upright=0.9|thumb|alt=Cippe votif avec inscription punique.|Cippe votif avec inscription, H l ; , CIS I, 5684. L’histoire du Maghreb désigne l’évolution politique, sociale, culturelle et religieuse de la région située à l’ouest du Machrek, englobant principalement le Maroc (et le territoire disputé du Sahara occidental), l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie.
Préhistoire
Le Maghreb est mondialement connu pour son patrimoine préhistorique.. Les fouilles sur site de Djebel Irhoud ont permis notamment de retrouver des restes d'Homo Sapiens considérés comme les plus anciens de l'espèce ( avant notre ère). Ce site est d'ailleurs aussi connue pour son industrie lithique moustérienne.
La période de l'Atérien est connue uniquement en Afrique du Nord. Cette période se caractérise par la maîtrise de la production d'outils présentant des pédoncules destinés à faciliter l'emmanchement. Cette période a aussi connu un changement climatique, puisque la faune et la flore se raréfient, laissant place au désert qui coupe aujourd'hui l'Afrique en deux. Le site atérien le plus ancien est daté de avant notre ère, à Ifri n'Ammar au Maroc. Les sites atériens se multiplient à partir d'environ , quand le climat devient plus favorable en Afrique du Nord.
Le Paléolithique supérieur est marqué par l'arrivée de l'industrie ibéromaurusienne. À Taforalte (Berkane), les outils retrouvés datent de 30 à Des rites funéraires sont identifiés : les morts ont le corps en décubitus latéral et les os peints. L'industrie lithique ibéromaurusienne est l'œuvre d'un type d'homme moderne, l'Homme de Mechta-Afalou. Entre 20 et 50 % du patrimoine génétique des Maghrébins modernes est issu des Ibéromaurusiens. Les restes fossiles de l’Homme de Mechta-Afalou sont très nombreux et s’élèvent à près de 500 spécimens. Ils constituent une collection de fossiles humains qui figure parmi les plus volumineuses au monde.
Ces populations se maintiennent jusque vers et vont évoluer vers la culture des capsiens (nom issu de la ville antique de Capsa, aujourd'hui Gafsa).
À partir d'environ , apparaissent des sociétés sédentaires qui produisent leur nourriture grâce à l'agriculture et à l'élevage Luciana G. Simões, Torsten Günther, Rafael M. Martínez-Sánchez et al., Northwest African Neolithic initiated by migrants from Iberia and Levant, nature.com, 618, p. 550–556, 7 juin 2023. doi.org/10.1038/s41586-023-06166-6. L'agriculture, apparue vers au Proche-Orient, s'est diffusée progressivement vers les régions voisines. Les premières preuves de poterie, de céréales domestiques et d'élevage se trouvent dans le nord du Maroc environ deux siècles plus tard que les sites de la péninsule Ibérique à Kaf Taht el-Ghar (KTG) vers cal. Les vestiges des premiers contextes néolithiques montrent principalement une ascendance néolithique européenne, ce qui suggère que l'agriculture a été introduite par des migrants européens et a ensuite été rapidement adoptée par des groupes locaux. Des sites néolithiques, montrent l'apparition d'une sédentarisation et la naissance de l'agriculture notamment près de Skhirat (Nécropole de Rouazi-Skhirat) et de Tétouan (grottes de Kaf Taht el Ghar et de Ghar Kahal).
Au Néolithique moyen, une nouvelle ascendance venant du Levant apparaît au Maghreb, coïncidant avec l'arrivée du pastoralisme dans la région. Ces changements d'ascendance dans la néolithisation du nord-ouest de l'Afrique reflètent probablement un paysage économique et culturel hétérogène, dans un processus plus multiforme que celui observé dans d'autres régions.
Des peintures rupestres sont aussi visibles partout dans le Maghreb (gravures rupestres de Tassili ou celles de la région de Figuig). Leur datation est estimée entre 8000 pour les plus anciennes jusqu'au .
Le long épisode du Sahara vert se situe lors de l'optimum climatique de l'Holocène (entre l'événement climatique de 8200 AP et l'événement climatique de 5900 AP).
