Maxime Rodinson, né le à et mort le à , est un linguiste, historien et sociologue français, spécialiste du Proche-Orient et de l'islam. Il fut professeur à l'École pratique des hautes études.

Biographie Ses parents étaient des Russo-Polonais de familles juives, qui avaient fui les pogroms de Russie pour s'installer à Paris. Son père, Maurice Rodinson, est né le à Vitebsk, en BiélorussieBeate et Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France, Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms, FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.. Sa mère, Anna Rodinson (née Gottlibowski), est née le à Suwalki en Pologne. Athées, militants socialistes, ils adhèrent au Parti communiste en 1920. Ses parents meurent en 1943, déportés à AuschwitzVoir Souvenirs d’un marginal, p. 45 et 46, . Son père est déporté par le Convoi No 49, en date du et sa mère par le Convoi No 46, en date du . Leur dernière adresse est au 4 de la rue de la Huchette dans le .

Carrière professionnelle Ayant très jeune appris l'espérantoLe Nouvel Observateur, 25 juin 2005., sans avoir le baccalauréat, Maxime Rodinson étudie à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) en 1932, il en sort diplômé d'amharique, d'arabe littéral, d'arabe maghrébin, d'arabe oriental et de turc en 1936. Il apprend ensuite l'hébreu. En 1937, il devient boursier de la Caisse nationale de la recherche scientifique (CNRS).

En 1940, il est mobilisé dans l'armée française et envoyé en Syrie. Démobilisé, il travaille à l'Institut français de Damas, puis au service des antiquités à Beyrouth, ce qui le sauve de la déportation (contrairement à ses parents restés à Paris). Puis enseigne à l'École des lettres jusqu'en 1947Sa note dans l'Encyclopædia Universalis..

En 1948, il devient responsable de la section « islam » à la Bibliothèque nationale à Paris. En 1955, il est nommé directeur d'études à l'École pratique des hautes études, et succède à Marcel Cohen comme professeur d'éthiopien et de sud-arabique (dont le ge'ez, la langue liturgique des chrétiens orthodoxes et des Falashas d'Éthiopie) quatre ans plus tard. Il le reste jusqu'à sa retraite en 1983.

En , il soutient une thèse de doctorat d'État sur travaux, devant un jury composé de Georges Balandier, Régis Blachère, Claude Cahen et Henri LaoustKhoury ..

En , il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson..

En 1991, il obtient le prix de l'Union rationaliste, qui lui est remis par Jean-Pierre Vernant.

Un militant communiste Il est membre du Parti communiste français de 1937 jusqu'à son exclusion en 1958. Il est accusé d’opportunisme et suspecté de vouloir faciliter sa carrière. Rodinson retrace longuement son parcours d'un fils né dans une famille communiste, membre du PCF jusqu'à sa rupture, dans l'article « Autocritique » qui est publié dans Peuple juif ou problème juif ? .

Travaux scientifiques Les travaux de Rodinson combinent les outils de la sociologie avec les théories marxistes pour l'étude de l'islam, ce qui l'aida à .

Il est connu pour sa biographie de Mahomet, parue en 1961, une étude sociologique et matérialiste des conditions d'émergence de l'islam ainsi qu'une série de livres écrits tout au long de sa vie sur les rapports entre les doctrines issues de la pensée de Mahomet et les conditions socio-économiques des sociétés musulmanes.

Dans Islam et Capitalisme, paru en 1966 et dont le titre fait écho à la fameuse thèse de Max Weber sur l'émergence dans la même période du capitalisme et du protestantisme en Europe, il essaya de vaincre deux préjugés : le premier suivant lequel l'islam était un frein au développement du capitalisme, et le second, répandu chez les musulmans, selon lequel l'islam était égalitaire. Il mettait en lumière les éléments sociaux, les forces sociales en jeu, voyant l'islam plutôt comme un facteur neutre. À travers toutes ses œuvres suivantes, il mettra en évidence la relation entre les doctrines inspirées par Mahomet et les structures économiques et sociales dans le monde arabo-musulman. « Il se bat donc contre l'essentialisme et pour une approche des faits socio-économiques pris dans le contexte historique de leur époque ».

À côté de ses travaux consacrés à l'Islam, Maxime Rodinson s'est intéressé aux livres de cuisine et à l'influence de la cuisine arabe sur la cuisine médiévale de l'élite européenne. Dès 1949, alors qu'il est responsable des manuscrits arabes à la Bibliothèque Nationale, il publie un article sur les , suivi vingt ans plus tard par un second sur les dans les domaines de la consommation, de la distraction et de l’alimentation. Celui-ci sera réédité dans une revue scientifique ou comme chapitres de livres. Rodinson met en évidence l’intérêt des livres de cuisine comme entrée empirique parce qu'ils permettent de situer les aliments dans des styles culinaires, c’est-à-dire non seulement dans l’espace physique ou géographique, comme le faisait l'approche diffusionniste, mais également dans les hiérarchies sociales. Ainsi a-t-il contribué à la sociologisation de la question et au développement des études sur l'alimentation dans les sciences sociales ().

