Le Séminaire des Missions étrangères de Paris, ou Séminaire des Missions étrangères (Seminarium Parisiense pro Missionibus ad exteras gentes), est une maison de formation de prêtres missionnaires français à Paris. Il a été fondé en 1663 par François Pallu, disciple d'Alexandre de Rhodes. Le séminaire est dirigé par la Société des Missions étrangères de Paris depuis sa fondation.
Délocalisé à Meudon, puis Bièvres à la fin du , le Séminaire accueille aujourd'hui principalement le Conseil des Missions étrangères ainsi que des prêtres asiatiques qui se forment à l'Université catholique de Paris. Le Séminaire des Missions étrangères accueille aussi la formation des Volontaires des Missions étrangères et les sessions de formations des aspirants aux Missions étrangères, qui sont formés dans différents séminaires en France et à Rome.
Histoire La fondation d'un « Séminaire pour la Conversion des Infidèles dans les Paÿs estrangers » thumb|Dans sa lettre patente approuvant la fondation du Séminaire des Missions étrangères, Louis XIV avait demandé que le Séminaire soit appelé le Séminaire pour la conversion des Indifèles dans les paÿs estrangers, mais c'est finalement le nom de Séminaire des Missions étrangères qui l'emporte.
Pendant leur séjour à Rome en 1658, Pierre Lambert de La Motte et François Pallu, les deux fondateurs principaux des Missions étrangères de Paris, rédigent un Mémorial qui contient déjà le projet de l'établissement d'un séminaire à Paris pour « vaquer à la conversion des infidèles »Jean-Baptiste Etcharren, Les grandes dates de l'Histoire des Missions étrangères, in La Société des Missions étrangères de Paris : 350 ans à la rencontre de l'Asie 1658-2008, ouvrage collectif sous la direction de Catherine Marin, Éditions Karthala, 2011, p. 19..
Après avoir rassemblé le premier groupe d'aspirants aux Missions à Château de la Couarde à La Queue-les-Yvelines, où les futurs missionnaires sont accueillis par Madame de Miramion, bienfaitrice des Missions, François Pallu, premier vicaire apostolique, obtient en 1663, l’achat de la propriété de l’évêque de Babylone Jean Duval, entre la rue du Bac et la rue de Petite Grenelle, que concrétise le projet d’un établissement spécifiquement destiné à la formation des candidats aux missions lointaines. Le père Vincent de Meur en est élu premier supérieur le Notice biographique de Vincent de Meur sur le site des Archives des Missions Etrangères de Paris, Site officiel des Archives des Missions étrangères de Paris, consulté le 21 mars 2017..
La reconnaissance du Saint-Siège est accordée le . Dans sa lettre patente approuvant la fondation du Séminaire des Missions étrangères, Louis XIV avait demandé que le Séminaire soit appelé le Séminaire pour la conversion des Indifèles dans les paÿs estrangers, mais c'est finalement le nom de Séminaire des Missions étrangères qui l'emporteJean-Baptiste Etcharren, Les grandes dates de l'Histoire des Missions étrangères, in La Société des Missions étrangères de Paris : 350 ans à la rencontre de l'Asie 1658-2008, ouvrage collectif sous la direction de Catherine Marin, Editions Karthala, 2011, p. 20.. La définition du statut juridique du Séminaire sera fixée dans les années suivantes. Placé sous la juridiction de l’abbé de Saint-Germain de 1663 à 1668, il passera ensuite sous celle de l’archevêque de Paris, par le règlement de 1716, complété celui de 1700 sur règlement de la maison de Paris. Cette juridiction de l’archevêque de Paris, qui fait du Séminaire un établissement autonome des missions dont ils gérait les biens, sera la cause de tensions entre les vicaires apostoliques et les directeurs du Séminaire.
En 1672, sept ans après la rédaction des Monita ad Missionarios issus du premier synode réuni en 1665 à Ayutthaya par les premiers vicaires apostoliques, dont Pierre Lambert de la Motte, qui fixent les premières règles de conduite des missionnaires, François Pallu se fait le porte-parole d’une demande de préparation plus spécifique à la pastorale missionnaire avant le départ des aspirants. En plus de la lecture du concile de Trente, du Catéchisme et du Rituel romain, ainsi que des Aphorismes de Corvinius pour le droit canon, il y est recommandé de veiller de façon primordiale à la formation spirituelle des aspirants.
