. Du fait de ce statut et d'une politique fiscale très avantageuse, elle est considérée comme l'un des lieux privilégiés par l'évasion fiscale, acquérant une réputation de paradis fiscal, notamment depuis les révélations des « Paradise Papers »..

L'île de Man a un peuplement celtique depuis la protohistoire ; elle devient un royaume viking au Moyen Âge, mais l'influence anglo-saxonne s'y fait sentir. Les Scandinaves y ont fondé un système politique basé sur le principe des « citoyens libres » et s'organisant autour du Tynwald (qui serait le plus ancien parlement en fonctionnement continu au monde). Elle fait aujourd'hui partie des six nations celtiques (avec l'Irlande, les Cornouailles, la Bretagne, l'Écosse et le pays de Galles) reconnues par le Congrès celtique et la Ligue celtique.

Géographie vignette|Photo satellite de l'île de Man. left|200px|thumb|Carte de l’île de Man. thumb|Vue aérienne du Nord de l'île de Man avec Peel, Kirk Michael et Ramsey. thumb|Le Snaefell, point culminant de l'île de Man.

Présentation L'île de Man est située dans la mer d'Irlande, à des côtes d'Écosse, à de celles d'Angleterre et à de celles d'Irlande.

L'île de Man est relativement grande (, de long sur 21 de large), mais peu élevée ( d’altitude maximale). Elle est entourée par quelques petites îles comme Calf of Man et Saint-Patrick. Sa végétation est principalement formée de landes et de prairies.

Comme l'Écosse, elle repose sur un vieux socle hercynien constitué de schistes. Rehaussée par un mouvement tectonique, puis rabotée par les glaces du quaternaire, l'île culmine, au mont Snaefell, à . Au nord, les moraines ont engendré une plaine triangulaire, qui contraste avec les montagnes de l'intérieur.

Climat thumb|left|Neige sur le sommet du Snaefell.

Le climat de l'île de Man est typiquement océanique grâce aux effets de la dérive nord atlantique (Köppen : Cfb), (Trewartha: Dolk). Il est ainsi caractérisé par une grande douceur et une faible variation des températures : février est généralement le mois le plus froid de l'année avec 6,2 °C de température moyenne (les périodes de gel et de neige étant très peu fréquentes et ne durant pas longtemps) tandis que les mois de juillet et d'août sont les plus chauds avec une température maximale de , la température maximale enregistrée sur l'île de Man étant de dans le Ronaldsway Isle of Man Government - Geography.

Protection environnementale et biodiversité thumb|Un chat manx. En mars 2016, l'île de Man a été reconnue réserve de biosphère par l'Unesco..

Il existe aujourd'hui deux races d'animaux spécifiques à l'île de Man. Une célèbre race de chat originaire de l'île de Man, le manx, a pour caractéristique d'avoir une queue très courte, voire absente. Il possède également des pattes arrière plus petites que la plupart des chats. Ces chats font office de symbole de l'île sur des pièces d'argent ainsi que des timbres alors que le gouvernement mannois gère directement un centre de reproduction afin d'assurer la continuité de la race..

Autre race typique de l'île, le mouton loaghtan. Sa laine est brun foncé et il possède entre quatre et six cornes. Sa viande est considérée comme un mets délicat Ellan Vannin, « Farming the Manx Loaghtan sheep », BBC Isle of Man, 16 novembre 2009.. Il existe plusieurs troupeaux sur l'île, et d'autres élevages se trouvent également en Angleterre et à Jersey.

Le genévrier Juniperus communis a disparu de l'île au . Il a subi un déclin majeur après son utilisation abusive pour en faire du bois de feu ou du gin. Un changement climatique est suspecté d'avoir rendu le reste de la population infertile.

Échappés d'un enclos, des wallabys forment une colonie sur l'île depuis les années 1960.

