Le refus de parvenir est un concept anarchiste élaboré au début du .

Refus des privilèges, des distinctions, de la promotion individuelle, qu’elle soit syndicale, politique ou universitaire, le refus de parvenir est développé notamment par les syndicalistes révolutionnaires.

Historiographie et définitions

C'est à l'intellectuel anarchiste, instituteur et syndicaliste, Albert Thierry (1881-1915)Philippe Meirieu, préface de L'homme en proie aux enfants, Louis Thierry, 1909, lire en ligne. que l'on doit la première formulation du concept dans une série d'articles titrés Réflexions sur l'éducation et publiés en 1912-1913 dans La Vie OuvrièreMaud Reveilhac, Collectif du CIRA, Refuser de parvenir. Idées et pratiques, Sociologie, Comptes rendus, 2017, lire en ligne.. Pour lui, « Refuser de parvenir, ce n'est ni refuser d'agir ni refuser de vivre : c'est refuser de vivre et d'agir pour soi et aux fins de soi »Albert Thierry, Des conditions de la paix, publié post mortem en 1916 et écrit dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, fragment in Refus de parvenir : Mil neuf cent, 37, 2019, p. 159-164, citation p. 162., « C'est rester fidèle au prolétariat, c'est anéantir à sa source un égoïsme avide et cruel »Cité par Jean-Louis Rouch, Prolétaire en veston. Une approche de Maurice Dommanget, instituteur, syndicaliste, historien social et libre penseur, 1888-1976, Les Monédières, 1984, page 42..

L'idée pourtant n'est pas nouvelle, on la retrouve par exemple dans la pensée du géographe libertaire Élisée Reclus (1830-1905) qui affirme que « Tant que notre triomphe ne sera pas en même temps celui de tous, ayons la chance de ne jamais réussir ! »Jean-Guillaume Lanuque, Refuser de parvenir. Idées et pratiques, Paris, Nada, 2016, Bibliothèque des comptes-rendus, Dissidences, 2016, lire en ligne..

L'écrivain prolétarien Marcel Martinet (1887-1944), est encore plus précis : « Le refus de parvenir du prolétaire capable de parvenir n’a de sens que doublé par la volonté de parvenir du prolétariat ».

Pour l'historien français Christophe Prochasson, dans son ouvrage La gauche est-elle morale ? publié en 2010, « Le refus de parvenir est constitutif de la morale militante de la gauche »..

Pour l'historienne suisse Marianne Enckell, le refus de parvenir est d'abord un refus de vivre et d'agir uniquement pour soi, « pour mettre son savoir-faire comme ses compétences au profit de la solidarité », du collectifCamille-Solveig Fol, Montpellier : après "Indignez-vous", “Le refus de parvenir“ !, Midi libre, 21 mars 2014, lire en ligne..

Postérité Dans la foulée de Mai 68, plusieurs dizaines d'étudiants maoïstes quittent l'université pour aller travailler en usine, c'est le mouvement des « établis ». Pour le sociologue Marnix Dressen, ce « refus de parvenir résultait d'un refus de la propriété privée, mais il était surtout articulé au rejet du privilège scolaire, véritable péché originel »Marnix Dressen, De l'amphi à l'établi : les étudiants maoïstes à l'usine, 1967-1989, Belin, 2000, page 104..

Bibliographie et sources

Christophe Prochasson, La gauche est-elle morale ? : Vite, la révolution citoyenne, Flammarion, 2010, .

Marianne Enckell, Le Refus de parvenir, Montpellier, Indigène éditions, 2014, , présentation éditeur.

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Collectif du Centre international de recherches sur l'anarchisme (Lausanne), Refuser de parvenir. Idées et pratiques, Nada Éditions, 2016, présentation éditeur. Jean-Guillaume Lanuque, Refuser de parvenir. Idées et pratiques, Paris, Nada, Bibliothèque des comptes-rendus, Dissidences, 2016, . .

Maud Reveilhac, Collectif du CIRA, Refuser de parvenir. Idées et pratiques, Sociologie, Comptes rendus, 2017, lire en ligne.

Rodolphe Christin, Le désert des ambitions : avec Albert Cossery, L'Échappée, 2017.

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Refus de parvenir : Mil neuf cent : Revue d'histoire intellectuelle, n° 37, 2019.

Articles connexes Albert Thierry Libertaire Histoire de l'anarchisme Abnégation

Liens externes .

Notes et références

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