Entre 1674 et 1680, trois volumes des Relations des Missions et des voyages des évêques français et de leurs missionnaires sont publiés dans le but de susciter des vocations. Si les besoins des missions sont croissants, le discernement n'en est pas moins rigoureux. Monseigneur Pallu est catégorique, dans son choix de faire primer la qualité sur la quantité.
À partir de 1687, le séminaire héberge donc de plus en plus de jeunes aspirants qui ne sont pas encore prêtres « pour avoir le temps de mieux les former ». En 1700, il y a une trentaine de missionnaires issus du Séminaire de la rue du Bac en Asie.
Le est une période de crises religieuse, politique et économique qui bouleversent la société française. Pendant 49 ans, jusqu'à sa mort en 1736, le père Jacques-Charles de Brisacier participe comme supérieur du Séminaire à la construction de ses bâtiments. Les débuts de son administration sont marqués par la construction de la Chapelle des Missions étrangères, dont la première pierre est solennellement posée le ; il fait également construire le Séminaire tel qu’il resta jusqu’en 1869, sauf les modifications intérieures aménagées vers 1745. Les querelles avec les jésuites, les désaccords internes et les rebondissements de la crise janséniste ont malheureusement des effets très néfastes sur le recrutement des Missions étrangères. En 1780, il ne reste plus que trente-cinq missionnaires, dont cinq évêques, pour cinq missions, soit seulement cinq de plus qu’en 1700.
De la crise révolutionnaire à la Restauration À la fin de l'année 1791, plus d'un an avant la Terreur, le père Thomas Bilhère organise secrètement le culte réfractaire au Séminaire des Missions étrangèresJacques Hérissay, La Vie religieuse à Paris sous la Terreur: 1792-1794, Éditions Robert Laffont, Paris, 1952, p. 24., où les pères sont connus comme ardemment anticonstitutionnelsJacques Hérissay, La Vie religieuse à Paris sous la Terreur: 1792-1794, Éditions Robert Laffont, Paris, 1952, p. 40.. Les pères sont protégés du décret contre les prêtres réfractaires du les condamnant à l'exil par le veto de Louis XVI. Or, lors de la procession de la Fête-Dieu, le , le Supérieur, le père Martin Hody, refuse d'ouvrir ses portes aux paroissiens de l'église Saint-Sulpice, mais cède finalement à une foule furieuse. Quelques énergumènes reviennent plus tard en représailles, enferment certains pères, en tabassent d'autres, et enfoncent la porte du père Bilhère. Après les perquisitions dans la nuit du 16 au , les directeurs s'enfuient à Amiens, Rome et Londres.
Le père Thomas Bilhère revient à Paris en et met tout en œuvre pour racheter le Séminaire des Missions étrangères, avec la confiance de ses confrères qui lui demandent de prendre pour assurer pour la propriété du SéminaireAdrien Launay, Le Séminaire des missions étrangères pendant la Révolution (1789-1805), Éditions Lafolye, 1888, .. L'ouverture quasi-systématique du courrier contraint le père Bilhère à s'exprimer à mots couverts et à prendre le pseudonyme de , allant jusqu'à se déguiser pour vérifier les dégradations imposées au Séminaire de la rue du Bac, transformé en caserne. Il éprouve bien des difficultés et des oppositions, notamment des religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve chez lesquelles il loge rue de Sèvres et pour qui acheter des biens dérobés à l'Église serait scandaleux, car cela reviendrait à se rendre complice du délit révolutionnaire. Néanmoins, il réussit le , par l'entremise d'un certain Monsieur Salmon à racheter le SéminaireAdrien Launay, Le Séminaire des missions-étrangères pendant la Révolution (1789-1805), Éditions Lafolye, 1888, ..
