, où la spiritualité tient une place particulièrement importante. , la religion est si présente dans l'espace public qu'on parle de « religion civile ». Il est par exemple fréquent de trouver une bible dans les chambres d'hôtel, le plus souvent la Bible du roi Jacques, et le président américain invoque fréquemment Dieu dans ses discours.

La religiosité américaine, structurée à l'origine par un protestantisme dominant, se manifeste par une grande variété confessionnelle et un dynamisme des Églises qui sont expliqués par l'histoire du pays, terre de refuge qui a su très tôt garantir une large liberté religieuse. Aujourd'hui encore, les différentes confessions sont très impliquées dans la vie sociale et politique de la nation “Nones” on the Rise - Pew Research Center..

D'après une étude réalisée en 2014 par le Pew Research Center, 70,6 % des Américains se déclarent chrétiens (dont 46,5 % protestants et 20,8 % catholiques), 22,8 % n'ont pas de religion et 5,9 % pratiquent une autre religion (judaïsme - 1,9 %, islam - 0,9 %, bouddhisme - 0,7 %, hindouisme - 0,7 %, autres religions - 1,8 %) America’s Changing Religious Landscape - Pew Research Center.

Histoire thumb|upright=1.3|La cathédrale nationale de Washington, de l'Église épiscopalienne des États-Unis, fut le lieu de cérémonie pour les funérailles de plusieurs présidents : les presbytériens Eisenhower, Ronald Reagan, et l'épiscopalien Gerald Ford. Woodrow Wilson, fils de pasteur, est même enterré dans le caveau de la cathédrale. Un service funèbre y fut organisé pour le baptiste Harry S. Truman. Les communautés religieuses, qui ont colonisé l'espace américain par vagues successives, sont à l'origine de la diversité de représentation des mouvements religieux dans ce nouveau monde perçu pour beaucoup comme une terre de refuge.

Situation à l'époque coloniale Dès le , les Treize Colonies offraient l'asile à ceux qui voulaient fuir l'intolérance religieuse en Europe, mais à des degrés divers.

vignette|upright|Carte du Nord-Est de l'Amérique vers 1775.

En Nouvelle-Angleterre, les premiers puritains arrivent en 1620, ce sont les "pères pèlerins", d'abord brièvement réfugiés aux Pays-Bas. À la suite la restauration catholique de en Angleterre, ils sont plus de à émigrer entre 1630 et 1640. Soucieux d'établir dans leur colonie du Massachusetts une communauté qui respecte leurs principes religieux, ils sont peu tolérants de certains courants hétérodoxes qui leur semblent remettre en cause ce projet politique. Les quakers sont expulsés et la quaker Mary Dyer est même exécutée à Boston en 1660 (et le procès des Sorcières de Salem constituera un moment de paranoïa puritaine). Les dissidents, comme le théologien baptiste Roger Williams, partent pour fonder de nouvelles colonies comme le Rhode Island (ses textes fondateurs mettent en avant la Séparation de l’Église et de l’État, et le pluralisme religieux), ou encore le Connecticut. Boston est l'une des capitales intellectuelles des colonies anglaises, des théologiens de renom comme Increase Mather sont formés à Harvard, université fondée par les puritains en 1636.

Dans les colonies esclavagistes du Sud (Virginie, les deux Caroline, Géorgie), les colons ont reproduit une société aristocratique à l'anglaise, où à l'image de la métropole, l'Église anglicane est la confession officielleEmmanuel Laurentin, « Religion et société aux États-Unis depuis les années 1890 », émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture, 18 septembre 2012. S'agissant principalement de colonies "à propriétaires", la problématique du peuplement les oblige cependant à être ouvertes aux dissidents religieux, mais pas aux catholiques. Dans ces mêmes états esclavagistes, il existe dans la population d'origine européenne une interprétation particulière de la malédiction de Canaan (Genèse 9:27), qui a pu y justifier l'esclavage, puis la ségrégation et le Ku Klux Klan. Du côté de la population d'origine africaine, ces états esclavagistes deviendront la patrie du negro spiritual puis du gospel. Plus tard, au , les doctrines raciales de l'anthropologie viendront étayer cette interprétation des blancs, tandis qu'un grand nombre de pasteurs noirs dont Martin Luther King lutteront pour l'émancipation et l'égalité, sur le plan civil mais aussi religieux, à l'intérieur de chaque confessionJeffrey P. Moran, article « The Scopes trial and Southern fundamentalism in black and white : race, region and religion », in : Journal of Southern History, vol. 70, 2004, et suivantes..

