Paul Brulat (1866-1940) est un écrivain et journaliste français.
Biographie
Jeunesse et études
Paul Auguste Brulat est né le à Saint-Jean-de-Muzols, au lieu-dit du Furgon, en Ardèche. À la naissance de l'enfant, son père, Auguste Casimir Burlat était avocat, alors âgé de trente ans ; sa mère, Alphonsine, Augustine Serpelin, âgée de vingt-huit ansRegistre d'état civil, commune de Saint-Jean-de-Muzols, archives départementales de l'Ardèche (en ligne)..
À l'âge de deux ans, Paul Brulat s'installe avec sa famille en TunisieChantecler, Tananarive, 4 mai 1931, p. 4 ; L'article rend compte du livre de Brulat, Lumières et grandes ombres, paru l'année précédente. où son père est avocat défenseur auprès du tribunal d'instance de TunisCf. Le Petit Tunisien. Organe des intérêts français et des communes tunisiennes, 18 août 1889 ; il résidait au n° 35 de la rue de l'Ancienne-Douane.. Il revient en métropole pour suivre ses études au lycée de Marseille, actuel lycée Thiers, où il reste interne durant neuf ans selon ses diresLumières et grandes ombres, 1930, p. 28. ; il y a pour condisciple Edmond Rostand.
Il commence des études de droit à Paris en 1885Lumières et grandes ombres, 1930, p. 43., et obtient sa licence.
Parcours professionnel Il effectue une année de service militaireLumières et grandes ombres, 1930, p. 69.. Il devient inspecteur des monuments historiquesL'Est républicain, 26 novembre 1925.L'Ouest-Éclair, 26 novembre 1925..
Paul Brulat rencontre une première fois Émile Zola à la fin 1889Lumières et grandes ombres, 1930, p. 73..
Le , à la mairie du arrondissement de Paris, Paul Brulat épouse Catherine Alice Bionier (née le ), en présence des écrivains Émile Zola et Paul Alexis et de l'éditeur Georges Charpentier ; les deux derniers étant des proches de Zola. Il divorce le Archives de Paris, état civil numérisé, V4E 8035..
En 1903, il participe au premier pèlerinage de Médan et prononce un discours lors du pèlerinage du 1er octobre 1905. En 1921, il est cofondateur de la Société littéraire des Amis de Zola.
Dès le début de la guerre, Paul Brulat prend part aux activités de la «Colonie des enfants de mobilisés» dont le premier centre est installé à Étretat en Seine-Maritime. Il note dans ses souvenirs : «Je n'étais que de passage à Paris. J'y venais chercher, chaque semaine, de pauvres enfants pour les transporter à Étretat, où s'était fondée la première colonie des orphelins de guerre. C'est une histoire des plus émouvantes et dont je fus le témoin, jusqu'à la fin des hostilités. (..) J'ai passé toute la guerre, penché sur cette enfance, victime de l'effroyable cataclysme»Lumières et grandes ombres, 1930, p. 186 et 188.Journal des débats politiques et littéraires, 20 octobre 1914..
En 1917, en 1922, il habite au rue la rue Ferdinand-Fabre à Paris (XVe arrondissement).
En , il fut victime d'un mauvais canular. Plusieurs journaux, abusés, annoncèrent sa mort, tel L'Est républicain ou L'Ouest-Éclair. Ce dernier rectifia l'erreur peu après, sous le titre «Les sensations d'un mort vivant» en donnant la parole à l'intéressé : «Je viens d'éprouver, à mon tour, les sensations du mort vivant. Elles ne durèrent, heureusement, qu'un jour. Cela suffit, cependant, pour que - la nouvelle de mon décès ayant été répandue par l'Agence Havas et la T.S.F., sur la foi d'un mauvais plaisant - quelques personnes se soient présentées aussitôt pour louer mon appartement»L'Ouest-Éclair, 5 décembre 1925..
Paul Brulat est mort le Extrait d'acte de décès, année 1940, n° 63, service d'état civil, mairie du Chesnay. Paul Brulat est décédé au n° 7 de la rue Bricqueville au Chesnay, mais il habitait à Versailles au n° 36 de la rue de la Paroisse. Sa mort a été déclarée par sa filleule, Hermanes Labbé.Sa mort a été annoncée dans certains organes de presse datés du dimanche 18, ou du lundi 19 août 1940 : Lyon-Soir, le salut public, 18 août 1940 ; Journal des Débats politiques et littéraires, 19 août 1940. Cf. également L'Impartial, La Chaux-de-Fonds (Suisse), 19 août 1940. dans la commune du Chesnay, en Seine-et-Oise (aujourd'hui département des Yvelines).