Périodisation Préhistoire de l'Afrique du Nord, du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie Middle Stone Age (MSA, 400000-25000 AP) Later Stone Age (LSA, 50000-10000 AP) Atérien (145000-30000 AP), Pluvial du Moustérien (50000-30000 AP), Pluvial Abbassia (120000-90000 AP) Ibéromaurusien (25000-10000 AP), Paléolithique supérieur Holocène (12000 AP - présent) Capsien (12000-4000 AP), Mésolithique, Greenlandien Néolithique (New Stone Age, 10000-2000 AP), art rupestre du Sahara Événement climatique de 8200 AP, Subpluvial néolithique (8200-4200 AP) Long épisode du Sahara vert (8200-5900 AP), optimum climatique de l'Holocène Hypothétique prolongement africain limité, vers 7500 AP, des premiers agriculteurs européens (PEE) Événement climatique de 5900 AP, Northgrippien Événement climatique de 4200 AP, Méghalayen Cycles climatiques nord-africains
Protohistoire (4200-2500 AP) Civilisation capsienne pré-amazigh Culture amazigh, langues berbères (libyque proptoberbère) : Berbères, dont Guanches (Îles Canaries), Libou / Libyens anciens (Libye antique) Anciens peuples berbères, dont Garamantes, Gétules... principales confédérations : Zénètes, Sanhadja, Masmouda Expansion de la culture phénicienne dans le bassin occidental méditerranéen, liste des cités et colonies phéniciennes et puniques au Maghreb Première vague de colonisation grecque (734-580 AEC), Cyrénaïque antique
Antiquité (3000/2500-1500 AP, de 500 AEC à +500 EC)
thumb|right|Photographie ancienne du bas-relief des sept personnages dit des Dii Mauri, calcaire, , provenant d’El-Ayaida. Vers 1100 av. J.-C. : expansion phénicienne en Afrique du nord et création de nombreux comptoirs le long des côtes dont Carthage, et Utique. En 814 av. J-C. Fondation de Carthage par les Phéniciens. 202 av. J-C. Fondation de la Numidie et de sa capitale Cirta par Missinissa en unifiant les deux royaumes des Massyles et Masaesyles. À partir du , entre 264 et 146, les guerres puniques opposent la république romaine à Carthage. Ces conflits aboutissent à la destruction de Carthage et à l'implantation durable de Rome dans le nord de l'Afrique, d'abord dans la province d'Afrique. La présence romaine s'étend ensuite au reste de l'Afrique du Nord et au Maghreb. Elle affronte le roi de Numidie Jugurtha en 112-105 durant la guerre de Jugurtha. Les conquêtes de Jules César annexent les derniers territoires numides et forment une seconde province romaine, l'Africa Nova.
En 40, Caligula annexe le royaume de Maurétanie et permet à l'Empire romain d'occuper toute l'Afrique du Nord. L'ancien territoire de Maurétanie est divisé en deux provinces, la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane. Cette période de structuration territoriale est marquée par plusieurs révoltes comme celle de Tacfarinas, de 17 à 24, qui secoue la Numidie. Afin de prévenir les tentatives de soulèvements, Auguste poste la Legio III Augusta. La présence militaire renforce la romanisation des territoires.thumb|alt=Mosaïque représentant une basilique chrétienne en coupe, avec la façade et les nefs ainsi que l’autel.|Mosaïque dite de l’Ecclésia Mater. : les Berbères embrassent le christianisme comme symbole de résistance à l'occupant naguère païen.
Les cités de ces nouvelles provinces romaines subissent un important brassage de populations et la présence romaine permet de grandes réalisations urbanistiques et architecturales, comme à Timgad dont la croissance est remarquable durant les Sévères. En 193, Septime Sévère, originaire de Leptis Magna, devient empereur romain et est un exemple représentatif de l'intégration des élites locales. Il mène des campagnes en Afrique, sa région natale, notamment contre les Garamantes. Il favorise également la nomination de notables issus des territoires africains.
En 212 : tous les habitants de l'Empire, dont ceux des provinces d'Afrique deviennent citoyens romains (édit de Caracalla)
Le christianisme en Afrique romaine jouit d'une certaine vitalité mais subit les persécutions de l'empereur Dioclétien au début du . Après l'édit de Milan, la christianisation progresse très rapidement au sein des élites romaines d'Afrique. En 380 : le christianisme, religion officielle de l'empire. Les Berbères choisissent le donatisme, en rupture avec l'Église romaine, et prennent part à la révolte des Circoncellions. En 395 Augustin de Thagaste est élu évêque d'Hippone (actuelle Annaba en Algérie).
