Samuel ben Aaron Schlettstadt, né à Sélestat a été dans la seconde moitié du siècle rabbin de Strasbourg et responsable d'une importante yechiva.

Biographie Condamnation à mort d'un délateur Samuel Schlettstadt est un rabbin apprécié par sa communauté et ses élèves, qui dut prendre une décision importante qui faillit lui coûter la vie.

La communauté juive de Strasbourg, aux alentours de 1370, a parmi ses membres deux Moserim (délateurs) qui les exposent constamment à des incursions déprédatrices des seigneurs d'Andlau. Comme les Juifs ne peuvent pas trainer les deux Moserim devant la justice chrétienne, sans impliquer les puissants seigneurs d'Andlau, ils demandent l'assistance de leur rabbin. Ce dernier constitue une cour de justice, qui condamne les deux traitres à mort. La sentence est immédiatement exécutée pour un des condamnés nommé Salamin. Le second réussit à s'échapper et s'étant converti au christianisme, se réfugie chez ses amis et protecteurs qu'il informe de ce qui s'est passé.

Les seigneurs d'Andlau, suivis par une horde armée, se dirigent vers Strasbourg, réclamant vengeance sur les Juifs pour la mort de leur allié. Les Juifs questionnés sur l'affaire disent aux magistrats que l'homme a été exécuté sur ordre de Schlettstadt. Les chevaliers se dirigent alors vers l'habitation de ce dernier, mais celui-ci, certainement grâce à la connivence d'un des seigneurs, réussit à trouver refuge avec ses élèves au château du Hohlandsbourg près de Colmar. De cette forteresse, il implore les responsables de sa communauté de plaider en sa faveur afin qu'il puisse retourner chez lui. Mais, soit que sa requête n'est pas été entendue, soit que leur action ait été vouée à l'échec, Schlettstadt va rester six ans en relégation.

Le retour de Schlettstadt à Strasbourg Lassé d'attendre, Schlettstadt quitte son refuge en 1376 et se rend à Babylone, où il dépose une plainte auprès du Nassi (prince) contre les responsables de la communauté juive de Strasbourg. Soutenu par le rabbinat de Jérusalem, le Nassi rédige un Herem (mise au ban) contre la communauté juive de Strasbourg, invoquant contre ses membres toutes les malédictions si ceux-ci persistent dans leur refus d'intervenir en faveur de SchlettstadtÉliacin Carmoly (in La France israélite, galerie des hommes et des faits dignes de mémoire; Francfort-sur-le-Main; éditeur: A. Franck; 1855; pages: 138 à 144) et Heinrich Graetz (in Geschichte der Juden von den ältesten Zeiten bis auf die Gegenwart; éditeur: Oskar Leiner Verlag; 1873; Leipzig; 3e édition; viii; page: 12 et suivantes) pensent que le prince qui a émis le Herem est l'exilarque David ben Hodiah, et identifient le bannissement à celui publié par Raphael Kirchheim dans Literaturblatt des Orients; volume: vI; page: 739. Mais on sait depuis que David ben Hodiah a vécu presque deux siècles avant Schlettstadt. Fort de ce Herem, Schlettstadt retourne en Allemagne. Il séjourne à Ratisbonne (Regensburg), où les rabbins terrifiés par le Herem rédigé par le chef des Juifs de l'Est, écrivent immédiatement aux responsables de la communauté de Strasbourg, les priant de faire tout leur possible pour obtenir l'autorisation de retour de Schlettstadt, et les menaçant autrement de bannissement.

Ainsi, la permission tant désirée fut accordée. Le jour de son retour, tous les Juifs de Strasbourg viennent à sa rencontre, et parmi eux, son fils Abraham. Malheureusement, ce dernier en traversant le Rhin sur une barque, se noie. On ignore combien de temps Schlettstadt vivra après cet évènement, mais vers 1380, tous les Juifs de Strasbourg furent massacrésd'après le récit de Josel de Rosheim publié par Grätz in Monatsschrift; xxiv; pages: 408 et suivantes. Il est possible que Schlettstadt ai péri avec les membres de sa communauté.

Son œuvre Schlettstadt est surtout connu pour son résumé appelé Ḳiẓẓur Mordekai (Mordekaï abrégé) ou Mordekai ha-Ḳaṭan (le petit Mordekaï) du Sefer haMordekai de Mordekhaï ben Hillel, écrit lorsqu'il était retenu dans la forteresse de Hohlandsbourgselon Carmoly et Grätz. Bien que Schlettstadt ai dans son ensemble suivi le texte de Mordekhaï ben Hillel, il s'en écarte en certaines circonstances et rajoute aussi certaines lois que l'on ne trouve pas dans le Sefer haMordekai. Son œuvre est considérée comme une œuvre à part entière et est citée entre autres par Israel Bruna (1400-1480)Responsa; no: 163, par Israel Isserlein (1390-1460)Pesaḳim; no: 192; passim qui s'y réfère comme le Mordekaï de Samuel Schlettstadt, par Jacob WeilResponsa; no: 88 et par Jacob Moelin (1365-1427)Responsa; no: 155; Minhagim; section: Souccot.

Schlettstadt a, en outre, enrichi l'œuvre de Mordekhaï ben Hillel de nombreuses annotations dénommées Haggahot MordekaiHaggahot Mordekai a été publié initialement en 1558 à Riva del Garda dans le Trentin comme appendice au Sefer ha-Mordekai puis ultérieurement inclus dans des encadrés dans le texte même du Sefer ha-Mordekai. L'auteur de ces Haggahot est resté pendant longtemps inconnu. Leopold Zunz est le premier à les attribuer à Schlettstadtin Steinschneider: Hebräische Bibliographie; volume: ix; page: 135. La paternité de l'œuvre est confirmée par des références internes mises par Schlettstadt lui-même comme: Dans le Mordekaï Katan que j'ai rédigéMordekai sur Yebamot: 110 ou Moi, Samuel, le petitib. Gitṭin: 456. En d'autres endroits, l'auteur mentionne son Ḳiẓẓur Mordekai simplement comme mon œuvreib. Yebamot: 106; passim; Ketubot: 304; Ḳidouchine: 544. Finalement Jacob Weil fait référencel.c. no: 147 aux responsa de Schlettstadt.

Notes et références

: S. Landauer, in Gemeinde-Zeitung für Elsass-Lothringen; Strasbourg; 1880; no: 15.

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