Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien est un essai de Marc Bloch rédigé entre la fin de 1940 et les premiers mois de 1943. Inachevé, il est publié de manière posthume en 1949, à l’initiative de Lucien Febvre.
Marc Bloch s'interroge sur ce qu'est l’histoire, et plus particulièrement sur le rôle et les méthodes de l’historien dans la construction de cette science.
LApologie est souvent vu comme le historique de Marc Bloch, et a un écho mondial les années qui suivent sa sortie. Il est en cela emblématique de la pensée de l'école des Annales, que l'auteur a cofondée à la fin des années 1920 avec Lucien Febvre.
Il est peu lu dans les années 1970 en France, alors que les méthodes historiques se tournent vers de nouveaux courants (le linguistic turn, ou la Nouvelle Histoire, par exemple). En outre, il a une influence sur de nombreux historiens du monde anglo-saxon, se diffusant au moment où d'autres universitaires des Annales sont traduits en anglais.
L'ouvrage regagne en popularité dans les années qui suivent. Il est republié dans une nouvelle édition critique en 1993, préfacée par Jacques Le Goff. Résumé Après un court texte en manière de dédicace à Lucien Febvre, où il souligne la proximité qui les unit, Marc Bloch ouvre son introduction par la question d'un de ses fils : « Papa, explique-moi donc à quoi sert l’histoire. ». Il précise que l'ouvrage s'efforcera d'être sa réponse à cette interrogation. Il revient sur la place de l'historien, la légitimité de l'effort intellectuel des scientifiques, et sur le rôle de la science.
Chapitre I : L'Histoire, les Hommes et le Temps vignette|redresse=1.4|Marc Bloch (années 1930). Ce chapitre est divisé en sept sous-chapitres relativement courts. Marc Bloch évoque d'abord, dans le premier sous-chapitre intitulé , l'origine grecque du mot histoire, signalant au lecteur qu'il gardera, dans cet ouvrage, sa signification la plus large. L'auteur précise qu'il ne cherche pas à enfermer l'histoire dans une définition, mais qu'il s'agit plutôt de réfléchir aux outils de l'historien, et à sa façon de faire un choix dans .
Marc Bloch poursuit dans un second sous-chapitre, nommé . Il rejette le lieu commun consistant à dire que . Pour lui, l'objet de l'histoire, ce sont « les hommes ». Il privilégie au singulier le pluriel, . Marc Bloch rappelle que de ce caractère de l'histoire, science de l’homme, a découlé des questionnements liés au langage, cherchant à savoir si l'histoire était une science ou un art. Pour Marc Bloch, l'histoire, science des hommes donc, requiert pour traduire les phénomènes historiques très délicats.
Plus encore, l'histoire est la science des hommes dans le temps. Il l’affirme dans un troisième sous-chapitre intitulé , où il précise que, si le temps à une importance dans de nombreux champs scientifiques, il a la particularité d'être central ici, d'être .
Puis, dans le sous-chapitre suivant, Marc Bloch évoque l'habitude de l’explication du plus proche par le plus lointain, qu'il nomme la hantise des origines. C'est un mode de réflexion qui a eu selon lui son moment de faveur dans la pensée historique. Mais c'est une voie ambiguë et potentiellement dangereuse, car cette de l'origine peut amener un emploi du passé qui serve à expliquer le présent pour mieux le justifier ou le condamner. Cela peut conduire à formuler des jugements, . Marc Bloch donne l’exemple des études chrétiennes, où il ne s'agit pas d'expliquer , mais de comprendre comment et pourquoi les hommes y croient. Là entrent en jeu de multiples facteurs, de structure sociale ou de mentalité, par exemple. De même pour l'étymologie, où il ne s'agit pas de donner uniquement le premier sens connu d'un mot, mais d'expliquer le glissement sémantique qu'il a subi. Ainsi, pour Marc Bloch, on ne peut expliquer un phénomène historique sans tenir compte de son moment. Puis, dans le sous-chapitre suivant, « Des limites de l’actuel et de l’inactuel », il affirme que le temps proche n'est pas moins praticable que les périodes plus anciennes, sans pour autant le reléguer à la sociologie, comme d'autres savants. Ainsi aborde-t-il ensuite le maintien de mécanismes sociaux historiquement anciens dans le monde contemporain. Il prend l’exemple du découpage parcellaire contemporain, qu'il lie aux , plus qu'aux légistes du Premier empire, à l'origine du Code Civil. L’évolution humaine n'est pas le résultat d'une suite de . De même, il explore l'importance pour l'historien de connaître son présent. Marc Bloch, pour illustrer cette idée, raconte qu'alors qu'il était en vacances avec Henri Pirenne, ce dernier souhaita visiter l'hôtel de ville neuf de Stockholm, et lui dit : . Car l'appréhension du vivant est d'après Marc Bloch .
Chapitre II : L’Observation historique thumb|right|Fragment d'Hérodote, papyrus d'Oxyrhynque. L'œuvre d'Hérodote est utilisée comme exemple du par Marc Bloch. Après avoir donc traité de ce qui est l'objet scientifique de l'historien, Marc Bloch souligne qu'il ne suffit pas à celui-ci d'exister pour définir une science, car cette dernière repose aussi, entre autres, sur la méthode. Ainsi, il faut, pour l'auteur, expliciter ce qu’est l'observation scientifique, qui fait de l’histoire une science.
