La Messe de requiem en ré mineur (ou simplement Requiem) op. 48 de Gabriel Fauré, écrite en pleine maturité de ce compositeur, est l'une de ses œuvres les plus connues.

L'histoire de sa composition s'étend de 1887 à 1901. Elle est créée, dans une première version encore incomplète, le en l'église de la Madeleine.. La version avec toutes les parties que nous lui connaissons est achevée en 1893, avec une orchestration d'église. Une version de concert, avec orchestration pour orchestre symphonique, apparaît en 1900, sans que l'on sache le rôle exact de Fauré dans cette orchestration, probablement réalisée par Jean Roger-Ducasse.

Le Requiem est composé de sept mouvements, pour deux solistes (baryton et soprano), chœur mixte, orchestre et orgue. Ces mouvements diffèrent légèrement de ceux d'un Requiem traditionnel, omettant le Dies Iræ et ajoutant un Pie Jesu. Le mouvement final, In paradisum, appartient plutôt à la liturgie des enterrements, plutôt qu'à la liturgie des funérailles.

Cette messe pour les défunts est considérée comme un des chefs-d'œuvre de Fauré et l'un des plus beaux Requiem du . L'ouvrage, dont l'écriture est très personnelle, contient plusieurs morceaux que l'on peut ranger parmi les plus beaux et les plus émouvants de la musique chorale occidentale<ref group=s2 name=p75> ; Nectoux compte « le mystérieux canon de l' Offertoire, le sublime Amen qui vient clore l' Agnus Dei (sic, lOffertoire), la rentrée des voix d'hommes et des alti (altos) dans l' In Paradisum [Jerusalem, Jerusalem] »</ref>.

Histoire Circonstances de la composition vignette|gauche|upright=0.7|Plaque commémorative au 154, boulevard Malesherbes à Paris. Contrairement au Requiem (1868) de Johannes Brahms, qui est souvent comparé avec celui de Fauré, la composition ne semble pas liée au décès de ses parents. Le Libera me date pour l'essentiel de l'automne 1877p. 70 d'après une lettre de Fauré. La lettre indique que la composition coïncide avec ses premières fiançailles avec Marienne Viardot. Mais cette lettre ne donne aucune indication sur le motif de création., dix ans avant la mort de sa mère. Hélène Fauré était encore dans ses dernières semaines de vie, lorsque son fils commença à composer la messe des morts. Fauré lui-même démentit plus tard ce lien en déclarant :

En fait, Gabriel Fauré, maître de chœur à la Madeleine, ne partageait pas la tendance de son siècle à composer des Requiem théâtraux, romantiques, avec grand orchestre symphoniquep. 136, note ; d'où, Fauré était en colère, après avoir entendu l'exécution opératique du baryton solo Jean Vallier, en 1900 à Trocadéro. Il précisa en octobre : « un baryton-basse tranquille, un peu chantre. ». Il détestait en particulier le Requiem d'Hector Berlioz (1837). Par ailleurs, le a été celui de l'évolution de l'opéra, qui a pénétré la pratique de la liturgie. Par exemple, en 1864, la fanfare du jubilé du Puy-en-Velay a utilisé une mélodie de l'opéra Norma de Vincenzo BelliniJules Chaussende, Les chroniques du grand jubilé du Puy en 1864, p. 98, 1864. L'utilisation de musiques d'opéra à l'Église a continué jusqu'à ce que le nouveau pape Pie X l'interdise (motu proprio Inter pastoralis officii sollicitudines, 1903). Il fallait donc que Fauré compose un Requiem qui s'adapte tant aux oreilles contemporaines qu'à la liturgie catholique.

Version d'église thumb|upright=1.3|Deuxième page du manuscrit autographe de Fauré, Introït (Bibliothèque nationale de France, département de la musique, manuscrit 410 ). Une première trace du Requiem, le répons Libera me, date de 1877. Il s'agit d'une pièce pour baryton et orgue. D' à , Fauré crée une première version de l'œuvre, présentée à son ami Paul Poujaud comme « petit Requiem. », lettre datée du 15 janvier 1888. Cette première mouture se composait de lIntroït (1887), du Kyrie (1887), du Sanctus (1888) et du Pie Jesu (1887)p. 70 ; selon une nouvelle hypothèse de Holoman, cette audition ne comportait pas de Pie Jesu, ni dAgnus Dei (1888) et d’In paradisum (1887).