Quatorze nouveaux prêtres envoyés clandestinement durant ces vingt-trois années de sommeil entre 1792 et le rétablissement définitivement confirmé par Louis XVIII le Ouvrage collectif, La Société des Missions étrangères de Paris : 350 ans à la rencontre de l'Asie : 1658-2008 : colloque à l'Institut Catholique de Paris (4 et 5 avril 2008), Mémoire d'églises, KARTHALA Éditions, 2011, p. 24..
L'expansion missionnaire du Séminaire des Martyrs jusqu'au concile Vatican II Après avoir manqué de disparaître pendant la Révolution, le Séminaire des Missions étrangères renaît après la chute du Premier Empire avec une vigueur accrue. Alors que son enseignement de base ne diffère guère de celui des séminaires diocésains dont la plupart de ses aspirants sont issus, le développement de l’esprit romantique alimenté, à l'école de Chateaubriand, par le prestige des martyrs issus de ses rangs va conférer à l’établissement de la rue du Bac un pouvoir d’attraction sans précédent sur les jeunes clercs français tentés par la mission et le conduire à son apogée.
C'est en effet sous le long supériorat du père Charles-François Langlois que s'amorce ce renouveau dans la première moitié du . Le , le père Langlois, en présence du vicaire général du diocèse de Paris, du père Eglée, de cinq docteurs, dont Joseph Récamier, et de membres du Conseil de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, ainsi que du frère du martyr, reconnaît officiellement les reliques de saint Pierre Dumoulin-Borie, rapportées de Corée après son exécutionAbbé Vermeil, Vie du vénérable serviteur de Dieu Pierre- Rose-Ursule-Dumoulin Borie, Sagnier et Bray, 1846, pp. 307-310.. C'est ainsi qu'est commencée la Salle des Martyrs qui deviendra un lieu de dévotion et de prière pour les jeunes missionnaires, morts en mission. Au cours de son mandat de vingt-cinq ans, il envoie 247 missionnaires en mission en Asie, soit presque autant que le nombre de missionnaires envoyés depuis le premier départ des missionnaires Pierre Lambert de la Motte, François Pallu et Ignace Cotolendi en 1660. Il ouvre ainsi de nouveaux champs de mission, confiées par le pape Grégoire XVI ; c'est ainsi qu'il envoie les premiers missionnaires au Tibet, comme Nicolas Krick, ou en Corée, comme Pierre Maubant.
À partir du milieu du , l’augmentation très sensible du nombre des aspirants entraîne, outre l’extension des locaux, une adaptation progressive du règlement. Le père François Albrand, directeur des aspirants avant d'être élu supérieur le , participe à cette transformation du Séminaire. Parmi les jeunes missionnaires qu'il envoie en Extrême-Orient, plusieurs meurent martyrs, comme Théophane Vénard, qui célèbre sa messe de départ le Christian Simonnet, Théophane : Celui qui embellissait tout, France, Broché & La Salle des martyrs, novembre 1992, p. 49.. Il promeut l’idée d’admettre régulièrement des aspirants, non encore prêtres, au Séminaire qui, jusqu’alors, n’acceptait qu’exceptionnellement ceux qui n’avaient pas reçu l'ordination sacerdotale. Il les réunit, en 1841, en une communauté spéciale qui s’installa à Meudon, dans une propriété nouvellement achetée, et qui servira de maison de campagne au Séminaire jusqu'au milieu du . De six départs en 1820, en effet, on passera à douze en 1830, trente-et-un en 1860, soixante-deux en 1889.
À la fin du , le père Prosper-Bernard Delpech voit continuellement augmenter le chiffre des aspirants, qui en 1900 dépasse les trois cents. La conséquence est l'accroissement du nombre des missionnaires qui, en 1867, au commencement de son supériorat, était de 348, et s'élève à en 1904, au moment où il quitte cette fonction. Il ouvre ainsi une nouvelle antenne du Séminaire à Bièvres en 1890. Face à la montée de l'anticléricalisme, et aux lois qui menacent la survie du séminaire, les séminaristes devront aller finir leurs études au Collège général de Penang en Malaisie actuelle.