Positions sur le conflit israélo-palestinien Rodinson publie « Israël, fait colonial ? », dans un numéro spécial de la revue de Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, en , mais son engagement était antérieur. Né dans une famille communiste antisioniste, il avait assisté à un meeting à la Mutualité pour la cause palestinienne quelques mois auparavant. Il devient après la guerre israélo-arabe de 1967 un porte-parole de la cause palestinienne en France.

Il crée le Groupe de recherches et d'actions pour la Palestine avec son collègue Jacques Berque.

Il considérait que la cause palestinienne fournissait un fonds de commerce à la droite antisémite et à la gauche maoïste et appelait les Palestiniens à populariser leur cause auprès des Européens de gauche, les prévenant du danger d'une lecture religieuse du conflit qui pourrait ternir la réputation de leur cause : .

Son antisionisme est basé sur deux points : le sionisme impose aux juifs du monde entier une identité et une idéologie nationaliste, et judaïse des territoires au prix de l'expulsion et de la domination des palestiniens.

En 1972, il rédige l’article « Sionisme » pour l’Encyclopædia Universalis, qu'il conclut ainsi :

Article complet..

Sa vision du conflit israélo-palestinien change au fil des années, le fait national israélien devenant évident. Israël ne pouvait plus être regardé uniquement comme un État colonisateur mais aussi comme une communauté nationale ; il défendait la nécessité de créer deux États : .

C'est pourquoi il était en désaccord avec l'OLP, considérant que leur idée d'une guérilla sur le modèle algérien du FLN (qui avait obtenu l'indépendance) était une dangereuse illusion. Dans le même temps, il appelait les Israéliens à abandonner leur prétention à faire partie de l'Europe, et d'accepter d'être un pays du Moyen-Orient, alors, d'apprendre à vivre avec ses voisins, de reconnaître les injustices faites aux Palestiniens et d'adopter un langage de conciliation et de compromis.

Publications Recherches sur les documents arabes relatifs à la cuisine, Paris, Geuthner, 1949 (extrait de la Revue des études islamiques, vol. XVII) « Sionisme et socialisme », in La Nouvelle Critique (revue du marxisme militant), n° 43, . « L’Arabie avant l’islam », in Histoire universelle, t. II «Encyclopédie de la Pléiade», 1957, et , éditions La Pléiade - Gallimard, 1964, 2121 p. Mahomet, Paris, Club français du livre, 1961 ; rééd. revue et augmentée, Paris, Le Seuil coll. « Politique », 1968 ; rééd. revue, poche, Paris, Le Seuil, 1994, 284 p. « La Lune chez les Arabes et dans l’Islam », in La Lune, mythes et rites, Paris, Le Seuil, 1962, p. 151-215 « Les Sémites et l’alphabet », « Les écritures sud-arabiques et éthiopiennes » et « Le monde islamique et l’extension de l’écriture arabe », in L’Écriture et la psychologie des peuples, Paris, Armand Colin, 1963, p. 131-146 et p. 263-274 Islam et capitalisme, Paris, Le Seuil, 1966 ; rééd. 2014, Paris, Demopolis, 228 p. ; rééd. 2024 avec une préface d'Alain Gresh, Paris, Agone, 434 p. Magie, médecine et possession à Gondar, Paris-La Haye, Mouton, 1967 « Israël, fait colonial ? », dans Le conflit israélo-arabe. Dossier , Les Temps modernes, 253 bis , , p. 17-88 Israël et le refus arabe, 75 ans d’histoire, Paris, Le Seuil, coll. «L’Histoire immédiate», 1968 Mahomet, Paris, Le Seuil, Points-Essais n° 282, [1ère éd. 1961, Club français du Livre], réédition 1994, 298 p. « Muhammad », Encyclopædia Universalis, t. 15 , 1971 ; rééd. 2002 , repris sous le titre « Mahomet ou Muhammad (571?-632) » dans l'édition électronique. Marxisme et monde musulman, Paris, Le Seuil, 1972 Les Palestiniens et la crise israélo-arabe avec J. Berque, J. Couland, L.-J. Duclos et J. Hadamard), textes et documents du Groupe de recherches et d’action pour le règlement du problème palestinien (GRAPP), 1967-1973, Paris, Éditions sociales, 1974 Les Arabes, Paris, PUF, 1979 La Fascination de l’Islam, Paris, Maspero « Petite collection », 1980 ; réed. La Découverte, 2003 Peuple juif ou problème juif ?, Paris, Maspero « Petite collection », 1981 L’Islam : politique et croyance, Paris, Fayard, 1993 De Pythagore à Lénine : des activismes idéologiques, Paris, Fayard, 1993 Entre Islam et Occident, entretiens avec Gérard D. Khoury, Paris, Les Belles Lettres, 1998 Souvenirs d’un marginal, Paris, Fayard, 2005

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . Sébastien Boussois, Maxime Rodinson, un intellectuel du , Paris, Riveneuve, 2008, . . . . . . . . .

Liens externes

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