Étymologie L'île de Man est évoquée par plusieurs auteurs de l'Antiquité sous des noms différents : moez ManuOn trouve aussi dans certains textes latins, notamment ceux de Jules César, la forme Mona, mais, celle-ci s'appliquant d'ordinaire à l'île d'Anglesey, on peut la considérer comme erronée lorsqu'il s'agit d'identifier l'île de Man., Monapia (Pline, 23), Eumonia (Annales de Wahes, vers 125), Monaœda (Ptolémée, 139), Mevania (Paul Orose, 416), EuboniaLa forme Eubonia sera utilisée jusqu'en 1393 dans un acte décrivant le transfert de l'île entre le comte de Salisbury et celui de Wiltshire. Cf. John Quine, The Isle of Man, Cambridge University Press, Cambridge, 1911. (Nennius, 853), Manann ou Manand (Annales irlandaises, 1084-1496), Mön ou Maon (dans les sagas islandaises, vers 1240)Hervé Abalain, Destin des langues,éd. Ophrys, 1989, .. La forme galloise est Manaw. Une croix du se trouvant à Kirk Michael porte une inscription en runique dont l'un des termes se lit Mon (prononcé Maon) John Quine, The Isle of Man, Cambridge University Press, Cambridge, 1911.. En langue mannoise, l'expression « île de Man » se traduit par Ellan Vannin ; ellan désigne une « île », Vannin est la forme lénifiée de Mannin (« Man » en français, « Man » ou « Mann » en anglais). Selon Hervé Abalain, le terme Mannin peut désigner tout simplement une île. Il propose ainsi de considérer l'exemple de Mainland dont la forme man- signifie « île ».

Le nom moderne Man semble dérivé, par le latin, du gaélique écossais Mana ou du vieil anglais Monig. Ce nom était donné autrefois tant à l'île de Man qu'à un district d'Écosse dont la racine subsiste encore dans les toponymes Slamannan et Clackmannan. Selon John Rhys, le nom pourrait provenir d'une racine indo-européenne Manavio, génitif singulier de Manavionos.

Histoire

Préhistoire

Des recherches récentes tendraient à démontrer qu'avant 8500 av. J.-C., Man était reliée à la Cumbria au moyen d'une bande de terre qui a progressivement été envahie par la merA New History of the Isle of Man Volume 1 - The Evolution of the Natural Landscape, Éd. Richard Hiverrell et Geoffrey Thomas, , Liverpool University Press, 2006 , p. 295-296.. Il n'existe pas de preuve pourtant qu'à cette époque Man était habitée.

L'arrivée de groupes humains sur l'île de Man semble toutefois antérieure d'au moins mille années aux principaux vestiges du Néolithique que l'on trouve sur plusieurs sites.

C'est le Néolithique qui a laissé le plus de vestiges sur l'île de Man Vaughan Robinson, Danny McCarroll, The Isle Of Man. Celebrating A Sense Of Place, Liverpool University Press, 1990 .. Le site de Minorca, près de la petite ville de Laxey, abrite un cairn, dénommé la « tombe du roi Orry » et attribué à tort au héros mannois Godred Crovan (mort en 1095). Cette tombe de de long lui est très antérieure et date de -4000 environ.. On date de la même période le site de Mull Hill, au sud de l'île, cercle de pierres de de diamètre Description du cercle de Meayll.. Le site de Cashtal yn Ard, dans la paroisse de Maughold, lui, est plus récent (-2000)..

Cette époque marque aussi le début des structures militaires défensives, comme sur la colline de South Barrule. Deux remparts circulaires fortifiés laissent supposer que la communauté y ressentait la nécessité de s'unir pour faire face à l'adversité..

Période celte vignette|Ruines de la cathédrale Saint-German, sur l'île de Saint-Patrick. L'installation des peuples celtes remonte vers 500 av. J.-C. La langue mannoise, appartenant à la branche gaélique des langues celtiques, ne se différenciera de l'erse qu'à partir du .

Il est communément admis que le christianisme fut importé sur l'île de Man par le moine irlandais Patrick et que, par la suite, des moines venus de pays celtiques, et de l'Irlande en particulier, effectuèrent des voyages missionnaires à partir de l’an 500.