Inversement, les colonies du centre (New-York, Pennsylvanie, Delaware, New Jersey, Maryland) sont les plus tolérantes, et accueillent volontiers les persécutés. La Pennsylvanie fondée par le quaker William Penn accueille tout le monde sans exception, et notamment la plupart des et anabaptistes allemands qui se sont réfugiés en Amérique du Nord après la guerre de Trente Ans. Le Maryland (« la terre de Marie ») a été fondée pour accueillir la minorité catholique anglaise. Le Delaware, ancienne colonie suédoise, compte des luthériens scandinaves dont les Anglais ont été obligés de reconnaître la liberté de culte lors de l'annexion du territoire. Même chose dans la colonie de New York, anciennement Nouvelle-Néerlande, occupée par des réformés hollandais. Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, des milliers de huguenots quittent la France pour s'installer dans plusieurs villes portuaires dont New York, Philadelphie et Charleston, où ils construisent la première église de la colonie en 1687.

À l'opposé du centre, le nord et le sud du pays sont donc surtout dominés par des Églises établies, où la population est essentiellement animée par une religiosité conformiste peu dynamique. George Washington par exemple, ne fréquente que très peu son église anglicane de Virginie . C'est aussi à cette époque que sous l'influence des Lumières, le déisme apparaît aux États-Unis ; il est généralement considéré que Thomas Jefferson, Thomas Paine et Benjamin Franklin sont les représentants les plus illustres de cette tendance. Le déisme influença le développement de l'unitarisme qui proclame la stricte unité de Dieu.

« Great Awakening », premier Grand Réveil religieux

C'est entre 1730 et 1760, que l'immigration continue, le foisonnement confessionnel et l'influence des Lumières européennes, donnent naissance dans les Treize colonies à un sursaut religieux sans précédent, le premier du genre, et dont les secousses vont émailler toute l'histoire américaine, expliquant encore aujourd'hui le dynamisme religieux du pays.

L'arrivée des immigrants anabaptistes et piétistes allemands, des frères moraves tchèques, des presbytériens écossais et nord-irlandais, des huguenots français, des méthodistes et baptistes anglais notamment, enrichit progressivement le paysage religieux des colonies anglaises. C'est dans ce contexte que de grands prédicateurs itinérants (les « circuit riders »), comme l'allemand Theodorus Frelinghuysen (réformé hollandais), les anglais George Whitefield (méthodiste), Jonathan Edwards (puritain) ou les irlandais William et Gilbert Tennent (presbytériens), parcourent le territoire et mobilisent par des sermons énergiques des foules immenses en plein air. Faisant appel à l'émotion et à la conversion personnelle, plus qu'au dogme, ils mettent en branle un mouvement massif de conversions, d'activités religieuses et missionnaires (c'est à partir de cette époque que sont christianisés les Indiens et les populations noires).

Ce mouvement constitue la genèse de l'évangélisme américain. De nombreuses universités (Princeton, Brown), des écoles, des sociétés missionnaires ou encore des œuvres sociales sont alors créées. Il permet aussi et surtout l'émergence de nouvelles Églises indépendantes des Églises anglicanes et puritaines établies, dont la domination commence à être ébranlée. Ainsi, presbytériens, baptistes et méthodistes essentiellement, qui accompagnent le peuplement vers l'Ouest, connaissent un essor sans précédent, favorisant ainsi une plus grande diversité religieuse.

