Jeanne Hersch, née le à Genève et morte le dans la même ville, est une philosophe suisse dont l'œuvre a pour centre la notion de liberté et les concepts qui s'y rattachent. Elle a été professeure de philosophie à l'université de Genève, directrice de la division philosophique de l'UNESCO, et représentante de la Suisse au conseil exécutif de cette même organisation.

Biographie Jeanne Hersch naît à Genève, en 1910 dans une famille juive ashkénaze. réfugiée. Son père, Liebmann Hersch, d'origine lituanienne, est professeur de démographie et de statistiques à l'université de Genève ; sa mère, Liba Lichtenbaum, originaire de Varsovie, est médecin de formation et travaille à la Société des Nations, dans la section du désarmement.. Les parents de Jeanne Hersch étaient des militants du Bund, mouvement socialiste juif et laïc, et son éducation reste imprégnée des notions de justice sociale, de démocratie et de libertéEn Direct avec, émission de la TSR, entretien avec Gaston Nicole et Roland Bahy, le 21 février 1972, archives RTS. Elle passera de nombreuses vacances d'été en Pologne, jusqu'à l'été 1939. Jeanne est l'aînée d'une fratrie de trois : sa sœur Irène (nom d'épouse Châtelain) a vécu à Genève, tandis que son frère Joseph Hersch (1925-2012) a exercé en tant que professeur de mathématiques à l'École polytechnique fédérale de Zurich. Elle a été la compagne d'André Oltramare, homme politique et professeur de latin à l'université de Genève.

Formation Après l'école secondaire, elle entre en 1928 à la faculté des lettres de l'université de Genève, où elle obtient sa licence en 1931., avec un travail sur la notion d'élan vital chez Henri Bergson. Pendant quelques années, elle voyage en Indochine, au Laos, mais aussi en Amérique du Sud pendant une année, plus particulièrement au Chili. Elle complète donc sa formation par plusieurs séjours à l'étranger entre 1930 et 1933, séjournant aussi à Paris à l’École pratique des hautes études et dans deux universités allemandes : d'abord, à l'université de Heidelberg, où elle étudie la philosophie avec Karl Jaspers, , dont elle traduira en français la plupart des livres, notamment La Culpabilité allemande, en 1948 ; ensuite, en 1933, à l'université de Fribourg-en-Brisgau, où elle est témoin de la mise en place du régime nazi, notamment du spectacle des , qui . Elle rentre précipitamment à Genève. Elle acquiert la nationalité suisse en 1931.

Carrière Elle occupe d'abord un poste de professeur de français, latin et philosophie à l'École internationale de Genève de 1933 à 1956, puis elle soutient une thèse intitulée L'Être et la forme et elle est nommée Privatdozent à l'université de Genève en 1947. Elle est titularisée comme professeure ordinaire en 1962, première femme professeure de philosophie dans cette université, et enseigne jusqu'à sa retraite académique en 1977.

Elle commence très tôt son œuvre écrite, en publiant à 26 ans un ouvrage de philosophie, L'illusion philosophique, où elle raconte sa découverte de la philosophie à travers les thèses existentialistes de Karl Jaspers.

En 1960, elle est sollicitée par René Maheu pour créer et diriger une division de philosophie au sein de l'UNESCO puis, en 1966, elle devient la représentante de la Suisse au conseil exécutif de cette organisation.

En 1968, pour célébrer le de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, elle entreprend l'ouvrage Le Droit d'être un homme, dans lequel elle réunit des milliers de textes de cultures et d'époques différentes, qui évoquent la dignité de la personne..

En 1970, elle reçoit le prix Ida Somazzi..

Engagement politique En 1939, elle adhère au parti socialiste genevois. En tant qu'intellectuelle, elle a souvent pris position sur les problèmes politiques de son temps et sur les droits des femmes, en s'engageant toujours pour la liberté de l'individu contre les pouvoirs qui le menacent, qu'il s'agisse de gouvernements ou d'idéologies. Elle a toujours affiché ses convictions personnelles, même quand celles-ci étaient opposées aux positions du parti socialiste, par exemple sur la politique de la drogue ou sur l'affaire Kopp. Dans un article, Jeanne Hersch, une démocrate, André Gavillet, ancien conseiller d'État vaudois, résume les différentes prises de positions de la philosopheDomaine public, 16 juin 2000, article d'André Gavillet, « Jeanne Hersch, une démocrate ». page 6. Elle a fait partie de la P-26« Il était une fois l'armée secrète suisse », Temps Présent, RTS.ch, ..

