Les vitraux de la basilique de Saint-Denis sont parmi les plus anciens vitraux gothiques du monde. Si les fondations de la basilique remontent au de notre ère, au nord de Paris, l'église actuelle remonte au . Elle est l'une des plus anciennes églises gothiques du monde et a été une des premières à être dotée de vitraux chargés d’embellir la lumière, de la transformer en quelque sorte en selon la pensée de l'abbé Suger, le propre des églises gothiques, comparé aux églises romanes, étant justement d’introduire dans les édifices de la lumière. Les verrières de Saint-Denis sont parmi les plus importantes du Moyen Âge en raison de leur précocité d'exécution et de leur symboliqueBranislav Brankovic, La basilique de Saint-Denis, éd. du Castelet, 1990, ..

Présenté par Richelieu comme le premier grand serviteur de la monarchie, l'abbé Suger contribue à populariser l'idée que le roi capétien ne peut être le vassal de personne, sinon du bienheureux Denis.

La plupart des vitraux actuels datent du . La basilique Saint-Denis conserve dix verrières médiévales incomplètes dont certains éléments ont été dispersés dans différents musées et églises à la suite de la Révolution française. Des vitraux du , il ne subsiste à Saint-Denis que cinq verrières et quelques éléments démontés, en 1997, en vue de leur restauration.

Histoire des vitraux Le projet de l'abbé Suger (1122-1151) vignette|Des éléments dans les vitraux du déambulatoire sont les rares vestiges de la verrière du . Théologie de la lumière

L’abbé Suger fit venir des artistes de différentes parties du royaume de France pour aboutir à une œuvre d’art total : l’abbatiale de Saint-Denis est considérée comme la première grande église gothique par son architecture, ses sculptures et ses vitraux. Dans son ouvrage Liber de rebus in administratione sua gestis, il recourt à des qualificatifs louangeurs pour décrire le rôle de la lumière qui pénètre dans le sanctuaire par les vitraux. Pour Suger, le vitrail est anagogique, c'est-à-dire « qui conduit vers le haut ». Pour tamiser la lumière qui aurait désarticulé un espace aux volumes ouverts et néanmoins circonscrits, Suger, avec sa sensibilité dramatique, a conçu des vitraux, chargés d'une grande signification symbolique et religieuse, jouant un rôle essentiel dans la mise en valeur de l’architectureBranislav Brankovic, La basilique de Saint-Denis, éd. du Castelet, 1990, ..

Suger dit en une phrase le sens qu'il donnait à ce décor : « Cette élégante et digne d'éloge adjonction des chapelles en demi-cercle grâce auxquelles toute l'église allait resplendir de la lumière merveilleuse et continue des vitraux très sacrés, éclairant la beauté de l'intérieur. » Cela signifie que le déambulatoire avec ses chapelles rayonnantes était conçu en fonction des vitraux. La basilique est baignée de lumière grâce à une verrière importante (les vitraux deviennent deux fois plus grands) qui obéit à une iconographie rigoureuse (vie de saint Denis et des papes, vies des rois et reines de France dans la nef), ce qui lui vaut d'être surnommée jusqu'au « Lucerna », la lanterne..

Saint Bernard le compare à Marie. La lumière le traverse, sans le détruire, à l'image de la Vierge donnant la vie à Jésus en restant pure. Cette comparaison montre tout l'intérêt porté au vitrail. Son rôle d'enseignement théologique, destiné à une population souvent illettrée, se conjugue avec l'émerveillement spirituel créé par des milliers de petits morceaux de lumières colorées. L'ensemble des vitraux concourt à donner à l'édifice l'image d'une cité fabuleuse qui évoque la Jérusalem céleste.