Entre 439 et 533, le Maghreb subit la pression des peuplades germaniques. Les Vandales dirigés par Genséric occupent Carthage et chassent l'occupant romain pour s'installer à sa place. Il fonde le royaume vandale. En 455, ils mettent Rome à sac pour la fois de son histoire, après Brennus et Alaric Ier. 534 : Bélisaire, général byzantin occupe Carthage et le Constantinois, qui deviennent le cœur de l'exarchat de Carthage. Entre-temps, les Berbères réussissent à résister aux Vandales et s'organisent en royaumes.
L'islamisation (647 à 709)
thumb|260px|La grande mosquée de Kairouan fondée par Oqba Ibn Nafaa en 670, est une des plus anciennes mosquées du Maghreb ; elle date dans sa forme actuelle du (836-875), Kairouan, Tunisie. La conquête musulmane du Maghreb prend comme point de départ Fostat (Misr al-Fustat), fondée en 641 en vallée du Nil. Elle traverse le désert lybien, capture la Cyrénaïque et la Tripolitaine. En 647, sont autorisés les premiers raids vers le Maghreb par Othman ibn Affan. Devant leur succès, une expédition est préparée la même année, placée sous la direction du gouverneur d'Égypte, Abdallah ibn Saad. Cependant, l'expansion est interrompue une première fois par la grande discorde (656-661, Première Fitna) au sein du califat.
L'expansion vers l'Ouest est relancée vers 666 avec la prise des oasis de Fezzan par Oqba Ibn Nafi al-Fihri, qui prolonge la conquête et fonde en 670 Kairouan et sa grande mosquée. Cette cité sert de base pour l'islamisation et les conquêtes de tout le Maghreb, cependant une seconde interruption des conquêtes a lieu à cause de la résistance des Berbères, et de la deuxième Fitna (680-692). Les arabes musulmans reprennent Kairouan en 683 après la mort d'Uqba.
En 688, des contingents sont envoyés afin de reprendre Kairouan, puis en 695 pour conquérir Carthage. Entre 695 et 700, les tribus berbères fédérées par Dihya s'opposent et entravent de nouveau les conquêtes arabes. Cependant, elle est vaincue peu après 700 et les berbères se rallient aux Omeyyades. Le gouverneur Moussa Ibn Noçaïr achève la conquête du Maghreb et chasse les byzantins. La conquête du Maghreb est achevée en 711.
711-1500
742 : Fondation du Royaume Sufrite de Tlemcen (l'ouest de l'Algérie), le royaume Ifrenide. 745 : Les Berbères kharidjites dirigés par les Ifrenides s'emparent de Kairouan. 777 : Abd al-Rahman ibn Rustum fonde la dynastie ibadite des Rostémides de Tahert (Algérie). 789 : Idris fonde la dynastie des Idrissides de Fès. 800 : Le calife abbasside Haroun ar-Rachid nomme Ibrahim ibn al-Aghlab comme émir héréditaire de l'Ifriqiya (Tunisie). 902 : Pour la mise en place du califat chiîte Fatimide, les Kutamas de petite Kabylie (Algérie) renversent les aghlabides et obtiennent un serment d'allégeance du peuple. 910 : Ubayd Allah al-Mahdi, de la lignée des Fatimides, venu d'Orient, est reconnu comme calife à Raqqada, avant de fonder une nouvelle capitale à Mahdia. 935 : Fondation de la ville d'Achir par Ziri ibn Menad, dont descend la dynastie Ziride. 972 : Bologhine Ibn Ziri est nommé Emir de l'Ifriqiya par le calife Fatimide. 973 : Al Mansur, vizir du califat omeyyade de Cordoue, séjourne au Maghreb et recrute massivement des Berbères. 1014 : Séparation de la ligné Hammadides de celle des Zirides dont ils sont les descendants directs.. 1015 : Hammad ibn Bologhine, second fils de Bologhine ibn Ziri, fonde la dynastie indépendante des Hammadides dans le Maghreb central (Algérie), dont la Qalaa est la capitale. 1016 : Début du règne de Muizz ibn Badis, de la dynastie des Zirides.