Le mont Saint-Michel de Brasparts ( ou localement ou ) est l'un des sommets de la chaîne des monts d'Arrée située en Bretagne sur la commune de Saint-Rivoal (Finistère). Il fait partie du parc naturel régional d'Armorique et domine la cuvette des tourbières du Yeun Elez. Il culmine à d'altitude et sur son sommet se trouve la chapelle Saint-Michel datant du .

Toponymie Le mont Saint-Michel de Brasparts est attesté sous les formes suivantes : Motte de Cronon en 1672, puis Motte de Cronnon en 1673, Saint Michel de Croinon en 1674, Saint Michel de Coronnon en 1676, montagne de Cronnon en 1676, Saint Michel Cronnon en 1691..

Selon l'écrivain Gwenc'hlan Le Scouëzec, le long plateau couvert de landes qui prolonge la hauteur vers le nord-ouest se nommerait encore Gwaremm Kronan (« la garenne de Kronan »)..

Le nom du sommet est dû au fait que pendant longtemps il a fait partie de la trève de Saint-Rivoal qui était incluse dans la paroisse de Brasparts, puis de la commune de Brasparts, avant de faire partie de la commune de Saint-Rivoal à partir de la création de cette dernière en 1925.

Géographie vignette|gauche|upright=1.3|Carte topographique du mont Saint-Michel de Brasparts. vignette|Le lac-réservoir de Saint-Michel (lac de Brennilis) et le mont Saint-Michel-de-Brasparts vus depuis la route du Libist à Botmeur.

Son sommet offre un beau panorama : au nord, sur la crête quartzitique rectiligne du Roc'h Trévézel ; à l'est, sur les tourbières du Yeun Elez et le lac de Brennilis, et au-delà, sur le massif granitique de Huelgoat ; au sud, enfin, par-delà le bassin dinantien de Châteaulin, sur la ligne de hauteurs des montagnes Noires dont les crêtes déchiquetées en schistes et quartzites se profilent à l'horizon. Lorsque le temps le permet, on peut même apercevoir le pont de l'Iroise et la baie de Morlaix..

Jacques Cambry en 1794 ou 1795 fait de la montagne la description suivante :

Le paysage a guère changé depuis, même si l'expansion agricole de la fin du a entraîné un recul des landes..

L'Ellez, affluent de l'Aulne, fleuve côtier du Finistère, prend sa source à un kilomètre au nord-ouest, à d'altitude.

Histoire Un temple celte voué au culte solaire La chapelle sommitale du mont Saint-Michel de Brasparts a succédé, croyait-on à la fin du , à un ancien temple celte voué au culte du soleil. Jacques Cambry écrit, en 1798 :

La chapelle du sommet de la Motte-Cronon C'est à la fin du , en 1672, que la décision est prise de construire une chapelle au sommet de la Motte Cronon à Brasparts. Le sieur de Kermabon, seigneur de Roudoumeur en Plonévez-du-Faou, propriétaire du lieu, l'autorise. Le lieu était honoré de longue date, et procès avait été instruit devant notaire pour valider des miracles attribués au saint. Le pape avait signé une bulle portant indulgence aux futurs pèlerins. Malgré la volonté du seigneur de Kermabon, possesseur du Menez, les terres qui enserrent la chapelle restèrent pour partie à l'abbaye du Relec, pour partie aux paysans qui venaient y travailler, et aux pâtres qui y gardaient leurs troupeaux, et ce jusque vers les années 1870.

Un oratoire provisoire est construit avant pendant le mandat des deux premiers fabricques (fabriciens), Louis Sizun et Michel Le Baraer. « C'est sans doute une simple cabane à la structure constituée de perches et aux parois faites de panneaux de branchages entrelacés, avec clayonnage, dont seule la taille diffère de celles utilisées par les familles de charbonniers et de sabotiers jusqu'au début du .. » Des bancs y sont ensuite installés.

Le registre des comptes des « fabricques et marguilliers à l'honneur de mons Sct Michel Archange sur la motte de Cronon en BraspartsComptes de la fabrique Saint Michel archange 1672-1705, archives départementales du Finistère (série 27 G 39 à 41). », ouvert dès 1672 et qui a été conservé, permet de suivre les étapes de la construction de la chapelle en pierres : les pierres des murs sont extraites sur place ou à proximité, les ardoises du toit proviennent de la « ferière de Hengoat » en Saint-Cadou, la charpente en « bois de chaisnes » du bois de Bodriec. Trois « bestes » (des bœufs probablement) servent à charrier les matériaux, et la chapelle, consacrée le , jour de la Saint-Michel, est totalement achevée en 1679 probablement. Cette chapelle, connue parfois sous le nom de « chapelle des Bergers », fut très fréquentée les premières décennies si l'on en juge par le produit financier des troncs placés dans la chapelle. Sa fréquentation baissa dans le courant du , mais la chapelle resta fréquentée jusque vers 1860 en particulier par les bergers tant que l'élevage des moutons domina dans les monts d'Arrée..

Une légende prétend que les premières pierres destinées à la construction de la chapelle auraient été transportées à dos d'hommes et que, fatigués, ceux-ci abandonnant le chantier, commencèrent à redescendre la montagne lorsqu'ils rencontrèrent un paysan du village voisin de Roquinarc'h qui charroyait du foin ; celui-ci, Fanch Favennec, leur demanda pourquoi ils abandonnaient la construction de la maison du saint et, entendant leur réponse, il leur dit qu'ils pouvaient remonter et qu'ils auraient toutes les pierres dont ils avaient besoin. Chargeant sa charrette de pierres et fouettant ses chevaux, il transporta avec facilité les pierres jusqu'au sommet où jamais encore des chevaux n'étaient parvenus avec une telle charge. Nul doute que saint Michel leur était venu en aide.