Vitraux datant de Suger Quatorze fenêtres du chœur, deux par chapelle rayonnante, furent ornées de vitraux sous la direction personnelle de Suger et mis en place pour les cérémonies de la consécration du chœur en 1144 : Huit étaient garnies de vitraux décoratifs aux griffons ailés, dont certains sont encore en place dans la première chapelle du côté nord, dédiée à sainte Osmane. Six fenêtres des chapelles situées à l'est étaient munies de vitraux historiés ; deux d'entre eux ont des thèmes historiques, dans la chapelle d'axe (l'Enfance du Christ et l'Arbre de Jessé) ; deux sont relatifs à la Passion du Christ, dans la chapelle Saint-Cucuphas, au sud ; deux sont consacrés à la concordance entre l'Ancien et le Nouveau Testament, la vie de Moïse et les Allégories de saint Paul, dans la chapelle Saint-Pérégrin, au nord.

Pour son abbatiale, l'abbé Suger a souhaité réaliser un projet grandiose et personnel de vitraux par les meilleurs artistes et maîtres-verriers de la région. Le verre coloré, denrée très rare au Moyen Âge, est magnifié. Fait rarissime, un maître verrier est attaché à l'entretien des vitraux qui auraient coûté plus cher que la construction, en pierre, de l'édifice, ce qui témoigne de l'importance que Suger attachait à la lumière. Les sujets traités sont riches, complexes, essentiellement destinés aux moines érudits.

Dans ses écrits, Suger cite expressément trois verrières : L'Arbre de Jessé dans la chapelle axiale ; cette généalogie simplifiée de Jésus représente celle qui ouvre l'évangile de saint Mathieu. Mais pour Suger, c'est aussi une image idéale de la royautéJessé est souvent représenté couché ou à demi couché, puis assis, souvent endormi, la tête soutenue par une main. Cette position du dormeur est parfois associée à un songe prophétique concernant la descendance du dormeur. De son ventre, parfois de ou plus rarement de sa bouche, sort un arbre dont les branches portent les ancêtres supposés de Jésus, notamment David reconnaissable à sa harpe, jusqu'à Marie. S'y ajoutent des prophètes de l'Ancien Testament et enfin au sommet Jésus en majesté. Cette verrière tout en symbolisant les rois de Juda est aussi une allégorie pouvant rappeler l'arbre généalogique des rois de France symbolisant la charge héréditaire de la couronne.. Les deux rois, la Vierge et le Christ sont d'origine ; Jessé et le premier roi David sont du . Ce vitrail a servi de modèle pour celui de Chartres, vers 1150-1155. Les vitraux sont composés de pièces de verre soufflé teinté dans la masse sur lesquelles sont dessinés les traits et les modèles à l'aide d'une grisaille, ou peinture composée d'un oxyde métallique et d'un délayant liquide fixé au verre par cuisson ; les verres découpés sont assemblés et maintenus par des plombs pour former des panneaux eux-mêmes montés dans des armatures en fer appelé barlotières. Les couleurs sont variées mais pas très nombreuses. Les analyses chimiques ont montré que les verres bleus, appelés "saphirs" par Suger, ne sont pas des saphirs broyés mais du cobalt. Au , on importait à grand frais d’Europe centrale du cobalt. Pour les autres couleurs on employait des oxydes métalliques, de manganèse pour les pourpres, de fer pour les jaunes et de cuivre pour les verts et les rouges. L’atelier des artisans verriers était peut-être originaire de Bourgogne. En effet, le sujet a été souvent illustré dans plusieurs manuscrits de l'abbaye de Cîteaux, certains motifs ornementaux étant voisins de ceux des lettres ornées des manuscrits de Cîteaux, tandis que la précision des figures et des détails allégoriques rappellent les sculptures romanes de BourgogneLes dossiers de l'archéologie, 1991, hors série sur la basilique Saint-Denis.. Les Allégories de saint Paul ; l'abbaye prenait Paul pour son père spirituel à la suite de la confusion entre saint Denis, premier évêque de Paris et réel patron de l'abbaye, et Denys l'Aréopagite, disciple direct de l'apôtre Paul ; des cinq panneaux (le Christ entre l’Église et la Synagogue, Moïse dévoilé, le Moulin de saint Paul; l'Ouverture du Livre par le Lion et l'Agneau et le Quadrige d'Amminadab), seuls le premier et le cinquième sont du Branislav Brankovic, La basilique de Saint-Denis, éd. du Castelet, 1990, .. La Vie de Moïse en cinq panneaux, tous d'origine : Moïse sauvé des eaux, le Buisson ardent, le Passage de la mer Rouge, la remise des Tables de la Loi et le Serpent d'airain. Les panneaux de la vie de Moïse, de par la qualité et la finesse des ornements, font songer aux pièces d’orfèvrerie que le grand abbé commanda ; les motifs de l’Arche d'alliance ont été rapprochés des éléments du calice de Suger, ce qui peut laisser penser qu'il y avait logiquement des contacts entre les artistes des différentes professions sur le chantier de Saint-Denis.