Décès Elle meurt à Genève le et est inhumée au cimetière des Rois où reposent les personnalités de la ville qui ont le plus contribué à son rayonnement.

Œuvres Jeanne Hersch est l'autrice d'une quinzaine d'ouvrages. Après sa retraite de l'enseignement public en 1977, elle a continué à écrire ; c'est même de cette période que datent certains de ces ouvrages les plus importants, notamment Éclairer l'Obscur. Ce titre résume sa démarche telle qu'elle l'a expliquée à la fin du long entretien accordé à la Télévision romande en 1972 : la clarté de la parole est le meilleur moyen de révéler la profondeur et la complexité d'un concept, comme une torche qui éclaire le fond d'un puits, dit-elleEn Direct avec, 21 février 1972, entretien avec Gaston Nicole et Roland Bahy, archives RTS. En 1993 paraît L'Étonnement philosophique, dans lequel elle refait l'histoire de la philosophie à partir de l'étonnement, compris comme capacité fondamentale d'interroger et de mettre en doute les évidences.

1936 : L'Illusion philosophique, Plon, 1964 . 1940 : Temps alternés, Metropolis, 1990, . 1946 : L'être et la forme, La Baconnière, 1946. 1956 : Idéologies et réalité. Essai d'orientation politique, Plon, 1956 1956 : Traduction du polonais en français de Sur les bords de l'Issa, de Czesław Miłosz 1968 : Le droit d'être un homme, UNESCO, Payot, 1956. 1978 : Karl Jaspers, Éd. L'Âge d'Homme, poche, 2007 , 1981 : L'étonnement philosophique (De l'école Milet à Karl Jaspers, Poche, Gallimard, 1999 , ) 1981 : L'ennemi c'est le nihilisme, Genève, Georg, 1981. 1985 : Textes, Fribourg, Le feu de nuict (sic), 1985 1986 : Éclairer l'obscur, Lausanne, l'Âge d'Homme, 1986 1986 : Traduction en français de Philosophie, de Karl Jaspers 1986 : Temps et musique, Fribourg, Le feu de nuict (), 1986 1991 : La Suisse, État de droit : le retrait d'Elisabeth Kopp, (J. Hersch, Dir.) Lausanne, L'Âge d'Homme, 1991 . 2008 : L'exigence absolue de la liberté : textes sur les droits humains (1973-1995), MētisPresses, coll. « Voltiges », 2008 .

Références

Annexes

Bibliographie Emmanuel Dufour-Kowalski, Jeanne Hersch : Présence dans le temps, Éd. L'Âge d'Homme, 1999 Vincent Monnet, « Jeanne Hersch, l'exigence de la liberté » in Campus, , université de Genève .

Vidéos . Entretien en deux parties dans lequel Jeanne Hersch retrace les époques de sa vie en mettant l'accent sur son évolution intellectuelle et philosophique.

Droits de l'homme : une interview de Jeanne Hersch sur aidh.org (lire sur archive) Entretien tourné le 9 mars 1979 à Genève sur plansfixes.ch

Article connexe Karl Jaspers

Liens externes

Site de la Société Jeanne Hersch

Catégorie:Philosophe suisse Catégorie:Femme philosophe Catégorie:Professeur à l'université de Genève Catégorie:Personnalité liée au canton de Genève Catégorie:Personnalité féminine suisse Catégorie:Personnalité du Parti socialiste suisse Catégorie:Anticommuniste suisse Catégorie:Professeur de philosophie Catégorie:Étudiant en lettres de l'Université de Genève Catégorie:Élève de l'École pratique des hautes études Catégorie:Étudiant de l'université de Heidelberg Catégorie:Étudiant de l'université de Fribourg-en-Brisgau Catégorie:Docteur honoris causa de l'université de Bâle Catégorie:Naissance en juillet 1910 Catégorie:Naissance à Genève Catégorie:Décès en juin 2000 Catégorie:Décès à Genève Catégorie:Décès à 89 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière des Rois Catégorie:Privat-docent