Constantin de Grèce (en / ) ou, parfois, Constantin XIILa biographie d’Édouard Driault ou l’article de Dimitris Michalopoulos consacrés à Constantin le nomment ainsi Constantin XII en référence à ses prédécesseurs byzantins (voir bibliographie). Il faut dire que, durant son règne, Constantin entretient à plusieurs reprises la confusion. C'est le cas lorsqu’il offre, à chacun des soldats qui ont servi sous son commandement durant la deuxième guerre balkanique, une photo dédicacée signée d'un « Constantin B » (pour Constantin Basileus) ressemblant à un « IB », qui signifie « XII » en grec ., est né le , à Athènes, en Grèce, et mort le , à Palerme, en Italie. Appartenant à la maison de Glücksbourg, il est le troisième souverain de la Grèce moderne et règne de 1913 à 1917, puis de 1920 à 1922, avec le titre de roi des Hellènes.

Premier héritier du trône né en Grèce, Constantin suit, très jeune, une formation militaire, dans son pays puis en Allemagne, ce qui le conduit à exercer d'importantes fonctions dans l'armée hellène. En 1897, il est ainsi commandant en chef lors de la première guerre gréco-turque et c’est largement à lui que l’opinion publique hellène impute la cuisante défaite nationale. Devenu très impopulaire au sein de l’armée, Constantin doit démissionner de ses fonctions à la suite du « coup de Goudi » de 1909 et quitter, durant quelque temps, la Grèce. Malgré tout, son exil est provisoire et le diadoque de Grèce retrouve ses fonctions de commandant en chef grâce au Premier ministre Elefthérios Venizélos, en 1911. Après avoir réorganisé l’armée, le prince héritier conduit, en 1912-1913, les forces de son pays lors des deux guerres balkaniques et participe à la conquête de Thessalonique, de la Macédoine et d’une partie de l’Épire. Tandis que le royaume hellène voit sa superficie et sa population doubler, le roi Georges est assassiné, le , et Constantin lui succède alors sur le trône.

Pendant la Première Guerre mondiale, des tensions éclatent entre Constantin et son Premier ministre Elefthérios Venizélos à propos de l’entrée de la Grèce dans le conflit aux côtés de la Triple-Entente. En 1915, le roi force donc Venizélos à démissionner de ses fonctions, ce qui déclenche le « Schisme national ». Finalement, Constantin doit quitter le pouvoir en 1917, après que les forces alliées l’ont menacé de bombarder Athènes. Il laisse alors le trône à son deuxième fils, Alexandre , et s’installe ensuite en Suisse avec son épouse et leurs autres enfants. Mais, après la mort inattendue du jeune roi, la défaite de Venizélos aux élections législatives de 1920 et un plébiscite rappellent Constantin au pouvoir. Cependant, l'échec militaire de la Grèce face à la Turquie en 1919-1922 conduit le souverain à abdiquer définitivement en 1922 et à partir en exil en Italie, où il meurt quelques mois plus tard. Son fils aîné, Georges II, lui succède alors brièvement avant de renoncer, à son tour, à la couronne.

Famille

Constantin est le fils aîné du roi Georges de Grèce (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926). Par son père, il est donc le petit-fils du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », tandis que, par sa mère, il descend du grand-duc Constantin Nikolaïevitch de Russie (1827-1892) et de sa femme la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911).

À travers la reine Olga, Constantin est également un lointain descendant de l'empereur byzantin Alexis III Ange (1195-1203) et de son épouse l'impératrice Euphrosyne Doukaina Kamatera (v. 1155-1211).

Le , Constantin épouse, à Athènes, la princesse Sophie de Prusse (1870-1932), elle-même fille de l’empereur Frédéric III d’Allemagne (1831-1888) et de sa femme la princesse royale Victoria du Royaume-Uni (1840-1901). Par sa mère, Sophie est donc une petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ».

De l’union de Constantin et de Sophie naissent six enfants : Georges II de Grèce (1890-1947), roi des Hellènes, qui épouse la princesse Élisabeth de Roumanie (1894-1956) ; Alexandre de Grèce (1893-1920), roi des Hellènes, qui épouse l’aristocrateEn dehors de la famille royale, il n'existe juridiquement pas de noblesse, en Grèce. Malgré tout, la famille d'Aspasía appartient à la haute société phanariote et a donné plusieurs voïvodes aux principautés roumaines. C'est la raison pour laquelle les Mános sont souvent qualifiés d'« aristocrates » dans la littérature. Voir . grecque Aspasía Mános (1896-1972) ; Hélène de Grèce (1896-1982), princesse de Grèce et de Danemark, qui s’unit au futur roi Carol II de Roumanie (1893-1953) ; Paul de Grèce (1901-1964), roi des Hellènes, qui épouse la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981) ; Irène de Grèce (1904-1974), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le prince Aymon de Savoie-Aoste (1900-1948), roi de la Croatie des Oustachis sous le nom de ; Catherine de Grèce (1913-2007), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le roturier britannique Richard Brandram (1911-1994).

Biographie Jeunesse et éducation Premières années

vignette|gauche|alt=photographie sépia|La famille royale grecque à la fin des années 1880, lors d'un voyage du grand-duc Paul Alexandrovitch à Athènes. Sur la photo, on peut voir, de gauche à droite, le prince Nicolas, la princesse Marie (assise par terre), la reine Olga, le diadoque Constantin (debout au milieu), le grand-duc Paul Alexandrovitch (avec un petit chien sur les genoux), la princesse Alexandra, le roi Georges et le prince Georges.