« Caractères généraux de l’observation historique » Pour Bloch, il convient de nuancer que . En effet, la connaissance du présent s'effectue aussi à travers des biais indirects. Marc Bloch souligne le biais qui tend à faire percevoir malencontreusement les faits les plus reculés historiquement comme les plus difficiles à transcrire. Cela serait dû au fait que les intellectuels, en pensant à la , n'ont vu par là que ce qui ressortirait d'un témoignage humain. Mais les traces archéologiques, par exemple, avec la méthode historique, sont des preuves de faits lointains qui ne nécessitent pas cette parole humaine. Marc Bloch remet en cause l'idée que l'homme, ou plus précisément les récits formulés par celui-ci, seraient à la base de tout témoignage historique indirect. Cependant, ces documents matériels . Un , un élément de droit, ou un héritage langagier sont aussi des ressources qui n'impliquent pas de se référer à un autre , témoin des choses. L'historien, aux yeux de Marc Bloch, s'il arrive après les faits, ne sera pour autant pas incapable d'en percevoir des résidus.
Si la matière qu'est le passé est figée, les méthodes pour l'étudier sont en évolution, et font surgir de nouveaux résultats au fur et à mesure que les scientifiques questionnent leur objet. Ce dernier est toutefois limité puisqu'il . Le chercheur doit, après avoir , savoir .
« Les témoignages » Marc Bloch évoque ensuite la différence entre les témoignages volontaires (à la manière des travaux d'Hérodote) et involontaires (les trouvés dans les tombeaux égyptiens, par exemple). Pour lui « témoigner, c'est transmettre une part de vérité, mais c'est aussi l'exposer au doute ». Il souligne que les témoignages involontaires sont devenus la principale matière de l'histoire, et ce assez logiquement. Ils risquent moins de souffrir des préjugés des hommes du passé, ou des possibles maquillages pour la postérité. D'ailleurs, les témoignages volontaires sont eux-mêmes instructifs au-delà de leur objectif initial, éclairant sur les façons de penser et de vivre des hommes qui les rédigent. Bloch y voit . Mais il faut pour cela savoir formuler un questionnaire pertinent pour interroger ces documents. En ce sens et avant toute chose, il est nécessaire à l'historien d'avoir une direction pour exploiter la source, sans quoi, tel un explorateur sans itinéraire, .
En outre, Il plaide pour que les historiens maîtrisent au moins de toutes les de l'histoire, afin de pouvoir juger de l’étendue de la discipline, et de la complexité des outils à sa disposition. Il faut aussi à ses yeux favoriser le travail en équipe d'érudits de chaque technique pour traiter de problèmes précis, ce qui fait à ses yeux défaut à l'histoire.
« La transmission des témoignages » L'historien revient enfin sur la , mettant en avant l'importance de l'archiviste et des outils qu'il formule pour faciliter l'accès aux documents pour les historiens, et leur persistance. Pour Marc Bloch, il est essentiel pour les historiens, en plus de fournir une bibliographie, d'expliquer leur façon de procéder : .
Chapitre III : La Critique
« Esquisse d'une histoire de la méthode critique » Marc Bloch a la volonté de formuler une . S'il ne faut pas prendre les témoignages pour argent comptant, l'historien souligne qu'un rejet systématique de toute information n'est pas une position plus glorieuse. De même, la critique de , qu'il définit comme un n'a pas grande valeur. Pour Marc Bloch, il faut pour que le doute se fasse examinateur, qu'il procède de règles élaborées permettant de distinguer le mensonge de la vérité. Il place d'ailleurs la date de fondation définitive de la critique des documents d'archives à la publication du De re diplomatica du moine bénédictin Jean Mabillon, en 1681, qui formule des règles pour faire une critique documentaire appliquée afin d'attester de l'authenticité d'un document (essentiellement des diplômes). C'est à la même période que le terme de voit progressivement sa signification changer. Auparavant jugement de goût, il devient . Bloch voit en cette période plusieurs figures issues d'une même génération : Jean Mabillon, Richard Simon, Daniel van Papenbroeck, et Baruch Spinoza, nées vers 1630. C'est aussi une époque où le Discours de la méthode touche des sensibilités intellectuelles, et l'historien y voit un possible lien avec l'émergence de ces nouvelles conceptions du doute, qui devient . Cela ne veut pas dire cependant que la méthode critique s'est diffusée instantanément dans l'histoire, en tant que science. L’école allemande, Ernest Renan, et Numa Denis Fustel de Coulanges ont au . C'est en outre une part de la mission de l'historien que de réussir à se faire comprendre du public. Et Marc Bloch reproche en cela un et une de l'historien, qui livre les lecteurs à des , comme Charles Maurras, Jacques Bainville ou Plekhanov, qui affirment là où . L'historien met en exergue l'importance des notes dans les ouvrages historiques, car . Car, aux yeux de Marc Bloch, les progresseront grandement quand il sera admis qu'on mesure la valeur d'une connaissance à .
« À la poursuite du mensonge et de l’erreur » vignette|Le faussaire Denis Vrain-Lucas, concepteur de fausses lettres attribuées à Blaise Pascal, qu'il a vendues au mathématicien Michel Chasles. Il existe deux formes d'imposture, qui peuvent un témoignage : d'abord, la tromperie sur l’identité de l’auteur, ou la date de rédaction du document ; ensuite la tromperie sur le fond même du témoignage. Et Marc Bloch de donner en exemple les Commentaires de Jules César, dans lesquels ce dernier a . Ainsi, l'auteur appelle à douter des documents, même quand ils sont issus d'institutions officielles. L'antidatage, rappelle-t-il pour illustrer son propos, est une pratique actuelle, et les hommes du passé que ceux du temps présent. Mais au-delà du constat de la tromperie, il faut surtout pour l'historien en définir l'objectif initial. Chercher :