Ce retour aux sources de l'utopie fondatrice des Pères pèlerins (recréer une société de croyants fervents) conduit aussi les colons à prendre conscience qu'ils sont réunis par une identité culturelle propre (américaine), ce qui va préfigurer les évènements révolutionnaires des années suivantes.

Révolution américaine et liberté religieuse

Dans la foulée de la révolution américaine, plusieurs textes établissent la liberté religieuse en même temps qu'ils affirment le caractère laïque de la nouvelle République. Le statut pour la liberté religieuse de Virginie (Virginia Statute for Religious Freedom) est le premier texte américain qui instaure la liberté de conscience : il fut rédigé en 1778 par Thomas Jefferson et adopté par l'Assemblée générale de Virginie en 1786.

En 1791, le Premier Amendement de la Déclaration des droits proclame

Ce texte, en interdisant l'existence d'une religion officielle, instaure une stricte séparation entre les Églises et l'État fédéral, un exemple qui sera suivi par la suite par les nouveaux États fédérés, qui abandonnent peu à peu leurs Églises établies (puritaines en Nouvelle-Angleterre et anglicanes dans le Sud). Cette stricte séparation, voulue par le même Jefferson selon son idée de « mur de séparation », avait été réclamée par de nombreuses Églises non-conformistes. Si dans le Sud le principe de séparation fut rapidement acquis, dans la Nouvelle-Angleterre congrégationaliste l'impôt ecclésiastique ne fut pas immédiatement aboli, d'autant que les Églises dissidentes avaient obtenu que cet impôt serve à l'entretien de leurs propres pasteurs. Aussi le principe de séparation ne s'appliqua qu'en 1917 au New Hampshire, 1818 au Connecticut et 1833 au MassachusettsFranck L. Schoell, Histoire des États-Unis, Payot 1965 .

De même, les autorités n'ont pas à intervenir dans la vie religieuse, s'interdisant par exemple de définir ce qui relève de la religion ou non, comme l'explique cet autre Père fondateur et président américain, James Madison : Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, , Aujourd'hui encore, cette tradition de tolérance subsiste dans le droit et le système des valeurs américaines, si bien que des organisations qui seraient considérées comme des sectes en France, n'y sont pas illégales.

Apport des thumb|right|Carte ecclésiastique de l’Église catholique aux États-Unis en 1877.

L'immigration des siècles suivants va encore enrichir et diversifier le paysage religieux américain, et notamment en dehors du monde protestant.

La grande famine irlandaise au milieu du , provoque une immigration massive d'Irlandais, qui vont former le noyau dur du catholicisme américain. Ils seront rejoints au début du par les immigrants Italiens et d'Europe centrale, puis aujourd'hui par les latino-américains. L’Église catholique a longtemps été marginalisée dans la société américaine, voire persécutée (par le courant nativiste, puis le Ku Klux Klan, l'antipapisme servant de ciment identitaire à la majorité protestante), jusqu'à l'après-guerre (le premier président de confession catholique, Kennedy, est élu en 1961). À son organisation centralisée et monarchique, perçue comme contraire aux valeurs démocratiques américaines, s'ajoutait la méfiance envers une puissance étrangère (le Vatican).

De nombreux Juifs européens qui fuient les pogroms, et notamment en Russie après l'assassinat du tsar Alexandre II en 1881, se réfugient aux États-Unis, où leurs premières communautés s'étaient installées au . Les persécutions antisémites en Allemagne nazie puis dans l'Europe dominée par le Reich, ont poussé aussi de nombreux juifs à émigrer aux États-Unis, dont l'exemple le plus connu est celui d'Albert Einstein. Ces migrations sont à l'origine de la diaspora juive en Amérique, communauté la plus importante au monde, devant Israël.