Carrière À côté de sa fonction d'inspecteur des Monuments historiquesSi Paul Brulat signe souvent de ce titre, très peu d'informations sont disponibles au sujet de son activité réelle., il entame un parcours de journaliste. À la fin de l'année 1889, à l'âge de vingt-trois ans, il entre au quotidien La Presse dirigé par Georges Laguerre, principal organe du boulangismeCentre d'études du 19e siècle français Joseph Sablé, Toronto (Canada), notice Paul Brulat.. Il donne à ce journal une chronique quotidienne de cent lignes, qu'on lui interdit cependant de signerLumières et grandes ombres, 1930, p. 79..
Paul Brulat a collaboré aux organes de presse suivants : le Journal, L’Événement, La Cocarde de Maurice Barrès à l'automne 1894, la Revue socialiste, La Justice de Clemenceau à la fin de 1897, la Revue indépendante, Les Droits de l’homme, L'Esprit français, Les Maîtres de la Plume, Le Petit Marseillais (collaborateur littéraire).
Il publie deux romans sur le journalisme : Le Reporter (1898) et La Faiseuse de gloire (1900).
C’est donc en intellectuel et écrivain averti, admirateur de Zola et farouche défenseur d’Alfred Dreyfus, qu’il devient l’un des collaborateurs du Carmel en 1916 puis le directeur de la revue culturelle suisse Le Carmel français fin 1917.
Journaliste engagé, Paul Brulat mécontente certains de ses collègues : le , il affronte en duel un homme de confiance de Rochefort, Daniel Cloutier (1862-1902), passionné d'escrimeLes parlementaires de la Seine sous la Troisième République. II. Dictionnaire biographique, Arlette Schweitz, éd. Publications de la Sorbonne, 2001, p. 152..
Paul Brulat a appartenu : au comité de la Société des Gens de Lettres ; à la société "L'Évolution mondiale" ; à la Fédération internationales des arts, des lettres et des sciences (fondée en 1918) ; au Cercle international intellectuel.
Il a fondé la société "Les amis de Jules Princet" (1873-1924, créateur du Théâtre aux Champs, 1906-1914).
L'œuvre littéraire
L'ennemie (1896) Le chroniqueur littéraire du Matin présente ce livre ainsi : «Le nouveau volume de Paul Brulat, L'Ennemie, est une œuvre sincère et personnelle qui passionnera tous ceux qu'intéresse l'étude vivante des douleurs humaines. Il touche aux plaies les plus vives, aux actualités les plus inquiétantes de la société moderne, en mettant en scène anarchistes, rastaquouères, matamores, aventuriers et tous ceux qui se ruent furieusement à l'assaut de la fortune pour assouvir leurs appétits»»Le Matin, 23 novembre 1896..
Quant au rédacteur de La Justice, journal de Clemenceau, il signale qu'il s'agit de «la conclusion philosophique d'une trilogie où l'auteur raconte l'évolution intellectuelle et morale d'un jeune homme moderne»La Justice, 15 décembre 1896..
Le Reporter (1898) Balzac avait brossé un portrait mordant de la presse dans Illusions perdues (1837-1843). Comme disciple de Zola, Paul Brulat la traite en romancier naturaliste et dénonce sa toute puissanceLe Reporter, 1898, préface, p. VI..
Le nouveau roman de M. Paul Brulat est un tableau de mœursLa Revue des revues, 1er janvier 1898, p. 95..
La Faiseuse de gloire (1900) La "faiseuse de gloire", c'est la presse. "Brulat y a dénoncé les dangers de la presse actuelle accaparée par des forbans de finance et des brasseurs d'affaires, où l'écrivain, le philosophe, le penseur, ne sont plus rien, devenus esclaves du Capital, comme autrefois ils étaient «domestiques» et pensionnés des Princes, désormais condamnés à la condition de salariés, résignés aux viles servitudes. (...) La Faiseuse de gloire est un roman expérimental, selon la formule un peu étroite, préconisée par Émile Zola, il y a bientôt trente ans ; formule où le génie de l'illustre romancier épique ne put d'ailleurs jamais s'enfermer. Nous y assistons, aux aventures de Pierre Marzans, écrivain honnête, laborieux et digne, qui malgré son talent, ses qualités, est écrasé, persécuté, éconduit par la coalition des pornographes et des médiocres, qui encombrent les rédactions parisiennes. Parce que sa conscience n'est pas à vendre, parce que sa plume n'est point encline à se prostituer, on le chasse de partout, on le rejette comme un pestiféréMaurice Le Blond, La Revue naturiste, 15 janvier 1901, p. 39-41.."