L'œuvre originelle a été entendue pour la première fois le , à l'église de la Madeleine, peu après la fin de sa composition, lors d'une messe du « bout de l'an » (ici pour le premier anniversaire du décès de Joseph-Michel Le Soufaché, architecte célèbre). Le soprano solo était un enfant du chœur Louis Aubert, futur élève de Fauré au conservatoire. L'orchestration n'était pas encore complète. Une petite histoire rapporte ce dialogue avec le curé à la fin de l'office : Témoignage de l'organiste et compositeur Armand Vivet, mort en 1937 selon data.bnf.fr. Ou en 1956 selon l'article Eugène Gigout, sur le site musimem. Cf. Requiem (opus 48) de Faurép. 72 ; Nectoux place cette histoire à l'occasion de l'audition du 21 janvier 1893.. Parallèlement, Fauré trouva bientôt son collaborateur parmi les chanteurs, pour terminer l'orchestration.

Il manquait encore l′Offertoire, qui fut complété entre 1889 et 1891. En ce qui concerne le Libera me, il n'a été achevé qu'en 1890 ou 1891. L'exécution de ce dernier eut lieu le à l'église Saint-Gervais par un baryton de l'opéra national de Paris Louis Ballard. C'est dans cet état de composition et d'orchestration, en tant que version dite « de 1893 » ou « version pour orchestre de chambre », qu'elle a été exécutée à la Madeleine sous la direction de Fauré, le , lors de la commémoration marquant le centenaire de la mort de Louis XVI. L'œuvre fut exécutée jusqu'à la fin du siècle une douzaine de fois, parfois à l'extérieur de la Madeleine, mais toujours sous la baguette du compositeurp. v. Néanmoins, une fois complète, celle-ci commença à intéresser Julien Hamelle, maison d'édition de Fauré.

Version pour orchestre symphonique Même après cette première version, Gabriel Fauré continue à affiner la partie d'orchestre. Car, sans violons ni bois, son orchestration est si inhabituelle que l'éditeur Hamelle refuse la publication de la version de 1893p. 189 - 190, note ; voir aussi note . Le manuscrit autographe est confié à Jean Roger-Ducasse, élève de Fauré, pour réaliser une réduction pour piano.

Puis apparaît en 1900 une réorchestration de l'œuvre destinée aux concerts. Il est toujours très difficile d'identifier l'auteur de cette version; son origine reste floue. Non seulement son manuscrit original a disparu mais Fauré lui-même n'en a fait aucune mention. Le seul document sur son apparition est le contrat avec Julien Hamelle, signé le . Toutes les circonstances suggèrent que l'auteur de la version symphonique serait Roger-Ducassep. 71 ; Holoman soulignait de nombreuses erreurs tant de notes que d'emplois d'archet de cordes. Il est peu probable que Fauré commît ces types de fautes.. L'hypothèse serait la suivante : Roger-Ducasse fournit spontanément son édition enrichie, au lieu de perfectionner la réduction pour piano. Sans difficulté, il réussit à convaincre l'éditeur Hamelle, qui préférait de grands orchestres, selon la mode de l'époquep. 70 - 71. Hamelle recommanda à Fauré d'accorder son autorisation pour l'usage de cette version en concert.

Quoi qu'il en soit, la version symphonique est présentée, avant sa publication en , le au Palais du Trocadéro sous la direction de Paul Taffanelp. 194, note , au cours du quatrième « Concert officiel » de l'Exposition universelle de 1900. Taffanel dirige alors le chœur et l'orchestre de la Société des concerts du Conservatoire à Paris, avec Amélie Torrès (soprano), Jean Vallier (baryton) et Eugène Gigoutp. 7, note (orgue)p. 228, note .

Puis, Eugène Ysaÿe dirige cette version à Bruxelles le p. 232, 236 - 237. Amélie Torrès en reprend le solop. 230, note alors que Jean Vallier en est exclu. À Nancy, sous la direction de Guy Ropartz, l'œuvre est exécutée le . Ces concerts sont suivis d'un autre à Marseille dirigé par Paul Viardot le . Cette année-là, le Requiem entre donc très rapidement dans le programme des concerts, grâce auxquels il gagne une grande popularitép. 238, note .