Vitraux médiévaux postérieurs à Suger 230px|vignette|upright|La chapelle de la Vierge et ses baies jumelles sur l'Enfance du Christ et l'Arbre de Jessé. vignette|Panneau représentant le signe du tau. Des vitraux de Suger datant du furent remaniés au . Les vitraux des grandes fenêtres datent du . Parmi les vitraux postérieurs à ceux réalisés sous l'abbatiat de Suger, on peut citer : Ceux du panneau de l'enfance du Christ faisant pendant à celui de l'arbre de Jessé ; si l'arbre de Jessé conserve encore cinq panneaux d'origine, celle-ci n'en conserve que deux, les autres se trouvant au musée de Bryn Athyn, à l'église Saint James de TwycrossL'église Saint James à Twycross possède plusieurs Panneaux provenant de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Près, de la Sainte-Chapelle. Ils font partie des éléments qui furent vendus ; parmi les acheteurs, le roi George IV qui l'offrit au comte Howe qui le fit placer dans l'église lors de sa restauration par le vitrier Thomas Willement en 1840., dans l'église de Wilton et au musée de Glasgow. Les vitraux conservés sont les premiers représentant ceux de l'Annonciation et de la Nativité. Au Moyen Âge, c'était un des thèmes principaux repris dans les décors. Les quatre vitraux suivants (avertissement donné aux Rois mages, Fuite en Égypte, Jésus et les docteurs, la Mort de la Vierge) datent du . Si l'arbre de Jessé date de Suger la verrière de l'enfance du Christ est postérieure. Les deux verrières de la chapelle saint Cucuphas, celle de l'Apocalypse et celle de la Passion ; il ne reste qu'un panneau ancien, celui qui représente le signe du Tau, les autres ayant disparu et remplacés par Eugène Viollet-le-Duc. Le thème de cette verrière était la rédemption et le signe du tau évoqué dans la vision du prophète Ézéchiel, de l'ange qui marque le front des justes de la lettre grecque T, pour qu'ils soient sauvés par le sacrifice de Jésus-Christ. De tous les panneaux anciens conservés, c'est celui que les spécialistes trouvent le plus achevé et novateur. On peut rapprocher l’œuvre des créations des ateliers mosans, qui se développent tout au long du . Les vitraux en grisaille de la chapelle Sainte-Osmane, aujourd'hui Saint-Joseph ; ils ont la particularité de ne pas avoir de thème. Ils représentent des griffons et furent identifiés grâce à des dessins de Charles Percier en 1794 ; ces vitraux furent remis en place sous la Restauration, et fort restaurés, mais ils évoquent bien les verrières du .

Révolution : démantèlement En 1793, la basilique de Saint-Denis est dévastée, ses tombeaux détruits ou mutilés, les corps profanés, les autels mis à bas, le trésor emporté dans les creusets. Les vitraux, chefs-d’œuvre de l'art verrier du Moyen Âge, sont détruits ou laissés à l'abandon.