Le même critique, Maurice Le Blond, adresse aussi des objections au récit : "Ce que je reprocherais à Brulat, c'est de n'avoir pas donné aux personnages de son roman un caractère plus général. On sent trop par exemple que Marzans c'est Brulat mais que jamais il n'incarne une collectivité ; je n'ai pas noté une minute où ce personnage paraisse représentatif d'une caste professionnelle, d'une famille de tempéraments quelconque. Voilà un grand défaut pour un romancier, se montrer soi)même dans ses romans avec son teint, sa démarche et sa voix, cela rétrécit toujours le cas, l'émotion, l'intérêt, et quand il s'agit d'une œuvre pamphlétaire, comme celle-ci, le lecteur est toujours tenté de soupçonner des rancunes personnelles, ce qui affaiblit la portée de la thèse."
Lumières et grandes ombres (1930) Il s'agit des mémoires de Paul Brulat depuis 1885, soit quarante ans de vie parisienne, politique et littéraire, avec l'évocation de nombreuses personnalités : Émile Zola, Clemenceau, Verlaine, Barrès, Louise Michel, Anatole France, le dramaturge Henry Becque, le député radical Léon Chambige, et encore le boulangisme, l'Affaire DreyfusAntoine Albalat, Journal des débats, 30 mars 1930, p. 3....
Critiques Paul Brulat a été la cible du prêtre Louis Bethléem qui le cite à charge, dans son Romans à lire et romans à proscrire (1904) : "Disciple de Zola, écrivain agressif qui proclama, à diverses reprises, les droits de la pensée ; écrivain naturaliste"Romans à lire et romans à proscrire. Essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers (1500-1928), Louis Bethléem, éd. 1928, p. 97..
Citations "Rien n'est tel, pour bien écrire, en vers comme en prose, que de sentir et d'avoir vraiment quelque chose à dire", Lumières et grandes ombres. Souvenirs personnels, 1930, .
Publications
Romans L'Âme errante, 1892. La Rédemption, 1895Titre complet : Histoire d'un homme [sous la Troisième République]. La Rédemption.. L'Ennemie, 1897. Le Reporteur, roman contemporain, 1898. La Faiseuse de gloire, 1900. Le Nouveau Candide, 1902. La Gangue, 1903. Eldorado, 1904. L'Aventure de Cabassou, 1905. Beaucoup d'amour pour rien..., 1916. Rina, 1918. La Plus Belle Victoire, 1920. L'Étoile de Joseph, 1921. L'Amour sauveur, (15 pages) 1921. Ne forçons pas notre destin, 1926. Le Passage dangereux, 1928. Le Devoir de vivre, 1928. La Vie de Rirette, 1932.
Histoire Histoire populaire de Jules Ferry, 1907. Histoire populaire d'Émile Zola, 1909. Histoire populaire de Gambetta, 1909. Histoire populaire du général Hoche, 1911. Histoire populaire du général Galliéni, 1920.
Contes et nouvelles Sous la fenêtre, 1896. Méryem, 1900. La Femme et l'Ombre, 1913. Les Destinées, 1921.
Divers L'Affaire Dreyfus. Violence et Raison, 1898. Pensées choisies, 1922. Causerie faite en l'Hôtel du Cercle de la Librairie, 1923In Dix causeries françaises faites en l'Hotel du Cercle de la Librairie [Texte imprimé] : 15 décembre 1922-22 juin 1923, p. 248-290 ; la causerie de Paul Brulat date du 25 mai 1923.. Lumières et grandes ombres. Souvenirs personnels, 1930. La Peinture à travers les âges, 1931Avec Guillaume Jeanneau, inspecteur des Monuments historiques..
Bibliographie Marcel Batilliat, « L'œuvre de Paul Brulat », in Monde nouveau, Alain Quella-Villéger, « Deux journalistes dans l'Affaire Dreyfus : Louis de Robert et Paul Brulat », actes du colloque L'Affaire Dreyfus et la presse, Tours 1994, in Littérature et nation, université de Tours, , .
Notes et références Notes
Références
Liens externes