Né dix mois seulement après le mariage de ses parents, le prince a la particularité d'être le premier membre de la famille royale à voir le jour en Grèce. Lors de son baptême, le , il reçoit le prénom de Constantin en hommage à son grand-père maternel, le grand-duc Constantin Nikolaïevitch de Russie, mais également en référence aux empereurs qui ont gouverné Byzance au Moyen Âge. C'est cependant sous le surnom de « Tino » que le prince est connu tout au long de sa vie dans sa famille. Malgré la joie qui accompagne le baptême de l'enfant, la cérémonie est aussi l'occasion d'une polémique entre le Parlement et la Couronne. Georges a en effet décidé de profiter de l'événement pour conférer à son fils le titre de « duc de Sparte », ce qu'une partie des députés juge incompatible avec la constitution. Après de longs débats, l'attribution du titre est finalement approuvée par les parlementaires le ...

Conformément aux aspirations des Grecs, Constantin et ses frères et sœurs sont élevés dans la religion orthodoxe, qui n'est pas celle de leur père, demeuré luthérien après son élection au trône. Le prince passe une enfance heureuse, entre le palais royal de la place Sýntagma, à Athènes, et celui de Tatoï, au pied du mont Parnès. Pour Constantin et ses frères et sœurs, le roi Georges et la reine Olga se révèlent des parents attentionnés et le roi accompagne souvent ses enfants dans leurs jeux. Avec ses parents et ses nurses, Constantin parle anglais mais c'est le grec qu'il utilise en classe et avec ses cadets. Le roi Georges  insiste en effet pour que ses enfants maîtrisent parfaitement la langue de leur peuple. Il a ainsi coutume de répéter à sa progéniture : .

La famille royale apprécie l'archéologie et Constantin accompagne régulièrement son père sur les champs de fouilles qui s'ouvrent sur l'Acropole, dans les années 1880. Adolescent, le prince reçoit d’ailleurs le titre honorifique de président de la Société grecque d’archéologie. Après le repas dominical, il n'est par ailleurs pas rare que le jeune Constantin et sa famille se rendent à Phalère, pour y marcher au bord de l'eau. Ils prennent alors l'omnibus à cheval qui passe devant le palais, sur la place Sýntagma, et dans lequel un compartiment leur est réservé. L'omnibus s'arrête, les trompettes du palais sonnent et la famille royale sort rapidement, afin de montrer ostensiblement son désir de ne pas faire attendre trop longtemps les autres passagers. Cette attitude rapproche les souverains de la population et fait beaucoup pour entretenir une popularité parfois vacillante.

Une éducation soignée vignette|gauche|redresse|alt=tableau : portrait d'un homme assis ; il tient une feuille et des lunettes|Konstantínos Paparrigópoulos, professeur d'histoire du diadoque Constantin et chantre de la Grande Idée. À Athènes, la journée du jeune Constantin et de ses frères et sœurs commence à six heures par un bain froid. Après un premier petit déjeuner, ils suivent des cours de sept à neuf heures trente puis prennent un second petit-déjeuner, avec leur père et les parents de la famille royale éventuellement présents en Grèce. Les leçons reprennent ensuite de dix heures à midi, moment où les enfants se rendent dans les jardins du palais pour suivre des exercices d'éducation physique et de gymnastique. Le déjeuner se fait en famille, puis les enfants reprennent les cours de quatorze à seize heures. Enfin, à dix-neuf heures trente, ils vont se coucher. Constantin suit ce rythme jusqu'à l'âge de quatorze ans et est ensuite autorisé à dîner avec ses parents avant d'aller se coucher à vingt-deux heures précises.

L'éducation de Constantin et de ses frères est dirigée par trois tuteurs étrangers : le docteur Lüders, un PrussienC'est ce professeur qui souffre le plus des tours que lui jouent ses élèves ., Monsieur Brissot, un Français, et Mister Dixon, un Anglais. Avec eux, le prince renforce sa connaissance des langues étrangèresEn dehors de l'anglais et du grec, qu'ils utilisent en famille et en classe, Constantin et ses frères et sœurs apprennent également le français, l'allemand et le danois . et effectue les premiers rudiments de sa formation. Ce sont cependant les meilleurs universitaires hellènes de son temps qui complètent son éducation : Ioánnis Pandazídis lui enseigne la littérature grecque, Vasílios Lákon les mathématiques et la physique et Konstantínos Paparrigópoulos l’histoire, vue sous le prisme de la « Grande Idée » (c'est-à-dire le désir de réunir tous les Grecs dans un même État). Cependant, Constantin est avant tout destiné à exercer des fonctions de commandement militaire et il est très tôt enrôlé dans l'armée. À partir du , le jeune garçon se rend ainsi deux fois par semaine à l’Académie militaire du Pirée, où il a le plaisir de côtoyer pour la première fois d'autres garçons de son âge. Le prince sert ensuite dans la d'infanterie.

Majorité officielle En 1884, Constantin a seize ans et il est officiellement déclaré majeur. Conformément à la constitution, il est alors investi diadoque, c'est-à-dire héritier du trône. Bien qu'il ait toujours été considéré comme le successeur légitime de son père, c'est la première fois qu'il est ainsi distingué de ses frères cadets.

Malgré tout, Constantin reste largement écarté de la vie politique grecque et son père ne lui confie guère de fonction officielle à l'intérieur du royaume. Une fois ses études terminées, une loi établit certes qu'il doit exercer les fonctions de régent lorsque le roi se trouve à l'étranger, mais il est, le reste du temps, écarté des affaires de l'État. De fait, Georges continue à traiter ses enfants comme s'ils étaient mineurs et n'a qu'une confiance limitée dans les capacités politiques de son fils aîné, ce qui a d'importantes conséquences au début du règne de celui-ci.

Un mariage prussien

Séjour en Allemagne vignette|redresse|alt=Tableau représentant une femme avec un diadème, assise de profil.|Sophie de Prusse représentée par Geórgios Iakovídis (1915).