Ces missionnaires contribuèrent à l'édification de petites chapelles dans lesquelles ils priaient. Mais l'exiguïté des lieux obligeait à pratiquer les baptêmes et la prédication à l'extérieur.

On recense sur l'île celtiques (nommées keeills) remontant probablement à cette époque, mais il en existait au moins 174 que des documents anciens citent. Ces croix étaient généralement érigées sur des monuments funéraires. De nombreuses églises et chapelles ont été édifiées sur l'emplacement de keeills.

Période scandinave

thumb|left|Le château de Peel. On peut dissocier deux époques durant la domination scandinave de l'île de Man : avant la conquête de l'île par Godfred Crovan, en 1079, et après cette conquête. La première période a été marquée par la guerre, alors que la seconde est plus pacifique.

Entre 800 et 815, les Vikings sont venus à Man essentiellement pour le pillage. Entre 850 et 990, ils s'établissent sur l'île et cette dernière passe sous le contrôle des rois scandinaves de Dublin. Entre 990 et 1079 enfin, l'île est sujette des puissants jarls des Orcades.

Durant toute la période scandinave, l'île a été nominalement sous la souveraineté des rois de Norvège, mais ces derniers n'ont eu que rarement l'occasion de faire valoir leurs droits, à l'exception de Harald de Norvège en 885, de Magnus de Norvège, à la fin du , et de Håkon de Norvège, à partir de 1217.

Peu de choses sont connues sur Godfred , qui a conquis Man en 1079. Il aurait établi sa domination sur Dublin et la plus grande partie du Leinster. Il est resté dans les traditions de l'île de Man sous le nom de Roi Gorse, ou Orry. Les îles placées sous son contrôle sont appelées Sudr-eyjar, les îles du Sud (île de Man et toutes les petites îles à l'ouest de l'Écosse), par opposition aux Nordr-Eyjar, les îles du Nord (Orcades et Shetland).

Le fils de Godfred , Olaf de Man, exerce un pouvoir considérable et son alliance avec les rois d'Irlande et d'Écosse est si bien établie que l'île connaît la paix pendant l'ensemble de son règne (1137-1152). Durant les années 1130, l'Église envoie Wimund sur l'île de Man pour qu'il y fonde le premier évêché. Peu de temps après, il abandonne son épiscopat et se lance dans la piraterie à travers l'Écosse et les îles voisines.

Le fils d'Olaf , Godfred de Man, règne momentanément sur Dublin, avant de perdre une partie des îles, à l'exception de celles situées sur la côte d’Argyll.

Au début du , Ragnald de Man prête hommage au roi d'Angleterre Jean sans Terre. C'est la première fois que l'Angleterre s'immisce dans les affaires de l'île. Il y aura toutefois une longue période de domination écossaise avant que l'île ne devienne vraiment anglaise.

Période britannique thumb|James Stanley, comte de Derby, dit « le Grand Stanley », seigneur de Man de 1627 à 1651. Les décennies qui suivent sont le théâtre de rivalités entre Écosse et Angleterre pour la domination de l'île de Man. Mais la dynastie écossaise s'affaiblissant dès la fin du , c'est sans opposition que le roi d'Angleterre Édouard revendique l'île et en prend possession en 1290.

En 1333, le nouveau roi, Édouard III, remet l'île à William Montagu, premier comte de Salisbury. Plusieurs souverains à la solde de l'Angleterre vont dominer l'île de Man, mais il faudra attendre 1405 pour voir une dynastie s'y installer à long terme : les comtes de Derby. Leur représentant emblématique, James Stanley, dotera l'île d'infrastructures défensives et politiques de qualité. La dynastie des Derby se poursuivra jusqu'à James Stanley, de Derby, qui mourra le 1736 sans héritier mâle. Si son titre de comte de Derby passe à son cousin Edward Stanley, celui de seigneur de Man et de baron Strange reviennent en revanche à la maison d'Atholl, représentée par James Murray.