En 1916, à son ancien élève, Camille Saint-Saëns accorde cette distinction : « Ton Pie Jesu est le SEUL Pie Jesu, comme l’Ave verum corpus de Mozart est le SEUL Ave verumLettre de Saint-Saëns, datée du 2 novembre 1916 . »

Après avoir dirigé lui-même cette version, Fauré sélectionne son successeur, en lui offrant une partition d'orchestre. Nadia Boulanger lui succède à la direction en 1920, avant la démission de son professeur, frappé par une irréversible surdité. Dans cette solitude, le compositeur déclare alors à René Fauchois, par lettre datée du , son sentiment sur la foi, et précise l'idée principale de l'œuvre : « la confiance dans le repos éternel ».

À la suite du décès de Fauré en novembre 1924, le gouvernement français décréte ses obsèques nationales.. Celles-ci ont lieu, le , à l'église de la Madeleine, si étroitement liée au compositeur et à son Requiem. Ce dernier y est exécuté sous la direction de Philippe Gaubert, en qualité de chef de l'orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, avec Henri Dallier, successeur de Fauré à la Madeleine, à l'orgue et Charles Panzéra et Jane Laval comme solistes. Nadia Boulanger, quant à elle, lut le testament de feu son professeur..

Postérité Diffusion thumb|upright=1.5|Programme de la première audition à Barcelone, le , dirigée par Gabriel Fauré lui-même, dans lequel les sept pièces étaient détaillées. On comprend que le Requiem pouvait justifier un concert pendant le Carême, au Grand théâtre du Liceu. Le Requiem de Fauré se fait ensuite connaître rapidement en France et dans les pays voisins. Plus tard, l'œuvre traverse l'océan Atlantique. Le , Louis Bailly dirige ce Requiem au Philadelphia Museum of Art, avec le chœur et l'orchestre de l'Institut Curtis. Il le fait exécuter de nouveau, le , cette fois-ci au Carnegie Hall à New YorkBoston Symphony Orchestra, volume 57, p. 730 (1937). Une source mentionne cependant en 1937 un concert plus ancien du , avec l'orgue, l'orchestre à cordes et le chœur, à la First Baptist Church à Newton près de Boston.

Une large diffusion de l'œuvre dans les pays anglo-saxons (dont deux capitales) a été effectuée par Nadia Boulanger. La première exécution du Requiem en Angleterre se tient en au Queen's Hall à Londres. Plusieurs critiques manifestèrent leur admiration avec enthousiasme. Le premier concert de Boulanger aux États-Unis a lieu en à la cathédrale nationale de Washington, et elle continue ensuite à diriger l', avec ses propres messages de consolation, durant toute la Seconde Guerre mondiale, à Boston et ailleurs. En réponse à une demande de l'association des Amis de la musique à Toledo, un concert du Requiem a lieu le , à la mémoire des soldats de cette commune morts au frontp. 257, note (et BnF manuscrit Rés. Vm. dos 195). Ainsi, le Requiem de Fauré a réuni les pays pendant cette période difficile.

Successeurs Conçue avec l'intention de renouveler le répertoire des obsèques à la Madeleine, la version d'église aurait pu répondre à la réforme liturgique de Pie X, immense refonte de la liturgie débutée en 1903, si l'œuvre avait satisfait l'article III du motu proprio, qui n'autorisait aucune modification des textes sacrés.

L'œuvre créée par Fauré fut suivie, plus tard, de deux œuvres de compositeurs français, d'une part le Requiem (1938) de Guy Ropartz. Maurice Duruflé aussi acheva son célèbre Requiem (1947). Né en 1902 et souvent organiste du Requiem de Fauré (surtout pour deux enregistrements sortis en 1948 et 1952), il composa le sien, sous influence de l'Édition Vaticane.

Au contraire, d'autres musiciens du n'hésitèrent pas à critiquer les caractéristiques de cette œuvre. Ainsi, Olivier Messiaen puis Pierre Boulez, deux grands compositeurs français, dont les esthétiques étaient très différentes de la sienne, ne l'apprécièrent jamais.

Œuvre Structure L'œuvre dure selon le compositeur et elle est formée de sept parties :