La nouvelle chapelle vignette|redresse=1.2|Le clocher porte la date de 1820. Mais la chapelle est vers 1795, si l'on en croit Jacques Cambry, dans un état pitoyable : « Là, vous trouvez une chapelle abandonnée : la façade, formée d’assises irrégulières, est ornée d’un portique décoré de deux pilastres d’ordre toscan, et d’une assez jolie corniche : un petit dôme couronne l’édifice ; la chapelle est détruite ; l’intérieur est dépouillé, l’autel est renversé. Le bois de cette charpente s’emporte par petits morceaux ; il préserve du mauvais vent, des incendies et du tonnerre ». Le lieu est, toujours selon le même auteur, fréquenté par les marchands les jours de pardon. Des superstitions sont attachées au lieu : outre la légende du chien noir du Lenn ar Youdig, transcrite par Anatole Le Braz en 1893., Jacques Cambry évoque : « On dit à Braspars que les démons, chassés du corps de l’homme, sont enchaînés dans un cercle magique, sur le haut du mont Saint-Michel : ceux qui mettent pied dans ce cercle, courent toute la nuit sans pouvoir s’arrêter. Aussi la nuit on n’ose traverser ces montagnes. »

L’architecture de la chapelle est très simple, un plan rectangulaire avec chevet à pans coupés. La chapelle actuelle a été élevée pour remercier saint Michel d’avoir fait cesser une épidémie qui avait sévi longtemps dans la contrée. Abandonnée sous la Révolution, la chapelle tombait en ruine : selon le témoignage en 1806 du recteur de Brasparts, il n'y avait plus que des pierres que l'on songeait à utiliser pour réparer d'autres chapelles, mais la piété généreuse des paroissiens permit en 1820 sa restauration et elle fut à nouveau consacrée en . Lorsque Saint-Rivoal, jusque-là simple trève de Brasparts, fut érigée en paroisse en 1836, le mont et la chapelle se retrouvèrent inclus dans le territoire de la nouvelle paroisse (devenue par la suite commune en 1925), mais il fut alors spécifié que la chapelle continuerait à être desservie par le clergé de Brasparts, ce qui explique que le mont a continué à être dénommé « de Brasparts » alors qu'il est pourtant sur le territoire de Saint-Rivoal. Jean-François Brousmiche en 1830 évoque « l'édifice religieux longtemps abandonné et que l'on a depuis peu reconstruit. ». À partir de 1835, des pierres furent amoncelées autour de la chapelle pour la protéger du vent ; elles étaient encore en place en 1903. Une petite maison servant d'abri pour les pèlerins fut construite à côté de la chapelle en 1842Chanoines Jean-Marie Abgrall et Paul Peyron, « Notices sur les paroisses de Brasparts », Bulletin de la commission diocésaine d'histoire et d'archéologie, Quimper, , 1903, , , 1904, .. En 1892, sous le rectorat de Duclos et, depuis, par les soins de , recteur actuel de Brasparts, l’édifice a subi de nouvelles réparationsLe Courrier du Finistère, , ..

André Mori écrit en 1885 : « On ne voit plus un arbre, pas même un arbuste. (...) Sur la lande quelques moutons maigres ; sur la route un chemineau qui marche pieds nus, tenant ses souliers dans une main et de l'autre le petit paquet de ses hardesJournal des débats politiques et littéraires, . ».

Les bergers et les moutons Le sommet et ses environs ont longtemps été un espace de pacage pour les moutons pendant la belle saison, les bergers s'abritant à l'occasion dans la chapelle, comme l'illustre cet « acte de palmage » (un contrat entre un propriétaire d'animaux et un berger dans le cadre de la transhumance) où Jan Alain, de Bodenna en Saint-Rivoal, se voit confier des brebis par Christophe Le Menez, du Beniel en Brasparts :

L'auberge Saint-Michel (Ti Sant-Mikael) Celle-ci fut construite en 1838 malgré l'opposition de certains habitants de Saint-Rivoal (du hameau de Roquinarc'h surtout) sur un terrain vendu par la municipalité de Brasparts par Félix Caron afin de sécuriser la route de Quimper à Morlaix alors peu sûre en raison du brigandage qui y sévissait et d'offrir un refuge pour les voyageurs lors des intempéries et particulièrement l'hiver, alors rude. Jacques Cambry en 1795 écrit : « Sous vos pieds, sont des marais très-dangereux, où s'égarent dans la nuit les hommes et leurs chevaux ; des voitures et leur équipage, s'y sont engloutis ». Cette auberge fut la première d'une série d'auberges créées pendant le reste du le long de cet itinéraire et qui étaient presque toutes tenues par des membres de la famille Duigou. Cette auberge est désormais désaffectée.

Au Un témoignage de 1902 indique : « Saint-Michel est particulièrement invoqué pour obtenir du beau temps pendant la récolte ; on le prie aussi pour les malades ; on voit assez souvent les pèlerins faire le tour de la chapelle à l'intérieur, nu-pieds ». Saint Michel était aussi invoqué pour les enfants et les infirmes : des béquilles en guise d'ex-votos étaient accrochées sur les murs ; il était aussi prié pour obtenir du beau temps lors des récoltes.

vignette|upright|Système allemand de radionavigation Bernarht analogue à celui qui était installé au sommet du mont Saint-Michel de Brasparts.